<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Inégalités | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/inegalites/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Fri, 07 Aug 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/inegalites/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/inegalites/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>En France, le mérite est plus prisé qu'ailleurs. Remonter prend six générations.</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/france-reussite-merite-recit-donnees/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/france-reussite-merite-recit-donnees/</guid><pubDate>Fri, 07 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Fiscalité</category><category>Mérite</category><category>Héritage</category><category>Inégalités</category><category>Médias</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/france-reussite-merite-recit-donnees/cover.webp" length="411258" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 20 août 2013, un ministre de l&rsquo;Économie rentre de vacances. À la radio, il dit avoir senti un « ras-le-bol fiscal » dans les conversations de l&rsquo;été. Une impression. En deux semaines, elle devient une vérité nationale, reprise de une en une. Personne ne l&rsquo;avait mesurée. Elle était déjà un fait. Le récit d&rsquo;une France qui n&rsquo;aimerait ni l&rsquo;impôt ni la réussite s&rsquo;est bâti comme ça, une petite phrase après l&rsquo;autre.</div>

<h2 id="une-petite-phrase-et-le-récit-sinstalle">Une petite phrase, et le récit s&rsquo;installe</h2>
<p>L&rsquo;épisode de 2013 n&rsquo;est pas un accident. C&rsquo;est une méthode. Une chronologie d&rsquo;unes retrace l&rsquo;épisode jour par jour. Elle est tenue par un observatoire des médias engagé à gauche, mais ses dates se vérifient. Une déclaration le 20 août. Des reprises dès le lendemain. Une pétition fin août. Un décompte de « 84 nouveaux impôts en deux ans » qui tourne en boucle début septembre [3].</p>
<p>Le récit a un vocabulaire. Il s&rsquo;est déposé sur trois présidences. « La France qui se lève tôt », dans les années 2000. « L&rsquo;assistanat, cancer de la société française », lâché par un ministre à la radio en 2011 [1]. « Les premiers de cordée », défendus par le chef de l&rsquo;État à la télévision en 2017 [2]. À chaque fois, la même ligne de partage. D&rsquo;un côté celui qui travaille et réussit. De l&rsquo;autre une figure repoussoir, l&rsquo;assisté, le jaloux, le contribuable qui râle.</p>
<p>Ces mots ne mesurent rien. Ils disent l&rsquo;agenda de ceux qui les prononcent. Le récit a aussi des relais mieux organisés. Des organisations patronales et des fondations financées par de grandes entreprises portent aussi ce récit. Pour elles, le pays « matraque » ses riches et fait fuir ses talents. Ces acteurs sont juges et parties sur l&rsquo;impôt du capital. Leur parole est un plaidoyer, pas un constat.</p>
<h2 id="le-mérite-plus-chéri-en-france-quailleurs">Le mérite, plus chéri en France qu&rsquo;ailleurs</h2>
<p>Depuis, ce récit se teste. Il suffit d&rsquo;interroger les Français.</p>
<p>Face aux riches, une large majorité s&rsquo;en moque. Les sondages, réunis par un observatoire des inégalités engagé sur le sujet mais adossé à la statistique publique, le montrent. 58 % expriment de l&rsquo;indifférence, 5 % de l&rsquo;hostilité, le reste se partage entre méfiance, admiration et envie [4]. 70 % trouvent que « c&rsquo;est une bonne chose de vouloir gagner de l&rsquo;argent et devenir riche » [4]. Le rejet de la richesse existe, mais il reste minoritaire.</p>
<p>Le mérite, lui, est une valeur cardinale. Les Français le classent cinquième parmi leurs valeurs fondamentales, deux rangs plus haut que la moyenne des autres pays. 75 % se disent méritants [5]. L&rsquo;argent motive aussi. Atteindre une situation confortable est leur première raison de travailler, au deuxième rang mondial [5].</p>
<p>Le cliché du Français paresseux ne tient pas mieux. Le travail reste important pour 84 % des salariés [6]. Et le constat vient des deux bords. Une fondation proche de la gauche le mesure. Un institut libéral, qu&rsquo;on ne soupçonnera pas de complaisance, le confirme. 77 % des actifs se disent satisfaits de leur travail, avec une durée réelle qui dépasse largement les 35 heures. Il range l&rsquo;image du salarié fatigué et désengagé parmi les idées reçues à abandonner [7].</p>
<h2 id="un-mérite-mal-récompensé">Un mérite mal récompensé</h2>
<p>Alors d&rsquo;où vient la colère, bien réelle, qu&rsquo;on prend pour de la jalousie ? Elle ne vise pas la réussite. Elle vise l&rsquo;idée que le système la distribue au mérite.</p>
<p>65 % des Français jugent le mérite mal défendu dans leur pays, contre 47 % ailleurs [5]. Ils estiment que le réseau, les relations et l&rsquo;héritage pèsent plus que le travail. Ce sentiment n&rsquo;est pas une lubie. Les chiffres lui donnent raison.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">6 générations</span> <span class="stat__label">le temps qu&#39;il faut, en France, pour qu&#39;un enfant d&#39;une famille modeste atteigne le revenu moyen (OCDE)</span></aside>

<p>Remonter l&rsquo;échelle est lent. Il faut environ six générations pour qu&rsquo;un enfant d&rsquo;une famille modeste atteigne seulement le revenu moyen. C&rsquo;est plus que la moyenne des pays riches, et deux à trois fois plus que dans les pays nordiques [8].</p>
<p>Surtout, l&rsquo;héritage est redevenu roi. La fortune héritée représente aujourd&rsquo;hui environ 60 % du patrimoine total, contre 35 % au début des années 1970 [9]. Et il est très concentré. La moitié des gens hériteront de moins de 70 000 euros dans leur vie. Le centième le mieux loti des héritiers touche en moyenne plus de 4 millions [9]. Au sommet, une vie de rentier peut désormais rapporter davantage qu&rsquo;une vie de travail [9]. Le patrimoine suit. Les 10 % les mieux dotés détiennent près de la moitié du patrimoine. La moitié la moins dotée en détient moins d&rsquo;un dixième [10].</p>
<p>Cette demande d&rsquo;équité n&rsquo;a rien d&rsquo;un extrême. La statistique publique le mesure aussi. Une nette majorité de Français veut réduire les écarts de salaires [11]. D&rsquo;autres enquêtes, malgré des commanditaires engagés, pointent dans le même sens. 77 % pour rétablir l&rsquo;impôt sur la fortune, dont une majorité des hauts revenus eux-mêmes, plus de huit sur dix pour taxer les superprofits [17]. Le souhait de faire payer davantage les plus fortunés traverse les camps politiques. Cela ne veut pas dire que toute solution avancée est bonne. Le projet le plus discuté est un impôt plancher sur les grandes fortunes : 2 % du patrimoine par an, au-delà de 100 millions d&rsquo;euros. Environ 1 800 foyers seraient concernés, pour un rendement estimé autour de 20 milliards d&rsquo;euros par an [18]. Le Sénat l&rsquo;a rejeté, il juge sa méthode contestable [18]. Le désaccord porte sur l&rsquo;outil, pas sur le constat.</p>
<h2 id="le--matraquage--à-lépreuve">Le « matraquage » à l&rsquo;épreuve</h2>
<p>Reste l&rsquo;argument massue du récit. La France croulerait sous l&rsquo;impôt, au point de punir ceux qui réussissent. Là, il faut être juste. Cet argument a une base réelle.</p>
<p>La France prélève beaucoup. En 2023, impôts et cotisations ont pesé 43,2 % de la richesse produite [19]. Sur la mesure qui compare les pays entre eux, c&rsquo;est le taux le plus élevé de la zone euro [20]. Et son impôt sur le revenu est très concentré. Les 10 % des foyers les plus aisés en paient environ les trois quarts [21]. Jusqu&rsquo;au sommet, plus on gagne, plus on est imposé. Cette règle tient, et même très haut dans l&rsquo;échelle.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Tout en haut, le taux d&rsquo;imposition ne monte plus. Il redescend.</aside>

<p>Puis quelque chose se retourne. Tout en haut, le taux d&rsquo;imposition ne monte plus. Il redescend. Pour les 378 foyers les plus riches du pays, il tombe autour de 26 %, contre 46 % pour les très hauts revenus juste en dessous [12]. Ce décompte est établi sur les données de l&rsquo;administration fiscale. Il retient une mesure large des revenus, qui inclut les bénéfices gardés dans les sociétés. Ce choix ne fait pas l&rsquo;unanimité, et il porte sur l&rsquo;année 2016 [12].</p>
<p>La raison est simple. Les revenus du sommet dorment dans des sociétés, imposées plus légèrement que les personnes. Résultat, les impôts payés en propre par ces foyers représentent environ 2 % de leurs revenus [12]. Le phénomène ne touche pas les riches ordinaires. Il concerne les quelques centaines de foyers tout en haut [12].</p>
<p>Tout ce débat se mesure en impôt sur les revenus. Or, au sommet, la richesse n&rsquo;est pas d&rsquo;abord un revenu, c&rsquo;est un patrimoine. Depuis 2018, la fortune détenue hors immobilier n&rsquo;est plus imposée [13]. Et le patrimoine des 500 plus riches est passé de 6,4 % de la richesse produite en 1996 à 42 % en 2024, selon les chiffres cités au débat parlementaire [18].</p>
<h2 id="2018--la-promesse-qui-nest-pas-venue">2018 : la promesse qui n&rsquo;est pas venue</h2>
<p>En 2018, une réforme a suivi ce récit à la lettre. Suppression de l&rsquo;impôt sur la fortune pour tout ce qui n&rsquo;est pas immobilier. Impôt unique et allégé sur les revenus du capital. Baisse de l&rsquo;impôt sur les sociétés. La promesse était claire. Libérer les riches ferait ruisseler l&rsquo;argent vers l&rsquo;investissement, l&rsquo;emploi, les salaires.</p>
<p>Cinq ans plus tard, une évaluation officielle a regardé. Le ruissellement n&rsquo;a pas été détecté. Aucun effet mesurable sur l&rsquo;investissement ni sur les salaires, chez les entreprises les plus exposées à la réforme [13]. En revanche, les dividendes versés aux actionnaires ont bondi, de 14 à 23 milliards par an [13]. En 2021, 1 % des foyers en ont capté 96 % [13]. Le remplacement de l&rsquo;impôt sur la fortune a coûté, à lui seul, plus de 4 milliards par an [13].</p>
<p>L&rsquo;argument de l&rsquo;exil fiscal, lui, s&rsquo;est effondré. Depuis la réforme, les foyers concernés qui reviennent en France sont plus nombreux que ceux qui partent [13]. C&rsquo;était l&rsquo;inverse du temps de l&rsquo;ancien impôt sur la fortune [13].</p>
<p>En 2026, l&rsquo;exécutif cherche des économies du côté des malades. Un décret annoncé le 23 juillet, non publié au 24 juillet, doit doubler le plafond annuel des franchises médicales, de 100 à 200 euros par personne [22]. Gain attendu : 430 à 530 millions d&rsquo;euros, selon le chiffrage de la commission des affaires sociales du Sénat [22]. Le remplacement de l&rsquo;impôt sur la fortune coûte, lui, plus de 4 milliards par an [13].</p>
<p>Voilà où va l&rsquo;argent. Le récit désigne un coupable, l&rsquo;assisté, le jaloux. Les chiffres, eux, désignent le sommet.</p>
<h2 id="une-querelle-vieille-dun-siècle">Une querelle vieille d&rsquo;un siècle</h2>
<p>Rien de tout cela n&rsquo;est neuf. La bataille sur l&rsquo;impôt des plus riches a plus de cent ans.</p>
<p>L&rsquo;impôt progressif sur le revenu est né d&rsquo;une loi de juillet 1914, après trente ans d&rsquo;affrontement [14]. Ses défenseurs y voyaient une arme contre la puissance des grands capitaux. Ses adversaires dénonçaient « un véritable instrument de spoliation » [15]. Les mots d&rsquo;aujourd&rsquo;hui étaient déjà là.</p>
<p>La concentration des fortunes, elle, dessine une courbe en U. Vers 1910, les 10 % les plus riches détenaient environ 85 % du patrimoine [16]. Ce niveau a fondu jusqu&rsquo;aux années 1980, puis il remonte depuis [16]. Quant à l&rsquo;idée d&rsquo;une France qui aurait, de tout temps, un rapport malade à l&rsquo;argent, elle circule surtout dans des essais. Aucun travail sérieux ne l&rsquo;établit comme un fait. C&rsquo;est un récit, pas une donnée.</p>
<h2 id="ce-que-disent-les-chiffres-au-bout">Ce que disent les chiffres, au bout</h2>
<p>Le tableau, mis bout à bout, est net. Un pays qui place le mérite plus haut que ses voisins. Où il faut six générations pour remonter du bas. Où l&rsquo;héritage décide du sommet, et où l&rsquo;impôt, tout en haut, redescend. Ceux à qui l&rsquo;on répète qu&rsquo;ils n&rsquo;aiment pas la réussite sont ceux qui la classent le plus haut. Ce qu&rsquo;ils voient, et que les chiffres confirment, c&rsquo;est que remonter prend six générations, et que le sommet, lui, s&rsquo;hérite.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.europe1.fr/politique/Wauquiez-l-assistanat-est-un-cancer-315908">Wauquiez : « L'assistanat est un cancer »</a>. Europe 1 (2011-05)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.lejdd.fr/Politique/a-lelysee-emmanuel-macron-tente-lexplication-de-texte-sur-les-premiers-de-cordee-3713504">À l'Élysée, Emmanuel Macron tente l'explication de texte sur les « premiers de cordée »</a>. Le JDD (2017-10)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.acrimed.org/Ras-le-bol-fiscal-le-grand-matraquage">Ras-le-bol fiscal : le grand matraquage</a>. Acrimed (2013)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.inegalites.fr/opinion-francais-sur-les-riches">L'opinion des Français sur les riches</a>. Observatoire des inégalités (2023)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ipsos.com/sites/default/files/ct/news/documents/2021-12/IpsosxBCG%20-%20Enquete%20meritocratie.pdf">Enquête sur la méritocratie</a>. Ipsos / Boston Consulting Group (2021-12)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.ifop.com/wp-content/uploads/2023/01/focus-234-les-ambivalences-du-nouveau-rapport-au-travail.pdf">Les ambivalences du nouveau rapport au travail (Focus n° 234)</a>. Ifop / Fondation Jean-Jaurès (2023-01)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.institutmontaigne.org/ressources/pdfs/publications/les-francais-au-travail-depasser-les-idees-recues-enquete.pdf">Les Français au travail : dépasser les idées reçues</a>. Institut Montaigne (2023-02)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.oecd.org/content/dam/oecd/fr/publications/reports/2018/06/a-broken-social-elevator-how-to-promote-social-mobility_g1g8e196/bc38f798-fr.pdf">L'ascenseur social en panne ? Comment promouvoir la mobilité sociale</a>. OCDE (2018-06)</li><li id="ref-9"><a href="https://cae-eco.fr/static/pdf/cae-note069.pdf">Repenser l'héritage (note n° 69)</a>. Conseil d'analyse économique (2021-12)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/6689022">Le patrimoine des ménages début 2021 (Insee Focus n° 287)</a>. Insee (2022)</li><li id="ref-11"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2024-11/ER1316EMB.pdf">Baromètre d'opinion (études et résultats n° 1316)</a>. DREES (2024-11)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2025/05/92_Note_IPP_Billionaires-version-actualisee.pdf">Quels impôts les milliardaires paient-ils ? (note n° 92)</a>. Institut des politiques publiques (2023-06)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/Rapport/fs-2023-rapport-isf-quatrieme_rapport_complet_17octobre_2.pdf">Comité d'évaluation des réformes de la fiscalité du capital, rapport final</a>. France Stratégie (2023-10)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.ipp.eu/wp-content/uploads/2014/07/n12-notesIPP-juillet2014.pdf">1914-2014 : cent ans d'impôt sur le revenu (note n° 12)</a>. Institut des politiques publiques (2014-07)</li><li id="ref-15"><a href="https://www2.assemblee-nationale.fr/decouvrir-l-assemblee/histoire/1914-1918/institution-de-l-impot-sur-le-revenu/presentation">Institution de l'impôt sur le revenu (1914)</a>. Assemblée nationale (1914)</li><li id="ref-16"><a href="https://variances.eu/?p=3510">Inégalités de patrimoine en France, 1800-2014 (séries WID)</a>. WID.world (résumé Variances) (2018)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.oxfamfrance.org/app/uploads/2024/09/Sondage-Verian-x-Oxfam-Taxation-ultrariches-Septembre-2024-V2-1.pdf">Sondage sur la taxation des ultra-riches</a>. Oxfam France / Verian (2024-09)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.senat.fr/rap/l24-689/l24-689_mono.html">Rapport n° 689 (2024-2025) sur la taxation du patrimoine des ultra-riches</a>. Sénat (2025)</li><li id="ref-19"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/2381412">Taux de prélèvements obligatoires rapportés au PIB (2023)</a>. Insee (2023)</li><li id="ref-20"><a href="https://ec.europa.eu/eurostat/web/products-eurostat-news/w/ddn-20241031-1">EU and euro area tax-to-GDP ratio down in 2023</a>. Eurostat (2024-10)</li><li id="ref-21"><a href="https://www.impots.gouv.fr/sites/default/files/media/9_statistiques/0_etudes_et_stats/0_publications/dgfip_statistiques/2025/num32_04/dgfip_stat_32_2025.pdf">L'impôt sur le revenu en 2023 (DGFiP Statistiques n° 32)</a>. DGFiP (2025-04)</li><li id="ref-22"><a href="https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/franchises-medicales-un-decret-est-en-preparation-pour-passer-de-100-a-200-euros-le-plafond-sur-les-medicaments-et-les-consultations-annonce-la-ministre-de-la-sante">Franchises médicales : un décret en préparation pour porter le plafond de 100 à 200 euros</a>. Public Sénat (2026-07-23)</li></ol>]]></description></item><item><title>Les grandes entreprises ont moins gagné, et plus versé à leurs actionnaires que jamais</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/benefices-versements-actionnaires-cac40/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/benefices-versements-actionnaires-cac40/</guid><pubDate>Thu, 06 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Économie</category><category>Grandes entreprises</category><category>Actionnaires</category><category>Inégalités</category><category>Fiscalité</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/benefices-versements-actionnaires-cac40/cover.webp" length="508462" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En 2025, les quarante plus grandes entreprises françaises ont reversé 107,5 milliards d&rsquo;euros à leurs actionnaires. Jamais autant depuis que ce total est suivi. Leurs bénéfices, eux, avaient reculé l&rsquo;année d&rsquo;avant. Le record ne vient pas d&rsquo;une année faste. Il vient de la façon dont ces entreprises choisissent de partager l&rsquo;argent.</div>

<h2 id="la-croissance-ralentit-les-bénéfices-aussi">La croissance ralentit, les bénéfices aussi</h2>
<p>La première moitié du constat tient. La croissance française ralentit, et nettement. Le produit intérieur brut a progressé de 0,8 % en 2025. Contre 1,5 % en 2024 et 1,6 % en 2023 [1]. La pente descend d&rsquo;année en année.</p>
<p>La seconde moitié est plus confuse. On répète que les profits des grandes entreprises battent des records. Les chiffres ne le confirment pas. Le bénéfice net cumulé du CAC 40 a reculé de 12,55 % en 2024, à 130 milliards d&rsquo;euros [2]. Trois poids lourds tirent la baisse. L&rsquo;automobile Stellantis, dont le bénéfice a été divisé par plus de trois. Le pétrolier TotalEnergies, en repli de près d&rsquo;un quart. Le luxe LVMH, en baisse de 17 %.</p>
<p>Le vrai pic date de 2021. Il n&rsquo;a pas été revu depuis. Le niveau reste élevé, c&rsquo;est vrai. Troisième année d&rsquo;affilée au-dessus de 100 milliards de bénéfices cumulés. Mais pour 2024, le mot « record » est faux.</p>
<h2 id="le-record-est-du-côté-des-actionnaires">Le record est du côté des actionnaires</h2>
<p>Un record existe, pourtant. Il ne porte pas sur ce que les entreprises gagnent, mais sur ce qu&rsquo;elles reversent. En 2025, les groupes du CAC 40 ont rendu 107,5 milliards d&rsquo;euros à leurs actionnaires [3]. C&rsquo;est le plus haut total jamais mesuré.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">107,5 Md€</span> <span class="stat__label">versés aux actionnaires du CAC 40 en 2025, un record</span></aside>

<p>La hausse ne vient pas des dividendes. Ceux-ci sont restés bloqués à 72,8 milliards, comme l&rsquo;année d&rsquo;avant. Toute la hausse vient des rachats d&rsquo;actions. 34,8 milliards en 2025, contre 25,5 un an plus tôt. Près de 36 % de plus.</p>
<p>Un rachat d&rsquo;actions, c&rsquo;est simple. L&rsquo;entreprise rachète ses propres titres sur le marché. Il reste alors moins d&rsquo;actions en circulation. Chaque action restante pèse un peu plus. Un dividende, lui, verse du cash à tous les actionnaires. Un rachat profite d&rsquo;abord à ceux qui gardent leurs titres. Les deux ne se comptent pas ensemble sans le dire.</p>
<aside class="pullquote">Un rachat d&rsquo;actions profite d&rsquo;abord à ceux qui gardent leurs titres.</aside>

<h2 id="pour-qui--la-trace-dans-les-revenus-des-ménages">Pour qui : la trace dans les revenus des ménages</h2>
<p>Cet argent atterrit quelque part. Les comptes des ménages en gardent la trace. En 2024, les inégalités de niveau de vie ont atteint leur plus haut niveau depuis 1996 [9]. La hausse ne vient pas du bas de l&rsquo;échelle. Elle vient du haut, des revenus du patrimoine. Les dividendes touchés par les ménages ont bondi de 32 % en un an [9]. Le record versé par les entreprises et cette montée des inégalités sont les deux faces d&rsquo;un même partage.</p>
<p>Une réserve tient. Une partie de ces versements part vers des actionnaires étrangers et des fonds, hors des ménages français. Et cette mesure porte sur le niveau de vie, pas sur le patrimoine, dont les écarts sont bien plus larges.</p>
<h2 id="largument-de-linvestissement-et-sa-limite">L&rsquo;argument de l&rsquo;investissement, et sa limite</h2>
<p>Un argument revient en face. Ces sommes iraient nourrir l&rsquo;investissement et l&rsquo;emploi. Il a sa part de vrai. L&rsquo;investissement des entreprises françaises reste dans le haut du peloton européen. 21,7 % de la valeur ajoutée en 2024, devant l&rsquo;Allemagne à 18,8 % [7]. La France y tient ce rang de longue date.</p>
<p>Mais un chiffre nuance le lien. Depuis 2024, les entreprises ne financent plus tout leur investissement sur leurs propres ressources. Leur taux d&rsquo;autofinancement est passé sous 100 %, à 88,8 % en 2025 [7]. Une part passe désormais par l&rsquo;emprunt. Un investissement élevé ne prouve donc pas que ce sont les profits qui le paient. C&rsquo;est une coïncidence, pas une preuve. Le lien reste discuté, dans un sens comme dans l&rsquo;autre.</p>
<h2 id="limpôt--lécart-avec-les-pme-sest-presque-refermé">L&rsquo;impôt : l&rsquo;écart avec les PME s&rsquo;est presque refermé</h2>
<p>Une idée circule aussi. Les grandes entreprises paieraient beaucoup moins d&rsquo;impôt que les petites. C&rsquo;était vrai il y a quinze ans. Ça l&rsquo;est beaucoup moins aujourd&rsquo;hui. En 2007, l&rsquo;écart de taux effectif jouait de près de 10 points en faveur des grandes entreprises. En 2019, il n&rsquo;était plus que de 1,6 point [5]. Grandes entreprises 26 %, petites et moyennes hors micro 27,5 %.</p>
<p>Deux réserves comptent. Ces chiffres s&rsquo;arrêtent à 2019, faute de données plus récentes. Et selon la façon de compter, le sens s&rsquo;inverse. Sur un autre périmètre, les grandes entreprises restent nettement avantagées. L&rsquo;organisme public qui a produit ce constat prévient lui-même que l&rsquo;avantage pourrait être revenu depuis.</p>
<p>Une mesure récente a visé les plus gros. La loi de finances 2025 a créé une contribution exceptionnelle sur les entreprises de plus d&rsquo;un milliard d&rsquo;euros de chiffre d&rsquo;affaires [6]. Elle est ponctuelle. Son rendement est estimé autour de 8 milliards pour 2025, sans être encore constaté.</p>
<h2 id="côté-salariés-une-loi-sans-montant">Côté salariés, une loi sans montant</h2>
<p>Face à ce partage, une réponse publique existe. Une loi de 2023 sur le partage de la valeur [8]. Elle oblige certaines entreprises à mettre en place un dispositif de partage. Participation, intéressement, prime, au choix. Mais elle n&rsquo;impose aucun montant minimum. Son obligation nouvelle vise surtout les petites entreprises rentables, pas les plus grandes. Elle est expérimentale, prévue pour cinq ans. Pour les entreprises de 50 salariés et plus, elle demande seulement de négocier en cas de hausse exceptionnelle du bénéfice.</p>
<p>À l&rsquo;échelle de toute l&rsquo;économie, les salaires ont progressé. La rémunération des salariés a gagné 33,4 milliards d&rsquo;euros en 2024 [4]. Mais la part de la valeur ajoutée qui reste à l&rsquo;entreprise, une fois le travail payé, demeure au-dessus de sa moyenne d&rsquo;avant-crise. 32,2 % en 2024, contre 30,7 % en moyenne sur 2009-2019 [4].</p>
<h2 id="où-va-largent">Où va l&rsquo;argent</h2>
<p>Une fois les pièces triées, le tableau se resserre. La croissance faiblit, c&rsquo;est acquis. Les bénéfices des grandes entreprises ont reculé en 2024. Le seul record se trouve dans ce qu&rsquo;elles versent à leurs actionnaires, et d&rsquo;abord dans les rachats d&rsquo;actions. Sur la même période, les dividendes touchés par les ménages ont bondi de 32 %, et les inégalités de niveau de vie sont au plus haut depuis 1996 [3, 9]. La réponse prévue pour les salariés reste une loi sans montant imposé. Le total reversé aux actionnaires en 2025, lui, n&rsquo;a jamais été aussi haut. 107,5 milliards d&rsquo;euros, portés par les rachats d&rsquo;actions [3].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8996855">Les comptes de la Nation en 2025 (Insee Première n° 2105)</a>. INSEE (29 mai 2026)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.tradingsat.com/cac-40-FR0003500008/actualites/cac-40-plombes-par-quelques-poids-lourds-les-benefices-du-cac-40-ont-baisse-de-125-en-2024-1134037.html">Plombés par quelques poids lourds, les bénéfices du CAC 40 ont baissé de 12,5 % en 2024</a>. TradingSat (reprenant les résultats publiés par les entreprises et l'AFP) (2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.vernimmen.net/Lire/Lettre_Vernimmen/Lettre_233.html">Lettre Vernimmen.net n° 233 : les versements aux actionnaires du CAC 40 en 2025</a>. Lettre Vernimmen.net (Pascal Quiry et Yann Le Fur) (2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8574058">Les comptes de la Nation en 2024 : taux de marge et partage de la valeur ajoutée des sociétés non financières (Insee Première n° 2053)</a>. INSEE (2025)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/290538.pdf">Les différences d'imposition sur les bénéfices entre PME et grandes entreprises</a>. Conseil des prélèvements obligatoires (juin 2023)</li><li id="ref-6"><a href="https://bofip.impots.gouv.fr/bofip/14609-PGP.html/ACTU-2025-00035">Contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises (loi de finances 2025, art. 48)</a>. BOFiP, direction générale des finances publiques (2025)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8996855">Taux d'investissement des sociétés non financières (comptabilité nationale, comparaison zone euro Eurostat)</a>. INSEE et Eurostat (2026)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000048480565">LOI n° 2023-1107 du 29 novembre 2023 portant transposition de l'accord national interprofessionnel relatif au partage de la valeur au sein de l'entreprise</a>. Legifrance (29 novembre 2023)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/9019316">Niveau de vie et pauvreté en 2024 (Insee Première n° 2117)</a>. INSEE (2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Mortalité des nourrissons : la France était première d'Europe, elle est aujourd'hui 21e</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/mortalite-infantile-france-hausse-donnees/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/mortalite-infantile-france-hausse-donnees/</guid><pubDate>Wed, 05 Aug 2026 08:43:35 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Santé publique</category><category>Périnatalité</category><category>Enfance</category><category>Inégalités</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/mortalite-infantile-france-hausse-donnees/cover.webp" length="281504" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En 2024, 2 700 enfants sont morts en France avant leur premier anniversaire. Un sur 250. Il y a quinze ans, il en mourait à peu près autant. Mais il naissait alors bien plus d&rsquo;enfants. Le taux, lui, remonte. La France a longtemps compté le moins de bébés morts de toute l&rsquo;Europe. Ce n&rsquo;est plus le cas.</div>

<h2 id="un-enfant-sur-250-et-la-courbe-qui-remonte">Un enfant sur 250, et la courbe qui remonte</h2>
<p>Le chiffre vient d&rsquo;un décompte officiel, publié en avril 2025 [1]. En 2024, la mortalité infantile atteint 4,1 pour 1 000 naissances. Soit 2 700 enfants morts avant un an. Le taux remonte lentement depuis le début des années 2010. Environ 1 % de plus chaque année [3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">2 700</span> <span class="stat__label">enfants morts avant un an en France en 2024</span></aside>

<p>Il faut poser l&rsquo;échelle tout de suite. Ce niveau reste historiquement très bas. En 1901, c&rsquo;était 151 pour 1 000. Près d&rsquo;un enfant sur sept. Personne ne revit cela. La remontée d&rsquo;aujourd&rsquo;hui se compte en dixièmes de point, pas en effondrement.</p>
<p>Ce qui inquiète n&rsquo;est donc pas le niveau. C&rsquo;est le sens de la courbe, et la comparaison. En 1990, la France comptait le moins de bébés morts de toute l&rsquo;Union européenne [2]. En 2024, elle est 21e sur 27 [3]. La Suède fait presque moitié moins. Ses voisins ont continué de baisser. La France, elle, est repartie vers le haut.</p>
<h2 id="où-la-hausse-se-loge-et-qui-elle-touche">Où la hausse se loge, et qui elle touche</h2>
<p>La donnée est précise sur un point. La hausse ne vient pas du jour de la naissance. Ni de la période après le premier mois. Ces deux moments sont restés stables. Toute la remontée se concentre entre le premier et le vingt-septième jour de vie [1].</p>
<p>Elle ne frappe pas au hasard. Les jumeaux et triplés meurent cinq fois plus que les enfants seuls, souvent nés trop tôt [1]. Outre-mer, le taux est deux fois celui de l&rsquo;Hexagone [1]. En métropole, le département le plus touché est la Seine-Saint-Denis, le plus pauvre du territoire métropolitain (5,4 pour 1 000 sur 2019-2021) [1]. Ces écarts ne disent pas une origine. Ils disent la pauvreté, l&rsquo;accès aux soins, l&rsquo;information.</p>
<p>La santé des mères s&rsquo;est aussi dégradée. Le surpoids et l&rsquo;obésité pendant la grossesse concernent 37 % des femmes en 2024, contre 27 % en 2012 [3]. Les grossesses arrivent plus tard. Ce sont des facteurs de risque de population, pas une faute individuelle.</p>
<h2 id="les-maternités-qui-ferment--un-soupçon-qui-ne-tient-pas-la-mesure">Les maternités qui ferment : un soupçon qui ne tient pas la mesure</h2>
<p>Un récit s&rsquo;est installé. On ferme des maternités, donc des bébés meurent. Le premier fait est vrai. Le nombre de maternités a été divisé par trois depuis 1975, de 1 369 à 446 [4]. La part des femmes à plus de 45 minutes d&rsquo;une maternité a augmenté d&rsquo;environ 40 % entre 2000 et 2017 [4]. Loin des grandes villes, il faut rouler plus longtemps pour accoucher. Le sentiment d&rsquo;un service qui recule est fondé.</p>
<p>Mais le lien avec la mortalité, lui, n&rsquo;est pas démontré [4]. Les taux les plus élevés ne sont pas dans les campagnes isolées.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Les taux les plus élevés touchent des femmes qui vivent à moins de cinq kilomètres d&rsquo;une maternité.</aside>

<p>Ils touchent des femmes qui vivent à moins de cinq kilomètres d&rsquo;une maternité, dans des villes pauvres [4, 2]. Ce qui pèse n&rsquo;est pas le nombre de kilomètres. C&rsquo;est la distance sociale : la précarité, le suivi médical, les transports.</p>
<p>Cette prudence a une limite, et il faut la dire. « Non démontré » ne veut pas dire « aucun effet ». Les sociétés savantes qui écartent ce lien plaident aussi pour plus de moyens dans leurs propres services : elles sont juges et parties [4]. Reste que rien, à ce jour, ne permet d&rsquo;écrire que les fermetures expliquent la hausse. C&rsquo;est pourtant sur ce lien supposé que repose le moratoire sur les fermetures voté par les députés en 2025 [4].</p>
<h2 id="une-mort-sur-dix-reste-sans-cause">Une mort sur dix reste sans cause</h2>
<p>Le fait le plus lourd du dossier est rarement dit. Environ une mort infantile sur dix n&rsquo;a aucune cause documentée. Et cette part augmente depuis 2020 [3]. La raison est administrative : les certificats de décès sont de plus en plus souvent incomplets [3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">1 sur 10</span> <span class="stat__label">décès de nourrissons sans cause documentée</span></aside>

<p>Le pays compte ses décès, mais il ne les relie pas à une histoire médicale. Faute de registre national, il n&rsquo;a pas l&rsquo;outil pour le faire.</p>
<aside class="pullquote">La France sait combien d&rsquo;enfants meurent. Elle ne sait pas toujours pourquoi.</aside>

<p>Sans cet outil, aucune politique ne peut viser juste. On agit à l&rsquo;aveugle sur un problème qu&rsquo;on ne cartographie pas.</p>
<h2 id="des-annonces-un-rapport-quon-attend-toujours">Des annonces, un rapport qu&rsquo;on attend toujours</h2>
<p>Le manque était connu. Dès 2024, la Cour des comptes réclamait un registre des naissances et des décès [6]. Un registre a été annoncé en 2025. La même année, les députés ont adopté en première lecture une loi qui le prévoit, en plus du moratoire sur les fermetures [4]. Un système national d&rsquo;observation est en construction depuis septembre 2025 [7].</p>
<p>Puis, début 2026, le gouvernement a lancé une nouvelle mission sur la périnatalité. Quelques experts, trois mois pour conclure [5]. Le 7 juillet 2026, il en a présenté les « premières recommandations », rangées en quatre axes [3]. Mais le travail complet qui les fonde n&rsquo;a pas été rendu public. On connaît les conclusions, pas le diagnostic.</p>
<p>Ce procédé a fait réagir. Le président des gynécologues-obstétriciens a parlé « d&rsquo;apparat, de représentation et de démagogie », et d&rsquo;un calendrier relevant de « l&rsquo;improvisation et de la manipulation » [5]. La présidente d&rsquo;un collège de sages-femmes a jugé que « pour le moment, c&rsquo;est mal engagé » [5]. Ces voix sont elles aussi parties prenantes : elles défendent des professions concernées. Mais le constat de base ne prête pas à discussion. Des recommandations ont été publiées, le rapport qui devrait les porter, non.</p>
<p>Reste le chiffre qui résume tout. Une mort d&rsquo;enfant sur dix, en France, sans cause écrite. Tant qu&rsquo;il ne baisse pas, le pays saura combien de nourrissons il perd, sans toujours pouvoir dire pourquoi.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8547061">INSEE Première n° 2048 (mortalité infantile en 2024)</a>. INSEE (avril 2025)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.ined.fr/fr/actualites/presse/une-mortalite-infantile-plus-elevee-en-france-que-chez-ses-voisins/">Une mortalité infantile plus élevée en France que chez ses voisins</a>. INED (20 mars 2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.santepubliquefrance.fr/anomalies-congenitales/bulletin-national/sante-perinatale-et-petite-enfance-en-france-entre-2012-2024">Santé périnatale et petite enfance en France entre 2012 et 2024</a>. Santé publique France (8 juillet 2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.franceinfo.fr/sante/enfant-ado/vrai-ou-faux-la-hausse-de-la-mortalite-infantile-en-france-est-elle-liee-aux-fermetures-de-maternites_7261248.html">Vrai ou faux : la hausse de la mortalité infantile est-elle liée aux fermetures de maternités ?</a>. franceinfo (2025)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.vidal.fr/actualites/37537-mortalite-infantile-a-peine-lances-par-le-gouvernement-des-travaux-deja-contestes.html">Mortalité infantile : à peine lancés par le gouvernement, des travaux déjà contestés</a>. Vidal (mars 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.ccomptes.fr/fr/publications/la-politique-de-perinatalite">La politique de périnatalité</a>. Cour des comptes (mai 2024)</li><li id="ref-7"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sources-outils-et-enquetes/systeme-national-dobservation-obstetrical-perinatal-et-infantile-snoopi">Système national d'observation obstétrical, périnatal et infantile (Snoopi)</a>. DREES (2025)</li></ol>]]></description></item><item><title>Pauvreté au plus haut depuis 1996 : 2,3 millions de travailleurs sous le seuil</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/pauvrete-record-2024-ce-que-montre-insee/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/pauvrete-record-2024-ce-que-montre-insee/</guid><pubDate>Fri, 10 Jul 2026 08:03:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Pauvreté</category><category>Inégalités</category><category>Travail</category><category>Insee</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/pauvrete-record-2024-ce-que-montre-insee/cover.webp" length="44116" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">1 337 euros par mois pour une personne seule. En dessous de ce seuil, l&rsquo;Insee compte 9,8 millions de personnes en France métropolitaine en 2024. Soit 15,4 % de la population, le taux le plus haut depuis 1996. Il ne monte plus. Il ne redescend pas non plus.</div>

<h2 id="un-record-atteint-dès-2023">Un record atteint dès 2023</h2>
<p>Le pic n&rsquo;est pas neuf. Il a été atteint en 2023. Cette année-là, le taux de pauvreté est passé de 14,4 % à 15,4 %, une hausse de 0,9 point [2]. Environ 650 000 personnes de plus sous le seuil en un an [2, 4]. En 2024, le taux ne bouge plus. Il se maintient à ce sommet [1].</p>
<p>Un mot sur le record. L&rsquo;Insee parle du plus haut niveau « depuis 1996 » [1]. C&rsquo;est la date à laquelle commence sa série harmonisée [3]. Ce n&rsquo;est donc pas un plus haut de tous les temps. Des mesures plus anciennes, faites autrement, donnaient une pauvreté encore plus forte.</p>
<p>Le chiffre de 9,8 millions compte aussi moins de monde qu&rsquo;on ne croit. Il couvre la seule France métropolitaine, en logement ordinaire. Il laisse dehors les sans-abri, les personnes en institution et les départements d&rsquo;outre-mer. Or la pauvreté y est deux à cinq fois plus élevée qu&rsquo;en métropole : 42 % à La Réunion, 53 % en Guyane, 77 % à Mayotte, contre 14 % en métropole (chiffres 2017) [5]. Sur l&rsquo;ensemble du territoire, environ 11,2 millions de personnes étaient pauvres en 2021, contre 9,1 millions sur le seul champ métropolitain [2, 6].</p>
<h2 id="un-emploi-ne-met-plus-à-labri">Un emploi ne met plus à l&rsquo;abri</h2>
<p>En 2024, 2,3 millions de travailleurs sont pauvres [3]. Ce sont d&rsquo;abord des ouvriers et des employés. Mais aussi des indépendants, près d&rsquo;un tiers du total [3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">2,3 millions</span> <span class="stat__label">travailleurs pauvres en France en 2024</span></aside>

<p>Le travail protège, mais pas toujours. Le taux de pauvreté des personnes en emploi est de 8,5 % [3]. C&rsquo;est quatre fois moins que chez les chômeurs, à 36,1 % [3].</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Le travail réduit le risque de pauvreté. Il ne l&rsquo;annule pas.</aside>

<p>La pauvreté frappe surtout ceux qui sont hors de l&rsquo;emploi. Les inactifs hors retraite d&rsquo;abord (37,6 %), puis les chômeurs (36,1 %) et les familles monoparentales (34,0 %) [1]. Les enfants sont très exposés : 22,4 % d&rsquo;entre eux vivent sous le seuil, près de 2,9 millions de mineurs [1, 3]. À l&rsquo;autre bout, les retraités (10,4 %) et les salariés (6,9 %) sont les moins touchés [1].</p>
<h2 id="pourquoi-le-taux-ne-baisse-pas-en-2024">Pourquoi le taux ne baisse pas en 2024</h2>
<p>Le seuil de pauvreté est relatif. Il vaut 60 % du niveau de vie médian. Et ce médian monte chaque année [6]. Si tous les revenus doublaient, le taux ne bougerait pas [6]. Il mesure un écart, pas une somme fixe.</p>
<p>En 2024, les plus modestes vont un peu mieux. Leurs revenus se redressent [1]. Mais ils progressent au même rythme que le médian, environ +1,8 % [1]. L&rsquo;écart ne se referme donc pas. Le taux reste bloqué à son sommet.</p>
<p>Un point d&rsquo;honnêteté sur ce record. Il porte sur le taux et sur les inégalités, pas sur la profondeur de la pauvreté. La moitié des personnes pauvres vivent 19,7 % en dessous du seuil en 2024 [1]. C&rsquo;est un peu sous la moyenne des années 1996 à 2022 (19,8 %) [1, 3]. Un taux au plus haut ne veut pas dire une misère qui s&rsquo;aggrave partout. Il veut dire un écart à la médiane qui ne se referme pas.</p>
<h2 id="ce-que-linsee-met-en-cause">Ce que l&rsquo;Insee met en cause</h2>
<p>Les causes de la hausse de 2023 sont nommées par l&rsquo;Insee. Ce sont des mécanismes et des décisions, pas un groupe de personnes.</p>
<p>Plusieurs aides ont été retirées après 2022. La fin de l&rsquo;indemnité inflation a pesé pour 0,1 point de pauvreté en plus, celle de la prime exceptionnelle de rentrée pour 0,2 point [2]. Les aides au logement ont été revalorisées en deçà de l&rsquo;inflation, avec moins d&rsquo;allocataires [2]. La réforme de l&rsquo;assurance chômage du 1er février 2023 a réduit de 25 % la durée d&rsquo;indemnisation des nouveaux entrants [2].</p>
<p>Le travail lui-même s&rsquo;est fragilisé. Les temps partiels courts ont augmenté, 24 % en 2023 contre 22 % un an plus tôt [2]. Les revenus des indépendants les plus modestes se sont contractés [2]. Le statut de micro-entrepreneur y pèse de plus en plus lourd : ces revenus sont en moyenne six fois plus faibles que ceux des indépendants classiques [2].</p>
<p>Rien de tout cela n&rsquo;est soudain. La pauvreté remonte en France depuis 2004 [4]. À l&rsquo;époque, le taux touchait son point bas, 12,4 % au seuil de 60 % [4]. Depuis, au seuil de 50 %, le pays compte 1,4 million de pauvres de plus [4]. La courbe monte depuis vingt ans, bien avant tout épisode récent.</p>
<h2 id="lécart-se-creuse-par-le-haut">L&rsquo;écart se creuse par le haut</h2>
<p>La pauvreté record s&rsquo;accompagne d&rsquo;inégalités record. L&rsquo;indice qui les mesure, le Gini, est à son plus haut depuis 1996 [1]. Les 20 % les plus aisés captent 38,8 % des niveaux de vie, les 20 % les plus modestes en touchent 8,4 % [1].</p>
<p>Ce qui a creusé l&rsquo;écart en 2024 vient du haut. Les plus aisés sont tirés par les revenus du patrimoine. Les dividendes ont bondi de 32 % sur l&rsquo;année [1]. Ce sont eux, plus que les bas revenus, qui expliquent la nouvelle hausse des inégalités [1]. La pauvreté et les inégalités montent ensemble, mais en 2024 le moteur est en haut de l&rsquo;échelle, pas en bas.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/9019316">Niveau de vie et pauvreté en 2024</a>. Insee Première n° 2117 (2026-07-09)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8600989">Niveau de vie et pauvreté en 2023</a>. Insee Première n° 2063 (2025-07-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/5759045">L'essentiel sur… la pauvreté</a>. Insee (2026-07-10)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.inegalites.fr/evolution_pauvrete_annuelle">Comment évolue la pauvreté en France ?</a>. Observatoire des inégalités (2025-07-08)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/4622377">Une pauvreté marquée dans les DOM, notamment en Guyane et à Mayotte</a>. Insee Première n° 1804 (2020-07-01)</li><li id="ref-6"><a href="https://blog.insee.fr/quels-outils-statistiques-pour-mesurer-la-pauvrete/">Mesurer la pauvreté : quels outils statistiques en France et en Europe ?</a>. Insee (blog) (2026-07-10)</li></ol>]]></description></item><item><title>Zones à faibles émissions : ce que la vignette change à la ville, et ce qu'elle ne change pas</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/zones-faibles-emissions-crit-air-villes/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/zones-faibles-emissions-crit-air-villes/</guid><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 17:54:23 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Pollution de l'air</category><category>Voiture</category><category>Villes</category><category>Inégalités</category><category>Santé</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/zones-faibles-emissions-crit-air-villes/cover.webp" length="77920" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Au printemps 2026, le Parlement a voté la fin des zones à faibles émissions. Le Conseil constitutionnel a annulé ce vote en mai. Elles restent en place. Deux villes seulement les appliquent pleinement, Paris et Lyon. Derrière le mot, un mécanisme simple : une vignette qui trie les voitures selon leur âge. Reste à savoir ce qu&rsquo;elle change, et pour qui.</div>

<h2 id="deux-villes-pas-quarante">Deux villes, pas quarante</h2>
<p>La loi a créé les zones à faibles émissions en 2019, puis les a étendues en 2021. Cible affichée : les grandes agglomérations où l&rsquo;air reste mauvais [1]. Sur le papier, 43 territoires sont concernés. Dans les faits, au 1er janvier 2024, deux seulement imposaient une vraie contrainte, Paris et Lyon [2]. Les 40 autres sont classés en simple vigilance. Le récit d&rsquo;une interdiction qui frapperait tout le pays ne colle pas aux chiffres.</p>
<p>Le tri passe par une vignette, Crit&rsquo;Air. Elle note chaque voiture selon son âge et sa motorisation. Une voiture trop ancienne perd le droit de rouler dans la zone, aux heures fixées. La vignette est attribuée une fois pour toutes, pour la vie du véhicule.</p>
<h2 id="lair-saméliore-mais-pas-dabord-grâce-à-elle">L&rsquo;air s&rsquo;améliore, mais pas d&rsquo;abord grâce à elle</h2>
<p>L&rsquo;air des villes françaises s&rsquo;est nettement amélioré. Entre 2000 et 2022, les rejets d&rsquo;oxydes d&rsquo;azote ont chuté de 60 % [3]. À Paris, le nombre d&rsquo;habitants exposés à un air au-dessus de la limite pour le dioxyde d&rsquo;azote est passé de 400 000 en 2019 à 5 000 en 2023 [25].</p>
<p>Mais l&rsquo;essentiel de ce progrès ne vient pas de la ZFE. Il vient du renouvellement du parc. Les voitures récentes polluent moins, les normes se durcissent. La seule évaluation française qui isole l&rsquo;effet propre de la zone parisienne le mesure. Sur le dioxyde d&rsquo;azote, elle pèse environ 0,9 % de baisse par an, dans une baisse totale d&rsquo;environ 9 % par an [4]. Réel, donc, mais modeste.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">0,9 %/an</span> <span class="stat__label">la part de la baisse du dioxyde d&#39;azote attribuable en propre à la ZFE parisienne, sur une baisse totale d&#39;environ 9 % par an</span></aside>

<p>Sur les particules fines, l&rsquo;effet est plus faible encore. La raison est mécanique : 82 % des particules du trafic ne sortent pas du pot d&rsquo;échappement [4]. Elles viennent de l&rsquo;usure des freins, des pneus, de la route. Une voiture électrique récente en produit autant. La vignette ne peut rien contre cette part.</p>
<p>Elle fait tout de même reculer le diesel [4]. Elle agit, mais peu. Un point à ne pas perdre : respecter la limite légale n&rsquo;est pas respirer un air sain. Les seuils recommandés par l&rsquo;Organisation mondiale de la santé restent dépassés dans la grande majorité des agglomérations [3].</p>
<h2 id="le-bruit-elle-ny-touche-pas">Le bruit, elle n&rsquo;y touche pas</h2>
<p>La ZFE change qui roule. Pas combien de voitures roulent, ni à quelle vitesse. Or ce sont le nombre et la vitesse qui font le bruit.</p>
<p>Passé 30 à 40 km/h, le moteur ne s&rsquo;entend presque plus. C&rsquo;est le contact des pneus sur la route qui domine, et il ne dépend quasiment pas de la motorisation [11]. Une voiture électrique lancée fait autant de bruit qu&rsquo;une thermique. Pour qu&rsquo;une rue devienne audiblement plus calme, il faudrait retirer 30 à 40 % des véhicules [11]. La vignette n&rsquo;en enlève aucun, elle en change le moteur.</p>
<p>Le bruit routier n&rsquo;est pourtant pas un détail. Le trafic routier est la première source de bruit dans l&rsquo;environnement. Ce bruit est tenu pour responsable de 12 000 morts prématurées par an en Europe [12]. En France, le bruit coûte chaque année 147 milliards d&rsquo;euros à la collectivité, dont plus de la moitié pour le seul trafic routier [13]. Une agence d&rsquo;État range tout de même la ZFE parmi les mesures qui aident un peu, sur l&rsquo;air comme sur le bruit. Elle ne chiffre jamais ce gain en décibels [13]. Le vrai levier sur le bruit, c&rsquo;est la vitesse [11]. Pas la vignette.</p>
<h2 id="ni-la-place-que-prennent-les-voitures">Ni la place que prennent les voitures</h2>
<p>Une Crit&rsquo;Air 1 toute neuve occupe exactement la même place qu&rsquo;une vieille Crit&rsquo;Air 4. Sur la chaussée, au stationnement, la ZFE ne libère pas un mètre carré.</p>
<p>Et la voiture en prend beaucoup. À Paris, la municipalité estime qu&rsquo;elle occupe environ la moitié de l&rsquo;espace public, pour environ 13 % des déplacements [14]. La municipalité est ici juge et partie, le chiffre est à lire comme le sien. Un décompte technique neutre confirme au moins l&rsquo;ordre de grandeur pour le stationnement, autour de 8 à 10 % de l&rsquo;espace en centre d&rsquo;agglomération [15]. Une voiture particulière, elle, passe l&rsquo;essentiel de son temps à l&rsquo;arrêt.</p>
<p>Rendre cet espace aux piétons, aux vélos, aux terrasses reste possible. Mais cela passe par d&rsquo;autres décisions : supprimer du stationnement, piétonniser, abaisser la vitesse. À Paris, la circulation a été divisée par deux depuis la fin des années 1990. La Ville l&rsquo;attribue à ces aménagements, pas à la ZFE, née en 2019 [14].</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">La vignette change qui peut rouler. Pas combien de voitures roulent, ni la place qu&rsquo;elles prennent.</aside>

<h2 id="la-santé-là-où-lambition-change-tout">La santé, là où l&rsquo;ambition change tout</h2>
<p>Sur la santé, l&rsquo;enjeu est lourd. La pollution de l&rsquo;air est classée cancérogène certain [5]. En France, les estimations publiques lui attribuent environ 40 000 morts par an, par les seules particules fines [6].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">40 000</span> <span class="stat__label">décès par an attribués en France aux particules fines, l&#39;enjeu de fond que la ZFE vise à réduire</span></aside>

<p>Ce que la ZFE y gagne dépend entièrement de son ambition. En Île-de-France, une évaluation chiffre les vies sauvées chaque année selon le niveau retenu. Au plus bas, 20. En écartant les Crit&rsquo;Air 4, 80. En allant jusqu&rsquo;aux Crit&rsquo;Air 3, 280, plus des milliers de cas d&rsquo;asthme d&rsquo;enfants évités [7]. Ce sont des estimations dans un scénario idéal, la fourchette est large. Le sens reste net : plus la zone vise haut, plus elle sauve. Chaque report de calendrier rabote d&rsquo;autant ces gains.</p>
<p>À l&rsquo;étranger, le bilan va dans le même sens. Une synthèse des études sur ces zones trouve un effet le plus constant sur le cœur et les vaisseaux [8]. En Allemagne, l&rsquo;effet mesuré est resté modeste [9]. À Londres, la zone n&rsquo;a fait beaucoup baisser le dioxyde d&rsquo;azote que là où elle était ambitieuse et payante [10]. Toujours le même résultat : sans ambition, peu d&rsquo;effet.</p>
<h2 id="qui-paie-qui-respire">Qui paie, qui respire</h2>
<p>Reste la question qui fâche : pour qui ? Le coût, d&rsquo;abord. Il tombe sur les ménages modestes, et ce n&rsquo;est pas une impression. Dans les zones de Paris et Lyon, plus d&rsquo;une voiture de ménage sur quatre est trop ancienne pour la vignette [16]. Chez les 20 % de familles les plus modestes, c&rsquo;est près de quatre sur dix [16]. En face, les flottes d&rsquo;entreprises ne sont visées qu&rsquo;à 2 ou 3 % [16].</p>
<p>Dans le 3e arrondissement de Marseille, le plus pauvre de France, plus d&rsquo;une voiture sur deux est concernée [17]. Des aides existent. Mais la moitié de ceux qui y ont droit n&rsquo;en font pas la demande. Et le reste à payer est souvent trop lourd [17]. Une famille loin d&rsquo;une grande ville, sans métro, <a href="https://lecourrierdefrance.fr/articles/fiscalite-carburants-part-taxes-pompe/">dépend de sa voiture pour aller travailler</a>. Pour elle, la contrainte est bien réelle. Ce vécu-là est fondé.</p>
<p>Un récit s&rsquo;est emparé de ce fait : le peuple contre les ZFE. Il est porté, entre autres, par le secteur automobile et par des élus qui en ont fait un amendement de suppression [19]. Les sondages qui l&rsquo;alimentent sont commandés par des opposants organisés ou par des acteurs du crédit à la voiture [18]. Cela n&rsquo;efface pas le mécontentement, mesuré et réel. Cela éclaire qui a intérêt à le mettre en avant.</p>
<p>Autre versant, moins simple : qui respire ce trafic ? À l&rsquo;échelle d&rsquo;une région ou d&rsquo;une ville entière, les plus modestes sont bien les plus exposés aux particules [20, 21]. Mais à l&rsquo;échelle du quartier, tout dépend de la ville. À Lille, à Marseille, ce sont les quartiers pauvres qui prennent le trafic. À Paris, c&rsquo;est plutôt le centre-ouest aisé, plus dense en circulation [22]. Dans les grandes villes, 43 % des cadres habitent près des axes chargés [23]. Le raccourci « pauvre égale plus exposé » vaut à grande échelle, pas partout dans le détail.</p>
<p>Une chose est sûre, en revanche, et elle est moins connue. À dose de pollution égale, la mortalité n&rsquo;est pas la même selon le quartier. À Paris, dans les quartiers les plus pauvres, une même hausse de dioxyde d&rsquo;azote fait grimper la mortalité d&rsquo;environ 3 % [24]. Dans les quartiers aisés, l&rsquo;effet n&rsquo;est pas mesurable [24]. Ce n&rsquo;est pas une affaire d&rsquo;exposition, mais de fragilité : santé déjà plus abîmée, conditions de vie plus dures. Un air plus propre profite d&rsquo;abord aux plus fragiles.</p>
<h2 id="ce-quelle-fait-et-ce-quelle-ne-fait-pas">Ce qu&rsquo;elle fait, et ce qu&rsquo;elle ne fait pas</h2>
<p>Au bout du compte, la vignette Crit&rsquo;Air fait une chose : elle change qui peut rouler. Pas le nombre de voitures, pas le bruit, pas la place qu&rsquo;elles occupent. Sur l&rsquo;air, elle aide un peu, et d&rsquo;autant plus qu&rsquo;elle vise haut. Sur la santé, elle peut sauver des vies, surtout les plus fragiles. Son coût, lui, tombe d&rsquo;abord sur ceux qui ont le moins. Aucune de ces deux choses n&rsquo;efface l&rsquo;autre.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/zones-faibles-emissions-zfe">Zones à faibles émissions (ZFE), page officielle du dispositif</a>. Ministère de la Transition écologique (2024)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/le-parc-de-vehicules-au-1er-janvier-2024-dans-les-territoires-zfe-et-les-territoires-de-vigilance">Le parc de véhicules au 1er janvier 2024 dans les territoires ZFE et les territoires de vigilance</a>. SDES (service statistique du ministère de la Transition écologique) (2024)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/bilan-de-la-qualite-de-lair-exterieur-en-france-en-2023">Bilan de la qualité de l'air extérieur en France (2022 et 2023)</a>. SDES / LCSQA (2023)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.airparif.fr/sites/default/files/document_publication/20240531_ZFE_MGP_Eval_a_posteriori_web.pdf">Évaluation a posteriori de la ZFE-m du Grand Paris (étape Crit'Air 4)</a>. Airparif (2024)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.iarc.who.int/wp-content/uploads/2018/07/pr221_F.pdf">La pollution de l'air extérieur classée cancérogène pour l'homme (Groupe 1)</a>. CIRC / IARC (OMS) (2013)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.santepubliquefrance.fr/presse/pollution-de-lair-ambiant-nouvelles-estimations-de-son-impact-sur-la-sante-des-francais">Nouvelles estimations de l'impact de la pollution de l'air sur la santé des Français</a>. Santé publique France (2021)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ors-idf.org/fileadmin/DataStorageKit/ORS/Etudes/2020/ORS_benefices_sanitaires_attendus_ZFE_vd.pdf">Bénéfices sanitaires attendus de la ZFE métropolitaine (EQIS, 3 scénarios)</a>. ORS Île-de-France (2019)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.thelancet.com/journals/lanpub/article/PIIS2468-2667(23)00120-2/fulltext">Health effects of low emission and congestion charging zones: a systematic review</a>. The Lancet Public Health (2023)</li><li id="ref-9"><a href="https://strathprints.strath.ac.uk/59756/">The effect of low emission zones on air pollution and infant health</a>. Journal of Environmental Economics and Management (M. Gehrsitz) (2017)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.london.gov.uk/new-report-reveals-transformational-impact-expanded-ultra-low-emission-zone-so-far">New report reveals transformational impact of the expanded ULEZ so far</a>. Greater London Authority (2023)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.cerema.fr/fr/actualites/reduire-vitesse-changer-revetement-quelles-solutions-contre">Réduire la vitesse, changer le revêtement : quelles solutions contre la pollution sonore routière</a>. CEREMA (2023)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/health-risks-caused-by-environmental-noise-in-europe">Health risks caused by environmental noise in Europe</a>. Agence européenne pour l'environnement (EEA) (2020)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.ademe.fr/presse/communique-national/147-milliards-deuros-cest-le-cout-social-du-bruit-en-france-par-an/">Coût social du bruit en France (147 milliards d'euros par an)</a>. ADEME / Conseil national du bruit (2021)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.paris.fr/pages/reforme-du-stationnement-repenser-60-hectares-privatises-par-les-voitures-18146">Réforme du stationnement : repenser 60 hectares privatisés par les voitures</a>. Ville de Paris (2023)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.cerema.fr/fr/actualites/stationnement-au-croisement-nombreux-enjeux-urbains">Le stationnement au croisement des enjeux urbains</a>. CEREMA (2023)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.statistiques.developpement-durable.gouv.fr/quels-menages-possedent-des-voitures-critair-3-ou-plus-dans-les-metropoles-du-grand-paris-et-de">Quels ménages possèdent des voitures Crit'Air 3 ou plus dans le Grand Paris et à Lyon ?</a>. SDES (service statistique du ministère de la Transition écologique) (2025)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.senat.fr/rap/r22-738/r22-738-syn.pdf">Rapport de la mission d'information ZFE-m « Sortir de l'impasse »</a>. Sénat (rapporteur Philippe Tabarot) (2023)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.linfodurable.fr/vie-quotidienne/zones-faibles-emissions-une-majorite-de-francais-opposes-50648">Zones à faibles émissions : une majorité de Français opposés (sondage Ifop pour le collectif « Stop ZFE »)</a>. L'Info Durable / Ifop (2025)</li><li id="ref-19"><a href="https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/loi-de-simplification-le-conseil-constitutionnel-censure-la-suppression-des-zfe-et-lassouplissement-du-zan">Loi de simplification : adoption définitive puis censure de la suppression des ZFE par le Conseil constitutionnel</a>. Public Sénat (2026)</li><li id="ref-20"><a href="https://www.eea.europa.eu/en/analysis/publications/unequal-exposure-and-unequal-impacts">Unequal exposure and unequal impacts: social vulnerability to air pollution in Europe</a>. Agence européenne pour l'environnement (EEA) (2018)</li><li id="ref-21"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/7767616">Exposition aux PM2.5 et mobilité résidentielle (document de travail 2024-02)</a>. Insee (2024)</li><li id="ref-22"><a href="https://www.peren-revues.fr/pollutionatmospherique/5973">Air quality and social deprivation in four French metropolitan areas</a>. Environmental Research (C. Padilla et al.) (2014)</li><li id="ref-23"><a href="https://www.strategie-plan.gouv.fr/files/files/Publications/2021%20SP/2022-09-15%20-%20NA%20112%20-%20In%C3%A9galit%C3%A9s%20environnementales%20et%20sociales/fs-2022-na-112-inegalites_environnementales-septembre_0.pdf">Inégalités environnementales et sociales (Note d'analyse n°112)</a>. France Stratégie (2022)</li><li id="ref-24"><a href="https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0131463">NO2, statut socioéconomique et mortalité à Paris</a>. PLOS One (S. Deguen et al.) (2015)</li><li id="ref-25"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/qualite-de-l-air-le-conseil-d-etat-constate-que-les-mesures-prises-pour-respecter-les-seuils-de-pollution-ont-porte-leurs-fruits">Qualité de l'air : le Conseil d'État constate que les mesures prises pour respecter les seuils de pollution ont porté leurs fruits</a>. Conseil d'État (2025)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>