<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Langage Politique | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/langage-politique/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sat, 29 Aug 2026 07:58:25 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/langage-politique/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/langage-politique/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>« Remigration » : itinéraire d'un mot devenu slogan de campagne en Europe</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/remigration-mot-ordre-campagne-europe/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/remigration-mot-ordre-campagne-europe/</guid><pubDate>Sat, 29 Aug 2026 07:58:25 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Immigration</category><category>Extrême droite</category><category>Europe</category><category>Langage politique</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/remigration-mot-ordre-campagne-europe/cover.webp" length="171038" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 25 novembre 2023, environ vingt-cinq personnes se réunissent dans une villa au bord d&rsquo;un lac, près de Potsdam. Un militant autrichien y présente un « plan de remigration » [1]. La réunion est discrète. Sept semaines plus tard, un jury universitaire fait de ce mot le « non-mot de l&rsquo;année » [2].</div>

<h2 id="ce-que-le-mot-désigne">Ce que le mot désigne</h2>
<p>Le mot « remigration » a deux vies. À l&rsquo;origine, c&rsquo;est un terme neutre de sciences sociales. Il désigne un retour volontaire vers son pays de départ. On l&rsquo;a employé pour le retour de Juifs persécutés en Allemagne après 1945 [2].</p>
<p>Le sens porté par l&rsquo;extrême droite est autre. Il désigne le retour forcé ou incité d&rsquo;immigrés et de leurs descendants [2, 3]. Y compris des citoyens naturalisés, ou nés dans le pays, jugés « mal assimilés ».</p>
<p>Un dispositif d&rsquo;État existe déjà, et il est borné. L&rsquo;aide au retour volontaire vise trois publics : les déboutés de l&rsquo;asile, les personnes sous obligation de quitter le territoire, et les étrangers en situation irrégulière [4]. Le départ est volontaire. L&rsquo;Office français de l&rsquo;immigration organise et finance le voyage [4].</p>
<p>Le mot « remigration » déborde ce cadre sur trois points. La contrainte, d&rsquo;abord. Les personnes en situation régulière, ensuite. Les citoyens, enfin.</p>
<p>La cible s&rsquo;élargit par étapes. Le récit part des « immigrés clandestins ». Il passe par « ceux qui ont commis un crime ». Il finit par « les étrangers qui touchent trop longtemps les aides sociales sans travailler » [3].</p>
<p>Le « plan » présenté à Potsdam ajoute un cercle de plus. Selon l&rsquo;enquête qui a révélé la réunion, il visait aussi des citoyens allemands d&rsquo;origine étrangère jugés « non assimilés » [1]. Le critère affiché, l&rsquo;« assimilation », est flou. Dans l&rsquo;enquête, il désigne en pratique « la mauvaise couleur de peau, les mauvais parents » [1]. La portée exacte de ce point a été contestée en justice. Le fait de la réunion et son thème, la remigration, restent établis [1].</p>
<aside class="pullquote">Le récit part des clandestins. Il finit par les citoyens.</aside>

<p>C&rsquo;est cette élasticité qu&rsquo;un jury universitaire a pointée. En janvier 2024, il désigne « remigration » non-mot de l&rsquo;année 2023 [2]. Sa motivation : un « euphémisme pour l&rsquo;exigence d&rsquo;expulsion forcée allant jusqu&rsquo;aux déportations de masse » [2]. Le mot, dit le jury, est un « vocable de camouflage » [2]. Il est choisi pour ne pas dire « expulsion » ni « déportation ». Une revue universitaire lit le même procédé dans les écrits du mouvement : un discours codé [6].</p>
<h2 id="doù-il-vient">D&rsquo;où il vient</h2>
<p>La matrice du mot est une théorie, le « grand remplacement ». Un essayiste français, Renaud Camus, la formule dans un livre de 2011 [5]. Elle affirme qu&rsquo;un peuple « de souche » serait remplacé par des immigrés. Les chiffres de la population la contredisent : c&rsquo;est une théorie complotiste, pas un fait [5].</p>
<p>Dans cette théorie, la « remigration » est posée comme la solution. Camus imagine même un « Haut-Commissariat à la Remigration » [5]. Le mot naît ensuite dans les cercles identitaires français, au début des années 2010 [3, 5].</p>
<p>Un militant autrichien en fait un vrai programme. Martin Sellner le pose comme une « proposition » dans un livre de 2024, intitulé Remigration [6]. Une revue universitaire y lit un langage codé, qui habille une intention ethnique [6].</p>
<h2 id="comment-il-est-devenu-un-slogan-de-campagne">Comment il est devenu un slogan de campagne</h2>
<p>L&rsquo;Allemagne bascule la première. En janvier 2024, un média d&rsquo;investigation révèle la réunion de Potsdam [1]. Le titre de l&rsquo;enquête : « Plan secret contre l&rsquo;Allemagne ». Des manifestations de masse suivent. Un débat s&rsquo;ouvre sur l&rsquo;interdiction de l&rsquo;AfD [1]. La ville de Potsdam interdit même l&rsquo;entrée du pays au militant autrichien, en mars 2024, une mesure qu&rsquo;il conteste ensuite en justice [12].</p>
<p>Un an plus tard, l&rsquo;AfD assume le mot. Sa coprésidente le revendique lors de la présentation du programme, à Riesa, le 11 janvier 2025 [7].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Si l&rsquo;on doit appeler ça &ldquo;remigration&rdquo;, alors appelons ça &ldquo;remigration&rdquo;. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Alice Weidel, coprésidente de l&#39;AfD, à Riesa le 11 janvier 2025</figcaption>
</figure>

<p>Elle promet des « rapatriements à grande échelle », dans la campagne des élections fédérales du 23 février 2025 [7].</p>
<p>En Autriche, le mot figure dans le programme du premier parti. Le FPÖ intitule le sien « Forteresse Autriche ». Il y inscrit la « remigration des étrangers non invités » [8]. Son chef, Herbert Kickl, promet de « lancer la remigration » de ceux qui, dit-il, « piétinent le droit à l&rsquo;hospitalité » du pays [8]. Le 29 septembre 2024, le FPÖ arrive en tête des législatives, avec environ 29 % des voix [9]. C&rsquo;est la première fois qu&rsquo;un parti d&rsquo;extrême droite gagne une législative nationale autrichienne depuis 1945 [9]. Un tel score tient à de nombreux facteurs, pas au seul mot.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">≈ 29 %</span> <span class="stat__label">pour le FPÖ, en tête des législatives autrichiennes du 29 septembre 2024, une première depuis 1945</span></aside>

<p>En France, le mot trace une ligne de partage. Reconquête l&rsquo;assume depuis 2022 : Éric Zemmour proposait alors un « ministère de la remigration » [10]. Le Rassemblement national, lui, le refuse. « Nous n&rsquo;utilisons pas ce terme, précisément parce qu&rsquo;il crée une ambiguïté qui n&rsquo;a pas lieu d&rsquo;être », dit Jordan Bardella [3].</p>
<p>Le même Bardella détaille par ailleurs le programme du RN sur l&rsquo;immigration : suppression du droit du sol, traitement de l&rsquo;asile dans les ambassades des pays de départ, priorité nationale pour les aides sociales, « expulsion systématique des délinquants et criminels étrangers » [3]. Comparer ces mesures au projet de « remigration » suppose de les examiner une à une. La distance établie, elle, est d&rsquo;abord celle du mot.</p>
<p>Le mot s&rsquo;organise aussi par-delà les frontières. Le 17 mai 2025, le premier « Remigration Summit » réunit trois à quatre cents militants à Gallarate, près de Milan [11]. Sellner l&rsquo;organise. Un eurodéputé italien y définit la remigration comme « une proposition concrète, pas un slogan » [11]. Le mot circule vers la Belgique, le Royaume-Uni, les États-Unis [3, 11].</p>
<p>Mais il n&rsquo;a pas partout le même visage. En Flandre, l&rsquo;idée précède le mot de vingt ans. Dès 1992, un dirigeant du Vlaams Belang réclamait « le rapatriement forcé de tous les immigrés jusqu&rsquo;à la troisième génération » [13]. Aux Pays-Bas, Geert Wilders parle d&rsquo;« arrêt de l&rsquo;asile » et d&rsquo;expulsions, pas de « remigration » [14]. Ranger tous ces discours sous un seul mot serait inexact.</p>
<h2 id="un-dispositif-réel-un-mot-élastique">Un dispositif réel, un mot élastique</h2>
<p>Un dispositif d&rsquo;État existe déjà pour organiser des retours. Il est borné, volontaire, réservé aux étrangers sans titre de séjour [4]. Le mot « remigration » en désigne un autre. Un retour forcé, qui remonte des clandestins jusqu&rsquo;aux citoyens jugés « mal assimilés » [1, 2]. C&rsquo;est cette distance qu&rsquo;un jury universitaire a nommée, fin 2023, en faisant de « remigration » le non-mot de l&rsquo;année [2].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://correctiv.org/en/latest-stories/2024/01/15/secret-plan-against-germany/">Secret plan against Germany</a>. Correctiv (15 janvier 2024)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.uni-marburg.de/de/aktuelles/news/2024/unwort-des-jahres-2023-remigration">« Remigration » : Unwort des Jahres 2023</a>. Université de Marbourg (Philipps-Universität Marburg) (15 janvier 2024)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.franceinfo.fr/replay-radio/le-choix-franceinfo/la-remigration-nouvelle-obsession-de-l-extreme-droite-europeenne_8061473.html">La remigration, nouvelle obsession de l'extrême droite européenne</a>. franceinfo (juin 2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.hauts-de-seine.gouv.fr/Demarches/Etrangers-dans-les-Hauts-de-Seine/SEJOUR/SEJOUR-sous-prefecture-de-Boulogne/Aide-au-retour-volontaire">Aide au retour volontaire</a>. Préfecture des Hauts-de-Seine (services de l'État) (consultée en août 2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.jean-jaures.org/publication/le-grand-remplacement-est-il-un-concept-complotiste/">Le grand remplacement est-il un concept complotiste ?</a>. Fondation Jean-Jaurès (consultée en août 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.cambridge.org/core/journals/european-journal-of-political-research/article/dogwhistle-politics-in-farright-discourse-analyzing-ethnonationalism-in-martin-sellners-book-remigration/F2651D1392A5E37E019737A13FBFD453">Dog-whistle politics in far-right discourse: analyzing ethnonationalism in Martin Sellner's book Remigration</a>. European Journal of Political Research (Cambridge University Press) (consultée en août 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.yahoo.com/news/afd-endorses-controversial-remigration-german-170000031.html">AfD endorses controversial 'remigration' plan</a>. Yahoo News (reprise de The Telegraph) (12 janvier 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.euronews.com/my-europe/2025/01/10/the-man-tipped-to-be-austrias-next-chancellor-advocates-remigration-what-does-it-mean">The man tipped to be Austria's next chancellor advocates 'remigration'. What does it mean?</a>. Euronews (10 janvier 2025)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.cnn.com/2024/09/29/europe/austria-election-results-freedom-party-intl-hnk/index.html">Austria's far-right Freedom Party comes first in national election</a>. CNN (29 septembre 2024)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.publicsenat.fr/actualites/non-classe/presidentielle-2022-eric-zemmour-detaille-son-programme-et-assume-le-terme">Présidentielle 2022 : Éric Zemmour détaille son programme et assume le terme</a>. Public Sénat (23 mars 2022)</li><li id="ref-11"><a href="https://globalextremism.org/post/ethnic-cleansing-conference/">The Ethnic Cleansing Conference</a>. GPAHE (Global Project Against Hate and Extremism) (mai 2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.thelocal.com/20240319/germany-issues-entry-ban-to-austrian-far-right-activist-sellner">Germany issues entry ban to Austrian far-right activist Sellner</a>. The Local (19 mars 2024)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.migrationpolicy.org/article/immigration-and-belgiums-far-right-parties">Immigration and Belgium's Far-Right Parties</a>. Migration Policy Institute (2007)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.dutchnews.nl/2025/06/wilders-pvv-will-quit-cabinet-unless-it-agrees-to-asylum-plan/">Wilders: PVV will quit cabinet unless it agrees to asylum plan</a>. DutchNews.nl (2 juin 2025)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>