<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Genre | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/genre/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Fri, 17 Jul 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/genre/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/genre/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Deux jeunes hommes sur trois connaissent un influenceur masculiniste</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/manosphere-structure-audience-effets/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/manosphere-structure-audience-effets/</guid><pubDate>Fri, 17 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Masculinisme</category><category>Réseaux sociaux</category><category>Jeunesse</category><category>Genre</category><category>Algorithmes</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/manosphere-structure-audience-effets/cover.webp" length="44976" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Deux jeunes hommes sur trois connaissent au moins un influenceur masculiniste. Un sur trois en regarde. Ces comptes vendent une histoire simple : si les hommes vont mal, c&rsquo;est la faute des femmes et du féminisme. La souffrance qu&rsquo;ils exploitent est réelle. Le coupable qu&rsquo;ils désignent ne l&rsquo;est pas. Et leurs effets sur ceux qui les suivent restent, à ce jour, non démontrés.</div>

<h2 id="un-mot-une-nébuleuse">Un mot, une nébuleuse</h2>
<p>La « manosphère » n&rsquo;est pas une organisation. Pas un parti, pas un mouvement unifié. C&rsquo;est un mot parapluie. Il désigne un ensemble de communautés en ligne, reliées entre elles, hostiles au féminisme [1]. Le terme apparaît en 2009, se répand en 2013.</p>
<p>Ces communautés se recoupent et se disputent. On y trouve les « droits des hommes », qui jugent la société tournée contre les hommes. Les « MGTOW », qui prônent le retrait de toute relation avec les femmes. Les « pick-up artists », qui vendent des techniques de séduction. Et les « incels », des célibataires qui vivent leur abstinence comme une injustice. Leur misogynie va, sur certains forums, jusqu&rsquo;à un discours favorable au viol [2].</p>
<p>Un fil relie ce petit monde : la « pilule rouge ». L&rsquo;image vient du film Matrix. La prendre, ce serait s&rsquo;éveiller à une prétendue vérité cachée, celle d&rsquo;un féminisme qui tromperait les hommes. Tout le vocabulaire qui va avec, des surnoms méprisants pour les femmes, des théories bricolées sur la « nature » des sexes, est un discours d&rsquo;acteurs, pas un fait établi [1, 2].</p>
<h2 id="ce-que-les-jeunes-connaissent-en-chiffres">Ce que les jeunes connaissent, en chiffres</h2>
<p>En France, la mesure la plus solide vient d&rsquo;un sondage mené fin 2025 auprès de 1 528 hommes [3]. Chez les 16-34 ans, 66 % connaissent au moins un de ces influenceurs. 37 % en consultent. 19 % régulièrement. La figure la plus connue n&rsquo;est pas américaine. C&rsquo;est un influenceur francophone, Alex Hitchens, cité par 51 % des jeunes hommes. Andrew Tate, lui, est connu de 36 % des 16-34 ans.</p>
<p>Chez les adolescents britanniques, l&rsquo;exposition est encore plus forte. 79 % des garçons de 16-17 ans ont déjà vu du contenu d&rsquo;Andrew Tate [4]. C&rsquo;est plus que la part qui connaît le Premier ministre. Et l&rsquo;écart entre les sexes est brutal. 52 % de ces garçons en ont une opinion positive, contre 1 % des filles du même âge.</p>
<p>Ce fossé se retrouve à l&rsquo;échelle d&rsquo;une génération. Chez les moins de 30 ans, l&rsquo;écart d&rsquo;adhésion au féminisme entre hommes et femmes est le plus large jamais mesuré, plus large que chez leurs aînés [5].</p>
<p>Un point de méthode, décisif. Ces chiffres sont déclaratifs. Ils mesurent une exposition, pas une adhésion. Connaître un compte, ce n&rsquo;est pas le suivre. Le suivre, ce n&rsquo;est pas approuver ses thèses. Confondre les trois gonfle le phénomène.</p>
<h2 id="une-souffrance-réelle-un-coupable-inventé">Une souffrance réelle, un coupable inventé</h2>
<p>Le discours masculiniste part d&rsquo;un socle vrai. Les hommes se suicident environ trois fois plus que les femmes [6]. L&rsquo;isolement, la dépression des jeunes hommes, le sentiment d&rsquo;être de trop, tout cela existe et se mesure. Nier cette souffrance serait malhonnête, et personne ne devrait le faire.</p>
<p>Le tour de passe-passe est ailleurs. Il est dans la cause désignée. Le récit masculiniste prend ces douleurs réelles et les impute aux femmes, au féminisme, à une société qui aurait basculé contre les hommes. Les chiffres disent autre chose. La surmortalité par suicide tient d&rsquo;abord aux difficultés économiques et à l&rsquo;isolement social, pas à des causes familiales [6].</p>
<p>L&rsquo;exemple de la garde des enfants est net. Le récit veut une justice qui arracherait les enfants aux pères. Les données du ministère de la Justice disent l&rsquo;inverse.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">93 %</span> <span class="stat__label">des demandes de garde des pères sont satisfaites par la justice</span></aside>

<p>Quand un père demande la résidence de l&rsquo;enfant, il l&rsquo;obtient dans la très grande majorité des cas [6]. S&rsquo;il l&rsquo;obtient moins souvent que la mère, c&rsquo;est d&rsquo;abord parce qu&rsquo;il la demande moins souvent. Le chiffre est réel. L&rsquo;histoire qu&rsquo;on en tire est fausse.</p>
<aside class="pullquote">La souffrance est réelle. Le coupable désigné ne l&rsquo;est pas.</aside>

<h2 id="comment-ça-circule">Comment ça circule</h2>
<p>Trois moteurs, à ne pas confondre.</p>
<p>Le premier est l&rsquo;algorithme. Des chercheurs ont créé de faux comptes d&rsquo;adolescents et regardé ce que TikTok leur poussait. En cinq jours, la part de contenu misogyne dans les recommandations est passée de 13 % à 56 % [7]. La portée exacte compte. Cela mesure ce que la plateforme pousse vers un profil type, pas ce qu&rsquo;un vrai adolescent regarde, ni l&rsquo;effet que ça produit sur lui.</p>
<p>Le deuxième est l&rsquo;influenceur. Quelques figures captent l&rsquo;audience et la transforment en argent. Andrew Tate est la plus visible. Il est poursuivi en Roumanie pour viol, traite d&rsquo;êtres humains et constitution d&rsquo;un groupe criminel organisé. Il nie tout et n&rsquo;a jamais été condamné [8]. Selon une ONG spécialisée, plus de cent comptes relayaient ses vidéos fin 2022, pour 250 millions de vues cumulées [9]. Ses clips étaient repostés contre commission par les membres de son académie payante.</p>
<p>Le troisième est la porosité avec l&rsquo;extrême droite. Des recherches décrivent un chevauchement entre les audiences des deux mondes [2]. Un chevauchement, pas une équation. Ces milieux restent distincts, et l&rsquo;un ne se réduit pas à l&rsquo;autre.</p>
<h2 id="ce-que-les-données-prouvent-et-ce-quelles-ne-prouvent-pas">Ce que les données prouvent, et ce qu&rsquo;elles ne prouvent pas</h2>
<p>Ici, la rigueur commande de scruter les deux versants avec la même exigence.</p>
<p>Ce qui est établi, ce sont des associations. Le milieu incel va avec une santé mentale très dégradée. Un incel sur cinq déclare des pensées suicidaires quotidiennes [10]. Mais le sens de la flèche est indéterminé. La souffrance peut précéder l&rsquo;engagement autant que le suivre. Une association n&rsquo;est pas une cause.</p>
<p>Dans les écoles, des enseignants s&rsquo;alarment. Une étude auprès d&rsquo;enseignants britanniques trouve 76 % d&rsquo;entre eux « extrêmement préoccupés » par la misogynie en ligne dans le secondaire [11]. Certains rapportent des propos crus dans la bouche d&rsquo;élèves.</p>
<blockquote>
<p>« Ce ne serait pas un viol si personne ne l&rsquo;apprenait. »</p>
</blockquote>
<p>Ces mots, des enseignants disent les avoir entendus d&rsquo;élèves [11]. Mais les auteurs de l&rsquo;étude posent eux-mêmes la limite. Ce sont des perceptions d&rsquo;adultes, pas un effet mesuré sur les élèves, et un comportement sexiste peut venir de bien d&rsquo;autres influences.</p>
<p>La violence de masse, elle, n&rsquo;est pas au rendez-vous des données. Des attaques ont été commises par des hommes se disant incels : sept morts en Californie en 2014, dix à Toronto en 2018 [2]. Au total, une soixantaine de morts sont associés à cette mouvance [10]. Ce sont des individus isolés, exceptionnels au regard de la taille du milieu. Et le décompte lui-même est contesté, certaines listes incluant des cas antérieurs au mouvement [10].</p>
<p>Le mot « terrorisme » est d&rsquo;ailleurs disputé, y compris par les autorités elles-mêmes. La tuerie de Plymouth, en 2021, a fait cinq morts. Les autorités antiterroristes britanniques ont choisi de ne pas la traiter comme un acte terroriste [12]. L&rsquo;enquête a surtout pointé de graves ratés dans la délivrance du permis d&rsquo;armes du tireur. Dans les signalements pour radicalisation au Royaume-Uni, les incels pèsent 1,2 % [10]. D&rsquo;autres analystes plaident l&rsquo;inverse. Le débat n&rsquo;est pas tranché.</p>
<p>Le résultat le plus solide tient en une phrase. Les données montrent des associations réelles et une violence rare, elles n&rsquo;établissent aucun effet causal de masse. Dans les parcours individuels étudiés, la santé mentale et l&rsquo;idéologie pèsent plus de deux fois plus que le fait de fréquenter ces réseaux [10].</p>
<h2 id="en-france-le-sujet-entre-dans-le-débat">En France, le sujet entre dans le débat</h2>
<p>Le phénomène est récent dans l&rsquo;espace public français. Le mot s&rsquo;installe dans le débat au début des années 2010 [13]. Sur les chaînes d&rsquo;info en continu, « masculinisme » passe de 10 mentions en 2019 à 99 en 2024 [13].</p>
<p>Les institutions s&rsquo;en emparent. En janvier 2026, une première instance publique dédiée décrit le masculinisme comme un système idéologique structuré, et non un empilement de figures isolées [6]. Un colloque du Sénat, deux mois plus tôt, pose le même diagnostic [14]. Ces mêmes institutions parlent de « menace » et de « sécurité nationale ». Ce cadrage est le leur, celui d&rsquo;acteurs engagés sur leur mandat. Il se rapporte comme une position, pas comme un fait neutre. Elles avancent aussi un lien avec l&rsquo;extrême droite. C&rsquo;est une lecture à attribuer, et un recoupement d&rsquo;audiences n&rsquo;a jamais fait une équation.</p>
<p>La justice, elle, a franchi un cap. À l&rsquo;été 2025, le parquet national antiterroriste a été saisi pour la première fois d&rsquo;une affaire de masculinisme revendiqué [6]. En cause, l&rsquo;interpellation près d&rsquo;un lycée d&rsquo;un homme de 18 ans, porteur de deux couteaux.</p>
<p>Reste l&rsquo;essentiel, que les chiffres dessinent en creux. L&rsquo;exposition est massive, la souffrance des jeunes hommes est réelle, le coupable qu&rsquo;on leur vend est faux, et l&rsquo;effet de tout cela sur eux n&rsquo;est pas démontré. En France, le travail ne fait que commencer.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://journals.sagepub.com/doi/10.1177/1097184X17706401">Alphas, Betas, and Incels: Theorizing the Masculinities of the Manosphere</a>. Men and Masculinities (SAGE) (2019)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.isdglobal.org/isd-explainer/the-manosphere/">The « Manosphere »: An overview of extreme misogyny online</a>. Institute for Strategic Dialogue (2020)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.sidaction.org/communique/sondage-opinionway-les-hommes-et-le-masculinisme/">Les hommes et le masculinisme</a>. OpinionWay pour Sidaction (novembre 2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://savanta.com/knowledge-centre/press-and-polls/andrew-tate-poll-savanta-6-june-2023/">Sondage sur Andrew Tate chez les 16-25 ans (Royaume-Uni)</a>. Savanta pour HOPE not hate (mai 2023)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.kcl.ac.uk/news/gen-z-men-and-women-most-divided-on-gender-equality-global-study-shows">Étude mondiale sur le fossé de genre de la génération Z</a>. Ipsos / King's College London (5 mars 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/rapport-2026-sur-letat-des-lieux-du-sexisme-en-france-la-menace-masculiniste">Rapport 2026 sur l'état des lieux du sexisme en France : la menace masculiniste</a>. Haut Conseil à l'Égalité entre les femmes et les hommes (21 janvier 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ucl.ac.uk/news/2024/feb/social-media-algorithms-amplify-misogynistic-content-teens">Safer Scrolling : les algorithmes amplifient le contenu misogyne pour les adolescents</a>. University College London / University of Kent (février 2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Legal_affairs_of_the_Tate_brothers">Affaires judiciaires des frères Tate</a>. Wikipédia (dates à adosser au parquet roumain et au Crown Prosecution Service) (consulté en juillet 2026)</li><li id="ref-9"><a href="https://counterhate.com/blog/who-is-andrew-tate-influencer-misogyny-women-hate/">Who is Andrew Tate?</a>. Center for Countering Digital Hate (2022)</li><li id="ref-10"><a href="https://assets.publishing.service.gov.uk/media/664e145fae748c43d37940af/140224+SISNET+Incel+Report.pdf">Predicting Harm Among Incels (Involuntary Celibates)</a>. Swansea University (rapport hébergé sur gov.uk) (2024)</li><li id="ref-11"><a href="https://journals.plos.org/plosone/article?id=10.1371/journal.pone.0299339">Understanding the influence of online misogyny in schools from the perspective of teachers</a>. PLoS ONE (26 février 2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://en.wikipedia.org/wiki/Plymouth_shooting">Tuerie de Plymouth (2021) et sa classification</a>. Wikipédia, d'après les autorités antiterroristes britanniques (2023)</li><li id="ref-13"><a href="https://larevuedesmedias.ina.fr/enquetes-masculinisme-immersion-reseaux-sociaux-journalistes">Mouvements masculinistes : enquêter sur des milieux qui veulent votre mort</a>. INA, La Revue des médias (2024)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.senat.fr/rap/r25-192/r25-1922.html">Montée en puissance des mouvements masculinistes dans le monde (colloque du 27 novembre 2025)</a>. Sénat, Délégation aux droits des femmes (décembre 2025)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>