<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Argent Public | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/argent-public/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Wed, 29 Jul 2026 08:30:27 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/argent-public/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/argent-public/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Crèches privées : l'État n'a contrôlé un grand groupe pour la première fois qu'en 2024</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/creches-privees-controle-etat-groupes/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/creches-privees-controle-etat-groupes/</guid><pubDate>Wed, 29 Jul 2026 08:30:27 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Petite enfance</category><category>Crèches</category><category>Contrôle public</category><category>Argent public</category><category>Financiarisation</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/creches-privees-controle-etat-groupes/cover.webp" length="385406" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Au printemps 2024, des inspecteurs de l&rsquo;État se penchent pour la première fois sur un grand groupe de crèches. Ils examinent La Maison Bleue, numéro quatre du secteur, 369 établissements en France. La direction refuse de leur remettre certains documents. Ce qu&rsquo;ils trouvent quand même est lourd, sur l&rsquo;argent public comme sur l&rsquo;encadrement des enfants.</div>

<h2 id="un-contrôle-rare-éclaté-sans-règle-commune">Un contrôle rare, éclaté, sans règle commune</h2>
<p>Confier son enfant à une crèche, c&rsquo;est faire confiance. Confiance au personnel, et confiance à quelqu&rsquo;un pour vérifier. Ce quelqu&rsquo;un existe, mais il est éclaté à trois têtes. La protection maternelle et infantile est un service des départements. Elle donne l&rsquo;agrément et contrôle le fonctionnement. Les caisses d&rsquo;allocations familiales surveillent l&rsquo;usage des financements publics. Les communes gèrent leurs crèches municipales [1].</p>
<p>Dans les faits, ce contrôle est rare. En 2023, les caisses n&rsquo;ont vérifié que 17 % des crèches qu&rsquo;elles financent par la prestation de service unique [1]. La protection maternelle passe en moyenne une fois tous les deux à cinq ans [1]. Quatre départements n&rsquo;en ont mené aucun [8]. Le service a perdu près de 400 postes entre 2010 et 2022 [1].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">17 %</span> <span class="stat__label">des crèches financées par la CAF ont été contrôlées en 2023</span></aside>

<p>Il manque aussi l&rsquo;essentiel : une règle commune. Il n&rsquo;existe pas de grille d&rsquo;évaluation nationale opposable. Chaque département interprète les normes à sa façon. Les contrôles restent « trop réglementaires », centrés sur l&rsquo;hygiène et la sécurité, moins sur la qualité de l&rsquo;accueil [1].</p>
<p>Et surtout, jusque-là, personne ne contrôlait les groupes. L&rsquo;inspection ne pouvait regarder que les crèches, une par une, jamais les sociétés qui les possèdent. Ce pouvoir est né d&rsquo;une loi de décembre 2023 [1]. Il a été utilisé pour la première fois en 2024.</p>
<h2 id="le-jour-où-létat-a-regardé-un-groupe-entier">Le jour où l&rsquo;État a regardé un groupe entier</h2>
<p>La cible de ce premier contrôle est La Maison Bleue, 369 crèches en France. Son chiffre d&rsquo;affaires atteint 326 millions d&rsquo;euros dans le monde, dont 200 en France [3]. Le rapport d&rsquo;inspection, rendu en avril 2025, est sévère.</p>
<p>Il relève « d&rsquo;importantes carences dans la gestion financière et comptable ». Il décrit des informations transmises aux caisses « ayant systématiquement pour objet de maximiser les versements de fonds publics » [3]. Certains montants restent masqués dans le document, le groupe ayant obtenu le secret des affaires.</p>
<p>Plusieurs faits sont qualifiés de potentiellement pénaux par la mission. Aucune condamnation à ce stade. Les murs de crèches ont été vendus à une société immobilière appartenant au président fondateur. Les conditions de la vente ont été jugées favorables à cette société. Des établissements ont perçu de l&rsquo;argent public alors qu&rsquo;ils s&rsquo;étaient déclarés fermés [3].</p>
<p>Sur le terrain, l&rsquo;encadrement est calculé au plus juste. En 2023, 49 % des visites de la protection maternelle pointent une non-conformité sur le taux d&rsquo;encadrement ou la qualification. Dans l&rsquo;ouest de l&rsquo;Île-de-France, ce taux grimpe à 61 % [3]. En 2024, les autorités départementales ont fermé 7 crèches du groupe [3]. Elles ont réduit la capacité de 7 autres.</p>
<p>Un fait, enfin, dit tout du reste. Face aux inspecteurs, la direction générale a refusé de transmettre des documents essentiels [3]. Ils portaient sur ses filiales étrangères et l&rsquo;origine de certains fonds. La Maison Bleue conteste l&rsquo;analyse financière de la mission, c&rsquo;est sa parole de partie mise en cause.</p>
<h2 id="ce-que-largent-public-paie-et-ce-quil-ne-paie-pas">Ce que l&rsquo;argent public paie, et ce qu&rsquo;il ne paie pas</h2>
<p>Le privé lucratif représente aujourd&rsquo;hui environ une place de crèche sur cinq [4], pour un marché estimé à 1,7 milliard d&rsquo;euros [9]. Ce marché vit d&rsquo;argent public. L&rsquo;État et les caisses financent l&rsquo;établissement et aident la famille. Ils rendent aussi la moitié de la dépense aux entreprises qui réservent des berceaux. Plusieurs guichets soutiennent la même place.</p>
<p>La question est de savoir où va cet argent. Un rapport d&rsquo;inspection de 2023 apporte un élément net. Il compare l&rsquo;évolution des coûts sur les crèches financées par la prestation de service unique. Entre 2012 et 2021, les frais de personnel par place ont reculé de 2 % dans le privé marchand. Dans les crèches communales, ils montaient de 18,5 % [2]. Dans le même temps, le poste comptable qui inclut les frais de siège des groupes gonflait de 51,8 % [2].</p>
<aside class="pullquote">Sur dix ans, les frais de personnel par place ont reculé dans le privé marchand, quand ils montaient partout ailleurs.</aside>

<p>Derrière ces pourcentages, il y a un enfant. Le même rapport, sur l&rsquo;ensemble du secteur, décrit une qualité « particulièrement hétérogène », des taux d&rsquo;encadrement au « plancher réglementaire », et 10 000 postes manquants dans le pays [2]. Il rassemble aussi des témoignages de professionnels, remontés par questionnaire. Une couche « pas changée de la journée ». Des repas « commandés en moins pour faire des économies ». Un forçage alimentaire « jusqu&rsquo;aux vomissements » [2]. Ce sont des paroles de terrain, pas des cas jugés.</p>
<p>L&rsquo;inspection le pose sans détour : les financements doivent servir la qualité de l&rsquo;accueil « et non à augmenter le taux de marge des gestionnaires » [2]. Une place de crèche, c&rsquo;est un repas, une couche, un adulte présent. C&rsquo;est cela que l&rsquo;argent public est censé payer.</p>
<h2 id="lattribution-elle-reste-disputée">L&rsquo;attribution, elle, reste disputée</h2>
<p>Sur le constat, tout le monde s&rsquo;accorde. Une commission d&rsquo;enquête de l&rsquo;Assemblée nationale décrit un système « à bout de souffle », aux défaillances « systémiques » [4]. Le problème touche tous les statuts, public, associatif et privé [4]. Il existe des crèches privées de grande qualité et des crèches publiques en difficulté. Le problème n&rsquo;est pas « le privé » en bloc, c&rsquo;est un contrôle rare et un argent public jamais conditionné à la qualité.</p>
<p>Sur la cause, en revanche, le désaccord est réel. La financiarisation du secteur est-elle responsable ? La rapporteure de l&rsquo;Assemblée nationale écrit que les défaillances ne sont « pas la conséquence » de l&rsquo;ouverture au privé [4]. Un contre-rapport de l&rsquo;opposition affirme l&rsquo;inverse, un « lien entre recherche de rentabilité et défaillances de la qualité » [4]. Ce n&rsquo;est pas un fait tranché, c&rsquo;est un débat politique ouvert. Ce journal ne le referme pas à leur place.</p>
<h2 id="peoplebaby--les-alertes-saccumulent">People&amp;Baby : les alertes s&rsquo;accumulent</h2>
<p>Un autre grand groupe concentre les signaux depuis trois ans. Le 22 juin 2022, une fillette de 11 mois est morte dans une micro-crèche People&amp;Baby à Lyon, après avoir ingéré un déboucheur caustique. L&rsquo;employée était seule à l&rsquo;ouverture, en poste depuis trois mois. Elle a été condamnée à 25 ans de réclusion en première instance, en avril 2025 [6]. Le parquet a fait appel, à la demande des parents. Le 30 janvier 2026, la cour d&rsquo;assises d&rsquo;appel a alourdi la peine à 30 ans, assortie de 15 ans de sûreté. Elle a requalifié les faits en meurtre, jugeant l&rsquo;intention de tuer établie [10].</p>
<p>Le groupe, lui, n&rsquo;était pas sur le banc des accusés. Sa responsabilité pénale n&rsquo;a pas été engagée. Le contexte d&rsquo;organisation, sous-effectif et rotation du personnel, a été évoqué mais pas poursuivi. People&amp;Baby affirme avoir respecté ses procédures de recrutement et engagé une refondation, c&rsquo;est sa parole [6].</p>
<p>Un livre-enquête paru en 2024 a élargi le tableau. Son auteur, le journaliste Victor Castanet, décrit une « optimisation des coûts ». Elle porte sur les salaires, les produits de première nécessité et la nourriture. Il évoque une dette de plusieurs centaines de millions d&rsquo;euros. Il chiffre aussi une surfacturation de loyers, jusqu&rsquo;à 3 millions d&rsquo;euros par an au détriment du groupe [5]. Ce sont ses conclusions d&rsquo;enquête, à lui attribuer, non tranchées par la justice.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Ni les PMI, ni la CAF, ni le gouvernement ne sont en capacité de stopper ces pratiques-là. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Victor Castanet, journaliste et auteur de « Les Ogres »</figcaption>
</figure>

<p>La suite tient en une série d&rsquo;actes datés, chacun avec son statut. En avril 2025, People&amp;Baby passe sous le contrôle du fonds Alcentra et annonce la fermeture d&rsquo;environ 44 crèches [7]. Deux crèches ont été fermées à Villejuif pour « soupçons de maltraitances », des soupçons à ce stade [7]. Une association anticorruption a déposé plainte fin 2024, une plainte n&rsquo;établit pas les faits. Et le 28 juillet 2026, un syndicat de la petite enfance a saisi le Premier ministre. Il réclame une inspection de l&rsquo;IGAS et de l&rsquo;IGF sur l&rsquo;ensemble du groupe [7]. Une demande, pas encore une enquête ouverte. Joint par l&rsquo;AFP, le groupe « ne souhaitait pas commenter » [7].</p>
<h2 id="reste-un-fait-daté">Reste un fait daté</h2>
<p>Il faut tenir ces cas à leur juste place. Un drame jugé jusqu&rsquo;en appel, des allégations d&rsquo;enquête, des soupçons, une plainte, une demande syndicale. Rien de tout cela n&rsquo;est encore établi comme une faute d&rsquo;ensemble du groupe. Ce qui est établi, c&rsquo;est autre chose, et c&rsquo;est plus solide.</p>
<p>La première fois que l&rsquo;État a pu regarder un groupe de crèches en entier, c&rsquo;était en 2024. Il a aussitôt relevé de lourds manquements et un refus de coopérer. Une grille de contrôle nationale est toujours en cours d&rsquo;écriture [1]. Pour le reste du secteur, le contrôle demeure rare, inégal, et sans règle commune. C&rsquo;est vrai quelle que soit la conclusion que l&rsquo;on tire du reste.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.senat.fr/rap/r24-460/r24-460.html">L'efficacité du contrôle des établissements d'accueil du jeune enfant et ses éventuelles défaillances, rapport d'information n° 460 (2024-2025)</a>. Sénat, commission des affaires sociales (2025-03-19)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.igas.gouv.fr/Qualite-de-l-accueil-et-prevention-de-la-maltraitance-institutionnelle-dans-les">Qualité de l'accueil et prévention de la maltraitance institutionnelle dans les crèches (rapport IGAS N° 2022-062R)</a>. Inspection générale des affaires sociales (IGAS) (2023-04)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2025-06/2024-010R%20-%20Rapport%20d%C3%A9finitif%20Maison%20Bleue%20(version%20occult%C3%A9e).pdf">Contrôle du groupe de crèches privées « La Maison Bleue », rapport définitif version occultée (IGAS N° 2024-010R)</a>. Inspection générale des affaires sociales (IGAS) (2025-04)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/16/rapports/cecrec/l16b2660_rapport-enquete">Rapport de la commission d'enquête sur le modèle économique des crèches et la qualité de l'accueil des jeunes enfants (n° 2660 rectifié)</a>. Assemblée nationale (2024-05-27)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/enfance-et-adolescence/scandale-des-creches-personne-n-est-en-capacite-de-stopper-les-dirigeants-de-creches-dans-leurs-derives-previent-victor-castanet-journaliste-et-auteur-de-les-ogres_7497541.html">Scandale des crèches : « Personne n'est en capacité de stopper les dirigeants de crèches dans leurs dérives », prévient Victor Castanet</a>. franceinfo (2025-09-17)</li><li id="ref-6"><a href="https://tribunedelyon.fr/justice/empoisonnement-dun-bebe-dans-une-creche-lheure-du-proces-le-calvaire-de-lisa/">Empoisonnement d'un bébé dans une crèche : l'heure du procès, le calvaire de Lisa</a>. Tribune de Lyon (2025-03-25)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/les-professionnels-de-la-petite-enfance-demandent-une-enquete-administrative-sur-les-creches-people-baby_8125670.html">Les professionnels de la petite enfance demandent une enquête administrative sur les crèches People&Baby</a>. franceinfo (avec AFP) (2026-07-28)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.banquedesterritoires.fr/controle-des-creches-la-pmi-en-premiere-ligne">Contrôle des crèches : la PMI en première ligne (reprise du rapport IGF-IGAS sur les micro-crèches, mars 2024)</a>. Banque des Territoires (2024-03)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.europe1.fr/economie/creches-privees-ces-quatre-acteurs-qui-se-partagent-le-biberon-4202077">Crèches privées : ces quatre acteurs qui se partagent le biberon</a>. Europe 1</li><li id="ref-10"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/justice/bebe-tue-avec-du-destop-l-ancienne-employee-de-creche-est-condamnee-en-appel-a-30-ans-de-prison_7775141.html">Bébé tué avec du Destop : l'ancienne employée de crèche est condamnée en appel à 30 ans de prison</a>. franceinfo (2026-01-30)</li></ol>]]></description></item><item><title>L'armateur qui possède BFM et La Tribune paie ses impôts au forfait</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/</guid><pubDate>Sat, 11 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Médias</category><category>Presse</category><category>Concentration des médias</category><category>CMA CGM</category><category>Argent public</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/saade-cma-cgm-presse-argent-public/cover.webp" length="57152" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 17 septembre 2025, devant les députés, Rodolphe Saadé a juré une chose. Il ne se mêle pas de ce qu&rsquo;écrivent ses journaux. En trois ans, le patron de l&rsquo;armateur CMA CGM a pourtant racheté BFM, RMC, La Tribune, La Provence et Brut. Un même homme, dont l&rsquo;entreprise dépend d&rsquo;arbitrages fiscaux de l&rsquo;État, tient désormais une part de la presse qui couvre cet État.</div>

<h2 id="un-armateur-et-un-morceau-de-la-presse">Un armateur, et un morceau de la presse</h2>
<p>Tout est allé vite. En octobre 2022, CMA CGM rachète La Provence et Corse-Matin, pour environ 81 millions d&rsquo;euros [3]. En mai 2023, le groupe s&rsquo;offre La Tribune et lance La Tribune Dimanche [3]. En mars 2024, il rachète BFM TV et RMC à Patrick Drahi, pour environ 1,55 milliard d&rsquo;euros [3]. En 2025, il prend le contrôle total de Brut [3]. Le groupe se présente comme la deuxième rédaction de France, avec plus de 1 600 journalistes [3]. Le chiffre est le sien.</p>
<p>Un armateur discret est ainsi devenu, en trois ans, un poids lourd des médias. Le troisième transporteur mondial de conteneurs possède aujourd&rsquo;hui une chaîne d&rsquo;info, une radio, deux quotidiens régionaux, un quotidien économique et un média en ligne.</p>
<h2 id="ce-que-vise-lenquête-et-ce-quelle-ne-vise-pas">Ce que vise l&rsquo;enquête, et ce qu&rsquo;elle ne vise pas</h2>
<p>Une enquête judiciaire a remis ce groupe dans l&rsquo;actualité. Elle mérite d&rsquo;être lue de près. Le parquet national financier et le parquet de Marseille ont ouvert deux enquêtes préliminaires, confirmées le 27 août 2025 [5]. La première vise Martine Vassal, présidente du département des Bouches-du-Rhône et de la métropole. Les chefs retenus par les enquêteurs : détournement de fonds publics, trafic d&rsquo;influence, corruption [5]. La seconde vise Erwan Davoux, l&rsquo;ancien cadre du département qui a lancé l&rsquo;alerte [5].</p>
<p>Martine Vassal conteste tout et parle d&rsquo;« infractions imaginaires » [5]. À ce stade, personne n&rsquo;est jugé, ni même mis en examen. La présomption d&rsquo;innocence vaut pour tous.</p>
<p>Où est La Tribune, dans ce dossier ? Le journal apparaît comme l&rsquo;organisateur d&rsquo;un forum sur l&rsquo;Afrique, dont le financement par ces collectivités locales fait partie des points examinés [4, 5]. C&rsquo;est cet événement, et son argent public, qui accroche le titre à l&rsquo;enquête [4]. L&rsquo;enquête ne porte pas sur le rachat de La Tribune. Elle ne met en cause nommément ni le journal, ni CMA CGM, ni Rodolphe Saadé dans les actes rendus publics par le parquet [5, 4].</p>
<p>L&rsquo;affaire, à elle seule, dit donc peu de chose sur la presse de Rodolphe Saadé. Le vrai sujet est ailleurs. Et il tient sans elle.</p>
<h2 id="un-impôt-au-forfait-des-milliards-en-jeu">Un impôt au forfait, des milliards en jeu</h2>
<p>CMA CGM ne paie pas l&rsquo;impôt sur les sociétés comme les autres. Le troisième armateur mondial relève de la taxe au tonnage [2]. Son impôt est calculé sur le poids de ses navires, pas sur ses bénéfices [2]. Ce régime existe dans vingt-trois pays européens [2]. Il n&rsquo;a rien d&rsquo;illégal, et les concurrents en profitent aussi, comme le rappelle Rodolphe Saadé [2].</p>
<p>Reste l&rsquo;ordre de grandeur. Sur la seule année 2023, la Cour des comptes a chiffré le manque à gagner pour l&rsquo;État. Sous l&rsquo;impôt normal, CMA CGM aurait versé 5,6 milliards d&rsquo;euros de plus [2]. Cette année-là, le groupe a payé environ 180 millions d&rsquo;impôts au total [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5,6 milliards €</span> <span class="stat__label">l&#39;impôt en moins pour CMA CGM sur la seule année 2023, une année de profits exceptionnels, selon la Cour des comptes</span></aside>

<p>Ce chiffre reste hors norme. Il vient des profits géants du transport de conteneurs après la pandémie [2]. Sur longue période, l&rsquo;écart est bien plus faible. Le groupe et des armateurs avancent quelques dizaines de millions par an, mais ce sont des chiffres de parties prenantes, qui minimisent [2].</p>
<p>Deux chiffres circulent pourtant, et tous deux sont faux. L&rsquo;avantage fiscal n&rsquo;atteint pas 11 milliards : il approche 9,4 milliards sur deux ans [2]. La contribution exceptionnelle payée par le groupe en 2025 n&rsquo;est pas de 800 millions : elle tourne autour de 500 millions [2]. Un chiffre gonflé dessert la démonstration, dans un sens comme dans l&rsquo;autre.</p>
<p>Ce qui compte, c&rsquo;est la sensibilité du groupe aux décisions publiques. En 2025, CMA CGM a versé cette contribution exceptionnelle négociée avec l&rsquo;État, seule du secteur maritime à la payer [2]. Le budget 2026 conserve le régime au tonnage et allège la contribution [2]. Chaque loi de finances touche directement les marges du groupe.</p>
<h2 id="-je-ne-mimmisce-pas-">« Je ne m&rsquo;immisce pas »</h2>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Je ne m&rsquo;immisce pas dans la ligne éditoriale de ces journaux. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Rodolphe Saadé, le 17 septembre 2025 devant l&#39;Assemblée nationale</figcaption>
</figure>

<p>Le propriétaire chiffre ses médias à moins de 5 % des investissements du groupe [1]. Il y voit un geste pour la « vitalité démocratique » [1]. Des faits datés racontent une autre proximité entre l&rsquo;actionnaire et ses rédactions.</p>
<p>Le 10 septembre 2025, jour d&rsquo;un mouvement social national, Rodolphe Saadé signe une tribune dans La Provence [6]. Il la signe « propriétaire de La Provence » [6]. Le texte est ensuite lu à l&rsquo;antenne de BFMTV, une autre chaîne du même groupe [6]. Les sociétés de journalistes protestent aussitôt. « Un média ne peut servir de relais d&rsquo;influence à son propriétaire », écrivent-elles [6].</p>
<p>Un an et demi plus tôt, en mars 2024, le directeur de la rédaction de La Provence est suspendu une semaine [7]. En cause, une Une jugée gênante, en marge d&rsquo;un déplacement d&rsquo;Emmanuel Macron [7]. La rédaction fait grève trois jours, puis il est réintégré [7]. La ministre de la Culture rappelle alors que « l&rsquo;intérêt de l&rsquo;actionnaire ne peut pas compromettre l&rsquo;indépendance du journaliste » [7].</p>
<p>En juillet 2024, le propriétaire dit ne pas vouloir que ses chaînes adoptent une « attitude agressive » envers l&rsquo;actionnaire, dans le cas d&rsquo;une enquête sur le groupe [8]. Des juristes jugent ce souhait difficile à concilier avec la loi de 2016 sur l&rsquo;indépendance des rédactions [8].</p>
<h2 id="une-proximité-affichée-une-loi-qui-date">Une proximité affichée, une loi qui date</h2>
<p>La proximité avec le pouvoir n&rsquo;est pas cachée. En 2021, Emmanuel Macron visite le siège du groupe à Marseille [9]. Il salue « une magnifique entreprise », un « groupe exemplaire à tous égards » [9]. En 2020, une aide humanitaire du groupe au Liban avait déjà été associée à une visite officielle du président [9]. En juillet 2026, un haut responsable du renseignement français, rattaché à l&rsquo;Élysée, rejoint CMA CGM [10]. Ce départ est établi [10]. Ce qui s&rsquo;est dit ou échangé, non.</p>
<aside class="pullquote">Le même groupe dépend de l&rsquo;État et possède des médias qui le racontent.</aside>

<p>Là s&rsquo;arrête ce qui est prouvé. Les avantages fiscaux sont mesurés [2]. La proximité avec le pouvoir est documentée [9]. Les tensions sur l&rsquo;indépendance des rédactions sont datées [6, 7]. Mais aucun pacte ne relie ces faits entre eux. Rien n&rsquo;établit que la faveur fiscale paie la bienveillance des médias, ni l&rsquo;inverse. Le conflit d&rsquo;intérêts n&rsquo;a pas besoin d&rsquo;un tel pacte pour exister. Le même groupe dépend de l&rsquo;État et possède des médias qui le racontent. Cela suffit à poser un problème.</p>
<p>Pourquoi rien ne l&rsquo;arrête ? La loi qui limite la concentration des médias date de 1986 [11]. Elle a été pensée pour la télévision et la radio hertziennes [11]. Elle saisit mal la presse écrite et le numérique [11]. Les rachats de journaux de Rodolphe Saadé ne butent donc sur aucun plafond [11].</p>
<p>Le Sénat a documenté le problème dès 2022, dans une enquête adoptée à l&rsquo;unanimité [13]. Une règle européenne impose depuis 2025 un contrôle indépendant des concentrations de médias [12]. La France a plus de six mois de retard pour l&rsquo;appliquer [12]. Une proposition de loi française est en discussion, mais elle n&rsquo;est pas adoptée [12].</p>
<p>Reste une question simple. Un pays laisse-t-il un industriel dépendant de l&rsquo;argent public détenir une part de sa presse ? Elle ne se tranche pas dans un prétoire. Elle se tranche par une loi, ou par son absence.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.cbnews.fr/medias/rodolphe-saade-assure-ne-pas-s-immiscer-ligne-editoriale-medias-qu-il-possede">Rodolphe Saadé assure « ne pas s'immiscer dans la ligne éditoriale » des médias qu'il possède</a>. CB News (avec l'AFP) (17 septembre 2025)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/on-vous-explique-la-taxe-au-tonnage-ce-cadeau-fiscal-de-5-milliards-d-euros-recu-par-rodolphe-saade-et-la-cma-cgm-3154385.html">On vous explique la taxe au tonnage, ce « cadeau » fiscal de 5 milliards d'euros reçu par Rodolphe Saadé et la CMA-CGM</a>. France 3 Provence-Alpes / franceinfo (mai 2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.e-crossmedia.com/actualites/brut-avec-bfm-rmc-la-provence-la-tribune-ou-comment-rodolphe-saade-constitue-un-puissant-groupe-de-medias-en-epousant-l-epoque-628">Brut avec BFM, RMC, La Provence, La Tribune : comment Rodolphe Saadé constitue un puissant groupe de médias</a>. e-crossmedia (2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://marsactu.fr/le-journal-la-tribune-de-rodolphe-saade-dans-le-viseur-du-parquet-national-financier/">Le journal La Tribune de Rodolphe Saadé dans le viseur du parquet national financier</a>. Marsactu (2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/provence-alpes-cote-d-azur/bouches-du-rhone/marseille/affaire-vassal-davoux-ce-que-l-on-sait-de-la-double-enquete-preliminaire-ouverte-par-le-parquet-3207377.html">Affaire Vassal / Davoux : ce que l'on sait de la double enquête préliminaire ouverte par le parquet</a>. France 3 Provence-Alpes / franceinfo (27 août 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.ozap.com/actu/les-medias-du-groupe-ne-sont-pas-des-relais-dinfluence-une-tribune-de-rodolphe-saade-relayee-sur-bfmtv-et-dans-la-provence-declenche-la-colere-des-journalistes-de-cma-media/651588">« Les médias du groupe ne sont pas des relais d'influence » : une tribune de Rodolphe Saadé relayée sur BFMTV et dans La Provence déclenche la colère des journalistes de CMA Média</a>. Puremédias (ozap) (12 septembre 2025)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ici.fr/infos/societe/la-provence-pourquoi-la-suspension-de-son-directeur-de-la-redaction-inquiete-les-journalistes-3424770">La Provence : pourquoi la suspension de son directeur de la rédaction inquiète les journalistes</a>. France Bleu / ICI (Radio France) (mars 2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://lessurligneurs.eu/rodolphe-saade-proprietaire-de-bfm-tv-et-rmc-ne-veut-pas-que-les-chaines-du-groupe-aient-une-attitude-agressive-vis-a-vis-de-lactionnaire/">Rodolphe Saadé, propriétaire de BFM TV et RMC, ne veut pas que les chaînes du groupe aient une attitude agressive vis-à-vis de l'actionnaire</a>. Les Surligneurs (juillet 2024)</li><li id="ref-9"><a href="https://lesjours.fr/obsessions/cma-cgm-marine-marchande/ep3-aides-etat/">Les Saadé, grands armateurs d'argent public</a>. Les Jours (24 janvier 2023)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.lexpress.fr/politique/le-coordonnateur-adjoint-du-renseignement-a-lelysee-rejoint-cma-cgm">INFO L'EXPRESS. Thierry Wiley, adjoint du coordonnateur national du renseignement, rejoint CMA-CGM</a>. L'Express (25 juin 2026)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.arcom.fr/nous-connaitre/nos-missions/garantir-le-pluralisme-et-la-cohesion-sociale/le-dispositif-anti-concentration-un-outil-visant-garantir-le-pluralisme">Le dispositif anti-concentration, un outil visant à garantir le pluralisme (loi du 30 septembre 1986)</a>. Arcom (loi du 30 septembre 1986)</li><li id="ref-12"><a href="https://rsf.org/en/media-concentration-france-rsf-calls-mps-support-new-bill-setting-out-key-safeguards-pluralism-and">Media concentration in France : RSF calls on MPs to support a new bill setting out key safeguards for pluralism</a>. Reporters sans frontières (2026)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.senat.fr/rap/r21-593-1/r21-593-1.html">Rapport de la commission d'enquête du Sénat sur la concentration des médias en France (n° 593)</a>. Sénat (29 mars 2022)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>