<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Racisme | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/racisme/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sat, 25 Jul 2026 07:54:37 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/racisme/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/racisme/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Crépol : le mobile raciste ajouté au dossier, mais rien n'est encore jugé</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/</guid><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 07:54:37 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Crépol</category><category>Justice</category><category>Racisme</category><category>Droit pénal</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/cover.webp" length="153654" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, une rixe éclate à la sortie du bal de l&rsquo;hiver de Crépol, dans la Drôme. Des couteaux sortent. Quatre personnes sont grièvement blessées. Thomas Perotto, seize ans, meurt pendant son transport à l&rsquo;hôpital. Vingt mois plus tard, l&rsquo;essentiel manque toujours : qui a porté le coup mortel.</div>

<h2 id="ce-que-les-juges-ont-fait-le-20-juillet">Ce que les juges ont fait le 20 juillet</h2>
<p>Le 20 juillet 2026, les juges d&rsquo;instruction de Valence ont ajouté au dossier une circonstance aggravante de racisme [2]. Ils l&rsquo;ont fait contre l&rsquo;avis du parquet [2].</p>
<p>Une circonstance aggravante ne crée pas un crime. Elle alourdit la peine d&rsquo;un crime déjà reproché. Le crime reproché, lui, ne change pas. C&rsquo;est un homicide et des tentatives d&rsquo;homicide. Quatorze hommes sont mis en examen pour ces faits [1]. Ils sont présumés innocents. Aucun n&rsquo;a reconnu le coup mortel [1, 2].</p>
<p>Cet ajout n&rsquo;est pas un jugement. C&rsquo;est un acte d&rsquo;instruction. Il peut encore tomber. L&rsquo;ordonnance qui décidera du renvoi devant la cour d&rsquo;assises n&rsquo;est pas écrite [1]. Les jurés, ensuite, pourront retenir cette circonstance ou l&rsquo;écarter. Le procès n&rsquo;aura pas lieu avant fin 2027 [1]. Sur le fond, rien n&rsquo;est jugé.</p>
<h2 id="un-désaccord-à-lintérieur-de-la-justice">Un désaccord à l&rsquo;intérieur de la justice</h2>
<p>Ces témoignages ne sont pas nouveaux. Ils sont au dossier depuis le premier jour. Dès novembre 2023, le parquet lui-même les avait recensés : « neuf témoins ou victimes sur les 104 auditionnés » rapportaient des propos hostiles aux Blancs [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">9 sur 104</span> <span class="stat__label">témoins ou victimes entendus rapportent des propos hostiles aux Blancs (parquet de Valence, novembre 2023)</span></aside>

<p>Le même parquet en tirait alors la conclusion inverse de celle des juges. Son chef l&rsquo;a dite publiquement, le 26 novembre 2023 [3].</p>
<blockquote>
<p>« À ce stade de l&rsquo;enquête, rien ne caractérise un mobile raciste, une attaque anti-blanc. »</p>
</blockquote>
<p>Les éléments, ajoutait-il, n&rsquo;étaient « ni suffisants, ni déterminants juridiquement » [3]. Cette lecture, le parquet l&rsquo;a tenue jusqu&rsquo;à ses réquisitions de juin 2026 [1, 2].</p>
<aside class="pullquote">Les mêmes témoignages sont au dossier depuis novembre 2023. Deux magistratures les lisent en sens contraire.</aside>

<p>Un propos revient dans le récit, « on est là pour planter des Blancs ». C&rsquo;est un témoignage versé au dossier, rapporté par une source proche de l&rsquo;enquête [2]. Aucun aveu, aucune preuve matérielle ne l&rsquo;ont confirmé à ce jour. Il pèse le poids d&rsquo;une déclaration, pas d&rsquo;un fait établi.</p>
<p>Voilà l&rsquo;état du dossier. Le parquet, qui porte l&rsquo;accusation, a jugé le mobile raciste non caractérisé pendant deux ans et demi. Les juges d&rsquo;instruction, indépendants, l&rsquo;ont retenu en juillet 2026, après les observations de parties civiles [2]. Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;a le dernier mot. Le parquet est partie au procès. Les juges tranchent l&rsquo;instruction, pas la culpabilité. Le seul point acquis aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est que rien n&rsquo;est encore tranché sur le fond.</p>
<h2 id="un-récit-installé-bien-avant">Un récit installé bien avant</h2>
<p>Le mot est venu avant l&rsquo;acte. Dès le 21 novembre 2023, plusieurs responsables politiques parlaient de « razzia », de « guerre de civilisation », de « francocide » [8]. Un autre parlait d&rsquo;« une tuerie commise par des racailles » [8]. L&rsquo;identité des agresseurs, elle, était encore inconnue [8]. Au même moment, le parquet disait que rien ne caractérisait un mobile raciste [3]. Le récit courait déjà, deux ans et demi devant la justice.</p>
<p>En juillet 2026, plusieurs responsables politiques ont salué l&rsquo;ajout de la circonstance. Ils ont parlé d&rsquo;« une vérité » reconnue, d&rsquo;une « avancée judiciaire », de la « parole des victimes entendue » [2]. L&rsquo;acte qu&rsquo;ils décrivent est une circonstance ajoutée à l&rsquo;instruction, contre l&rsquo;avis du parquet, tirée de témoignages, et réversible [2]. Il ne désigne pas l&rsquo;auteur du coup mortel. Il n&rsquo;établit pas un crime raciste. Il ouvre une question pour le procès.</p>
<h2 id="une-victime-blanche-protégée-par-la-même-loi">Une victime blanche, protégée par la même loi</h2>
<p>Reste une question plus large que Crépol : que protège le droit quand une personne est visée parce qu&rsquo;elle est blanche ?</p>
<p>La réponse est nette. La loi la protège comme n&rsquo;importe quelle autre victime. Les textes ne nomment aucune couleur. Ils répriment les actes commis « à raison de l&rsquo;appartenance ou de la non-appartenance » d&rsquo;une personne à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion [4]. Le mot « non-appartenance » vise aussi celui qu&rsquo;on attaque parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de tel groupe. Une victime blanche entre dans le texte, à l&rsquo;identique.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une théorie. En 2010, un homme est agressé sur un quai du RER à la gare du Nord, insulté « sale Blanc », « sale Français ». En 2014, la justice a retenu la circonstance de racisme : trois ans de prison [5]. La même année, un homme a été condamné à trois mois ferme pour injure raciale après un « sale Français, sale Blanc » lancé dans un train [6]. Être insulté pour sa couleur est puni. Point.</p>
<p>L&rsquo;application reste rare et prudente. Souvent, les juges retiennent le seul outrage et écartent le motif racial [6]. Et une limite existe. Dénoncer un racisme prêté à la société française tout entière n&rsquo;est pas puni : la Cour de cassation l&rsquo;a jugé en 2018, au nom de la liberté d&rsquo;expression [7]. Viser une personne, oui. Mettre en cause « la société » dans son ensemble, non. La loi sépare les deux.</p>
<h2 id="aucun-délit-ne-porte-ce-nom">Aucun délit ne porte ce nom</h2>
<p>Un point sépare pourtant le droit du récit. Aucune infraction ne s&rsquo;appelle « racisme anti-Blancs ». Aucune ne s&rsquo;appelle « anti-Noirs » ni « anti-Arabes » non plus. La loi ne classe pas les victimes par groupe. Elle punit l&rsquo;acte raciste, quelle que soit la cible [4]. Et rien, dans le droit en vigueur, ne crée une telle catégorie [4].</p>
<p>Reste le mot lui-même. Il recouvre deux choses différentes.</p>
<p>La première est un fait : une insulte, un coup, une agression qui vise une personne parce qu&rsquo;elle est blanche. Cela existe, et la loi le punit, on vient de le voir.</p>
<p>La seconde est une notion de sciences sociales : le racisme comme système, un pouvoir qui commande l&rsquo;accès au logement, à l&rsquo;emploi, à la sécurité. Sur ce terrain, une partie des chercheurs le conteste. Pour eux, ce système ne s&rsquo;applique pas à un groupe majoritaire, donc pas de « racisme anti-Blancs » à ce sens-là [6, 9]. C&rsquo;est une position de recherche, discutée, pas une vérité tranchée.</p>
<p>Ce sont deux questions distinctes, souvent mêlées dans le débat public. Les deux peuvent être vraies en même temps, parce qu&rsquo;elles ne parlent pas du même objet. Un spécialiste du sujet parle d&rsquo;un « débat piégé » [6].</p>
<p>Le terme, enfin, a une histoire. Il a d&rsquo;abord été porté par l&rsquo;extrême droite. Depuis les années 1980, le Front national et une association militante en ont fait un cheval de bataille [9]. Cette association a multiplié les procès, avec peu de succès [10]. En 2012, le mot est passé dans une partie de la droite de gouvernement, par un manifeste [9]. L&rsquo;idée d&rsquo;une « oppression systémique des Blancs » prolonge cette histoire. Le droit ne la connaît pas, faute de catégorie par groupe. Une partie des sciences sociales la conteste. Elle reste une thèse discutée, distincte de l&rsquo;insulte que la loi, elle, punit bel et bien.</p>
<h2 id="ce-qui-reste-dû">Ce qui reste dû</h2>
<p>Reste Thomas Perotto. Seize ans, mort il y a vingt mois. L&rsquo;homme qui a porté le coup n&rsquo;est toujours pas identifié. Quatorze personnes restent mises en examen. Un procès dira qui a fait quoi. Il ne s&rsquo;ouvrira pas avant fin 2027 [1]. C&rsquo;est là que les responsabilités seront établies, une par une.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/drome/meurtre-de-thomas-a-crepol-le-parquet-de-valence-a-rendu-ses-requisitions-definitives-dans-l-enquete-sur-la-mort-de-thomas-3367066.html">Meurtre de Thomas à Crépol : le parquet de Valence a rendu ses réquisitions définitives</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (2026-06-11)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/meurtre-de-thomas-a-crepol/meurtre-de-thomas-a-crepol-la-circonstance-aggravante-de-racisme-retenue-par-les-juges-d-instruction_8119274.html">Meurtre de Thomas à Crépol : la circonstance aggravante de racisme retenue par les juges d'instruction</a>. Agence France-Presse, via franceinfo (2026-07-23)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/mort-de-thomas-le-procureur-de-la-republique-appelle-au-calme-et-au-respect-de-chacun-6835939">Mort de Thomas : le procureur de la République appelle au calme et au respect de chacun</a>. France Bleu Drôme (Radio France) (2023-11-26)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417501">Article 132-76 du code pénal (circonstance aggravante de racisme) et articles 24, 32, 33 de la loi du 29 juillet 1881</a>. Légifrance et service-public.gouv.fr (version en vigueur (2017))</li><li id="ref-5"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/premiere-condamnation-pour-racisme-anti-blanc_1680203.html">Première condamnation pour racisme anti-Blanc</a>. franceinfo (2014-01)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.laicite-republique.org">« Sale Français », une injure raciale ? Les hésitations des juges face au « racisme anti-Blancs » (Étienne Girard)</a>. L'Express (consulté via miroir laicite-republique.org) (2023-12-14)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.courdecassation.fr">Cour de cassation, chambre criminelle, 11 décembre 2018, n° 18-80.525 (« Nique la France »)</a>. Cour de cassation (2018-12-11)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.franceinfo.fr/replay-radio/l-edito-politique/edito-apres-le-drame-de-crepol-la-surenchere-de-la-recuperation-politique_6167967.html">Édito : après le drame de Crépol, la surenchère de la récupération politique</a>. franceinfo (Radio France), édito politique (2023-11-21)</li><li id="ref-9"><a href="https://revue-pouvoirs.fr/wp-content/uploads/pdfs_articles/pouvoirs181_p97-108_antiblancs_rac.pdf">Un racisme anti-Blancs ? (Daniel Sabbagh), revue Pouvoirs n° 181</a>. Revue Pouvoirs (Seuil) (2022)</li><li id="ref-10"><a href="https://marronnages.org/index.php/revue/article/view/8">La construction juridique de la notion de racisme anti-Blancs en France (Mathias Möschel, Marie-Laure Fournier)</a>. Revue Marronnages (revue académique) (2022-11-29)</li></ol>]]></description></item><item><title>Suicide de Joris Laurencin : ce qu'établit l'enquête, ce que dénonce sa famille</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/</guid><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 07:46:49 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Harcèlement</category><category>Racisme</category><category>Enquête judiciaire</category><category>Isère</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/cover.webp" length="36566" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Depuis plusieurs jours, une affiche rouge circule sur les réseaux dans le Nord-Isère. Elle cherche des témoins d&rsquo;une fête foraine, à Saint-Jean-de-Bournay, fin juin. Elle a été lancée par les proches de Joris Laurencin. Ce cariste de 21 ans s&rsquo;est donné la mort dans la nuit du 12 au 13 juillet. Sa famille est persuadée qu&rsquo;il a été harcelé pour ses origines. Le parquet de Vienne a ouvert deux enquêtes.</div>

<h2 id="un-cariste-de-21-ans-un-village-de-lisère">Un cariste de 21 ans, un village de l&rsquo;Isère</h2>
<p>Joris Laurencin avait 21 ans. Il était cariste. Il travaillait dans l&rsquo;entreprise de son père, à Châtonnay, un village à une trentaine de kilomètres de Vienne. Dans la nuit du 12 au 13 juillet 2026, il s&rsquo;est donné la mort près du domicile familial. [1]</p>
<p>Joris était français. Sa famille se dit « française d&rsquo;origine algérienne ». C&rsquo;est son oncle qui l&rsquo;a raconté à la presse, en demandant à rester anonyme. [1, 2]</p>
<p>Depuis, les proches réclament la vérité. Ils ont déposé plainte. [1] Ils ont lancé un appel à témoins, relayé en masse par des habitants du secteur. [1] Ils cherchent des personnes présentes à la vogue de Saint-Jean-de-Bournay, la fête foraine du 30 juin. [1]</p>
<aside class="pullquote">Il était cariste, à 21 ans, dans l&rsquo;entreprise de son père.</aside>

<h2 id="ce-que-la-famille-raconte">Ce que la famille raconte</h2>
<p>Le récit vient des proches, et de personne d&rsquo;autre pour l&rsquo;instant. Il n&rsquo;a pas été vérifié par la justice. Il faut le lire pour ce qu&rsquo;il est : la parole d&rsquo;une famille en deuil, qui accuse.</p>
<p>Selon l&rsquo;oncle, les insultes ont commencé vers ses 18 ans, après la fête des conscrits. D&rsquo;anciens camarades l&rsquo;auraient pris pour cible. « Sale Arabe », « sale bougnoule », « traître » : ce sont les mots que Joris rapportait à son père. [2] « Petit à petit, cela l&rsquo;a complexé », raconte l&rsquo;oncle. « Il disait qu&rsquo;il n&rsquo;aimait plus être mat de peau. » [2]</p>
<p>Un épisode revient dans le récit familial. Un jour, Joris aurait reçu un tee-shirt floqué « DZ Pagu ». La famille y voit une moquerie sur ses origines. Son père a tenté d&rsquo;effacer l&rsquo;inscription au fer à repasser. Puis il a écrit « Jojo » au feutre par-dessus. [2]</p>
<p>Le point culminant serait la vogue de fin juin. Joris, d&rsquo;habitude fidèle à cette fête, y serait allé anxieux. Il en serait revenu « anéanti », selon l&rsquo;oncle. [2] Une personne affirme l&rsquo;avoir vu humilié dans la buvette. [2] Cet épisode n&rsquo;est pas établi. Les sources elles-mêmes le présentent comme à vérifier par les enquêteurs. C&rsquo;est justement ce que cherche l&rsquo;appel à témoins.</p>
<h2 id="ce-que-lenquête-établit-et-ce-quelle-cherche">Ce que l&rsquo;enquête établit, et ce qu&rsquo;elle cherche</h2>
<p>Voilà pour le récit. Voici ce qui est acquis.</p>
<p>Le parquet de Vienne a ouvert deux enquêtes. La première porte sur les causes de la mort. La seconde porte sur les faits de harcèlement dénoncés par la famille. Deux qualifications sont visées : le harcèlement moral et la provocation au suicide. [2]</p>
<p>Une enquête cherche. Elle ne prouve pas. À ce jour, elle n&rsquo;a pas établi que Joris a été harcelé. Ni qui l&rsquo;aurait harcelé. Ni que ce harcèlement a causé son geste. Ces trois questions sont l&rsquo;objet même des investigations. Le lien entre le harcèlement dénoncé et le suicide n&rsquo;est pas démontré. C&rsquo;est la conviction de la famille, pas un fait jugé.</p>
<p>Les personnes visées ne sont pas nommées dans le dossier public. Elles n&rsquo;ont pas été entendues. Aucune version contraire n&rsquo;est connue à ce stade. Elles restent présumées innocentes.</p>
<p>Un signe, pourtant, que l&rsquo;affaire est prise au sérieux. À la demande de l&rsquo;avocate de la famille, le procureur a délocalisé l&rsquo;enquête. Elle est confiée à la brigade de recherches de Vienne, et non à la gendarmerie locale. [2] Le but affiché : éviter que des enquêteurs et des personnes visées se connaissent, dans une petite commune.</p>
<p>Le maire de Saint-Jean-de-Bournay, lui, appelle à la prudence. Il défend l&rsquo;image de sa commune, c&rsquo;est sa position.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Aujourd&rsquo;hui, des communes rurales sont pointées du doigt comme des communes racistes. Je vous confirme que ce n&rsquo;est pas le cas. Si des responsabilités sont établies, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de discriminations ou de racisme, j&rsquo;ai confiance en la justice et les personnes concernées devront répondre de leurs actes. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Franck Pourrat, maire de Saint-Jean-de-Bournay</figcaption>
</figure>

<h2 id="ce-que-dit-la-loi-exactement">Ce que dit la loi, exactement</h2>
<p>Deux infractions sont donc en jeu. Elles ne se confondent pas.</p>
<p>Le harcèlement moral punit une répétition de propos ou de comportements qui dégradent la vie d&rsquo;une personne et abîment sa santé. [3] La provocation au suicide punit un acte d&rsquo;incitation, mais seulement s&rsquo;il a été suivi d&rsquo;un suicide ou d&rsquo;une tentative. [4]</p>
<p>Sur les peines, un point est souvent mal restitué. On lit parfois qu&rsquo;un harcèlement ayant conduit au suicide peut valoir dix ans de prison. C&rsquo;est vrai à l&rsquo;école. C&rsquo;est vrai dans le couple. Ce ne l&rsquo;est pas ici. [3] Hors de ces deux cas, le harcèlement moral plafonne à trois ans. Le mobile raciste double la peine : elle passe alors à six ans. [3] La provocation au suicide suivie d&rsquo;effet est punie de trois ans. [4]</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">6 ans</span> <span class="stat__label">la peine maximale pour un harcèlement moral aggravé par un mobile raciste, hors cadre scolaire ou conjugal</span></aside>

<p>Reste l&rsquo;obstacle le plus lourd. Prouver qu&rsquo;un harcèlement a causé un suicide est très difficile. Les textes fixent des peines. Ils ne disent pas comment établir ce lien. C&rsquo;est souvent là que ces dossiers se jouent.</p>
<h2 id="les-recours-pour-ceux-qui-les-cherchent">Les recours, pour ceux qui les cherchent</h2>
<p>Le droit prévoit des voies concrètes. Elles valent pour toute victime de harcèlement ou de discrimination.</p>
<p>La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, qui a l&rsquo;obligation de la recevoir. [5] Le délai est de six ans après le dernier fait pour un harcèlement moral. [5] La victime peut se constituer partie civile, du dépôt de plainte jusqu&rsquo;au jugement, pour être indemnisée et suivre l&rsquo;affaire. [5] Si les ressources manquent, l&rsquo;aide juridictionnelle paie l&rsquo;avocat. [5]</p>
<p>Une association antiraciste peut aussi rejoindre la procédure. Il lui faut trois ans d&rsquo;existence, contre cinq en règle générale. [6] Pour une personne décédée, ce sont ses proches, ses ayants droit, qui donnent leur accord. [6]</p>
<p>Deux numéros, enfin. Le Défenseur des droits écoute et oriente au 39 28. Il qualifie une discrimination et peut intervenir en justice. Mais il ne juge pas et n&rsquo;indemnise pas. [7] L&rsquo;aide aux victimes, elle, répond au 116 006, gratuitement, tous les jours. [5]</p>
<p>Pour l&rsquo;heure, une phrase du parquet résume l&rsquo;affaire. « Les investigations se poursuivent afin d&rsquo;établir les circonstances précises ayant précédé son décès. » [2]</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/vienne-38/on-le-traitait-de-sale-arabe-apres-le-suicide-de-joris-21-ans-la-famille-denonce-un-harcelement-raciste-et-lance-un-appel-a-temoins-3388576.html">« On le traitait de sale Arabe » : après le suicide de Joris, 21 ans, la famille dénonce un harcèlement raciste et lance un appel à témoins</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes / franceinfo (2026-07-18)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/ils-m-ont-traite-de-bougnoule-apres-le-suicide-de-joris-son-oncle-temoigne-et-raconte-des-annees-de-harcelement-raciste-3389689.html">« Ils m'ont traité de bougnoule » : après le suicide de Joris, son oncle témoigne et raconte des années de harcèlement raciste</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes / franceinfo (2026-07-21)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037289658">Code pénal, article 222-33-2-2 (harcèlement moral) et article 132-76 (circonstance aggravante raciste)</a>. Légifrance (2024-03-23)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000021342968">Code pénal, article 223-13 (provocation au suicide)</a>. Légifrance (2026-07-24)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2354">Harcèlement moral en dehors du cadre professionnel (fiche F2354)</a>. service-public.gouv.fr (2026-07-24)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/associations/vosdroits/F1127">Constitution de partie civile par une association (fiche F1127)</a>. service-public.gouv.fr (2026-07-24)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/antidiscriminationsfr-39-28-494">Antidiscriminations.fr et le 39 28</a>. Défenseur des droits (2026-07-24)</li></ol>]]></description></item><item><title>Sous la couleur de peau, un ADN presque identique</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/genetique-humaine-idee-de-races/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/genetique-humaine-idee-de-races/</guid><pubDate>Thu, 23 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Génétique</category><category>ADN</category><category>Diversité humaine</category><category>Racisme</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/genetique-humaine-idee-de-races/cover.webp" length="19134" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Un homme du sud de l&rsquo;Inde et un Aborigène d&rsquo;Australie ont souvent la peau aussi sombre l&rsquo;un que l&rsquo;autre. Leurs ascendances, pourtant, comptent parmi les plus éloignées de la planète. La peau claire, elle, est apparue plusieurs fois, séparément, en Europe du Nord et en Asie de l&rsquo;Est, par des gènes différents. Le trait le plus visible est celui qui dit le moins d&rsquo;où l&rsquo;on vient.</div>

<h2 id="la-peau-répond-au-soleil">La peau répond au soleil</h2>
<p>La couleur de peau est une réponse au soleil. Elle suit la latitude, plus que la température ou l&rsquo;altitude. Là où les rayons ultraviolets tapent fort, la peau est foncée. Là où ils faiblissent, elle s&rsquo;éclaircit. C&rsquo;est une adaptation, mesurée et datée [7].</p>
<p>Elle tient à peu de gènes, chacun à fort effet. Une poignée de variantes suffit à changer une teinte [6]. C&rsquo;est peu, comparé aux centaines de gènes qui commandent la taille.</p>
<p>Ces variantes sont anciennes. Les allèles de peau claire comme de peau foncée existaient avant les humains modernes, il y a environ 300 000 ans [6]. La peau claire est apparue plusieurs fois de façon indépendante, par des chemins génétiques distincts [7]. Et des peuples éloignés partagent les mêmes variantes de peau foncée [6].</p>
<p>La conséquence est simple. Deux personnes de même teinte peuvent venir d&rsquo;ascendances très éloignées. Deux peuples voisins peuvent différer de couleur. Ranger les gens par la couleur de peau renseigne aussi mal sur l&rsquo;origine que les ranger par la couleur des yeux [13].</p>
<h2 id="presque-tout-se-joue-entre-voisins">Presque tout se joue entre voisins</h2>
<p>Reste la mesure de fond. Quand on ouvre l&rsquo;ADN et qu&rsquo;on compte, la différence n&rsquo;est pas là où le sens commun l&rsquo;attend. Selon les marqueurs, de 85 à 95 % de la variation génétique sépare des individus d&rsquo;un même groupe [1, 2]. Seuls 3 à 7 % distinguent les grands ensembles continentaux [1, 2].</p>
<p>Autrement dit, deux habitants d&rsquo;un même village diffèrent presque autant que deux personnes prises sur deux continents. Près de la moitié des variantes génétiques se retrouvent sur tous les continents. À peine 7 % sont propres à une seule région, et elles y restent rares [2].</p>
<aside class="pullquote">Deux habitants d&rsquo;un même village diffèrent presque autant que deux personnes prises sur deux continents.</aside>

<p>L&rsquo;espèce humaine est même peu variée. Deux humains pris au hasard partagent environ 99,9 % de leur ADN [13]. Parmi les grands singes, l&rsquo;humain figure du côté des moins divers, deux à trois fois moins que le chimpanzé [5].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">99,9 %</span> <span class="stat__label">d&#39;ADN commun entre deux humains pris au hasard</span></aside>

<h2 id="un-dégradé-pas-des-cases">Un dégradé, pas des cases</h2>
<p>Cette variation ne dessine pas de blocs séparés. Elle décroît doucement à mesure qu&rsquo;on s&rsquo;éloigne de l&rsquo;Afrique de l&rsquo;Est [4]. Chaque population née d&rsquo;une migration n&rsquo;emporte qu&rsquo;une partie de la diversité de la précédente. Les groupes plus lointains sont un échantillon appauvri, pas une lignée à part [4].</p>
<p>Le résultat est un dégradé continu, pas une carte de cases aux frontières nettes. On peut suivre la pente d&rsquo;un bout à l&rsquo;autre du globe. On ne trouve pas de mur en travers.</p>
<h2 id="classer-nest-pas-séparer">Classer n&rsquo;est pas séparer</h2>
<p>Il existe un argument en sens contraire, et il est sérieux. Pris gène par gène, l&rsquo;écart entre populations est faible. Mais en croisant assez de marqueurs d&rsquo;un coup, on retrouve bien l&rsquo;origine continentale d&rsquo;une personne. Sur un seul gène, on se trompe une fois sur trois. Sur des centaines à la fois, l&rsquo;erreur tombe presque à zéro [8].</p>
<p>Cet argument est souvent présenté comme la preuve que des races biologiques existent. Il ne prouve pas cela. Classer un point sur un dégradé, ce n&rsquo;est pas trouver une frontière. On sait situer un endroit sur une pente de couleurs sans qu&rsquo;il y ait de ligne entre le orange et le rouge.</p>
<p>Les auteurs qui ont fait émerger ces regroupements génétiques par ordinateur ont posé eux-mêmes la limite. Les regroupements sont réels mais modestes. La variation reste, pour l&rsquo;essentiel, un dégradé. Les ruptures aux grandes barrières, océans, déserts, montagnes, ne pèsent qu&rsquo;une petite part du total. Et ce résultat, ont-ils écrit, n&rsquo;appuie aucune notion de « race biologique » [3].</p>
<p>Ce qui n&rsquo;efface rien de réel. Il existe bien une structure entre populations. L&rsquo;ascendance géographique se mesure, et elle a son intérêt en médecine [3, 10]. Ce que la génétique ne trouve pas, c&rsquo;est le découpage en catégories tranchées et classées les unes au-dessus des autres. En 2018, la principale société de génétique humaine l&rsquo;a écrit noir sur blanc. L&rsquo;espèce ne se divise pas en sous-catégories biologiquement distinctes. La variation forme un dégradé sans frontières nettes. Et l&rsquo;idée de « pureté raciale » est vide de sens sur le plan scientifique [9]. Dans la discipline, on recommande désormais de parler d&rsquo;ascendance et de population, plutôt que de race [10].</p>
<h2 id="le-mot-dans-la-loi-une-autre-affaire">Le mot dans la loi, une autre affaire</h2>
<p>Tout cela règle une question de biologie, pas une question de droit. Ce sont deux plans séparés.</p>
<p>Que la race n&rsquo;ait pas de fondement biologique, un texte international le disait déjà en 1950, en parlant de « mythe social » [11]. Faut-il pour autant retirer le mot des lois, c&rsquo;est un autre débat. En France, le 12 juillet 2018, l&rsquo;Assemblée nationale a voté en première lecture le retrait du mot « race » de l&rsquo;article premier de la Constitution [12]. La réforme n&rsquo;a pas abouti. Le mot y figure toujours [12]. Des juristes tiennent à le garder, parce qu&rsquo;il sert à poursuivre le racisme, défini « à raison de la race » supposée.</p>
<p>Car l&rsquo;absence de races biologiques ne fait pas disparaître le racisme comme fait social [13]. Le premier est une donnée de laboratoire. Le second reste une réalité de la vie des gens.</p>
<p>La peau, les cheveux, la forme d&rsquo;un visage se voient au premier regard. Ils tiennent à une poignée de gènes, façonnés par le soleil et le hasard des migrations. Sous cette mince couche, deux humains partagent 99,9 % de leur ADN. Et c&rsquo;est entre voisins, pas entre continents, que se loge presque toute la différence.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9014183/">The Apportionment of Human Diversity</a>. Evolutionary Biology (repris par Phil. Trans. R. Soc. B, 2022) (1972)</li><li id="ref-2"><a href="https://rosenberglab.stanford.edu/papers/popstruct.pdf">Genetic Structure of Human Populations</a>. Science, vol. 298, p. 2381-2385 (20 décembre 2002)</li><li id="ref-3"><a href="https://journals.plos.org/plosgenetics/article?id=10.1371/journal.pgen.0010070">Clines, Clusters, and the Effect of Study Design on the Inference of Human Population Structure</a>. PLoS Genetics, vol. 1, n° 6, e70 (9 décembre 2005)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.pnas.org/doi/10.1073/pnas.0507611102">Support from the relationship of genetic and geographic distance in human populations for a serial founder effect originating in Africa</a>. PNAS, vol. 102, n° 44, p. 15942-15947 (2005)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.nature.com/articles/nature12228">Great ape genetic diversity and population history</a>. Nature, vol. 499, p. 471-475 (3 juillet 2013)</li><li id="ref-6"><a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC5759959/">Loci associated with skin pigmentation identified in African populations</a>. Science, vol. 358, n° 6365 (12 octobre 2017)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/books/NBK210015/">Human skin pigmentation as an adaptation to UV radiation</a>. National Academy of Sciences (2010)</li><li id="ref-8"><a href="https://onlinelibrary.wiley.com/doi/abs/10.1002/bies.10315">Human genetic diversity: Lewontin's fallacy</a>. BioEssays, vol. 25, n° 8, p. 798-801 (2003)</li><li id="ref-9"><a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC6218810/">ASHG Denounces Attempts to Link Genetics and Racial Supremacy</a>. The American Journal of Human Genetics, vol. 103, n° 5, p. 636 (1er novembre 2018)</li><li id="ref-10"><a href="https://as.nyu.edu/content/dam/nyu-as/cns/documents/2021raceandracismworkshop/Yudell%20M%202016%20Taking%20race%20out%20of%20genetics.pdf">Taking race out of human genetics</a>. Science, vol. 351, n° 6273, p. 564-565 (5 février 2016)</li><li id="ref-11"><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/UNESCO_statements_on_race">The Race Question (déclarations de l'UNESCO sur la race)</a>. UNESCO (1950-1951)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.vie-publique.fr/dossierlegislatif/JORFDOLE000036887872">Dossier législatif : projet de loi constitutionnelle (article premier, mot « race »)</a>. vie-publique.fr (12 juillet 2018)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.mnhn.fr/fr/existe-t-il-differentes-races-d-hommes">Existe-t-il différentes races d'hommes ?</a>. Muséum national d'histoire naturelle (28 mars 2023)</li></ol>]]></description></item><item><title>Insultes racistes visant Mbappé : une loi sévère, une condamnation incertaine</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/</guid><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 07:15:55 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Racisme</category><category>Équipe de France</category><category>Haine en ligne</category><category>Coupe du monde 2026</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/cover.webp" length="87014" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Dans la nuit du 5 juillet, une sénatrice paraguayenne insulte Kylian Mbappé sur X. Le 7, le parquet de Paris ouvre une enquête. Sur le papier, la loi française est claire et sévère. Reste à savoir si elle peut atteindre une élue étrangère.</div>

<h2 id="ce-qui-sest-passé">Ce qui s&rsquo;est passé</h2>
<p>Le Paraguay vient d&rsquo;être éliminé par la France à la Coupe du monde. Mbappé a marqué le penalty décisif. Dans la nuit du 5 juillet, une sénatrice paraguayenne publie une série de messages sur X [1]. Elle s&rsquo;appelle Celeste Amarilla. Elle siège au Sénat de son pays.</p>
<p>Ses mots sont crus. Elle écrit que Mbappé, « au lieu du lait maternel, tétait des noix de coco ». Elle l&rsquo;associe à des « chimpanzés ». Elle le traite de « Camerounais colonisé, faisant semblant à fond d&rsquo;être Français » [1]. Elle dit avoir réagi à un geste du joueur, son refus de serrer la main du gardien paraguayen [1]. C&rsquo;est le motif qu&rsquo;elle invoque. Il ne justifie rien.</p>
<p>Le 6 juillet, Mbappé répond sur X. Il dénonce un « racisme décomplexé » [1].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l&rsquo;honneur tout au long de la compétition. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Kylian Mbappé, le 6 juillet sur X</figcaption>
</figure>

<h2 id="ce-que-la-loi-prévoit">Ce que la loi prévoit</h2>
<p>Il n&rsquo;existe pas, en droit français, de « délit de racisme » unique [3]. La répression dépend de deux choses. La nature de l&rsquo;acte, et sa publicité.</p>
<p>La ligne qui décide de tout est simple. Un propos raciste tenu en privé, dans un cercle fermé, n&rsquo;est qu&rsquo;une contravention. L&rsquo;amende plafonne à 1 500 euros [3]. Le même propos tenu en public change de catégorie. Un compte X ouvert à tous, c&rsquo;est public [3].</p>
<p>Le propos bascule alors dans la loi sur la presse de 1881. Deux infractions visent la sénatrice. L&rsquo;injure publique à caractère raciste, et la provocation à la haine [2]. Chacune est punie d&rsquo;un an de prison et de 45 000 euros d&rsquo;amende [2, 3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">45 000 €</span> <span class="stat__label">l&#39;amende encourue pour injure publique à caractère raciste</span></aside>

<p>Un point sème souvent la confusion. Le code pénal prévoit une « circonstance aggravante de racisme ». Elle alourdit la peine d&rsquo;un crime ou d&rsquo;un délit commis pour un motif raciste [4]. Mais elle ne s&rsquo;applique pas ici. La loi l&rsquo;exclut pour les délits de presse [4]. Des propos publiés sur X relèvent de la presse, pas de cette aggravation.</p>
<h2 id="ce-que-la-justice-peut-faire-et-ce-qui-coince">Ce que la justice peut faire, et ce qui coince</h2>
<p>L&rsquo;enquête a été confiée à un service spécialisé. Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne, au parquet de Paris [7]. Il a vocation à se saisir des affaires à fort retentissement médiatique [7]. Celle-ci en est une.</p>
<p>Une enquête n&rsquo;est pas une condamnation. La sénatrice est visée, pas jugée. Elle reste présumée innocente.</p>
<p>Le vrai obstacle est ailleurs. Amarilla est une élue étrangère. La justice française peut se déclarer compétente, car la victime, Mbappé, est française [5]. Son immunité de parlementaire vaut au Paraguay, pas devant un juge français [6]. Sur ce point, rien ne la protège en France.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Une chose est de poursuivre, une autre est d&rsquo;exécuter.</aside>

<p>Mais une chose est de poursuivre, une autre est d&rsquo;exécuter. Faire venir une sénatrice paraguayenne devant un tribunal français suppose la coopération de son pays. Pour un délit de presse, une extradition est très improbable [5]. Une éventuelle condamnation resterait sans doute symbolique. Le point n&rsquo;est pas tranché.</p>
<h2 id="un-soutien-unanime-sans-portée-juridique">Un soutien unanime, sans portée juridique</h2>
<p>Le soutien politique a été immédiat. Emmanuel Macron a affiché le sien au capitaine des Bleus [1]. La ministre des Sports a parlé de propos « abjects, indignes » [1]. La FIFA a exprimé sa solidarité [2].</p>
<p>Ces prises de position n&rsquo;ont aucun poids devant un juge. Elles disent une indignation, pas un verdict.</p>
<p>Un fait mérite d&rsquo;être noté. Le Paraguay lui-même a condamné les propos. Ses autorités ont fait savoir qu&rsquo;ils n&rsquo;engageaient ni le gouvernement, ni le peuple paraguayen [1]. La sénatrice se retrouve seule, désavouée jusque dans son pays.</p>
<h2 id="un-racisme-récurrent-une-justice-qui-aboutit-rarement">Un racisme récurrent, une justice qui aboutit rarement</h2>
<p>Ce n&rsquo;est pas la première fois. En 2021, Mbappé a raconté avoir été visé par des insultes racistes après un penalty manqué [10]. D&rsquo;autres joueurs des Bleus l&rsquo;ont été après la finale perdue de 2022, et la Fédération avait annoncé une plainte [11]. L&rsquo;issue de cette plainte reste inconnue [11].</p>
<p>Les chiffres officiels donnent la mesure du problème. Sur l&rsquo;ensemble des affaires racistes en France, entre 2017 et 2021, environ deux tiers des mis en cause sont classés sans suite [8]. Un quart des affaires n&rsquo;ont même pas d&rsquo;auteur identifié [8]. Ces chiffres couvrent tout le racisme, pas le seul sport ni le seul volet en ligne. Ils ne disent pas ce que deviendront les plaintes de la Fédération.</p>
<p>Le racisme venu de l&rsquo;étranger est le plus dur à juger. Après la finale de l&rsquo;Euro 2020, la police anglaise avait relevé 207 messages répréhensibles. 123 émanaient de comptes situés hors du pays [9]. Presque tous sont restés hors de portée.</p>
<p>La loi, ici, est claire. Le dispositif s&rsquo;est enclenché vite, avec un service spécialisé et deux qualifications. Mais l&rsquo;autrice est une élue étrangère. Une enquête est ouverte. Reste à savoir si elle produira autre chose qu&rsquo;une décision symbolique.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.franceinfo.fr/coupe-du-monde/apres-la-defaite-du-paraguay-contre-la-france-a-la-coupe-du-monde-une-senatrice-paraguayenne-tient-des-propos-racistes-envers-kylian-mbappe_8096282.html">Après la défaite du Paraguay contre la France, une sénatrice paraguayenne tient des propos racistes envers Kylian Mbappé</a>. franceinfo (2026-07-08)</li><li id="ref-2"><a href="https://sports.orange.fr/football/equipe-de-france/bleus/article/insultes-racistes-contre-mbappe-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-exclu-CNT000002qoeQ4.html">Insultes racistes contre Mbappé : le parquet de Paris ouvre une enquête</a>. AFP via Orange Sports (2026-07-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F32575">Incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination (loi du 29 juillet 1881)</a>. service-public.gouv.fr / Légifrance (2026-07-08)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417501">Article 132-76 du code pénal : circonstance aggravante de racisme</a>. Légifrance (2026-07-08)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.village-justice.com/articles/Propos-diffuses-sur-Internet-accessibles-France-les-Tribunaux-francais-sont-ils,23170.html">Article 113-7 du code pénal et compétence des tribunaux français pour un contenu en ligne</a>. Légifrance / Village-justice (2026-07-08)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.senat.fr/lc/lc250/lc2500.html">Immunité parlementaire : portée territoriale (étude de législation comparée)</a>. Sénat (2026-07-08)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.justice.gouv.fr/actualites/actualite/lutte-contre-haine-ligne">Lutte contre la haine en ligne : le Pôle national du parquet de Paris</a>. ministère de la Justice (2026-07-08)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/infractions-caractere-raciste-predominance-linjure-publique">Les infractions à caractère raciste, prédominance de l'injure publique (2017-2021)</a>. ministère de la Justice (2026-07-08)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.france24.com/en/live-news/20211103-england-fan-jailed-for-vile-euro-2020-final-racial-abuse">England fan jailed for 'vile' Euro 2020 final racial abuse</a>. France 24 / AFP (2021-11-03)</li><li id="ref-10"><a href="https://lanouvelletribune.info/2026/04/racisme-mbappe-brise-le-silence-sur-les-insultes-apres-leuro-2021/">Racisme : Mbappé brise le silence sur les insultes après l'Euro 2021</a>. La Nouvelle Tribune (2026-04)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.franceguyane.fr/actualite/societe-social-emploi/racisme-envers-kingley-coman-et-des-joueurs-de-lequipe-de-france-la-fff-va-porter-plainte-915712.php">Racisme envers Kingsley Coman et des joueurs de l'équipe de France, la FFF va porter plainte</a>. France-Guyane / AFP (2022-12-20)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>