<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Concentration Des Médias | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/concentration-des-medias/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sat, 25 Jul 2026 09:02:07 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/concentration-des-medias/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/concentration-des-medias/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Sept grandes fortunes possèdent l'essentiel des médias français</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/qui-possede-medias-information-france/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/qui-possede-medias-information-france/</guid><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 09:02:07 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Concentration des médias</category><category>Audiovisuel</category><category>Xavier Niel</category><category>Cyril Hanouna</category><category>Pluralisme</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/qui-possede-medias-information-france/cover.webp" length="54332" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 24 juillet 2026, un magazine publie une information d&rsquo;une ligne. Mediawan, une société de production, entre au capital d&rsquo;H2O, la maison de Cyril Hanouna. Pas de montant. Pas de pourcentage. Aucun communiqué officiel. Derrière cette ligne se tient une carte bien plus large. Celle des quelques fortunes qui possèdent ce que la France regarde, lit et écoute.</div>

<h2 id="une-ligne-un-magazine-et-beaucoup-de-bruit-autour">Une ligne, un magazine, et beaucoup de bruit autour</h2>
<p>L&rsquo;information vient de Paris Match, seul, le 24 juillet 2026 [1]. Un producteur, Mediawan, prend une part dans H2O. La presse nomme Mediawan, pas Xavier Niel [1]. Le lien avec Niel est pourtant réel. Il a cofondé Mediawan en 2015. Il en a pris le contrôle en 2020, avec deux associés [2]. Le groupe a quitté la Bourse depuis. Niel en est un actionnaire de contrôle [2].</p>
<p>Voilà pour le fait établi. Le reste est flou. Aucun chiffre n&rsquo;a été rendu public. Ni le prix, ni la part rachetée, ni la date de signature [1]. À ce jour, aucune autre rédaction de référence ne confirme l&rsquo;opération [1].</p>
<p>Autour de ce vide, des comptes militants ont ajouté leur récit. Une participation croisée. Un chiffre, « 111 millions par an ». Une lecture politique en vue de 2027. Rien de cela n&rsquo;est confirmé par une source de presse [1]. Ce sont des affirmations, pas des faits. Le fait établi tient en une ligne.</p>
<h2 id="un-animateur-écarté-de-la-télévision-de-retour-par-la-production">Un animateur écarté de la télévision, de retour par la production</h2>
<p>Pour comprendre l&rsquo;opération, il faut remonter d&rsquo;un an. Le 28 février 2025 à minuit, C8 quitte la TNT. Le régulateur, l&rsquo;Arcom, n&rsquo;a pas renouvelé sa fréquence. Le Conseil d&rsquo;État a confirmé cette décision le 19 février 2025 [3]. Le motif tient en deux mots : « manquements réitérés » aux obligations de la chaîne [3]. En huit ans, C8 avait accumulé 7,6 millions d&rsquo;euros d&rsquo;amendes [3]. Dont une amende record de 3,5 millions, pour les insultes de Hanouna à un député [3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">7,6 M€</span> <span class="stat__label">d&#39;amendes infligées à C8 en huit ans, avant son retrait de la TNT</span></aside>

<p>C8 appartenait au groupe Canal+, dans la galaxie Bolloré [3]. Privé d&rsquo;antenne, Hanouna s&rsquo;est replié sur le groupe M6. Une quotidienne sur W9 à la rentrée 2025 [4]. Puis, le 1er janvier 2026, il rachète sa société de production H2O à Banijay. Il en redevient l&rsquo;unique actionnaire [4]. Sept mois plus tard, Mediawan entre à son capital [1].</p>
<p>Ce qu&rsquo;il ferait ensuite sur M6 n&rsquo;est même pas fixé. Le magazine qui a révélé l&rsquo;opération évoque une émission politique en prime [1]. Un autre récit de presse décrit un simple divertissement familial. La nature du projet n&rsquo;est pas tranchée.</p>
<p>Un fait, lui, mérite d&rsquo;être posé nu. Un animateur dont la chaîne a été sanctionnée et privée de fréquence par le régulateur revient dans le paysage. Il revient par la production. Or la production échappe largement aux règles qui ont écarté sa chaîne de la télévision.</p>
<h2 id="la-carte--qui-possède-quoi">La carte : qui possède quoi</h2>
<p>Ce rapprochement n&rsquo;est qu&rsquo;un nœud parmi d&rsquo;autres. Il prend son sens dans un tableau plus vaste. En France, la propriété des grands médias tient dans quelques mains. Presque toutes appartiennent à des fortunes dont le premier métier n&rsquo;est pas l&rsquo;information.</p>
<aside class="pullquote">Leur premier métier n&rsquo;est presque jamais l&rsquo;information.</aside>

<p>Le plus visible d&rsquo;abord. <strong>Vincent Bolloré</strong>. Son empire a été scindé le 9 décembre 2024, par un vote d&rsquo;assemblée à plus de 97,5 % [5]. Il a éclaté en quatre sociétés distinctes. L&rsquo;une, Canal+, porte CNews, CStar et StudioCanal [5]. Une autre, Louis Hachette Group, détient 66,53 % de Lagardère, donc Europe 1, le JDD et Paris Match. Elle porte aussi les magazines Prisma, de Femme Actuelle à Capital [5]. Cette scission n&rsquo;est pas une perte de contrôle. L&rsquo;empire n&rsquo;a pas été vendu. Il a été réorganisé, et Bolloré a gardé ses participations [5]. En parallèle, la justice a tranché une longue bataille. Le 8 juillet 2026, la cour d&rsquo;appel de Paris a jugé que le groupe Bolloré ne contrôle pas Vivendi, au sens boursier [6].</p>
<p><strong>Bernard Arnault</strong>, le patron du luxe, possède Les Échos, Le Parisien et Radio Classique [7]. Fin 2025, il a racheté Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche [7]. Le montant est quasi symbolique, « pour un euro » selon la reprise [7]. Les journalistes de ces titres n&rsquo;ont pas caché leur inquiétude.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Un saut dans le vide », « une véritable défiance ».</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Sociétés de journalistes de Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche</figcaption>
</figure>

<p>La liste continue, et elle ratisse tous les bords. La famille <strong>Dassault</strong>, dans l&rsquo;armement et l&rsquo;aéronautique, tient Le Figaro depuis 2004 [8]. Le groupe <strong>Bouygues</strong>, dans le BTP et les télécoms, détient TF1 et LCI [8]. L&rsquo;armateur <strong>Rodolphe Saadé</strong>, <a href="https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/">patron du transport maritime CMA CGM</a>, a racheté BFMTV et RMC pour 1,55 milliard d&rsquo;euros en 2024. Il possède aussi La Provence et La Tribune [9]. <strong>Daniel Kretinsky</strong>, dans l&rsquo;énergie, détient Elle, Marianne, Franc-Tireur et la chaîne T18 [8]. <strong>Patrick Drahi</strong>, longtemps propriétaire de BFM, s&rsquo;est lui largement retiré des médias [8].</p>
<p>La télévision du soir, le journal au comptoir, la radio dans la voiture appartiennent presque tous à des fortunes venues d&rsquo;ailleurs. Le luxe, l&rsquo;armement, le transport, les télécoms, l&rsquo;énergie.</p>
<h2 id="ce-qui-échappe-à-cette-logique">Ce qui échappe à cette logique</h2>
<p>Deux contrepoids tiennent debout. Le premier est public. France Télévisions, Radio France et l&rsquo;INA restent des entreprises de l&rsquo;État. Un projet les réunissait sous une direction unique. Les députés l&rsquo;ont rejeté dès l&rsquo;entame des débats, le 30 juin 2025 [11]. La réforme n&rsquo;a pas abouti.</p>
<p>Le second contrepoids passe par le capital protégé. Le premier quotidien de France, Ouest-France, appartient à 100 % à une association loi 1901 [8]. Personne ne peut le racheter. Le Monde a suivi une autre voie. Xavier Niel y a bâti un fonds spécial, dont le capital est déclaré incessible. Depuis 2024, ce fonds détient environ 98 % de la holding du journal [10]. Toute cession doit passer par l&rsquo;accord d&rsquo;un pôle d&rsquo;indépendance, qui réunit rédacteurs, personnels, lecteurs et fondateurs [10]. La garantie est réelle. Elle a un artisan, et c&rsquo;est le même Niel que l&rsquo;on retrouve derrière Mediawan.</p>
<h2 id="une-règle-écrite-en-1986">Une règle écrite en 1986</h2>
<p>Le cadre légal a près de quarante ans. La loi du 30 septembre 1986 plafonne à 49 % la part d&rsquo;un même propriétaire dans une grande chaîne nationale [12]. Mais elle vise la télévision hertzienne. Elle saisit mal la presse écrite et le numérique [12]. Surtout, elle ne dit presque rien de la production [15]. C&rsquo;est par cette faille qu&rsquo;un accord comme Mediawan et H2O passe sans encombre.</p>
<p>Le Sénat s&rsquo;est penché sur le sujet. Une commission d&rsquo;enquête a rendu son rapport en mars 2022, adopté à l&rsquo;unanimité. Elle a constaté une propriété concentrée entre quelques mains [13]. Devant le juge aussi, la question revient. Le 13 février 2024, le Conseil d&rsquo;État a rappelé que le pluralisme ne se mesure pas au seul temps de parole politique, à propos de CNews [14]. Une réforme européenne impose désormais un contrôle indépendant des concentrations. La France est en retard pour l&rsquo;appliquer, et un texte français reste bloqué à son premier article [15].</p>
<h2 id="ce-qui-reste-quand-le-bruit-retombe">Ce qui reste, quand le bruit retombe</h2>
<p>Le point de départ de cette histoire est mince. Une prise de participation entre deux producteurs, dont on ignore le prix et la part. Le récit politique qu&rsquo;on lui a collé, lui, n&rsquo;est pas établi.</p>
<p>La carte derrière, elle, est solide. Elle porte des noms, des dates, des titres. Une poignée de grandes fortunes possède l&rsquo;essentiel de ce que la France regarde et lit. Le filet tendu en 1986 n&rsquo;en retient qu&rsquo;une partie. Le reste, les montants et les intentions prêtées, attend encore d&rsquo;être établi.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://fr.news.yahoo.com/info-match-mediawan-prend-participation-060106007.html">INFO MATCH — Mediawan prend une participation dans H2O, la société de Cyril Hanouna</a>. Paris Match (repris par Yahoo Actualités) (2026-07-24)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.businesswire.com/news/home/20200621005043/en/Pierre-Antoine-Capton-Xavier-Niel-and-Matthieu-Pigasse-Announce-the-Launch-of-a-Tender-Offer-on-Mediawan">Pierre-Antoine Capton, Xavier Niel and Matthieu Pigasse Announce the Launch of a Tender Offer on Mediawan</a>. Businesswire (communiqué des initiateurs) (2020-06-21)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/frequences-tnt-l-arcom-doit-evaluer-l-opportunite-d-un-nouvel-appel-a-candidatures-pour-les-4-frequences-desormais-vacantes">Fréquences TNT : l'Arcom doit évaluer l'opportunité d'un nouvel appel à candidatures (non-reconduction de C8 et NRJ12)</a>. Conseil d'État (2025-02-19)</li><li id="ref-4"><a href="https://fr.themedialeader.com/production-tv-cyril-hanouna-reprend-la-main-sur-h2o/">Production TV : Cyril Hanouna reprend la main sur H2O (rachat à Banijay)</a>. The Media Leader France (2025-11-07)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.vivendi.com/en/press-release/vivendis-shareholders-meeting-approves-the-spin-off-project-by-more-than-97-5/">Vivendi's Shareholders' Meeting Approves the Spin-Off Project by More Than 97.5%</a>. Vivendi SE (communiqué) (2024-12-09)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.labase-lextenso.fr/bulletin-joly-bourse/2026-n4/vivendi-bollore-arret-de-la-cour-d-appel-de-paris-en-formation-solennelle-BJB202s0">Vivendi / Bolloré : arrêt de la cour d'appel de Paris en formation solennelle (contrôle de Vivendi)</a>. Bulletin Joly Bourse / Lextenso (et AMF, Cour de cassation) (2026-07-08)</li><li id="ref-7"><a href="https://reporterre.net/LVMH-achete-les-magazines-Challenges-Sciences-et-Avenir-et-La-Recherche">LVMH achète les magazines Challenges, Sciences et Avenir et La Recherche</a>. Reporterre (2025-12-30)</li><li id="ref-8"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Groupe_SIPA_Ouest-France">Inventaire des groupes de médias français (Groupe Figaro, CMI France, Groupe TF1, Altice/Libération, Reworld, PQR)</a>. Wikipédia et presse professionnelle (fiche d'inventaire, à recouper) (2026-07-25)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.e-crossmedia.com/actualites/brut-avec-bfm-rmc-la-provence-la-tribune-ou-comment-rodolphe-saade-constitue-un-puissant-groupe-de-medias-en-epousant-l-epoque-628">Avec BFM, RMC, La Provence, La Tribune : comment Rodolphe Saadé constitue un puissant groupe de médias</a>. e-crossmedia (2025)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.cbnews.fr/medias/image-monde-daniel-kretinsky-se-desengage-xavier-niel-seul-maitre-bord-79038">Image du Monde : Daniel Kretinsky se désengage, Xavier Niel seul maître à bord</a>. CB News (2023)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.franceinfo.fr/economie/medias/la-reforme-de-l-audiovisuel-public-rejetee-des-l-entame-des-debats-a-l-assemblee-nationale_7348230.html">La réforme de l'audiovisuel public rejetée dès l'entame des débats à l'Assemblée nationale</a>. franceinfo avec AFP (2025-07-01)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.arcom.fr/nous-connaitre/nos-missions/garantir-le-pluralisme-et-la-cohesion-sociale/le-dispositif-anti-concentration-un-outil-visant-garantir-le-pluralisme">Le dispositif anti-concentration (loi du 30 septembre 1986 dite loi Léotard)</a>. Arcom (2026-07-11)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.senat.fr/rap/r21-593-1/r21-593-1.html">Commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias en France (rapport n° 593)</a>. Sénat (2022-03-29)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/pluralisme-et-independance-de-l-information-l-arcom-devra-se-prononcer-a-nouveau-sur-le-respect-par-cnews-de-ses-obligations">Pluralisme et indépendance de l'information : l'Arcom devra se prononcer à nouveau sur CNews (n° 463162)</a>. Conseil d'État (2024-02-13)</li><li id="ref-15"><a href="https://rsf.org/en/media-concentration-france-rsf-calls-mps-support-new-bill-setting-out-key-safeguards-pluralism-and">Concentration des médias en France : RSF appelle les députés à soutenir un nouveau texte (EMFA et propositions de loi)</a>. Reporters sans frontières (RSF) (2026-02-12)</li></ol>]]></description></item><item><title>L'armateur qui possède BFM et La Tribune paie ses impôts au forfait</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/</guid><pubDate>Sat, 11 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Médias</category><category>Presse</category><category>Concentration des médias</category><category>CMA CGM</category><category>Argent public</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/cover.webp" length="57152" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 17 septembre 2025, devant les députés, Rodolphe Saadé a juré une chose. Il ne se mêle pas de ce qu&rsquo;écrivent ses journaux. En trois ans, le patron de l&rsquo;armateur CMA CGM a pourtant racheté BFM, RMC, La Tribune, La Provence et Brut. Un même homme, dont l&rsquo;entreprise dépend d&rsquo;arbitrages fiscaux de l&rsquo;État, tient désormais une part de la presse qui couvre cet État.</div>

<h2 id="un-armateur-et-un-morceau-de-la-presse">Un armateur, et un morceau de la presse</h2>
<p>Tout est allé vite. En octobre 2022, CMA CGM rachète La Provence et Corse-Matin, pour environ 81 millions d&rsquo;euros [3]. En mai 2023, le groupe s&rsquo;offre La Tribune et lance La Tribune Dimanche [3]. En mars 2024, il rachète BFM TV et RMC à Patrick Drahi, pour environ 1,55 milliard d&rsquo;euros [3]. En 2025, il prend le contrôle total de Brut [3]. Le groupe se présente comme la deuxième rédaction de France, avec plus de 1 600 journalistes [3]. Le chiffre est le sien.</p>
<p>Un armateur discret est ainsi devenu, en trois ans, un poids lourd des médias. Le troisième transporteur mondial de conteneurs possède aujourd&rsquo;hui une chaîne d&rsquo;info, une radio, deux quotidiens régionaux, un quotidien économique et un média en ligne.</p>
<h2 id="ce-que-vise-lenquête-et-ce-quelle-ne-vise-pas">Ce que vise l&rsquo;enquête, et ce qu&rsquo;elle ne vise pas</h2>
<p>Une enquête judiciaire a remis ce groupe dans l&rsquo;actualité. Elle mérite d&rsquo;être lue de près. Le parquet national financier et le parquet de Marseille ont ouvert deux enquêtes préliminaires, confirmées le 27 août 2025 [5]. La première vise Martine Vassal, présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole. Les chefs retenus par les enquêteurs : détournement de fonds publics, trafic d&rsquo;influence, corruption [5]. La seconde vise Erwan Davoux, l&rsquo;ancien cadre du département qui a lancé l&rsquo;alerte [5].</p>
<p>Martine Vassal conteste tout et parle d&rsquo;« infractions imaginaires » [5]. À ce stade, personne n&rsquo;est jugé, ni même mis en examen. La présomption d&rsquo;innocence vaut pour tous.</p>
<p>Où est La Tribune, dans ce dossier ? Le journal apparaît comme l&rsquo;organisateur d&rsquo;un forum sur l&rsquo;Afrique, dont le financement par ces collectivités locales fait partie des points examinés [4, 5]. C&rsquo;est cet événement, et son argent public, qui accroche le titre à l&rsquo;enquête [4]. L&rsquo;enquête ne porte pas sur le rachat de La Tribune. Elle ne met en cause nommément ni le journal, ni CMA CGM, ni Rodolphe Saadé dans les actes rendus publics par le parquet [5, 4].</p>
<p>L&rsquo;affaire, à elle seule, dit donc peu de chose sur la presse de Rodolphe Saadé. Le vrai sujet est ailleurs. Et il tient sans elle.</p>
<h2 id="un-impôt-au-forfait-des-milliards-en-jeu">Un impôt au forfait, des milliards en jeu</h2>
<p>CMA CGM ne paie pas l&rsquo;impôt sur les sociétés comme les autres. Le troisième armateur mondial relève de la taxe au tonnage [2]. Son impôt est calculé sur le poids de ses navires, pas sur ses bénéfices [2]. Ce régime existe dans vingt-trois pays européens [2]. Il n&rsquo;a rien d&rsquo;illégal, et les concurrents en profitent aussi, comme le rappelle Rodolphe Saadé [2].</p>
<p>Reste l&rsquo;ordre de grandeur. Sur la seule année 2023, la Cour des comptes a chiffré le manque à gagner pour l&rsquo;État. Sous l&rsquo;impôt normal, CMA CGM aurait versé 5,6 milliards d&rsquo;euros de plus [2]. Cette année-là, le groupe a payé environ 180 millions d&rsquo;impôts au total [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5,6 milliards €</span> <span class="stat__label">l&#39;impôt en moins pour CMA CGM sur la seule année 2023, une année de profits exceptionnels, selon la Cour des comptes</span></aside>

<p>Ce chiffre reste hors norme. Il vient des profits géants du transport de conteneurs après la pandémie [2]. Sur longue période, l&rsquo;écart est bien plus faible. Le groupe et des armateurs avancent quelques dizaines de millions par an, mais ce sont des chiffres de parties prenantes, qui minimisent [2].</p>
<p>Deux chiffres circulent pourtant, et tous deux sont faux. L&rsquo;avantage fiscal n&rsquo;atteint pas 11 milliards : il approche 9,4 milliards sur deux ans [2]. La contribution exceptionnelle payée par le groupe en 2025 n&rsquo;est pas de 800 millions : elle tourne autour de 500 millions [2]. Un chiffre gonflé dessert la démonstration, dans un sens comme dans l&rsquo;autre.</p>
<p>Ce qui compte, c&rsquo;est la sensibilité du groupe aux décisions publiques. En 2025, CMA CGM a versé cette contribution exceptionnelle négociée avec l&rsquo;État, seule du secteur maritime à la payer [2]. Le budget 2026 conserve le régime au tonnage et allège la contribution [2]. Chaque loi de finances touche directement les marges du groupe.</p>
<h2 id="-je-ne-mimmisce-pas-">« Je ne m&rsquo;immisce pas »</h2>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Je ne m&rsquo;immisce pas dans la ligne éditoriale de ces journaux. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Rodolphe Saadé, le 17 septembre 2025 devant l&#39;Assemblée nationale</figcaption>
</figure>

<p>Le propriétaire chiffre ses médias à moins de 5 % des investissements du groupe [1]. Il y voit un geste pour la « vitalité démocratique » [1]. Des faits datés racontent une autre proximité entre l&rsquo;actionnaire et ses rédactions.</p>
<p>Le 10 septembre 2025, jour d&rsquo;un mouvement social national, Rodolphe Saadé signe une tribune dans La Provence [6]. Il la signe « propriétaire de La Provence » [6]. Le texte est ensuite lu à l&rsquo;antenne de BFMTV, une autre chaîne du même groupe [6]. Les sociétés de journalistes protestent aussitôt. « Un média ne peut servir de relais d&rsquo;influence à son propriétaire », écrivent-elles [6].</p>
<p>Un an et demi plus tôt, en mars 2024, le directeur de la rédaction de La Provence est suspendu une semaine [7]. En cause, une Une jugée gênante, en marge d&rsquo;un déplacement d&rsquo;Emmanuel Macron [7]. La rédaction fait grève trois jours, puis il est réintégré [7]. La ministre de la Culture rappelle alors que « l&rsquo;intérêt de l&rsquo;actionnaire ne peut pas compromettre l&rsquo;indépendance du journaliste » [7].</p>
<p>En juillet 2024, le propriétaire dit ne pas vouloir que ses chaînes adoptent une « attitude agressive » envers l&rsquo;actionnaire, dans le cas d&rsquo;une enquête sur le groupe [8]. Des juristes jugent ce souhait difficile à concilier avec la loi de 2016 sur l&rsquo;indépendance des rédactions [8].</p>
<h2 id="une-proximité-affichée-une-loi-qui-date">Une proximité affichée, une loi qui date</h2>
<p>La proximité avec le pouvoir n&rsquo;est pas cachée. En 2021, Emmanuel Macron visite le siège du groupe à Marseille [9]. Il salue « une magnifique entreprise », un « groupe exemplaire à tous égards » [9]. En 2020, une aide humanitaire du groupe au Liban avait déjà été associée à une visite officielle du président [9]. En juillet 2026, un haut responsable du renseignement français, rattaché à l&rsquo;Élysée, rejoint CMA CGM [10]. Ce départ est établi [10]. Ce qui s&rsquo;est dit ou échangé, non.</p>
<aside class="pullquote">Le même groupe dépend de l&rsquo;État et possède des médias qui le racontent.</aside>

<p>Là s&rsquo;arrête ce qui est prouvé. Les avantages fiscaux sont mesurés [2]. La proximité avec le pouvoir est documentée [9]. Les tensions sur l&rsquo;indépendance des rédactions sont datées [6, 7]. Mais aucun pacte ne relie ces faits entre eux. Rien n&rsquo;établit que la faveur fiscale paie la bienveillance des médias, ni l&rsquo;inverse. Le conflit d&rsquo;intérêts n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;un tel pacte pour exister. Le même groupe dépend de l&rsquo;État et possède des médias qui le racontent. Cela suffit à poser un problème.</p>
<p>Pourquoi rien ne l&rsquo;arrête ? La loi qui limite la concentration des médias date de 1986 [11]. Elle a été pensée pour la télévision et la radio hertziennes [11]. Elle saisit mal la presse écrite et le numérique [11]. Les rachats de journaux de Rodolphe Saadé ne butent donc sur aucun plafond [11].</p>
<p>Le Sénat a documenté le problème dès 2022, dans une enquête adoptée à l&rsquo;unanimité [13]. Une règle européenne impose depuis 2025 un contrôle indépendant des concentrations de médias [12]. La France a plus de six mois de retard pour l&rsquo;appliquer [12]. Une proposition de loi française est en discussion, mais elle n&rsquo;est pas adoptée [12].</p>
<p>Reste une question simple. Un pays laisse-t-il un industriel dépendant de l&rsquo;argent public détenir une part de sa presse ? Elle ne se tranche pas dans un prétoire. Elle se tranche par une loi, ou par son absence.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.cbnews.fr/medias/rodolphe-saade-assure-ne-pas-s-immiscer-ligne-editoriale-medias-qu-il-possede">Rodolphe Saadé assure « ne pas s'immiscer dans la ligne éditoriale » des médias qu'il possède</a>. CB News (avec l'AFP) (17 septembre 2025)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/on-vous-explique-la-taxe-au-tonnage-ce-cadeau-fiscal-de-5-milliards-d-euros-recu-par-rodolphe-saade-et-la-cma-cgm-3154385.html">On vous explique la taxe au tonnage, ce « cadeau » fiscal de 5 milliards d'euros reçu par Rodolphe Saadé et la CMA-CGM</a>. France 3 Provence-Alpes / franceinfo (mai 2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.e-crossmedia.com/actualites/brut-avec-bfm-rmc-la-provence-la-tribune-ou-comment-rodolphe-saade-constitue-un-puissant-groupe-de-medias-en-epousant-l-epoque-628">Brut avec BFM, RMC, La Provence, La Tribune : comment Rodolphe Saadé constitue un puissant groupe de médias</a>. e-crossmedia (2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://marsactu.fr/le-journal-la-tribune-de-rodolphe-saade-dans-le-viseur-du-parquet-national-financier/">Le journal La Tribune de Rodolphe Saadé dans le viseur du parquet national financier</a>. Marsactu (2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/affaire-vassal-davoux-ce-que-l-on-sait-de-la-double-enquete-preliminaire-ouverte-par-le-parquet-3207377.html">Affaire Vassal / Davoux : ce que l'on sait de la double enquête préliminaire ouverte par le parquet</a>. France 3 Provence-Alpes / franceinfo (27 août 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.ozap.com/actu/les-medias-du-groupe-ne-sont-pas-des-relais-dinfluence-une-tribune-de-rodolphe-saade-relayee-sur-bfmtv-et-dans-la-provence-declenche-la-colere-des-journalistes-de-cma-media/651588">« Les médias du groupe ne sont pas des relais d'influence » : une tribune de Rodolphe Saadé relayée sur BFMTV et dans La Provence déclenche la colère des journalistes de CMA Média</a>. Puremédias (ozap) (12 septembre 2025)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ici.fr/infos/societe/la-provence-pourquoi-la-suspension-de-son-directeur-de-la-redaction-inquiete-les-journalistes-3424770">La Provence : pourquoi la suspension de son directeur de la rédaction inquiète les journalistes</a>. France Bleu / ICI (Radio France) (mars 2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://lessurligneurs.eu/rodolphe-saade-proprietaire-de-bfm-tv-et-rmc-ne-veut-pas-que-les-chaines-du-groupe-aient-une-attitude-agressive-vis-a-vis-de-lactionnaire/">Rodolphe Saadé, propriétaire de BFM TV et RMC, ne veut pas que les chaînes du groupe aient une attitude agressive vis-à-vis de l'actionnaire</a>. Les Surligneurs (juillet 2024)</li><li id="ref-9"><a href="https://lesjours.fr/obsessions/cma-cgm-marine-marchande/ep3-aides-etat/">Les Saadé, grands armateurs d'argent public</a>. Les Jours (24 janvier 2023)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.lexpress.fr/politique/le-coordonnateur-adjoint-du-renseignement-a-lelysee-rejoint-cma-cgm">INFO L'EXPRESS. Thierry Wiley, adjoint du coordonnateur national du renseignement, rejoint CMA-CGM</a>. L'Express (25 juin 2026)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.arcom.fr/nous-connaitre/nos-missions/garantir-le-pluralisme-et-la-cohesion-sociale/le-dispositif-anti-concentration-un-outil-visant-garantir-le-pluralisme">Le dispositif anti-concentration, un outil visant à garantir le pluralisme (loi du 30 septembre 1986)</a>. Arcom (loi du 30 septembre 1986)</li><li id="ref-12"><a href="https://rsf.org/en/media-concentration-france-rsf-calls-mps-support-new-bill-setting-out-key-safeguards-pluralism-and">Media concentration in France : RSF calls on MPs to support a new bill setting out key safeguards for pluralism</a>. Reporters sans frontières (2026)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.senat.fr/rap/r21-593-1/r21-593-1.html">Rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias en France (n° 593)</a>. Sénat (29 mars 2022)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>