<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Prison | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/prison/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Tue, 04 Aug 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/prison/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/prison/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Prisons françaises : 26 458 détenus en surnombre, 7 540 matelas au sol</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/</guid><pubDate>Tue, 04 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Prison</category><category>Surpopulation carcérale</category><category>Récidive</category><category>Conditions de détention</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/cover.webp" length="302890" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une cellule prévue pour une personne. Ils y sont trois. Le dernier arrivé dort sur un matelas posé au sol. Moins de 3 m² chacun, le seuil sous lequel la justice européenne parle de traitement dégradant. Au 1er avril 2026, 7 540 personnes dormaient ainsi, par terre, dans les prisons françaises.</div>

<h2 id="une-cellule-pour-un-trois-à-lintérieur">Une cellule pour un, trois à l&rsquo;intérieur</h2>
<p>Au 1er avril 2026, la France comptait 88 145 détenus pour 63 353 places [1]. Cela fait 26 458 personnes en surnombre. La densité globale atteint 139 % [1]. Mais cette moyenne trompe. La saturation n&rsquo;est pas répartie.</p>
<p>Elle se concentre dans les maisons d&rsquo;arrêt. Là, la densité grimpe à 171 % [1]. Ce sont les établissements qui reçoivent les courtes peines et les personnes en attente de procès. Plus de la moitié des détenus, 51 885 sur 88 145, vivent dans une prison occupée à plus de 150 % [1].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">171 %</span> <span class="stat__label">densité moyenne en maison d&#39;arrêt, au 1er avril 2026</span></aside>

<p>L&rsquo;image d&rsquo;une détention confortable ne tient pas devant les constats. La contrôleure des lieux de privation de liberté, autorité indépendante, décrit des cellules « triplées voire quadruplées », un espace vital presque toujours inférieur à 3 m², des moisissures, des fenêtres qui ferment mal [2]. Elle rapporte du racket, des détenus « esclavagisés en cellule », des zones qu&rsquo;elle surnomme « zone de peur » [2]. Cinq détenus ont été tués par un codétenu entre fin 2024 et fin 2025 [2]. On compte environ 250 décès par an derrière les murs, dont plus de la moitié de suicides [2].</p>
<p>Un détenu sur quatre n&rsquo;a pas encore été jugé définitivement. Ils sont 22 982 prévenus au 1er avril 2026, soit 26,1 % [1]. La loi les tient pour innocents.</p>
<p>En 2020, la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme a condamné la France [3]. Elle a jugé la surpopulation « structurelle », contraire à l&rsquo;article 3 qui interdit les traitements inhumains et dégradants. Elle a enjoint à l&rsquo;État de la résorber. Cinq ans plus tard, le nombre de détenus a encore monté.</p>
<h2 id="autant-de-détenus-quailleurs-moins-de-places">Autant de détenus qu&rsquo;ailleurs, moins de places</h2>
<p>Un récit courant veut que la France n&rsquo;enferme pas assez. Les comparaisons européennes permettent de le mettre à l&rsquo;épreuve. Au 31 janvier 2024, le pays détenait 111,5 personnes pour 100 000 habitants, contre une médiane de 104,8 en Europe [4]. Ce décompte porte sur les 51 administrations du Conseil de l&rsquo;Europe, un ensemble plus large que l&rsquo;Union européenne. La France est au-dessus.</p>
<p>Elle enferme plus que l&rsquo;Allemagne (71,2), les Pays-Bas (54,0) ou l&rsquo;Italie (102,8) [4]. Elle enferme moins que l&rsquo;Espagne (117,2) ou la Pologne (201,6) [4]. La différence avec ses voisins ne se joue donc pas sur le nombre d&rsquo;incarcérations.</p>
<p>Le décrochage est ailleurs. Il est dans les places. La densité carcérale française est de 123,6 détenus pour 100 places, contre une médiane de 93,6 [4]. Cela range la France parmi les systèmes les plus surpeuplés d&rsquo;Europe. L&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Espagne ou la Norvège, elles, ont assez de places pour leurs détenus [4]. La France garde aussi ses détenus plus longtemps : 11,4 mois en moyenne, contre 8,7 de médiane européenne [4].</p>
<aside class="pullquote">La France n&rsquo;enferme pas plus de gens que ses voisins. Elle a moins de places pour les tenir.</aside>

<p>Le manque de places n&rsquo;est pas une fatalité, c&rsquo;est le résultat de décisions. L&rsquo;encellulement individuel, une cellule par personne, est un principe inscrit dans la loi française depuis 1875. Il est appliqué à 33,2 % [1]. Il vit sous un moratoire, le sixième, repoussé jusqu&rsquo;à fin 2027 [5].</p>
<p>Le plan censé combler le retard avance mal. Sur 15 000 places promises, 5 411 étaient livrées à la mi-septembre 2025, soit 35 % de l&rsquo;objectif [5]. Son coût est passé de 3,9 à 5,7 milliards d&rsquo;euros en six ans, une hausse de 46 %, et la Cour des comptes juge que sa soutenabilité financière « n&rsquo;est pas établie » [5]. Pendant ce temps, la population a crû plus vite que le parc [5].</p>
<h2 id="ceux-qui-tiennent-les-clés">Ceux qui tiennent les clés</h2>
<p>Le 14 mai 2024, sur une aire de l&rsquo;Eure, un fourgon pénitentiaire est attaqué à l&rsquo;arme lourde. Deux surveillants sont tués, trois autres blessés [6]. L&rsquo;attaque d&rsquo;Incarville a rappelé au pays un métier qu&rsquo;il regarde peu.</p>
<p>C&rsquo;est un métier en sous-effectif. La France comptait environ 30 600 surveillants en octobre 2024, et l&rsquo;administration estime à près de 6 000 le nombre de postes manquants [6, 7]. Le taux d&rsquo;encadrement le montre : 2,1 détenus par membre du personnel en France, contre 1,5 de médiane européenne [4]. Moins de personnel pour plus de détenus.</p>
<p>C&rsquo;est aussi un métier de plus en plus exposé. En 2024, l&rsquo;administration a recensé 32 194 violences physiques ou verbales contre ses agents, dont 5 387 agressions physiques [7]. Le total a bondi de 57 % en quatre ans [7]. Une part de la hausse des violences verbales peut tenir à de meilleurs signalements, mais les agressions physiques, elles, sont un chiffre dur.</p>
<p>La surpopulation pèse sur ce travail. Le rapporteur du budget au Sénat le dit à sa manière. La pression pousse à gérer « de manière sécuritaire ». L&rsquo;accompagnement en pâtit, lui qui fait « le sens de la peine et celui du métier » [6].</p>
<h2 id="ce-que-la-détention-laisse-sur-les-corps">Ce que la détention laisse sur les corps</h2>
<p>La prison concentre des personnes déjà malades avant d&rsquo;entrer, et les expose davantage. Le VIH y touchait 1,7 à 2,1 % des détenus, contre environ 0,5 % dans la population générale [8]. La présence active de l&rsquo;hépatite C, elle, dépassait 30 % [8]. Ces mesures datent de 2013, aucun suivi national n&rsquo;a pris le relais depuis. Elles reflètent aussi la précarité et les addictions des personnes avant l&rsquo;écrou, pas la seule prison.</p>
<p>La mort en détention a un visage particulier. Sept décès sur dix y sont des morts violentes, surtout des suicides et des overdoses [9]. Fait notable et souvent tu : la mortalité par maladie est plus faible chez les hommes en détention provisoire que dans la population générale [9]. Une raison simple : cette population est jeune. Ce qui tue, en prison, ce sont les violences et le désespoir, pas les maladies.</p>
<p>Le désespoir se compte. En 2023, 157 personnes écrouées se sont suicidées, une hausse de 12,9 % en un an [10]. Le taux atteint 17,5 pour 10 000 personnes écrouées [10].</p>
<p>Le moment le plus dangereux n&rsquo;est pourtant pas la cellule. C&rsquo;est la sortie. Dans les cinq années qui suivent la libération, le risque de mourir serait multiplié par environ 3,6 par rapport à la population générale, l&rsquo;overdose en tête [11]. Ce chiffre est un ordre de grandeur, tiré d&rsquo;un travail de vulgarisation adossé à une étude française récente [11]. Il dit une chose simple : on ne prépare pas assez la sortie.</p>
<p>Le lien avec les proches se délite. En 2020, 38 % des détenus de nationalité française ne recevaient aucune visite [12]. Le chiffre vient d&rsquo;une association de défense des détenus, qui relaie une enquête caritative. Le travail, lui, reste rare : environ 30 % des détenus travaillent, pour une paie de l&rsquo;ordre de 280 euros par mois [13]. Le ministère affiche un objectif de 50 % et présente le travail comme un rempart contre la récidive, sans étude française chiffrée pour l&rsquo;étayer [18].</p>
<h2 id="ce-que-ça-change-une-fois-dehors">Ce que ça change une fois dehors</h2>
<p>Voici la question qui compte pour la sécurité de tous : à sa sortie, la personne revient-elle devant un juge ? Souvent, oui. Sur la dernière grande cohorte française étudiée, celle des libérés de 2002, 59 % ont été recondamnés dans les cinq ans [14]. Le chiffre est ancien, mais robuste.</p>
<p>Un taux global ne veut pourtant rien dire seul. Tout dépend de l&rsquo;infraction de départ. On recondamne 19 % des auteurs d&rsquo;un viol sur mineur et 32 % des auteurs d&rsquo;un homicide, mais 74 % après un vol simple et 76 % après des coups et blessures [14]. Brandir « le » taux de récidive sans préciser de quoi l&rsquo;on parle ne mène nulle part.</p>
<p>Ce qui prédit le mieux une nouvelle condamnation, ce n&rsquo;est pas la durée de la peine. Ce sont les antécédents. Deux condamnations passées ou plus multiplient par 3,7 le risque d&rsquo;une nouvelle [14]. Une fois les autres facteurs pris en compte, la durée de la peine n&rsquo;explique plus clairement la récidive [14]. La prison reçoit d&rsquo;ailleurs déjà, pour l&rsquo;essentiel, des personnes au lourd passé : dans la cohorte 2016, 86 % avaient déjà une condamnation au casier [15].</p>
<p>Reste la question de fond. Enfermer protège-t-il mieux qu&rsquo;une peine exécutée dehors ? La plus large synthèse disponible agrège 116 études [16]. Sa conclusion : la sanction carcérale ne réduit pas la récidive, comparée à une sanction hors les murs. Elle mesure même un léger effet inverse, faible mais réel [16]. Ces données sont surtout anglo-saxonnes, leur transposition à la France est indicative.</p>
<p>Une étude française, elle, a tranché le cas des courtes peines avec un protocole solide. Convertir une courte peine de prison en bracelet électronique fait baisser de 6 à 7 points la probabilité d&rsquo;être recondamné à cinq ans [17]. Et quand récidive il y a, elle porte sur des faits moins graves [17].</p>
<blockquote>
<p>Les alternatives à la prison sont « moins onéreuses que la prison et au moins aussi efficaces en matière de lutte contre la récidive », écrit la Cour des comptes [5].</p>
</blockquote>
<p>La Cour des comptes est une juridiction financière indépendante. Et la surpopulation, ajoute-t-elle, aggrave les choses : faute de place et de temps, elle pousse à assurer la sécurité du jour au détriment de la préparation à la sortie [15].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">3 900 €</span> <span class="stat__label">le coût mensuel d&#39;un détenu, selon la contrôleure des prisons</span></aside>

<p>Un détenu coûte 3 900 euros par mois [2]. Pour ce prix, la France entretient l&rsquo;un des systèmes les plus surpeuplés d&rsquo;Europe. Il a été condamné par la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme. Un principe voté en 1875 y attend toujours son application. Et au bout du compte, sur la récidive, la prison ferme ne fait pas mieux que des peines qui coûtent moins cher. Les chiffres sont sur la table.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-04/mesure_mensuelle_01042026.pdf">Mesure mensuelle de l'incarcération au 1er avril 2026</a>. Direction de l'administration pénitentiaire, ministère de la Justice (2026-04)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.cglpl.fr/app/uploads/2026/05/cglpl_rapport-annuel-2025_dossier-de-presse.pdf">Rapport annuel d'activité 2025 (dossier de presse)</a>. Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) (2026-05)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.doctrine.fr/d/CEDH/HFJUD/CHAMBER/2020/CEDH001-200446">Arrêt J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020 (surpopulation, article 3)</a>. Cour européenne des droits de l'homme (2020-01-30)</li><li id="ref-4"><a href="https://wp.unil.ch/space/files/2025/09/250924_rapport-space-i-2024.pdf">SPACE I 2024, statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe</a>. Conseil de l'Europe / Université de Lausanne (2025-09)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-12/20251217-Plan-15000-places-de-prison.pdf">Audit flash « Le plan 15 000 places de prison »</a>. Cour des comptes (2025-12)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.senat.fr/rap/a24-150-6/a24-150-6_mono.html">Avis administration pénitentiaire (PLF 2025), effectifs et attaque d'Incarville</a>. Sénat, commission des lois (rapporteur Louis Vogel) (2024-11)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.senat.fr/rap/a25-145-6/a25-145-6_mono.html">Avis administration pénitentiaire (PLF 2026), effectifs et agressions</a>. Sénat, commission des lois (rapporteur Louis Vogel) (2025-11)</li><li id="ref-8"><a href="https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2013/35-36/2013_35-36_1.html">La santé des personnes détenues en France et à l'étranger (Godin-Blandeau et al.)</a>. Bulletin épidémiologique hebdomadaire, InVS / Santé publique France (2013)</li><li id="ref-9"><a href="https://shs.cairn.info/revue-population-2018-4-page-757?lang=fr">Circonstances et causes des décès des personnes écrouées en France : le poids écrasant des morts violentes</a>. Duthé, Hazard, Kensey, revue Population (INED) (2018)</li><li id="ref-10"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/Fiche%208%20-%20Chez%20les%20détenus,%20un%20taux%20de%20suicide%20en%20hausse,%20mais%20de%20nouveaux%20dispositifs%20de%20prévention.pdf">Chez les détenus, un taux de suicide en hausse (Observatoire national du suicide, 6e rapport)</a>. DREES, ministère de la Santé (2025-02)</li><li id="ref-11"><a href="https://theconversation.com/sante-mentale-a-la-sortie-de-prison-la-grande-oubliee-200623">Santé mentale à la sortie de prison : la grande oubliée (étude SPCS)</a>. The Conversation (Fovet et al.) (2023)</li><li id="ref-12"><a href="https://oip.org/analyse/etrangers-detenus-le-cout-du-maintien-des-liens-avec-les-proches/">Étrangers détenus : le coût du maintien des liens avec les proches</a>. Observatoire international des prisons (OIP) (2021)</li><li id="ref-13"><a href="https://observatoire-disparites-justice-penale.fr/les-conditions-de-detention/le-travail-en-detention/">Le travail en détention (chiffres DAP)</a>. Observatoire des disparités dans la justice pénale (2023)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/art_pix/cahierd'etude36.pdf">Les risques de récidive des sortants de prison. Une nouvelle évaluation</a>. Kensey et Benaouda, ministère de la Justice (2011)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2023-10/20231005-surpopulation-carcerale-persistante.pdf">Une surpopulation carcérale persistante, une politique d'exécution des peines en question</a>. Cour des comptes (2023-10)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/715100">Custodial Sanctions and Reoffending: A Meta-Analytic Review</a>. Petrich, Pratt, Jonson, Cullen, revue Crime and Justice (University of Chicago Press) (2021)</li><li id="ref-17"><a href="https://ideas.repec.org/a/ucp/jlawec/doi10.1086-690005.html">Better at Home than in Prison? The Effects of Electronic Monitoring on Recidivism in France</a>. Henneguelle, Monnery, Kensey, The Journal of Law and Economics (University of Chicago Press) (2016)</li><li id="ref-18"><a href="https://atigip.justice.gouv.fr/travail-et-formation/presentation-generale/">Le travail et la formation en détention</a>. Ministère de la Justice / ATIGIP (2024)</li></ol>]]></description></item><item><title>Psychiatrie en prison : 705 places promises, 440 livrées, plus rien depuis 2018</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/</guid><pubDate>Thu, 23 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Prison</category><category>Psychiatrie</category><category>Santé mentale</category><category>Détenus</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/cover.webp" length="23444" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Un détenu en crise psychiatrique doit être hospitalisé. On le menotte, on l&rsquo;escorte, on l&rsquo;enferme dans une chambre d&rsquo;isolement. Souvent, ce n&rsquo;est pas son état qui le commande. C&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de place pour lui ailleurs. Les autorités de contrôle décrivent cette scène comme la règle, pas l&rsquo;exception [1, 2].</div>

<h2 id="létat-a-bâti-la-moitié-de-ce-quil-avait-promis">L&rsquo;État a bâti la moitié de ce qu&rsquo;il avait promis</h2>
<p>Le dispositif existe sur le papier. Dix-sept unités hospitalières, 705 places réservées aux détenus [4]. Ce sont les UHSA. Des services de psychiatrie gardés par la pénitentiaire, soignés par l&rsquo;hôpital.</p>
<p>Sur le terrain, neuf unités ont ouvert. 440 places [3]. La dernière date de février 2018. Depuis, plus rien. Huit ans sans une seule ouverture [5].</p>
<p>La seconde tranche, 265 places, n&rsquo;a jamais été engagée [4]. Trois nouvelles unités ont été annoncées en juillet 2026. Les textes sont « en cours de signature », selon l&rsquo;administration. Sans date d&rsquo;ouverture. Sans nombre de lits précisé [5].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">440</span> <span class="stat__label">places d&#39;hôpital psychiatrique construites, sur 705 programmées</span></aside>

<h2 id="faute-de-place-la-chambre-disolement">Faute de place, la chambre d&rsquo;isolement</h2>
<p>Quand il n&rsquo;y a pas de lit en UHSA, le détenu part en hôpital psychiatrique ordinaire. C&rsquo;est devenu le mode principal [1]. Là, il est « quasi systématiquement » placé en chambre d&rsquo;isolement. Même quand son état ne le justifie pas [1].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Les personnes détenues hospitalisées sans consentement dans les services psychiatriques de proximité sont presque systématiquement placées en chambre d&rsquo;isolement. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Contrôleur général des lieux de privation de liberté, 2019</figcaption>
</figure>

<p>Le transport suit la même logique. Contention systématique, en dehors de toute base légale, sur des instructions préfectorales anciennes et intraçables [2]. Les séjours sont souvent écourtés. Le détenu repart sans être stabilisé, les soins rompus [1].</p>
<p>Les UHSA, elles, ne sont pas saturées. Leur occupation moyenne est de 77,6 % [3]. Le problème n&rsquo;est pas une file d&rsquo;attente. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a trop peu de places, et très mal réparties. Le nombre de détenus par lit varie du simple au triple selon les régions [3].</p>
<p>En 2026, le contrôleur des lieux de privation de liberté a visité huit des neuf UHSA. Son constat : une prise en charge « très hétérogène », un usage de la contention marqué par des « pratiques illégales » et des « durées excessives » [6].</p>
<h2 id="le-besoin-est-ancien-et-jamais-recompté">Le besoin est ancien, et jamais recompté</h2>
<aside class="pullquote pullquote--float">Neuf unités construites, la moitié du programme, plus aucune ouverture depuis 2018.</aside>

<p>Un décompte de 2004 reste la seule photographie d&rsquo;ensemble. Au moins un trouble psychiatrique chez huit détenus sur dix. Une schizophrénie quatre fois plus fréquente qu&rsquo;en population générale [1]. Ce chiffre a plus de vingt ans. Aucune enquête nationale sur l&rsquo;ensemble des détenus n&rsquo;a été menée depuis 2003 [1].</p>
<p>L&rsquo;État ne mesure pas grand-chose d&rsquo;autre. Il ignore le délai entre l&rsquo;entrée en prison et l&rsquo;admission en UHSA. Ses propres inspections notent que cette donnée, pourtant « stratégique », n&rsquo;existe nulle part [3].</p>
<p>Le contexte, lui, est chiffré. Au 1er décembre 2025, les prisons comptaient 86 229 détenus pour 63 613 places. Une densité de 135,6 %, un record. Et 6 440 matelas posés au sol [7].</p>
<h2 id="une-chaîne-où-personne-ne-répond-seul">Une chaîne où personne ne répond seul</h2>
<p>Qui est responsable ? La réponse tient en quatre acteurs. Depuis 1994, le soin relève de la Santé : un hôpital installe l&rsquo;unité, l&rsquo;assurance maladie paie [8]. La garde relève de la Justice, la pénitentiaire. La décision d&rsquo;hospitaliser sans consentement appartient au préfet. La sortie pour raison médicale revient au juge.</p>
<p>Quatre acteurs pour un même détenu. Les défaillances ne sont pas au cœur d&rsquo;un maillon. Elles sont aux jointures : l&rsquo;escorte, l&rsquo;isolement, la continuité des soins. Chacun tient sa part, personne ne répond de l&rsquo;ensemble.</p>
<p>Au-dessus, un pilotage commun. Une feuille de route de la Santé et de la Justice pour 2025-2028, 34 actions annoncées [9]. C&rsquo;est l&rsquo;administration qui décrit son propre plan. Pas un bilan de résultats.</p>
<h2 id="létat-condamné-et-responsable">L&rsquo;État condamné, et responsable</h2>
<p>La justice, elle, a déjà tranché. La Cour européenne des droits de l&rsquo;homme a condamné la France deux fois. En 2006, pour avoir maintenu en détention un homme gravement malade et suicidaire, sans encadrement médical adapté [10]. En 2012, pour avoir détenu quatre ans un homme schizophrène. Les allers-retours entre hôpital et prison l&rsquo;empêchaient de se stabiliser [11].</p>
<p>Le Conseil d&rsquo;État a posé une règle claire. L&rsquo;État répond du suicide d&rsquo;un détenu dès lors qu&rsquo;il y a eu un défaut de surveillance. Une faute simple suffit [12].</p>
<p>Les suicides augmentent. 157 personnes écrouées se sont donné la mort en 2023. Une hausse de 12,9 % en un an. Le taux atteint 17,5 pour 10 000, selon le service statistique du ministère de la Santé, qui appelle à la prudence sur de faibles effectifs [13]. Une association de défense des détenus le situe au 3e rang européen, dix fois le risque de l&rsquo;extérieur, à partir des chiffres du Conseil de l&rsquo;Europe [14].</p>
<p>Une porte de sortie existe pourtant. La loi permet de suspendre une peine quand l&rsquo;état de santé mentale est durablement incompatible avec la détention. C&rsquo;est le juge qui décide, sur expertise [15]. Le contrôleur des lieux de privation estime que ces suspensions restent trop rares [2].</p>
<p>La seconde tranche de places, elle, n&rsquo;a toujours pas été financée. Là où elle manque, un détenu en crise finit dans une cellule d&rsquo;isolement.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/EzPublish/2_4_1_sante_personnes_detenues_Tome_I.pdf">La santé des personnes détenues : des progrès encore indispensables</a>. Cour des comptes (2014)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.cglpl.fr/publications/avis-relatif-a-la-prise-en-charge-des-personnes-detenues-atteintes-de-troubles-mentaux">Avis relatif à la prise en charge des personnes détenues atteintes de troubles mentaux</a>. Contrôleur général des lieux de privation de liberté (14 octobre 2019)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2024-04/Évaluation%20des%20unités%20hospitalières%20spécialement%20aménagées%20(UHSA)%20pour%20les%20personnes%20détenues.pdf">Évaluation des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) pour les personnes détenues</a>. IGAS et Inspection générale de la justice (décembre 2018)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.senat.fr/rap/r16-682/r16-682_mono.html">Soigner les détenus (rapport d'information)</a>. Sénat, commission des affaires sociales (26 juillet 2017)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.santementale.fr/2026/07/trois-nouvelles-unites-hospitalieres-pour-des-detenus-souffrant-de-troubles-psychiatriques/">Trois nouvelles unités hospitalières pour des détenus souffrant de troubles psychiatriques</a>. Santé Mentale (revue) (juillet 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.santementale.fr/2026/07/uhsa-les-constats-de-la-controleuse-generale-des-lieux-de-privation-de-liberte/">UHSA : les constats de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté</a>. Santé Mentale (revue), d'après le CGLPL (9 juillet 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ici.fr/infos/faits-divers-justice/surpopulation-carcerale-86-229-detenus-dans-les-prisons-francaises-au-1er-decembre-2025-un-niveau-record-8821748">Surpopulation carcérale : 86 229 détenus au 1er décembre 2025, un niveau record</a>. ici.fr, d'après la Direction de l'administration pénitentiaire (31 décembre 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000728979/">Loi n° 94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale</a>. Légifrance (18 janvier 1994)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.drogues.gouv.fr/feuille-de-route-sante-des-personnes-placees-sous-main-de-justice-2025-2028">Feuille de route Santé des personnes placées sous main de justice 2025-2028</a>. Ministères de la Santé et de la Justice (2025)</li><li id="ref-10"><a href="https://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-76287">Rivière c. France, n° 33834/03</a>. Cour européenne des droits de l'homme (11 juillet 2006)</li><li id="ref-11"><a href="https://affairesjuridiques.aphp.fr/textes/cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-23-fevrier-2012-n-2724409-cedh-detenus-troubles-mentaux-hopital-psychiatrique/">G. c. France, n° 27244/09</a>. Cour européenne des droits de l'homme (via fiche AP-HP) (23 février 2012)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000036411838">Conseil d'État, 28 décembre 2017, n° 400560</a>. Conseil d'État (Légifrance) (28 décembre 2017)</li><li id="ref-13"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/Fiche%208%20-%20Chez%20les%20détenus,%20un%20taux%20de%20suicide%20en%20hausse,%20mais%20de%20nouveaux%20dispositifs%20de%20prévention.pdf">Chez les détenus, un taux de suicide en hausse</a>. DREES et Observatoire national du suicide (février 2025)</li><li id="ref-14"><a href="https://oip.org/analyse/dix-fois-plus-de-suicide-en-prison-qua-lexterieur/">Dix fois plus de suicides en prison qu'à l'extérieur</a>. Observatoire international des prisons (19 décembre 2024)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039279123">Article 720-1-1 du code de procédure pénale (suspension de peine pour raison médicale)</a>. Légifrance (en vigueur)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>