<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Police | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/police/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Tue, 28 Jul 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/police/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/police/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>« 600 millions » pour la diversité de la police britannique : les deux tiers ne sont pas de l'argent dépensé</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/police-britannique-600-millions-diversite/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/police-britannique-600-millions-diversite/</guid><pubDate>Tue, 28 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Royaume-Uni</category><category>Police</category><category>Diversité</category><category>Chiffres publics</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/police-britannique-600-millions-diversite/cover.webp" length="34016" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 26 juillet, un rapport de 102 pages sort à Londres. Un chiffre en occupe le résumé : 631 millions de livres, le coût de la diversité dans la police depuis 2020. En deux jours, il devient « 600 millions » dans les titres, puis « 2 000 policiers de terrain en moins ». Reste une page que la reprise a sautée. Celle où l&rsquo;auteur explique comment il a obtenu son chiffre.</div>

<h2 id="un-chiffre-que-son-auteur-appelle-une--estimation-">Un chiffre que son auteur appelle une « estimation »</h2>
<p>Le chiffre vient d&rsquo;un seul document. Un rapport publié par Policy Exchange, un think tank britannique classé à droite [1, 4]. Ce n&rsquo;est pas un audit officiel. Ce n&rsquo;est pas une étude relue par des pairs. C&rsquo;est le travail d&rsquo;un acteur du débat, peu transparent sur ses financements [4], et dont l&rsquo;auteur, ancien policier, défend une ligne hostile à ces politiques [1].</p>
<p>Ce point compte pour une raison simple. L&rsquo;auteur ne prétend pas avoir compté des dépenses réelles. Il l&rsquo;écrit noir sur blanc. Il n&rsquo;existe, dit-il, « aucun relevé public du coût total ». Alors il a pris « le peu de données disponibles » et « extrapolé une estimation » [1]. Le mot est de lui. Son chiffre n&rsquo;est pas une addition. C&rsquo;est une projection.</p>
<h2 id="les-deux-tiers-nont-jamais-quitté-une-caisse">Les deux tiers n&rsquo;ont jamais quitté une caisse</h2>
<p>Sur les 631 millions, 431 forment le plus gros poste. Soit 68 % du total [1]. Cet argent n&rsquo;a pas été dépensé. C&rsquo;est du temps de formation, converti en livres.</p>
<p>La méthode tient en quelques lignes. L&rsquo;auteur suppose que chaque policier a suivi quatre heures de formation par an depuis 2020 [1]. Huit heures pour un gradé. Deux heures pour un civil. Ces durées ne sont pas mesurées. Elles sont supposées, et appliquées à 100 % des effectifs [1].</p>
<p>Puis il donne un prix à ces heures. Lequel ? Celui d&rsquo;une facture. La police britannique dispose d&rsquo;un tarif pour vendre ses services à un tiers, pensions et frais généraux compris [1]. C&rsquo;est ce tarif que le rapport applique, 551 livres par jour et par agent [1]. Un barème conçu pour facturer l&rsquo;extérieur, pas pour mesurer une dépense interne.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">431 millions qui ne correspondent à aucune dépense supplémentaire.</aside>

<p>Résultat : 431 millions qui ne correspondent à aucune dépense supplémentaire. Le temps a bien été passé en formation. Mais il était déjà payé, et aucune enveloppe dédiée n&rsquo;est sortie d&rsquo;une caisse pour cette somme.</p>
<p>Un détail du même poste mérite d&rsquo;être lu. Le compte inclut aussi, de l&rsquo;aveu du rapport, « les formations consacrées à d&rsquo;autres sujets mais comportant une composante diversité » [1]. Autrement dit, des heures qui ne portent pas d&rsquo;abord sur la diversité entrent quand même dans le total.</p>
<h2 id="le-reste-repose-sur-une-force-ou-sur-cinq">Le reste repose sur une force, ou sur cinq</h2>
<p>Restent deux postes. 177 millions pour des postes internes. 23 millions pour des prestations extérieures [1].</p>
<p>Le premier est extrapolé à partir d&rsquo;une seule force de police, celle de Londres [1]. Le rapport multiplie ses effectifs par 5,8 pour couvrir tout le pays, puis rabote de 30 % au cas où Londres compterait plus de personnel dédié qu&rsquo;ailleurs [1]. Ce rabot est lui-même une hypothèse, non mesurée [1].</p>
<p>Le second, les 23 millions, part des dépenses réelles de cinq forces, 2,7 millions constatés, multipliés par 8,54 [1]. C&rsquo;est le seul poste adossé à des dépenses observées. Il pèse 3,6 % du total [1]. Le reste, soit 96 %, est de l&rsquo;estimation.</p>
<h2 id="une-obligation-légale-comptée-comme-un-choix">Une obligation légale comptée comme un choix</h2>
<p>Le rapport présente l&rsquo;ensemble comme une dépense que la police se serait offerte. La loi dit autre chose. Une partie de ces activités découle d&rsquo;un devoir inscrit dans la loi britannique sur l&rsquo;égalité de 2010 [1]. Les forces n&rsquo;ont pas le choix : elles doivent s&rsquo;y conformer.</p>
<p>Et le rapport le sait. La preuve, il demande d&rsquo;abroger ces articles de loi [1]. Personne ne réclame la suppression d&rsquo;une obligation qui n&rsquo;existe pas. En comptant ensemble ce que la loi impose et ce que la police choisit, sans jamais les séparer, le chiffre range sous « dépense de confort » une part qui est en réalité une contrainte.</p>
<h2 id="moins-dun-penny-par-livre">Moins d&rsquo;un penny par livre</h2>
<p>Le chiffre impressionne parce qu&rsquo;il est gros et d&rsquo;un bloc. Mais il couvre six ans et tout le Royaume-Uni [1]. Ramené à l&rsquo;année, cela fait environ 105 millions de livres [1, 3].</p>
<p>Face à quoi ? Le budget de la police britannique tient entre 18 et 19,5 milliards par an [3]. Les 105 millions annuels en représentent 0,5 à 0,6 % [3]. Moins d&rsquo;un penny par livre dépensée.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">0,5 à 0,6 %</span> <span class="stat__label">la part du budget annuel de la police que pèse le chiffre, une fois ramené à l&#39;année</span></aside>

<p>C&rsquo;est d&rsquo;ailleurs l&rsquo;argument des chefs de police eux-mêmes. Ils parlent d&rsquo;« une très petite proportion » d&rsquo;un budget « de plusieurs milliards » [2]. Eux aussi défendent leur bilan, ils sont juges et parties. Mais cette proportion-là se vérifie sur les comptes publics. Elle tient [3].</p>
<h2 id="-2-000-policiers-en-moins---à-une-condition-près">« 2 000 policiers en moins » : à une condition près</h2>
<p>Reste la phrase qui a fait les titres. Cet argent, dit le rapport, aurait pu financer « 2 000 policiers de terrain » de plus par an [1].</p>
<p>Le calcul est juste, à une condition : que l&rsquo;argent existe. Or 68 % de ce total n&rsquo;a jamais été dépensé [1]. C&rsquo;est du temps déjà travaillé, pas une enveloppe rangée dans un tiroir. Un argent qui n&rsquo;a pas été sorti ne peut pas être « remis sur le terrain ».</p>
<p>C&rsquo;est pourtant la promesse qu&rsquo;en tirent certains. L&rsquo;opposition conservatrice y voit « un gaspillage choquant » [2]. Reform UK veut supprimer chaque poste concerné pour « remettre cet argent sur le terrain » [2]. La promesse sonne bien. Elle repose sur une somme dont les deux tiers n&rsquo;ont jamais quitté les caisses.</p>
<h2 id="le-débat-reste-ouvert-le-décompte-non">Le débat reste ouvert, le décompte non</h2>
<p>Une question demeure, que ce chiffre ne tranche pas. Ces dépenses de diversité sont-elles utiles, bien employées, justifiées ? Le débat est réel, et il est légitime. Mais il suppose un décompte solide.</p>
<p>Celui-ci additionne du temps de travail déjà payé, des obligations que la loi impose et des projections tirées d&rsquo;une poignée de forces [1]. Deux jours après sa parution, personne ne l&rsquo;avait encore vérifié. Il annonce 631 millions. Les deux tiers ne sont pas de l&rsquo;argent dépensé [1].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://policyexchange.org.uk/publication/without-fear-or-favour/">"Without fear or favour"? An assessment of 'Anti-Racism' in policing today</a>. Policy Exchange (2026-07-26)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.aol.co.uk/articles/cops-blow-631m-diversity-obsession-210000000.html">Cops blow £631m on diversity 'obsession' instead of fighting crime</a>. PA Media (via AOL UK) (2026-07-27)</li><li id="ref-3"><a href="https://questions-statements.parliament.uk/written-statements/detail/2024-12-17/hcws325">Déclarations écrites au Parlement sur le financement de la police (2024-25 et 2025-26)</a>. Home Office / Parlement britannique (2024-12-17)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.opendemocracy.net/en/dark-money-investigations/policing-bill-policy-exchange-exxonmobil-lobbying/">Policy Exchange, ExxonMobil and the Policing Bill (dark money investigations)</a>. openDemocracy</li></ol>]]></description></item><item><title>Sur dix viols, une plainte. Et la plupart s'arrêtent avant le juge</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/</guid><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Violences sexuelles</category><category>Justice pénale</category><category>Police</category><category>Enfance</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/cover.webp" length="43322" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une victime de viol sur dix porte plainte. C&rsquo;est le premier goulet, et de loin le plus large. Sur les plaintes qui partent, la plupart n&rsquo;atteignent jamais un procès. Le dossier casse en amont : dans la police, chez le procureur, dans la preuve. Une fois qu&rsquo;un viol est jugé et reconnu, la peine, elle, est lourde. Le problème n&rsquo;est donc pas au bout de la chaîne. Il est au début.</div>

<h2 id="neuf-viols-sur-dix-ne-franchissent-pas-la-porte-dun-commissariat">Neuf viols sur dix ne franchissent pas la porte d&rsquo;un commissariat</h2>
<p>Environ une victime de viol sur dix porte plainte [1, 2]. Les neuf autres restent dans le silence. Chez les victimes majeures de violences sexuelles physiques, 6 % déposent plainte. Pour les violences physiques, c&rsquo;est 22 % [3].</p>
<p>Ce silence n&rsquo;est pas de la passivité. C&rsquo;est la peur de ne pas être crue. La honte. Le sentiment qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune preuve. Et l&rsquo;emprise, quand l&rsquo;agresseur est un proche.</p>
<p>C&rsquo;est dans la famille que ce silence est le plus lourd. Les violences sexuelles subies avant 15 ans dans le cadre familial ne sont signalées que dans 8 % des cas [3]. Pour l&rsquo;inceste sur un enfant, une plainte est déposée dans 12 % des cas [4].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">1 %</span> <span class="stat__label">des incestes sur mineur aboutissent à une condamnation</span></aside>

<h2 id="la-plainte-que-le-commissariat-ne-prend-pas">La plainte que le commissariat ne prend pas</h2>
<p>La loi est nette. Tout policier ou gendarme doit recevoir une plainte, même s&rsquo;il la croit vouée à l&rsquo;échec. C&rsquo;est l&rsquo;article 15-3 du code de procédure pénale [6].</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas toujours respecté. Un rapport public parle de refus de plainte devenus « pratique courante ». Des victimes sont renvoyées, faute de « chances d&rsquo;aboutir » [7].</p>
<p>Parfois, la plainte est transformée en simple main courante. Or une main courante n&rsquo;ouvre aucune poursuite. C&rsquo;est une note, rien de plus [7]. Une enquête publique mesure qu&rsquo;une personne sur cinq s&rsquo;est vu refuser un dépôt de plainte, tous motifs confondus, pas seulement pour viol [8].</p>
<h2 id="deux-dossiers-sur-trois-sarrêtent-chez-le-procureur">Deux dossiers sur trois s&rsquo;arrêtent chez le procureur</h2>
<p>Quand la plainte est bien enregistrée, elle arrive chez le procureur. C&rsquo;est lui qui décide de poursuivre ou de classer. En 2023, 17 177 personnes ont été mises en cause pour viol sur une victime majeure. Plus de deux sur trois ont vu l&rsquo;affaire classée [7].</p>
<p>Le motif revient le plus souvent : « infraction insuffisamment caractérisée » [1]. En clair : il manque de quoi prouver. Ce n&rsquo;est pas que l&rsquo;auteur soit introuvable. Dans les affaires de violences sexuelles, l&rsquo;auteur est identifié trois fois sur quatre [1]. Quand l&rsquo;auteur est inconnu, le dossier est classé deux fois sur trois. Quand il est identifié, une fois sur deux quand même [7].</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Ce qui est contesté, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte. C&rsquo;est le consentement.</aside>

<p>Le nœud est ailleurs. Ce qui est contesté, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte, c&rsquo;est le consentement. Le mis en cause reconnaît souvent la relation et affirme qu&rsquo;elle était consentie [7]. Face à cela, il faut des preuves. Et elles manquent vite.</p>
<p>La preuve du corps se perd au départ. L&rsquo;examen médical doit se faire dans les trois jours. Quatre victimes sur cinq n&rsquo;ont aucune trace [7]. Hors Île-de-France, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule unité médico-judiciaire par région [7, 9]. Les prélèvements ne sont pas toujours réalisés, par manque de moyens ou en l&rsquo;absence de réquisition [9].</p>
<p>Un chiffre circule beaucoup : « 94 % des plaintes pour viol classées sans suite ». Il faut s&rsquo;en méfier. C&rsquo;est une valeur d&rsquo;une seule année, 2020. Le calcul ne corrige pas les données brutes. Et il écarte les affaires qui finissent aux assises après instruction. Cela gonfle le taux de façon mécanique. Le service statistique du ministère de la Justice a d&rsquo;ailleurs jugé qu&rsquo;il surestimait le classement [10]. Le chiffre officiel solide est déjà lourd : au moins deux viols sur trois classés parmi les mis en cause adultes [7].</p>
<p>Côté enfants, le tri est comparable. Parmi les majeurs mis en cause pour viol ou agression sexuelle sur un mineur, près des deux tiers ne sont pas poursuivables, le plus souvent pour infraction insuffisamment caractérisée [17].</p>
<h2 id="le-viol-parfois-jugé-comme-un-simple-délit">Le viol parfois jugé comme un simple délit</h2>
<p>Un viol est un crime. La loi prévoit quinze ans de réclusion, vingt en cas de circonstance aggravante. L&rsquo;agression sexuelle, elle, est un délit, jugé au tribunal correctionnel, avec cinq ans au maximum [11].</p>
<p>Entre les deux, une bascule existe. Elle porte un nom : la correctionnalisation. Un viol est requalifié en agression sexuelle, puis jugé comme un délit. Combien ? Personne ne le sait. Aucun chiffre national officiel n&rsquo;existe [2]. En 2012, le parquet renvoyait 16 % des auteurs de viols poursuivis directement vers le tribunal correctionnel. Sans instruction [2]. S&rsquo;y ajoutent les requalifications décidées après instruction, qui ne sont pas comptées.</p>
<p>On dispose seulement de comptages locaux. Dans une juridiction, sur 159 délits sexuels jugés au tribunal, neuf étaient en réalité des viols [2]. C&rsquo;est un petit décompte, sur un seul tribunal, pas un chiffre national. Un viol ainsi requalifié sort de la ligne « viol ». Il n&rsquo;est plus compté comme tel [2].</p>
<p>Une idée fausse mérite d&rsquo;être écartée. Le tribunal correctionnel n&rsquo;est pas plus sévère. La peine moyenne y est plus de trois fois inférieure à la peine criminelle [2]. Et il faut garder la mesure : la correctionnalisation est réelle, mais elle pèse moins que le classement. C&rsquo;est d&rsquo;abord au stade du classement que les dossiers tombent [2].</p>
<h2 id="au-bout-de-la-chaîne-des-peines-lourdes">Au bout de la chaîne, des peines lourdes</h2>
<p>Les dossiers qui vont jusqu&rsquo;au procès sont rares. Environ 1 200 condamnations pour viol sont prononcées chaque année [12]. En 2024, 2 865 condamnations pour « viols et autres crimes sexuels », une catégorie un peu plus large [13].</p>
<p>Mais quand la condamnation tombe, elle est lourde. 93 % des majeurs reconnus coupables de viol prennent de la prison ferme. Dans près de sept cas sur dix, dix ans ou plus [12]. La durée moyenne de réclusion est de treize ans [13].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">69 %</span> <span class="stat__label">des peines de prison ferme pour viol atteignent dix ans ou plus</span></aside>

<p>Une fois jugé, un viol est donc puni fermement. La chute du nombre de condamnations ne se joue pas devant le juge. Elle se joue avant : au dépôt de plainte, au recueil de la preuve, au classement.</p>
<h2 id="dans-la-famille-tous-les-obstacles-à-la-fois">Dans la famille, tous les obstacles à la fois</h2>
<p>C&rsquo;est dans la sphère privée que se concentrent les viols déclarés par les femmes. Prises à part, la famille et les proches forment l&rsquo;espace où elles en déclarent le plus (1,4 % des femmes). Mais en réunissant le conjoint et l&rsquo;ex-conjoint, le viol dans le couple passe devant (1,6 %). C&rsquo;est la première forme déclarée [14]. En 2024, un viol condamné sur dix a été commis par le conjoint ou le concubin [13].</p>
<p>Là, tous les obstacles se cumulent. L&rsquo;emprise. La peur. La dépendance. Le silence d&rsquo;un huis clos sans témoin. Des révélations qui viennent des années plus tard [5].</p>
<p>Le temps joue contre la victime. Le viol n&rsquo;est pas imprescriptible. Vingt ans pour un adulte. Pour un mineur, trente ans après sa majorité, soit jusqu&rsquo;à ses 48 ans [15]. Passé ce délai, plus aucune poursuite n&rsquo;est possible. Et les preuves, elles, ont disparu depuis longtemps.</p>
<h2 id="une-affaire-récente-une-défaillance-de-gestion">Une affaire récente, une défaillance de gestion</h2>
<p>Au printemps 2026, une affaire a rouvert le débat. En août 2025, la mère d&rsquo;une fillette de 11 ans avait déposé plainte pour une cinquantaine de viols.</p>
<p>L&rsquo;enquête a d&rsquo;abord été « parfaitement menée » en trois mois. Puis le dossier s&rsquo;est perdu. Une transmission sur papier au lieu d&rsquo;un envoi direct. Un enregistrement en retard de 23 jours, « placé par erreur dans la pile non urgente ». Des actes jamais réalisés. Le suspect jamais entendu. C&rsquo;est ce que décrit un pré-rapport d&rsquo;inspection de juin 2026 [16].</p>
<p>Ici, le dossier n&rsquo;a pas cassé faute de preuve. Il a cassé faute de suivi. C&rsquo;est une autre cause, distincte du manque de moyens.</p>
<p>Un détail relie ce cas au reste. Le même homme, français et sans casier, avait déjà été signalé avant. En 2017, pour une relation avec une adolescente de 17 ans. Ce signalement a été classé sans suite. En 2022, une plainte pour viol sur une enfant a suivi. Elle a été classée en 2024, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Le motif national, retrouvé dans un dossier singulier.</p>
<h2 id="la-loi-bouge-lentonnoir-reste">La loi bouge, l&rsquo;entonnoir reste</h2>
<p>Le droit a changé. Depuis novembre 2025, le non-consentement est entré dans la définition du viol [11]. Après l&rsquo;affaire de l&rsquo;été, un texte est en cours d&rsquo;examen. Il annonce un délai d&rsquo;enquête resserré, le réexamen de plaintes classées, des peines alourdies pour les viols en série sur mineurs [18].</p>
<p>Mais un texte en discussion n&rsquo;est pas un dossier traité. La plupart des dossiers tombent avant d&rsquo;arriver devant un juge : au dépôt, au recueil de la preuve, au classement. C&rsquo;est là, en amont, que se joue la réponse au viol.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://ipp.eu/wp-content/uploads/2024/04/Note_IPP_Violences_aux_femmes-5.pdf">Note IPP n°107 : Le traitement judiciaire des violences sexuelles et conjugales en France</a>. Institut des politiques publiques (IPP) (avril 2024)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/2016_Rapport_recherche_ORDCS_10.pdf">Les viols dans la chaîne pénale (rapport de recherche ORDCS)</a>. Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS) (2016)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/content/download/137834/1089484/file/IR47.pdf">Interstats Info Rapide n°47 : Les victimes de violences physiques ou sexuelles enregistrées par les services de sécurité en 2024</a>. SSMSI, ministère de l'Intérieur (février 2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2024-12/CIIVISE_Rapport_On_vous_croit_nov_2023.pdf">Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit</a>. CIIVISE (novembre 2023)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2026-06/Avis%20CIIVISE%20ASE%20Juin%202026_.pdf">Avis relatif à la prise en compte des violences sexuelles et de l'inceste dans le dispositif de protection de l'enfance</a>. CIIVISE (26 juin 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038311441">Code de procédure pénale, article 15-3</a>. Légifrance (version en vigueur, 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sites/hce/files/2025-10/HCE-2025-RAPPORT-VIOLENCE-V05.pdf">Mettre fin au déni et à l'impunité face aux viols et aux agressions sexuelles</a>. Haut Conseil à l'Égalité (HCE) (octobre 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/enquete-sur-lacces-aux-droits-sur-les-relations-entre-police-et-population-que-retenir-896">Enquête sur l'accès aux droits : relations entre police et population</a>. Défenseur des droits (24 juin 2025)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2026-07/Rapport%20conjoint%20preuves%20sans%20plainte.pdf">Le recueil de preuves sans plainte pour les victimes de violences physiques et sexuelles</a>. IGAS / IGJ / IGA (juillet 2026)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.actu-juridique.fr/app/uploads/2024/05/Note-SSER-Article-IPP-taux-de-classement-sans-suite2.pdf">Note SSER sur le taux de classement sans suite (réponse à l'étude IPP)</a>. Service de la statistique (SSER), ministère de la Justice (mai 2024)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000052535571">Code pénal, article 222-23 (définition du viol)</a>. Légifrance (version en vigueur depuis le 8 novembre 2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2023-11/Infos_Rapides_Justice_n9_Violences%20sexuelles.pdf">Infos Rapides Justice n°9 : Les violences sexuelles, près d'une condamnation sur six relève du viol</a>. Ministère de la Justice (30 novembre 2023)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-04/Rapport%20annuel%20sur%20les%20condamnations%20en%20France%20en%202024_corr_DP.pdf">Les condamnations en France, données 2024</a>. Ministère de la Justice (février 2026)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.vss-formation.fr/wp-content/uploads/2024/10/Ined-Enquete-Virage-2015.pdf">Enquête Virage : premiers résultats sur les violences sexuelles (Document de travail n°229)</a>. Ined (2017)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F36493/2">Prescription du viol (fiche pratique)</a>. Service-public.fr (consulté en juillet 2026)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.actu-juridique.fr/justice/affaire-lyhanna-le-pre-rapport-de-linspection-generale-pointe-des-carences-graves-et-des-defaillances/">Affaire Lyhanna : le pré-rapport de l'inspection générale pointe des carences graves et des défaillances</a>. Actu-Juridique (Lextenso) (22 juin 2026)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/Infostat_Justice_205.pdf">Infostat Justice n°205 : Viol et agression sexuelle sur mineur</a>. Ministère de la Justice (novembre 2025)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.vie-publique.fr/loi/303379-protection-des-enfants-projet-de-loi-2026-ase-controle-periscolaire">Protection des enfants : projet de loi 2026</a>. Vie-publique.fr (1er juillet 2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Armes de la police : ce que le texte adopté le 7 juillet change, et pour qui</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/</guid><pubDate>Sun, 12 Jul 2026 07:20:23 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Police</category><category>Usage des armes</category><category>Légitime défense</category><category>Libertés publiques</category><category>Parlement</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/cover.webp" length="19536" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 7 juillet, l&rsquo;Assemblée a voté par 313 voix contre 199 un texte sur les armes de la police. Un camp y voit un « permis de tuer », l&rsquo;autre une protection due à ceux qui risquent leur peau. Mais le texte sorti de l&rsquo;hémicycle n&rsquo;est ni tout à fait l&rsquo;un ni tout à fait l&rsquo;autre. Il a même changé de nom en cours de route.</div>

<h2 id="un-texte-qui-a-changé-de-nom-avant-dêtre-voté">Un texte qui a changé de nom avant d&rsquo;être voté</h2>
<p>Au départ, la proposition de loi porte un titre net : « présomption de légitime défense pour les forces de l&rsquo;ordre ». Elle veut inscrire cette présomption dans le code pénal, par un nouvel article [5].</p>
<p>En séance, un amendement du gouvernement change tout. L&rsquo;insertion dans le code pénal est retirée. À la place, le texte pose une « présomption d&rsquo;usage légitime de l&rsquo;arme », rangée ailleurs, dans le code de la sécurité intérieure [1, 2].</p>
<p>Deux formules proches, une bascule réelle. Le texte adopté ne porte plus le nom sous lequel il a été déposé. L&rsquo;intitulé parle de « légitime défense », le dispositif parle d&rsquo;« usage de l&rsquo;arme ». Ce n&rsquo;est pas un détail de vocabulaire. C&rsquo;est le cœur de ce qui a été voté [1].</p>
<h2 id="ce-que-le-texte-fait-sur-le-papier">Ce que le texte fait, sur le papier</h2>
<p>Le dispositif tient en quelques lignes. Le texte adopté dit :</p>
<blockquote>
<p>« Lorsqu&rsquo;ils font usage de leurs armes, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale sont présumés avoir agi dans l&rsquo;un des cas autorisés par le présent article conformément aux conditions d&rsquo;absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Cette présomption peut, à tout moment, être renversée par tout élément de preuve contraire. »</p>
</blockquote>
<p>Deux points comptent. D&rsquo;abord, la présomption est « simple » : elle peut être renversée « à tout moment » par « tout élément de preuve contraire » [1, 2]. Ce n&rsquo;est pas une immunité. Ensuite, les conditions de fond ne changent pas.</p>
<p>Un policier ou un gendarme ne peut tirer que dans cinq cas précis, fixés depuis 2017 [4, 2]. Sa vie ou celle d&rsquo;autrui menacée. La défense d&rsquo;un lieu ou de personnes, après sommations. L&rsquo;arrêt d&rsquo;un fuyard dangereux, après sommations. L&rsquo;immobilisation d&rsquo;un véhicule dont les occupants menacent une vie. Le périple meurtrier, pour empêcher un nouveau meurtre. Toujours en cas d&rsquo;absolue nécessité, et de façon strictement proportionnée [4].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5</span> <span class="stat__label">les cas où la police peut tirer, que le texte ne modifie pas</span></aside>

<p>Le texte ne crée pas un cas de plus où l&rsquo;on peut ouvrir le feu. Il pose que le tir est présumé conforme à ces cas.</p>
<h2 id="-permis-de-tuer---la-formule-et-ce-quen-dit-lautorité-de-contrôle">« Permis de tuer » : la formule, et ce qu&rsquo;en dit l&rsquo;autorité de contrôle</h2>
<p>La gauche a voté contre, à l&rsquo;unanimité. Elle parle, comme l&rsquo;ONG Amnesty International, d&rsquo;un « permis de tuer » et d&rsquo;une « inversion de la charge de la preuve » au détriment des familles [3, 7]. La formule frappe. Elle mérite d&rsquo;être vérifiée sur pièce.</p>
<p>L&rsquo;objection la plus étayée ne vient pas du camp qui a voté le texte. Elle vient d&rsquo;une autorité qui s&rsquo;y oppose, le Défenseur des droits. Il apporte d&rsquo;abord une nuance de mécanique. La justice pénale française est inquisitoire. L&rsquo;enquête est menée par le parquet ou un juge, pas par les parties. Il n&rsquo;y existe donc pas de « charge de la preuve » qui pèserait sur une famille comme dans un procès civil. La portée juridique exacte d&rsquo;une présomption simple y est, selon cette institution, incertaine [5].</p>
<p>Mais la même institution ne conclut pas que le texte serait anodin. Elle juge qu&rsquo;une présomption « même simple n&rsquo;est jamais neutre ». Elle peut orienter les premières heures d&rsquo;enquête, celles qui comptent le plus, et faire tenir le tir pour « d&rsquo;emblée justifié, sauf élément manifeste du contraire ». Elle décrit un « cercle vicieux » : renverser la présomption suppose des preuves que seule une enquête complète produit, or c&rsquo;est cette enquête que la présomption peut freiner. Son avis est défavorable. Elle redoute une « banalisation de l&rsquo;usage des armes » et « une augmentation de la létalité des interventions » [5].</p>
<p>Le désaccord tient en peu de mots. Le slogan « permis de tuer » force un point juridique précis : l&rsquo;inversion mécanique de la charge de la preuve ne se transpose pas telle quelle dans ce système. Mais sur le fond, l&rsquo;autorité de contrôle tient le texte pour dangereux, avec les opposants et non avec ceux qui l&rsquo;ont voté.</p>
<p>Une précision de calendrier, dans le même sens. L&rsquo;avis du Défenseur des droits, défavorable, date du 26 juin. Il analyse la version d&rsquo;origine, plus dure, où la présomption tombait seulement si l&rsquo;enquête montrait un usage « manifestement disproportionné » [5]. Le texte finalement voté a retenu un seuil plus large, « tout élément de preuve contraire » [1]. Une partie des critiques visait donc une rédaction que l&rsquo;amendement a changée.</p>
<h2 id="pour-qui-alors">Pour qui, alors</h2>
<p>D&rsquo;un côté, les policiers et les gendarmes. Ils agissent souvent en quelques secondes, sous tension, et peuvent se retrouver mis en cause longtemps après. Ce vécu est réel. La présomption s&rsquo;adresse d&rsquo;abord à eux.</p>
<p>De l&rsquo;autre, les personnes visées par un tir, et leurs familles quand il est mortel. C&rsquo;est là que se joue le vrai enjeu. Le droit à la vie impose à l&rsquo;État un cadre strict et une enquête effective, indépendante et rapide après une mort causée par la force publique [5]. La question posée par le texte est celle du contrôle du juge après le coup de feu, pas celle des cas où l&rsquo;on tire.</p>
<p>Le texte va aussi plus loin que la police nationale et la gendarmerie. Un amendement l&rsquo;étend aux polices municipales armées [2] et aux surveillants de prison [1]. Sur ce point précis, le Défenseur des droits juge l&rsquo;extension aux polices municipales « injustifiée » : missions, armement et doctrine y sont différents [5].</p>
<h2 id="la-dernière-fois-quon-a-desserré-les-règles">La dernière fois qu&rsquo;on a desserré les règles</h2>
<p>Reste le fait le plus dur du dossier. Il ne mesure pas ce texte-ci, mais il éclaire le débat.</p>
<p>En 2017, une loi a déjà élargi le cadre d&rsquo;usage des armes. Elle a aligné le régime des policiers sur celui des gendarmes [8, 4]. Sur la catégorie précise qu&rsquo;elle a touchée, les tirs mortels sur des véhicules en mouvement, une étude publiée en 2025 mesure une nette hausse. Ces tirs mortels passent d&rsquo;environ 0,06 par mois avant la loi à 0,32 après, soit à peu près cinq fois plus [6].</p>
<p>L&rsquo;étude ne se contente pas d&rsquo;un avant-après. Elle compare la police à la gendarmerie, et la France à l&rsquo;Allemagne, et note que les autres tirs mortels, eux, restent stables sur la même période [6]. Seule bouge la catégorie visée par la loi.</p>
<p>Une réserve, nette. La loi de 2017 a changé les règles de fond, les cas où l&rsquo;on peut tirer. Le texte de 2026 ajoute une présomption après le tir, sans toucher ces cas. Le précédent éclaire une logique, « on relâche l&rsquo;encadrement, la létalité monte », il ne prédit pas l&rsquo;effet chiffré du nouveau texte.</p>
<aside class="pullquote">Le précédent de 2017 éclaire une logique. Il ne mesure pas ce texte-ci. C&rsquo;est une analogie, pas une preuve.</aside>

<p>Le même scepticisme vaut pour le camp d&rsquo;en face. L&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Intérieur a soutenu qu&rsquo;il y avait « moins de tirs et moins de cas mortels » depuis 2017 [8]. Cette affirmation contredit l&rsquo;étude et les recensements, et la série complète de l&rsquo;inspection de la police n&rsquo;a pas été publiée pour trancher. Un ministre qui défend le bilan de son administration est partie prenante, dans un sens comme dans l&rsquo;autre. Le désaccord reste ouvert.</p>
<p>Derrière ces chiffres, un visage. Nahel M., 17 ans, tué le 27 juin 2023 à Nanterre lors d&rsquo;un contrôle routier. Le parquet a estimé que « les conditions légales d&rsquo;emploi de l&rsquo;arme n&rsquo;étaient pas réunies » [8]. L&rsquo;affaire n&rsquo;est pas jugée définitivement. C&rsquo;est ce contrôle du juge, après le coup de feu, que le texte remet au centre.</p>
<h2 id="ce-qui-nest-pas-encore-joué">Ce qui n&rsquo;est pas encore joué</h2>
<p>Le texte n&rsquo;est pas la loi. L&rsquo;Assemblée l&rsquo;a adopté en première lecture. Il part maintenant au Sénat, qui ne l&rsquo;a ni voté ni modifié à ce jour [1]. Rien n&rsquo;est promulgué.</p>
<p>Ce qui est certain tient en peu de mots. Le texte voté ne porte pas le nom sous lequel il est né. Il pose une présomption simple, renversable, qui ne change ni les cinq cas de tir ni les exigences de nécessité et de proportion. Ce qu&rsquo;il change en pratique, et pour les familles, reste l&rsquo;objet d&rsquo;un désaccord sérieux, y compris entre ceux qui s&rsquo;y opposent.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.senat.fr/leg/ppl25-866.html">Proposition de loi n° 866 (2025-2026) visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, texte transmis au Sénat</a>. Sénat (2026-07-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.vie-publique.fr/loi/303979-presomption-legitime-defense-police-forces-de-lordre-proposition-loi">Présomption de légitime défense pour la police et les forces de l'ordre : proposition de loi</a>. Vie-publique.fr (DILA) (2026-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://lcp.fr/actualites/l-assemblee-approuve-la-presomption-d-usage-legitime-de-l-arme-pour-les-forces-de-l">L'Assemblée approuve la présomption d'usage légitime de l'arme pour les forces de l'ordre</a>. LCP (La Chaîne parlementaire) (2026-07-07)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000034107970">Article L435-1 du code de la sécurité intérieure (usage des armes)</a>. Légifrance (2017-03-02)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/avis-sur-la-proposition-de-loi-visant-reconnaitre-une-presomption-de-legitime-defense-pour-les-1199">Avis n° 26-05 du 26 juin 2026 sur la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre</a>. Défenseur des droits (2026-06-26)</li><li id="ref-6"><a href="https://esprit.presse.fr/actualites/sebastian-roche-et-paul-le-derff-et-simon-varaine/homicides-policiers-et-refus-d-obtemperer-44252">Homicides policiers et refus d'obtempérer (présentation grand public de l'étude « And the law relaxed the rules »)</a>. Revue Esprit (2022-09)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.amnesty.fr/reperes/loi-presomption-legitime-defense-de-la-police-ce-qu-il-faut-savoir/">Permis de tuer : ce que change la loi sur la présomption de légitime défense de la police</a>. Amnesty International France (2026-06-30)</li><li id="ref-8"><a href="https://lcp.fr/actualites/usage-des-armes-par-la-police-la-mort-de-nahel-relance-le-debat-sur-la-loi-de-2017">Usage des armes par la police : la mort de Nahel relance le débat sur la loi de 2017</a>. LCP (La Chaîne parlementaire) (2023-06-30)</li></ol>]]></description></item><item><title>Reconnaissance faciale : cent heures en cellule sous une fausse identité</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/</guid><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Reconnaissance faciale</category><category>Surveillance</category><category>Libertés publiques</category><category>Police</category><category>Vie privée</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/cover.webp" length="35878" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En garde à vue, il refuse de donner son nom. Les policiers photographient son visage. Un logiciel le compare à des millions de portraits. Le résultat tombe : ce sera « Marius », 23 ans, un casier pour stupéfiants et violences. Sauf que ce n&rsquo;est pas lui. Il passera près de cent heures enfermé sous le nom d&rsquo;un inconnu. Le 6 juillet 2026, le tribunal de Valence a relaxé les huit prévenus de cette affaire.</div>

<h2 id="lhomme-qui-nétait-pas-marius">L&rsquo;homme qui n&rsquo;était pas Marius</h2>
<p>Le 14 mai 2026, huit opposants à une déviation routière mènent une action près de Valence. Deux se suspendent au pont Mistral, au-dessus de l&rsquo;autoroute A7. Les huit sont interpellés et placés en garde à vue [2].</p>
<p>Plusieurs gardent le silence sur leur nom. C&rsquo;est leur droit. Les policiers les photographient et les filment pendant leurs auditions [5]. Puis ils comparent ces visages à un fichier de police, par reconnaissance faciale. Un procès-verbal obtenu par l&rsquo;enquête de France 2 porte la mention « formellement identifié via la reconnaissance faciale » [3].</p>
<p>Pour l&rsquo;un des militants, le résultat est faux. Le logiciel le donne pour « Marius », 23 ans, un casier pour stupéfiants et violences. Il est détenu sous ce nom près de cent heures. Il comprend l&rsquo;erreur le lendemain, quand son avocat l&rsquo;appelle « Marius » à son tour. Les documents remis portent toujours le mauvais nom. Et la mauvaise date de naissance, les parents, la nationalité, le lieu de naissance d&rsquo;un autre [3].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Si mon client n&rsquo;avait pas dit &ldquo;non non, je m&rsquo;appelle pas de ce nom-là&rdquo;, eh bien le vrai Marius se serait retrouvé potentiellement condamné. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Thomas Fourrey, avocat de la défense</figcaption>
</figure>

<p>Ce Marius-là n&rsquo;a rien à voir avec la manifestation. Sans ce démenti, c&rsquo;est son casier qui aurait pu s&rsquo;alourdir, pour des faits commis par un autre.</p>
<h2 id="ce-qua-jugé-le-tribunal">Ce qu&rsquo;a jugé le tribunal</h2>
<p>Le 6 juillet, le tribunal correctionnel de Valence relaxe les huit prévenus [1]. Le motif est double, et il mérite d&rsquo;être lu en entier.</p>
<p>D&rsquo;abord sur les faits. Pour les prévenus jugés sur ce qu&rsquo;ils avaient fait, le tribunal estime que « la mise en danger de la vie d&rsquo;autrui n&rsquo;était pas assez caractérisée ». Le blocage de la route, lui, était « sans gravité et sans préjudice » [1]. Autrement dit, les faits reprochés ne tenaient pas, sans même parler du logiciel.</p>
<p>Ensuite sur la méthode. Pour quatre prévenus dont l&rsquo;identité n&rsquo;avait pas été vérifiée, le président du tribunal a dénoncé « des stratagèmes » : des photos prises sans consentement, des enregistrements d&rsquo;audition utilisés pour identifier ceux qui se taisaient [1].</p>
<p>Le verdict est souvent résumé en une formule : le logiciel aurait fait tomber le procès. Cette lecture vient surtout de la presse militante et de Disclose, le média d&rsquo;investigation qui défend les libertés numériques [4, 5]. Elle n&rsquo;est pas fausse, mais elle laisse de côté la première raison. Le tribunal a d&rsquo;abord jugé les faits faibles. La motivation écrite, elle, n&rsquo;a été publiée par aucune source : la qualification exacte reste à confirmer.</p>
<h2 id="neuf-millions-de-visages">Neuf millions de visages</h2>
<p>L&rsquo;outil interroge un fichier précis, le traitement des antécédents judiciaires. Il contient environ neuf millions de photos de face [3]. Ce sont celles de personnes un jour mises en cause, prises par exemple en garde à vue. Pas forcément condamnées.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">9 millions</span> <span class="stat__label">de photos de visage dans le fichier interrogé, dont des personnes jamais condamnées</span></aside>

<aside class="pullquote">Figurer dans ce fichier ne suppose pas d&rsquo;avoir été condamné. Une garde à vue suffit.</aside>

<p>La technologie ne rend pas une certitude. Elle calcule une chance de ressemblance, et peut se tromper dans les deux sens [9]. En 2022, une femme accusée de cambriolage a été reconnue sur un taux de 68 %. Cela a suffi à valider un nom qui n&rsquo;était pas le sien. La peine a été inscrite au casier d&rsquo;une autre femme [3]. Aucun chiffre officiel n&rsquo;existe en France sur ces erreurs [3].</p>
<p>Le fichier et l&rsquo;outil, eux, sont légaux. En 2022, le Conseil d&rsquo;État a validé cet usage adossé au fichier [8]. Son motif : un tri à la main serait impossible, vu le nombre de fiches. La décision de Valence ne change rien à cette base légale.</p>
<h2 id="-on-ne-lutilise-pas-">« On ne l&rsquo;utilise pas »</h2>
<p>Le droit français fonctionne à deux vitesses. Comparer un visage au fichier, dans le cadre d&rsquo;une enquête, est autorisé [6]. Surveiller la rue avec le même outil est interdit [7].</p>
<p>Le 1er avril 2026, au Sénat, le ministre de l&rsquo;Intérieur Laurent Nuñez déclarait que cet outil, lors des contrôles d&rsquo;identité, « n&rsquo;est pas légal », et « donc on ne l&rsquo;utilise pas ». Un mois plus tard, une équipe filme la scène à Paris. Deux policiers en civil photographient un homme, puis interrogent le fichier, en plein contrôle [4]. Un rapport de la police des polices notait dès 2023 l&rsquo;outil « très fréquemment utilisé sur la voie publique » [4].</p>
<p>La règle européenne, elle, ne vise que le temps réel dans la rue [10]. À Valence, la comparaison s&rsquo;est faite après coup, sur une photo prise en garde à vue. Ce n&rsquo;est pas le même régime, et cette affaire n&rsquo;entre pas dans ce cas.</p>
<h2 id="ce-que-la-décision-change-et-pour-qui">Ce que la décision change, et pour qui</h2>
<p>Juridiquement, peu de chose. C&rsquo;est un jugement de première instance, dans un dossier précis, sans motivation écrite publiée. Il n&rsquo;abroge aucun texte et ne crée aucune règle générale. Le parquet peut faire appel, et cette décision n&rsquo;est peut-être pas définitive.</p>
<p>Ce que l&rsquo;affaire établit est ailleurs. Un logiciel a désigné un nom. Il a fallu un homme qui dise non, puis un avocat, puis un juge, pour que l&rsquo;erreur ne se transforme pas en condamnation. Le contrôle humain a fini par jouer. Il a joué parce qu&rsquo;une personne était là pour protester.</p>
<p>Reste la question que personne ne tranche : combien de fois, ailleurs, le nom rendu par la machine n&rsquo;a rencontré aucun démenti. Sur ce point, il n&rsquo;existe aucun chiffre.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-drome-ardeche/jugement-des-opposants-a-la-deviation-de-saint-peray-relaxe-pour-les-huit-prevenus-1589228">Jugement des opposants à la déviation de Saint-Péray : relaxe pour les huit prévenus</a>. ICI Drôme Ardèche (2026-07-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/drome/valence/cinq-activistes-opposes-au-chantier-routier-de-saint-peray-ardeche-places-en-detention-provisoire-3351835.html">Cinq activistes opposés au chantier routier de Saint-Péray (Ardèche) placés en détention provisoire</a>. France 3 Régions (2026-05-16)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/enquete-francetv-mais-non-ce-n-est-pas-moi-quand-l-outil-de-reconnaissance-faciale-des-forces-de-l-ordre-identifie-la-mauvaise-personne_8092685.html">« Mais non, ce n'est pas moi ! » : quand l'outil de reconnaissance faciale des forces de l'ordre identifie la mauvaise personne</a>. franceinfo (L'Œil du 20 heures, France 2) (2026-07-06)</li><li id="ref-4"><a href="https://disclose.ngo/fr/article/reconnaissance-faciale-illegale-la-police-prise-en-flagrant-delit">Reconnaissance faciale illégale : la police prise en flagrant délit</a>. Disclose (2026-07-06)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.streetpress.com/1780479420-prison-reconnaissance-faciale-menaces-drome-ardeche-calvaire-militants-ecolos-banderole-repression-police-ecologie/">Prison, reconnaissance faciale erronée, menaces : dans la Drôme, le calvaire de militants écolos pour une banderole</a>. StreetPress (2026-06-03)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.leclubdesjuristes.com/societe/numerique/quel-cadre-juridique-pour-la-reconnaissance-faciale-11401/">Quel cadre juridique pour la reconnaissance faciale ?</a>. Le Club des Juristes (2025-07-04)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.village-justice.com/articles/utilisation-reconnaissance-faciale-france-reserve,39913.html">Reconnaissance faciale et procédure pénale : ne souriez pas !</a>. Village de la Justice (2023-06-23)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.laquadrature.net/2022/05/03/le-conseil-detat-sauve-la-reconnaissance-faciale-du-fichier-taj/">Le Conseil d'État sauve la reconnaissance faciale du fichier TAJ</a>. La Quadrature du Net (2022-05-03)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.cnil.fr/fr/reconnaissance-faciale-pour-un-debat-la-hauteur-des-enjeux">Reconnaissance faciale : pour un débat à la hauteur des enjeux</a>. CNIL (2019-11-14)</li><li id="ref-10"><a href="https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/en/ai-act/article-5">Règlement sur l'intelligence artificielle (UE 2024/1689), article 5</a>. Commission européenne (AI Act Service Desk) (2024)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>