<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Sécurité | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/securite/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sun, 26 Jul 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/securite/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/securite/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Trafic de drogue : les recrues viennent de toute la France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/narcotrafic-nationalite-profils-reseaux-donnees/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/narcotrafic-nationalite-profils-reseaux-donnees/</guid><pubDate>Sun, 26 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Narcotrafic</category><category>Sécurité</category><category>Immigration</category><category>Jeunesse</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/narcotrafic-nationalite-profils-reseaux-donnees/cover.webp" length="202736" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">À Marseille, un adolescent de quinze ans a été jugé pour un assassinat. La victime, Socayna, est morte chez elle, touchée par une balle perdue. En ville, les auteurs de règlements de comptes ont le plus souvent entre seize et vingt et un ans. Le trafic de drogue tue. Et il recrute des enfants.</div>

<h2 id="une-menace-lourde-et-chiffrée">Une menace lourde, et chiffrée</h2>
<p>Le marché de la drogue n&rsquo;a jamais été aussi gros. En 2024, les douanes et la police ont saisi 53,5 tonnes de cocaïne, plus du double de 2023 [1]. En dix ans, les saisies de cocaïne ont été multipliées par cinq [2]. La cocaïne est même devenue le premier marché en valeur, devant le cannabis, autour de trois milliards d&rsquo;euros par an [1]. C&rsquo;est un ordre de grandeur, la fourchette est large.</p>
<p>La violence suit. En 2024, les violences liées au trafic ont fait 110 morts et 341 blessés dans le pays [5]. Le chiffre baisse sur un an, mais il reste supérieur d&rsquo;un tiers à celui de 2021 [1]. Le trafic touche surtout la moitié sud, Marseille, Grenoble, Toulouse en tête [5]. À Marseille et ses alentours, les règlements de comptes ont fait 24 morts en 2024, contre 49 l&rsquo;année précédente [6]. Le trafic s&rsquo;installe partout : environ 3 000 points de deal sont recensés sur le territoire [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">110</span> <span class="stat__label">morts dans les violences liées au trafic de drogue en France en 2024</span></aside>

<p>Des victimes n&rsquo;ont rien à voir avec la drogue. Fayed, dix ans, tué à Nîmes. Socayna, à Marseille [2]. La peur des habitants est réelle, et elle ne vient pas de nulle part.</p>
<h2 id="qui-tient-les-réseaux">Qui tient les réseaux</h2>
<p>Le trafic est organisé sur deux étages. Le gros et le demi-gros sont aux mains de grands réseaux criminels [3]. Le détail se fait par une multitude de petits canaux tenus par des usagers-revendeurs [3].</p>
<p>Au sommet, le tableau est mixte. On y trouve des groupes du crime organisé étranger, albanais et géorgien en particulier [3]. C&rsquo;est un fait, il se dit. Mais ce ne sont pas eux qui dominent le marché. Sur la cocaïne, ce sont des réseaux dits « de cité » qui ont pris le dessus depuis dix ans, au gros comme au détail [3]. Ils sont installés dans les quartiers populaires des grandes villes françaises. Et une partie des têtes sont des Français partis piloter le commerce de gros depuis le sud de l&rsquo;Espagne, où ils blanchissent l&rsquo;argent [3].</p>
<p>Autrement dit, ni un trafic importé par des étrangers, ni un trafic « tout français ». Les deux versants existent, et le versant qui pèse le plus est français.</p>
<h2 id="des-petites-mains-venues-de-partout">Des petites mains venues de partout</h2>
<p>C&rsquo;est en bas de la pyramide que le récit d&rsquo;une main d&rsquo;œuvre importée se défait le plus nettement. Les guetteurs et les vendeurs sont recrutés « de la France entière » [2]. Des « jobbeurs » sont envoyés à des centaines de kilomètres de chez eux [2]. Le procureur de Marseille parle de « narcotourisme », la ville vue comme un eldorado [2].</p>
<p>Et ils sont de plus en plus jeunes. Des mineurs de onze, douze, treize ans sont recrutés [2]. À Marseille, la moitié de la délinquance des mineurs est liée au trafic [2]. Sur les personnes écrouées au niveau national pour un assassinat ou une tentative liés au trafic, un quart avaient moins de vingt ans, seize étaient mineures [5].</p>
<p>Les étrangers en situation irrégulière et les mineurs isolés venus d&rsquo;ailleurs existent, eux aussi, dans ce paysage. Mais les sources de référence les décrivent en bas de chaîne, comme une main d&rsquo;œuvre exploitée : dettes fictives, séquestrations, violences, parfois traite d&rsquo;êtres humains [2]. Ils sont utilisés par le trafic, ils n&rsquo;en sont ni la tête ni la cause.</p>
<p>Le trafic a besoin, chaque année, de bras neufs. Il va les chercher dans tout le pays, jusque dans des villes loin des grands ports. C&rsquo;est ce qui le rend proche de chacun.</p>
<h2 id="ce-que-disent-les-profils">Ce que disent les profils</h2>
<p>Les statistiques publiques dressent un portrait net des personnes mises en cause pour trafic. En 2024, elles étaient environ 52 300 [4]. L&rsquo;âge médian est de vingt et un ans, plus des deux tiers ont moins de trente ans, un sur cinq est mineur [4]. Neuf sur dix sont des hommes [4].</p>
<p>Et la grande majorité sont français. Les étrangers représentent 22 % des mis en cause pour trafic [4]. Donc près de huit sur dix sont de nationalité française.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">78 %</span> <span class="stat__label">des personnes mises en cause pour trafic de stupéfiants sont de nationalité française (2024)</span></aside>

<p>Cette part de 22 % dépasse le poids des étrangers dans la population, qui est de 8 %. Elle a doublé depuis 2016 [4, 7]. Le fait est là, il ne s&rsquo;efface pas. Mais il faut savoir ce qu&rsquo;il mesure.</p>
<p>Un mis en cause n&rsquo;est pas un condamné. C&rsquo;est une personne que la police soupçonne, présumée innocente tant qu&rsquo;un tribunal n&rsquo;a pas tranché [4]. Le trafic est aussi une infraction sans plainte. On n&rsquo;en compte que ce que les services vont chercher. Le chiffre suit donc leur activité de contrôle autant que le terrain [4]. « Étranger » ne veut pas dire « immigré » non plus. Un étranger peut être né en France, un immigré peut être français [7]. Enfin, les jeunes hommes sont surreprésentés dans toute la délinquance, quelle que soit leur nationalité. Une fois l&rsquo;âge et le sexe pris en compte, une étude conclut à l&rsquo;absence d&rsquo;effet de l&rsquo;immigration sur la délinquance [7].</p>
<p>Une exception mérite d&rsquo;être dite, sans la gonfler. C&rsquo;est le crack. Parmi les mis en cause pour son trafic, 47 % sont étrangers, dont une large majorité d&rsquo;une nationalité africaine [4]. Mais l&rsquo;effectif est minuscule : environ 900 personnes, moins de 2 % du trafic de stupéfiants, concentré à Paris [4]. C&rsquo;est un segment étroit, pas le portrait du narcotrafic. Et une nationalité déclarée n&rsquo;est pas une origine.</p>
<h2 id="comment-lorigine-entre-dans-le-débat">Comment l&rsquo;origine entre dans le débat</h2>
<p>Les données ne relient pas le trafic à l&rsquo;immigration. Le discours public, lui, le fait, par deux chemins.</p>
<p>Le premier consiste à nommer des groupes par leur origine pour illustrer le trafic. Devant le Sénat, en avril 2024, le ministre de l&rsquo;Intérieur d&rsquo;alors cite des Nigérians à Marseille pour la cocaïne et l&rsquo;héroïne, des communautés albanaises à l&rsquo;est, des Sénégalais et le crack à Paris [7].</p>
<p>Le second consiste à ranger le narcotrafic parmi les conséquences de l&rsquo;immigration, sans chiffre à l&rsquo;appui.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Dès que j&rsquo;ouvre un dossier, je suis confronté à l&rsquo;échec de nos politiques migratoires et d&rsquo;intégration, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse du narcotrafic, de la délinquance du quotidien, de la défense de la laïcité ou de l&rsquo;islamisme. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Bruno Retailleau, ministre de l&#39;Intérieur, novembre 2024</figcaption>
</figure>

<p>Ces propos viennent de ministres qui commentent leur propre domaine de sécurité et défendent leur bilan [8]. Leur parole est un point de vue, pas une mesure. Face à eux, le rapport de référence sur l&rsquo;organisation du trafic, celui du Sénat, ne fait pas ce lien entre narcotrafic et immigration [2]. Les mêmes travaux décrivent des réseaux de cité français au sommet du marché de la cocaïne, et des recrues venues de toute la France [2, 3].</p>
<h2 id="ce-qui-reste">Ce qui reste</h2>
<p>Le trafic prospère, il tue, et il rajeunit ses recrues. Il pèse des milliards, il tient 3 000 points de vente, il envoie des enfants de treize ans tenir des guets à des centaines de kilomètres de chez eux. Chaque année, il lui faut du sang neuf. Il le trouve dans tout le pays.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ofdt.fr/publication/2025/drogues-et-addictions-chiffres-cles-2025-2474">L'offre de stupéfiants en France en 2024</a>. OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives) (février 2026)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.senat.fr/notice-rapport/2023/r23-588-1-notice.html">Rapport de la commission d'enquête sur l'impact du narcotrafic en France, n° 588 (2023-2024)</a>. Sénat (7 mai 2024)</li><li id="ref-3"><a href="https://en.ofdt.fr/sites/ofdt/files/2025-01/france2024_08_en_marketcrime_vf_0.pdf">Drug Market and Crime workbook 2024 – France</a>. OFDT / EUDA (agence européenne des drogues) (2024)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/Actualites/Interstats-Analyse-n-78-Caracteristiques-des-infractions-de-trafic-ou-usage-de-stupefiants-selon-le-type-de-substance-impliquee-depuis-2016-premier-etat-des-lieux">Interstats Analyse n° 78, caractéristiques des infractions de trafic ou usage de stupéfiants selon le type de substance depuis 2016</a>. SSMSI (service statistique ministériel de la sécurité intérieure) (décembre 2025)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ici.fr/infos/societe/narcotrafic-110-morts-et-341-blesses-dans-des-violences-liees-au-trafic-de-drogue-en-france-en-2024-6210523">Narcotrafic : 110 morts et 341 blessés dans des violences liées au trafic de drogue en France en 2024</a>. France Bleu / ICI (Radio France) (6 février 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/criminalite-a-marseille/le-nombre-de-narchomicides-a-baisse-de-60-a-marseille-en-2024_7028342.html">Le nombre de narchomicides a baissé de 60 % à Marseille en 2024</a>. franceinfo (Radio France) (21 janvier 2025)</li><li id="ref-7"><a href="https://defacto-observatoire.fr/Medias/Factuel/Fact-checks/Immigration-et-delinquance-attention-aux-interpretations-trompeuses-des-chiffres-du-ministere-de-l-Interieur/">Immigration et délinquance : attention aux interprétations trompeuses des chiffres du ministère de l'Intérieur</a>. DE FACTO (Sciences Po, EHESS, CNRS) / AFP Factuel (6 mai 2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.lejdd.fr/politique/exclusif-bruno-retailleau-devoile-son-plan-choc-pour-lutter-contre-le-narcotrafic-en-france-151381">Bruno Retailleau dévoile son plan pour lutter contre le narcotrafic en France</a>. Le Journal du dimanche (6 novembre 2024)</li></ol>]]></description></item><item><title>Délinquance 2025 : les violences montent, les vols et les homicides non</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/delinquance-2025-ce-que-les-chiffres-montrent/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/delinquance-2025-ce-que-les-chiffres-montrent/</guid><pubDate>Fri, 10 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Délinquance</category><category>Sécurité</category><category>Statistiques</category><category>Médias</category><category>Immigration</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/delinquance-2025-ce-que-les-chiffres-montrent/cover.webp" length="202736" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Un chiffre a circulé cet été : plus 37 % d&rsquo;homicides. Le bilan annuel du ministère de l&rsquo;Intérieur en donne un autre : plus 1 %, soit 982 victimes en 2025. Les deux sortent de la même source. L&rsquo;écart tient à la manière de compter.</div>

<h2 id="des-chiffres-qui-montent-dautres-qui-baissent">Des chiffres qui montent, d&rsquo;autres qui baissent</h2>
<p>Le service statistique du ministère de l&rsquo;Intérieur a publié son bilan 2025. Il suit dix-huit indicateurs. Le mot qu&rsquo;il emploie lui-même est « contrastées » [1].</p>
<p>Plusieurs violences aux personnes augmentent. Les violences physiques enregistrées progressent de 5 %. Les violences sexuelles de 8 %. Les tentatives d&rsquo;homicide de 5 % [1].</p>
<p>Plusieurs atteintes aux biens reculent. Les vols de véhicules baissent de 9 %. Les vols avec armes de 7 %. Les cambriolages de logement de 3 % [1].</p>
<p>Ce n&rsquo;est donc pas une hausse d&rsquo;ensemble. C&rsquo;est un tableau où chaque ligne bouge dans son sens. Un titre qui n&rsquo;en garde qu&rsquo;une moitié, dans un sens ou dans l&rsquo;autre, ne décrit pas l&rsquo;année.</p>
<h2 id="le-chiffre-le-plus-solide">Le chiffre le plus solide</h2>
<p>Un indicateur résiste mieux que les autres : les homicides. Un mort est presque toujours enregistré. Le nombre ne dépend donc pas de la décision d&rsquo;une victime d&rsquo;aller au commissariat.</p>
<p>En 2025, il s&rsquo;établit à 982 victimes, en hausse de 1 % sur un an [1]. C&rsquo;est ce chiffre-là qu&rsquo;il faut comparer au « plus 37 % » qui a circulé. Ce dernier vient d&rsquo;une fenêtre courte, de quelques mois. L&rsquo;année entière, consolidée, donne plus 1 %.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">982</span> <span class="stat__label">homicides enregistrés en 2025, soit &#43;1 % sur un an</span></aside>

<p>Sur longue période, la tendance est encore plus nette. Le taux d&rsquo;homicides a été divisé par deux depuis le début des années 1990 : environ 3 pour 100 000 habitants en 1993, 1,4 en 2022 [5]. En volume, on comptait près de 1 400 morts par an il y a vingt ans, moins de mille aujourd&rsquo;hui [5]. C&rsquo;est le fait qui contredit le plus directement l&rsquo;idée d&rsquo;une France qui « s&rsquo;ensauvage » [6].</p>
<h2 id="ce-quun-chiffre-compte-et-ce-quil-rate">Ce qu&rsquo;un chiffre compte, et ce qu&rsquo;il rate</h2>
<p>Reste le point décisif. Ces chiffres ne mesurent pas la délinquance réelle. Ils comptent les faits <strong>enregistrés</strong> par la police et la gendarmerie. Ce n&rsquo;est pas la même chose, et le producteur le dit lui-même.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« De nombreuses personnes ne portent pas plainte, ce qui tend à sous-estimer l&rsquo;ampleur de la délinquance à partir des infractions enregistrées par la police et la gendarmerie nationales. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Le service statistique du ministère de l&#39;Intérieur</figcaption>
</figure>

<p>Le nombre de plaintes varie du tout au tout selon le fait subi. Neuf vols de voiture sur dix sont déclarés. Mais à peine une violence physique sur cinq, et une violence sexuelle sur trente-trois [2, 3]. Une personne agressée qui renonce à porter plainte, parce qu&rsquo;elle « n&rsquo;y croit pas », sort du décompte. Elle a bien été victime. Le chiffre l&rsquo;ignore.</p>
<p>D&rsquo;où une conséquence contre-intuitive. Quand une violence est mieux accueillie au commissariat, les plaintes montent. Le chiffre monte donc aussi, sans qu&rsquo;il y ait plus de faits. Le service statistique l&rsquo;écrit pour les violences intrafamiliales et pour les violences sexuelles, portées depuis 2018 par la libération de la parole [1, 2].</p>
<aside class="pullquote">Plus de plaintes ne veut pas dire plus de faits.</aside>

<p>Un fact-check a mis ce piège en évidence. Dans le Loir-et-Cher, les violences intrafamiliales enregistrées ont bondi de 46 % entre 2022 et 2023. La cause était le meilleur accueil des victimes, pas une flambée réelle [7].</p>
<h2 id="la-mesure-qui-ne-dépend-pas-des-plaintes">La mesure qui ne dépend pas des plaintes</h2>
<p>Pour voir sous la surface, il existe un autre instrument. Une grande enquête interroge chaque année la population, plaignants ou non, sur ce qu&rsquo;elle a subi [3]. C&rsquo;est le contrepoint des plaintes, et les deux sont jugés « indissociables » [2].</p>
<p>Son résultat est clair. Environ 700 000 personnes se disent chaque année victimes de violences physiques, un total stable depuis vingt ans [4]. Loin, donc, du « million d&rsquo;agressions » qui a tourné sur les réseaux, un calcul qui gonflait 300 000 faits par un taux de sous-déclaration appliqué à tort [7]. La délinquance effectivement subie est bien plus stable que le compteur des plaintes ne le laisse croire.</p>
<h2 id="deux-façons-opposées-de-tordre-un-chiffre">Deux façons opposées de tordre un chiffre</h2>
<p>Le même chiffre officiel est mis en scène dans les deux sens, et le scepticisme doit valoir pour les deux.</p>
<p>D&rsquo;un côté, un ministre qui défend son bilan. Fin janvier, il récuse toute « brutalisation » et parle d&rsquo;« exagération », alors que treize des dix-huit indicateurs progressent [1, 9]. Il met en avant les baisses et s&rsquo;attribue les résultats. Un télégramme aux préfets aligne les « trophées » : 37 045 interpellations, 4,9 tonnes de stupéfiants saisies. Y figure aussi cette ligne : « 14 131 étrangers en situation irrégulière interpellés ». Elle est rangée parmi les résultats contre la délinquance [10].</p>
<p>De l&rsquo;autre, le procédé inverse. Une variation de quelques mois, volatile, est brandie à la place de l&rsquo;année consolidée. Le « plus 37 % d&rsquo;homicides » contre le plus 1 % réel en est l&rsquo;exemple. Une fenêtre courte donne des écarts spectaculaires qui s&rsquo;effacent sur douze mois.</p>
<h2 id="lire-le-chiffre--étrangers--sans-se-faire-avoir">Lire le chiffre « étrangers » sans se faire avoir</h2>
<p>Un dernier chiffre revient toujours. Les étrangers, 9 % des résidents, sont plus souvent mis en cause pour certains vols : 37 % des vols dans les véhicules, 36 % des cambriolages [1]. Le fait est réel. Ce qu&rsquo;il ne dit pas l&rsquo;est aussi.</p>
<p>« Mis en cause » n&rsquo;est pas « condamné » : c&rsquo;est un soupçon, pas un jugement. On enregistre davantage là où la police se concentre. Et les mis en cause sont surtout de jeunes hommes, quelle que soit leur nationalité [8]. Les étrangers sont d&rsquo;ailleurs aussi surreprésentés parmi les victimes, par exemple des vols avec armes [8]. Aucun lien de cause à effet n&rsquo;est établi entre immigration et délinquance, et des études étrangères récentes n&rsquo;en trouvent pas [8].</p>
<p>Un autre chiffre passe plus inaperçu. La part des mineurs parmi les mis en cause baisse depuis 2016, pour les vols comme pour les violences hors du cadre familial [1]. La jeunesse n&rsquo;est pas de plus en plus violente dans ces statistiques. Elle l&rsquo;est de moins en moins.</p>
<h2 id="ce-que-les-chiffres-permettent-de-dire">Ce que les chiffres permettent de dire</h2>
<p>Au bout du compte, la donnée 2025 dit ceci. Des mouvements réels et contrastés selon le fait. Une hausse de fond des violences aux personnes, dont une part est une hausse des signalements. Une baisse durable des vols et des homicides. Et un compteur qui, seul, ne suffit jamais à trancher.</p>
<p>La peur, elle, est un autre objet, mesuré à part. Environ deux personnes sur dix se disent en insécurité, une proportion stable depuis quinze ans [4]. Ce ressenti est réel, et il n&rsquo;a pas à être nié. Mais il ne se calque pas sur la courbe des faits les plus graves. Confondre les deux, c&rsquo;est laisser un chiffre dire ce qu&rsquo;il ne mesure pas.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/insecurite-et-delinquance-en-2025-premiere-photographie">Insécurité et délinquance en 2025, une première photographie</a>. SSMSI, ministère de l'Intérieur (2026-01-29)</li><li id="ref-2"><a href="https://blog.insee.fr/delinquance-enregistree-par-la-police-et-la-gendarmerie-et-enquete-statistique-de-victimation-deux-outils-indissociables-pour-mesurer-une-meme-realite/">Délinquance enregistrée et enquête de victimation : deux outils indissociables (avec la note méthode SSMSI n°26)</a>. Blog Insee et SSMSI (2023)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/Interstats/L-enquete-Vecu-et-ressenti-en-matiere-de-securite-VRS">Vécu et ressenti en matière de sécurité (VRS), enquête 2023</a>. SSMSI-Insee (2023)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/divers-tendances_conditions/evolutioninsecurite/">L'insécurité n'augmente pas en France</a>. Centre d'observation de la société (2026-03-27)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.observationsociete.fr/modes-de-vie/divers-tendances_conditions/evolution-homicides/">Évolution des homicides</a>. Centre d'observation de la société (2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.franceinfo.fr/vrai-ou-fake/vrai-ou-faux-la-societe-est-elle-en-train-de-s-ensauvager_6198273.html">Vrai ou Faux : la société est-elle en train de s'ensauvager ?</a>. franceinfo (2023-11-21)</li><li id="ref-7"><a href="https://defacto-observatoire.fr/Medias/Les-Surligneurs/Fact-checks/FactCheck-Non-il-n-y-a-pas-d-explosion-du-nombre-d-agressions-en-France/">Non, il n'y a pas d'explosion du nombre d'agressions en France</a>. Les Surligneurs (via Defacto) (2024-06-06)</li><li id="ref-8"><a href="https://defacto-observatoire.fr/Medias/Factuel/Fact-checks/Immigration-et-delinquance-attention-aux-interpretations-trompeuses-des-chiffres-du-ministere-de-l-Interieur/">Immigration et délinquance : attention aux interprétations trompeuses des chiffres du ministère de l'Intérieur</a>. AFP Factuel (via Defacto) (2024-05-06)</li><li id="ref-9">Chiffres de la délinquance en hausse en 2025 : le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez minimise. Europe 1 (2026-01-31)</li><li id="ref-10">Lutte contre la délinquance : Laurent Nuñez vante des chiffres « encourageants » auprès des préfets (télégramme consulté par l'AFP). franceinfo (dépêche AFP) (2025-11-26)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>