<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Antitsiganisme | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/antitsiganisme/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Wed, 05 Aug 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/antitsiganisme/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/antitsiganisme/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Gens du voyage : un ciblage ethnique annulé par le juge, une obligation d'accueil toujours inachevée</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/gens-du-voyage-discours-donnees-publiques/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/gens-du-voyage-discours-donnees-publiques/</guid><pubDate>Wed, 05 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Gens du voyage</category><category>Roms</category><category>Discriminations</category><category>Accueil</category><category>Antitsiganisme</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/gens-du-voyage-discours-donnees-publiques/cover.webp" length="104480" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 5 août 2010, une circulaire quitte le ministère de l&rsquo;Intérieur. Elle part vers tous les préfets de France. Elle demande de démanteler les campements illicites, « en priorité ceux des Roms ». Huit mois plus tard, le Conseil d&rsquo;État l&rsquo;annule. Motif : l&rsquo;État ne pouvait pas viser des gens à cause de leur origine.</div>

<h2 id="lété-2010-jour-après-jour">L&rsquo;été 2010, jour après jour</h2>
<p>Le « problème gens du voyage » a une date de naissance politique. C&rsquo;est l&rsquo;été 2010.</p>
<p>Le 16 juillet, à Thésée, dans le Loir-et-Cher, un gendarme tue un jeune homme lors d&rsquo;un contrôle. Luigi Duquenet a 22 ans. Il est français, issu des gens du voyage. Il était recherché après un vol. Les circonstances de sa mort restent contestées. Le gendarme est mis en examen pour homicide involontaire [3].</p>
<p>Deux jours plus tard, des proches attaquent la gendarmerie de Saint-Aignan. Des voitures brûlent, des renforts massifs arrivent. Ces violences ont eu lieu. Ce sont des faits.</p>
<p>Le 30 juillet, un discours présidentiel à Grenoble ouvre une campagne contre les campements. L&rsquo;objectif est chiffré : en démanteler des centaines en trois mois [2]. La circulaire du 5 août traduit cet objectif en ordre administratif, avec sa priorité aux Roms [2].</p>
<h2 id="le-juge-tranche-leurope-condamne">Le juge tranche, l&rsquo;Europe condamne</h2>
<p>La circulaire ne survit pas au contrôle du juge. Saisi par une association, le Conseil d&rsquo;État l&rsquo;annule le 7 avril 2011. La décision est nette. L&rsquo;administration ne pouvait pas évacuer des campements « en désignant spécialement certains de leurs occupants en raison de leur origine ethnique ». Le principe en cause est l&rsquo;égalité devant la loi, inscrit à l&rsquo;article 1er de la Constitution [1].</p>
<p>Ce n&rsquo;est donc pas l&rsquo;analyse d&rsquo;un militant. C&rsquo;est celle de la plus haute juridiction du pays.</p>
<p>L&rsquo;affaire dépasse vite les frontières. En septembre 2010, le Parlement européen demande la suspension des expulsions de Roms [4]. La Commission européenne ouvre une procédure d&rsquo;infraction contre la France [5]. Le Conseil de l&rsquo;Europe, lui, pointe autre chose que les expulsions. Il vise la fabrique du récit.</p>
<p>Dans un rapport de novembre 2010, son commissaire aux droits de l&rsquo;homme décrit le procédé. Des Roms venus d&rsquo;autres pays de l&rsquo;Union ont été présentés comme une « menace pour l&rsquo;ordre public ». Sans distinguer les quelques auteurs d&rsquo;infractions de la population entière [6]. Un incident individuel devenait la marque d&rsquo;un groupe.</p>
<h2 id="deux-mots-que-le-débat-confond">Deux mots que le débat confond</h2>
<p>Le récit tient sur une confusion. Deux catégories sont mélangées.</p>
<p>« Gens du voyage » est une catégorie administrative française. Elle décrit un mode d&rsquo;habitat, la résidence mobile. Pas une origine. Les gens du voyage sont pour l&rsquo;essentiel des citoyens français. Le Conseil de l&rsquo;Europe l&rsquo;estime à 95 % [7].</p>
<p>« Roms » désigne une origine, présentée dans le débat français comme étrangère. Deux réalités distinctes, souvent traitées comme une seule.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">95 %</span> <span class="stat__label">des gens du voyage sont de nationalité française, estimation reprise par le Conseil de l&#39;Europe</span></aside>

<p>L&rsquo;État, lui, ne compte pas sa population par origine. La loi française l&rsquo;interdit. Il recense l&rsquo;habitat précaire, quelle que soit l&rsquo;origine des habitants. Et il le dit noir sur blanc : ses chiffres ne permettent pas de compter les personnes vues comme Roms. Résultat : le « problème rom » ou « gens du voyage » désigne un groupe que la statistique publique refuse de constituer.</p>
<h2 id="ce-que-disent-les-chiffres--laccueil-manque">Ce que disent les chiffres : l&rsquo;accueil manque</h2>
<p>Puisque l&rsquo;État ne mesure aucune dangerosité de groupe, que montrent les chiffres publics ? D&rsquo;abord un accueil qui manque.</p>
<p>Depuis la loi de 2000, les communes de plus de 5 000 habitants doivent aménager une aire d&rsquo;accueil. En échange, elles reçoivent un pouvoir d&rsquo;évacuation renforcé. C&rsquo;est un équilibre. L&rsquo;aire d&rsquo;un côté, l&rsquo;expulsion rapide de l&rsquo;autre [10].</p>
<p>Cet équilibre n&rsquo;est pas tenu. Fin 2024, les aires permanentes prescrites sont réalisées à 81 %. Les terrains familiaux, une autre obligation, à 21 % seulement. Douze départements à peine sont à jour de leurs obligations [9].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">12</span> <span class="stat__label">départements à jour de leurs obligations d&#39;accueil, fin 2024</span></aside>

<p>Et voici le nœud. La voie d&rsquo;évacuation rapide ne joue que si la commune a construit son aire. Une commune en défaut ne peut donc pas expulser vite. Le manque d&rsquo;aires nourrit le stationnement illicite. Ce stationnement est ensuite imputé à la population [10].</p>
<aside class="pullquote">Une commune qui n&rsquo;a pas construit son aire ne peut pas, en droit, expulser vite.</aside>

<p>Le quotidien se lit dans un dernier point de droit. La caravane n&rsquo;est toujours pas reconnue comme un logement [8]. De là part une chaîne d&rsquo;obstacles très concrets : se domicilier, s&rsquo;assurer, garder l&rsquo;eau en hiver, obtenir une aide au logement ou un crédit.</p>
<h2 id="des-installations-illicites-mais-des-chiffres-à-hauteur">Des installations illicites, mais des chiffres à hauteur</h2>
<p>Les installations illicites existent. Le ministère de l&rsquo;Intérieur en a recensé 569 en 2024. Le récit ne part donc pas de rien.</p>
<p>Mais les mêmes chiffres corrigent l&rsquo;image d&rsquo;un phénomène hors de contrôle. Ce nombre baisse depuis 2022. Et 62 % des stationnements illicites ne donnent lieu à aucune mise en demeure du préfet. Le même rapport reconnaît en plus que des aires déjà construites restent sous-utilisées [9].</p>
<h2 id="un-préjugé-qui-se-mesure">Un préjugé qui se mesure</h2>
<p>Le préjugé, lui, se laisse mesurer. Les gens du voyage et les Roms restent la catégorie la moins tolérée du pays. Le constat vient de l&rsquo;ECRI, un organe indépendant du Conseil de l&rsquo;Europe, en 2022 [7]. Un baromètre public situe leur indice de tolérance à 42, quand d&rsquo;autres minorités tournent autour de 70 [11].</p>
<p>Ce préjugé a un relais. La Commission nationale consultative des droits de l&rsquo;homme l&rsquo;a mesuré. Dans la presse, les Roms et les gens du voyage sont « quasi systématiquement » associés à des crimes ou des délits [11]. Le cadrage prend appui sur le préjugé, et il le renforce.</p>
<p>En 2021, une autre autorité indépendante va plus loin. Le Défenseur des droits parle de discriminations « systémiques ou structurelles ».</p>
<blockquote>
<p>« La stigmatisation [&hellip;] semble parfois encouragée par les acteurs publics eux-mêmes. »</p>
</blockquote>
<p>Son rapport cite un exemple simple : une mairie affichant une interdiction visant expressément les gens du voyage [8].</p>
<p>Cette population n&rsquo;est pas un groupe en position de force. Dans l&rsquo;Union européenne, une large part de ces familles vit sous le seuil de pauvreté. Leur espérance de vie est plus courte que la moyenne [12]. La cible du récit est une population déjà en marge.</p>
<h2 id="un-siècle-de-droit-dexception">Un siècle de droit d&rsquo;exception</h2>
<p>Cette méfiance n&rsquo;est pas née d&rsquo;un fait divers. Elle est inscrite dans un siècle de droit d&rsquo;exception.</p>
<p>En 1912, une loi crée la catégorie de « nomade ». Elle impose un carnet à empreintes et mensurations, visé à chaque commune. Un fichage policier qui dure près de soixante ans [13].</p>
<p>Entre 1940 et 1946, l&rsquo;État français interne les « nomades » dans une trentaine de camps [14]. Plusieurs milliers de personnes, en immense majorité françaises [16]. Le dernier camp ferme en 1946, après la Libération [14].</p>
<p>En 1969, un nouveau régime remplace le carnet par des titres de circulation et un rattachement obligatoire à une commune. Il faudra attendre 2012, puis 2017, pour que ce droit d&rsquo;exception soit enfin démonté [15].</p>
<p>Un siècle pour sortir cette catégorie du soupçon organisé par la loi.</p>
<h2 id="ce-que-montrent-les-données">Ce que montrent les données</h2>
<p>Reste la question de départ. Que montrent les données publiques sur cette population et son accueil ?</p>
<p>Pas la dangerosité d&rsquo;un groupe : l&rsquo;État refuse de la mesurer. Elles montrent une obligation d&rsquo;accueil largement inaccomplie. Un préjugé qui, lui, se mesure. Et une chaîne de droits ordinaires plus difficiles d&rsquo;accès.</p>
<p>Le récit désigne une population. En 2011, la plus haute juridiction du pays a désigné autre chose : une décision de l&rsquo;État. Et elle l&rsquo;a annulée.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/actualites/campements-illicites-de-roms">Campements illicites de Roms : décision du 7 avril 2011 (n° 343387)</a>. Conseil d'État (2011-04-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.gisti.org/spip.php?article2042">Circulaire du 5 août 2010 relative aux évacuations des campements illicites</a>. GISTI (2010-08-05)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.france24.com/fr/20101001-france-gitan-gendarme-tue-balle-controle-justice-mis-examen-saint-aignan-loir-cher-emeutes-violences">Saint-Aignan : le gendarme auteur du tir mis en examen, retour sur les émeutes</a>. France 24 (2010-10-01)</li><li id="ref-4"><a href="https://oeil.europarl.europa.eu/oeil/en/document-summary?id=1121639">Résolution du 9 septembre 2010 sur la situation des Roms et la libre circulation</a>. Parlement européen (2010-09-09)</li><li id="ref-5"><a href="https://web.archive.org/web/2016/https://europa.eu/rapid/press-release_SPEECH-10-428_en.htm">Déclaration de Viviane Reding sur les évacuations de Roms (SPEECH/10/428)</a>. Commission européenne (2010-09-14)</li><li id="ref-6"><a href="https://rm.coe.int/488023b7dc">3e rapport trimestriel d'activité 2010 du Commissaire aux droits de l'homme (CommDH(2010)44)</a>. Conseil de l'Europe (2010-11-10)</li><li id="ref-7"><a href="https://rm.coe.int/sixieme-rapport-de-l-ecri-sur-la-france-adopte-le-28-juin-2022-publie-/1680a81884">Sixième rapport de l'ECRI sur la France</a>. ECRI, Conseil de l'Europe (2022-09-21)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/2023-07/ddd_rapport_gens-du-voyage_2021_20211004.pdf">Gens du voyage : lever les entraves aux droits</a>. Défenseur des droits (2021-10-06)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.senat.fr/rap/l25-340/l25-3400.html">Rapport n° 340 (2025-2026) de la commission des lois, données DIHAL et ministère de l'Intérieur au 31 décembre 2024</a>. Sénat (2026-02-04)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.collectivites-locales.gouv.fr/animer-les-territoires/services-la-population/les-services-publics-locaux/lhabitat-et-le-logement/laccueil-des-gens-du-voyage">L'accueil des gens du voyage et le stationnement illicite (loi du 5 juillet 2000, article 322-4-1 du code pénal)</a>. DGCL / service-public.fr (2025)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2025-06/Essentiels%20RRacisme%202024%20Format%20A4%20VDEF.pdf">Rapport sur la lutte contre le racisme, volet antitsiganisme</a>. CNCDH (2024)</li><li id="ref-12"><a href="https://fra.europa.eu/fr/news/2025/les-roms-et-les-gens-du-voyage-dans-lue-davantage-demplois-mais-une-discrimination">Les Roms et les gens du voyage dans l'UE : davantage d'emplois mais une discrimination persistante</a>. Agence des droits fondamentaux de l'Union européenne (FRA) (2025-10-02)</li><li id="ref-13"><a href="https://journals.openedition.org/remi/4179?lang=fr">La loi de 1912 sur la circulation des « nomades » (Tsiganes) en France</a>. Revue européenne des migrations internationales (Emmanuel Filhol) (2007)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/linternement-des-tsiganes-en-france-1940-1946">1940-1946. L'internement des Tsiganes en France</a>. Chemins de mémoire, ministère des Armées (2020)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.vie-publique.fr/eclairage/281873-chronologie-politique-daccueil-des-gens-du-voyage-depuis-la-loi-besson">Chronologie de la politique d'accueil des gens du voyage depuis la loi Besson</a>. Vie-publique.fr (2025-09-01)</li><li id="ref-16"><a href="https://laviedesidees.fr/La-France-contre-ses-Tsiganes">La France contre ses Tsiganes (internement 1940-1946, 90 % de nationalité française)</a>. La Vie des idées (Collège de France) (2010-07-07)</li></ol>]]></description></item><item><title>Le 2 août 1944, la nuit où le camp des familles tsiganes d'Auschwitz a été liquidé</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/2-aout-genocide-roms-sintes-auschwitz/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/2-aout-genocide-roms-sintes-auschwitz/</guid><pubDate>Sun, 02 Aug 2026 07:59:44 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Mémoire</category><category>Génocide des Roms</category><category>Auschwitz</category><category>Vichy</category><category>Antitsiganisme</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/2-aout-genocide-roms-sintes-auschwitz/cover.webp" length="471062" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Auschwitz-Birkenau, secteur BIIe, le soir du 2 août 1944. À 20h30, la SS boucle le camp des familles tsiganes. À l&rsquo;intérieur, il reste surtout des femmes, des enfants et des vieillards. Cette nuit-là, ils sont conduits aux chambres à gaz. Près de trois mille personnes disparaissent en quelques heures. C&rsquo;est cette nuit que rappelle la journée du 2 août.</div>

<h2 id="une-date-née-dune-nuit-précise">Une date née d&rsquo;une nuit précise</h2>
<p>Le 2 août n&rsquo;est pas une date choisie au hasard. Elle vient d&rsquo;un fait daté, établi par le musée d&rsquo;État d&rsquo;Auschwitz. [5]</p>
<p>À Birkenau, un secteur entier enfermait des familles rom et sinté. Environ 23 000 personnes y furent déportées. Près de 21 000 furent enregistrées. Plus de 370 enfants y sont nés. [5, 1] Ailleurs, on séparait les hommes des femmes. Ici, les familles restaient réunies. De la fin du printemps 1943 à l&rsquo;été 1944, un médecin de la SS y choisissait des jumeaux et des personnes de petite taille pour des expériences. [5]</p>
<p>Le 16 mai 1944, la SS décide de tuer les habitants du secteur. Prévenus, les détenus refusent de sortir. Ils s&rsquo;arment de tuyaux, de pelles, d&rsquo;outils. Les SS renoncent à l&rsquo;assaut et se retirent. Ce jour-là, personne n&rsquo;est gazé. On ne sait pas exactement combien ont résisté, faute d&rsquo;archives. Mais qu&rsquo;ils ont résisté, cela, c&rsquo;est établi. [1, 7]</p>
<p>L&rsquo;été venu, la décision tombe. Le 2 août, 1 408 détenus jugés aptes au travail sont transférés vers d&rsquo;autres camps. [4] Restent les autres. Le soir, le camp est bouclé. La nuit, ils sont gazés. [4, 5]</p>
<p>Combien sont morts cette nuit-là ? Le chiffre n&rsquo;est pas tranché. Longtemps, on a retenu 2 897 gazés, un nombre repris par le Parlement européen et par les commémorations. [13] Les recherches récentes du musée d&rsquo;Auschwitz avancent un chiffre plus élevé, 4 200 à 4 300 personnes. [5] Les deux comptes divergent, et aucun ne peut être donné comme le décompte exact. Ce qui est certain, c&rsquo;est l&rsquo;ordre de grandeur : plusieurs milliers de personnes tuées en une nuit.</p>
<h2 id="un-génocide-décidé--pour-des-raisons-de-race-">Un génocide décidé « pour des raisons de race »</h2>
<p>Ce qui s&rsquo;est joué à Auschwitz n&rsquo;était pas un accident de guerre. C&rsquo;était l&rsquo;aboutissement d&rsquo;une politique.</p>
<p>Le régime nazi classait les Roms et les Sintés comme un peuple « de sang étranger ». [2] En novembre 1935, les lois raciales de Nuremberg leur sont étendues. [2] Un bureau d&rsquo;État dresse des fiches, des généalogies, des mesures du corps. [3] Ce fichier servira ensuite à les localiser et à les arrêter. [3] Avant les Jeux olympiques de Berlin, en 1936, la police rafle les Roms de la ville et les parque sur un terrain vague, près d&rsquo;une décharge. [2] Puis viennent les décrets. En 1938, la « question tsigane » sera réglée « sur la base de la race ». En décembre 1942, un décret ordonne la déportation. [1, 3]</p>
<p>Le crime ne se limite pas à l&rsquo;Allemagne. À l&rsquo;Est, au moins 30 000 Roms sont fusillés en Union soviétique occupée. [1] La Roumanie déporte environ 26 000 personnes vers la Transnistrie. [1] En Croatie, l&rsquo;État oustachi en tue environ 25 000. [1]</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Aucun chiffre exact n&rsquo;existe. L&rsquo;annoncer comme certain serait faux.</aside>

<p>Combien de morts en tout ? Personne ne le sait précisément, et les institutions de référence divergent. Le musée américain de l&rsquo;Holocauste retient « au moins 250 000 » victimes, peut-être 500 000. [1] Le centre Yad Vashem, à Jérusalem, avance une fourchette plus basse, de 90 000 à 150 000. [6] L&rsquo;écart vient de ce qui est compté, et des archives détruites. Aucun chiffre exact n&rsquo;existe. L&rsquo;annoncer comme certain serait faux.</p>
<h2 id="la-part-française-longtemps-tue">La part française, longtemps tue</h2>
<p>La France a sa propre page dans cette histoire. Elle est distincte, et elle est mal connue.</p>
<p>Tout commence avant la guerre. En 1912, une loi crée une catégorie administrative : le « nomade ». [10] Dès l&rsquo;âge de 13 ans, il doit porter un carnet spécial. Mensurations, empreintes des dix doigts, deux photographies. [10] Un fichier le suit de commune en commune. Cette loi restera en vigueur près de soixante ans. [10]</p>
<p>En avril 1940, avant même l&rsquo;occupation allemande, un décret assigne tous les « nomades » à résidence. Il est signé par le président de la République d&rsquo;alors. [8] Puis vient l&rsquo;internement. Entre 1940 et 1946, environ 6 000 à 6 500 personnes sont enfermées. [9, 11] Neuf sur dix sont françaises. [9] Trois à quatre sur dix sont des enfants. [8]</p>
<p>Ces gens ne sont pas déportés vers l&rsquo;Allemagne. Ils sont internés en France, dans une trentaine de camps. [8] Ces camps sont décidés par l&rsquo;État français. Ils sont gardés par des Français, y compris en zone sud sous Vichy. [9] Le plus grand, Montreuil-Bellay, compte jusqu&rsquo;à un millier d&rsquo;internés. [8] Baraques glacées l&rsquo;hiver, étouffantes l&rsquo;été. Manque d&rsquo;eau, manque de couvertures, faim. [8] On y meurt.</p>
<aside class="pullquote">Des familles françaises sont restées enfermées un an après la Libération.</aside>

<p>Voici le fait le plus dur. La guerre finit en 1945. Les camps, eux, ne ferment pas. Le dernier, près d&rsquo;Angoulême, ne ferme qu&rsquo;en 1946. [8, 9] Une fois libérées, les familles restaient sous surveillance, sans droit de bouger librement, sans aide.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">1946</span> <span class="stat__label">fermeture du dernier camp d&#39;internement français, un an après la fin de la guerre</span></aside>

<p>En 2016, un président français s&rsquo;est rendu à Montreuil-Bellay. C&rsquo;était la première fois. [11] François Hollande y a reconnu la responsabilité de l&rsquo;État.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« La République reconnaît la souffrance des nomades qui ont été internés et admet que sa responsabilité est grande dans ce drame. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">François Hollande, président de la République, 29 octobre 2016</figcaption>
</figure>

<p>Cette reconnaissance porte sur l&rsquo;internement. Pas sur le génocide. [17] Le Parlement français, lui, n&rsquo;a jamais reconnu le génocide des Roms. Trois propositions de loi sont restées lettre morte. [17]</p>
<p>Un point de justesse. La France a surtout interné. Elle n&rsquo;a pas organisé de déportation de masse vers les chambres à gaz. [8] Quelques convois sont partis, dont un venu de Belgique avec 145 Français arrêtés dans le Nord. [8] Mais l&rsquo;essentiel du crime français, c&rsquo;est l&rsquo;enfermement, pas l&rsquo;extermination. Cette différence est réelle, et elle compte.</p>
<h2 id="une-mémoire-venue-tard">Une mémoire venue tard</h2>
<p>La mémoire de ce génocide a mis longtemps à s&rsquo;imposer. Trop longtemps.</p>
<p>C&rsquo;est l&rsquo;Allemagne qui reconnaît la première. En 1982, son chancelier reçoit une délégation rom et parle d&rsquo;un génocide commis « pour des raisons de race ». [14] Avant cela, l&rsquo;après-guerre avait refusé aux survivants le statut de victime et les réparations. [14]</p>
<p>Le Parlement européen suit en 2015. Il reconnaît le génocide et fixe la journée du 2 août. [13] Le texte est voté par 554 voix contre 13. [13] Mais une résolution n&rsquo;oblige personne. Elle demande, elle ne contraint pas.</p>
<p>À Berlin, face au Reichstag, un mémorial a été inauguré en 2012. [16] Un bassin d&rsquo;eau sombre, circulaire. En son centre, une pierre où l&rsquo;on dépose chaque jour une fleur fraîche. [16] Autour, les noms de 69 lieux où des Sintés et des Roms furent tués ou enfermés. [16] Et chaque 2 août, à Cracovie et à Auschwitz, des jeunes venus de toute l&rsquo;Europe se rassemblent, roms et non-roms. [15] Leur mot d&rsquo;ordre : « Regarde et n&rsquo;oublie pas ». [15]</p>
<p>En France, la mémoire tient à quelques stèles. Montreuil-Bellay est classé monument historique. [12] Un mémorial y grave 473 noms. [12]</p>
<h2 id="un-passé-qui-nest-pas-clos">Un passé qui n&rsquo;est pas clos</h2>
<p>Pourquoi cette date compte-t-elle encore ? Parce que le préjugé qui a nourri ce crime n&rsquo;a pas disparu.</p>
<p>D&rsquo;abord, un mot sur les mots. « Roms » désigne un peuple et une culture. « Gens du voyage » est une catégorie administrative française, fondée sur l&rsquo;habitat mobile, et ce sont pour l&rsquo;essentiel des citoyens français. [18] « Nomades » était le terme de la loi de 1912. Trois mots, trois réalités distinctes.</p>
<p>Ensuite, les faits d&rsquo;aujourd&rsquo;hui. En France, les Roms restent la minorité la moins acceptée, loin derrière les autres. [18] La commission publique qui mesure le racisme relève que la presse les associe presque toujours à des crimes ou à des délits. [18]</p>
<p>Voilà ce qui relie 1944 à maintenant. Le 2 août ne referme pas un dossier ancien. Il rappelle d&rsquo;où vient cette image de « l&rsquo;ennemi » : d&rsquo;un fichage, de camps, d&rsquo;une nuit à Auschwitz. Les enfants des camps français, eux, ont été libérés en 1946. Les derniers. Un an après la fin de la guerre.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/genocide-of-european-roma-gypsies-1939-1945">Genocide of European Roma (Gypsies), 1939–1945</a>. United States Holocaust Memorial Museum (consulté en 2026)</li><li id="ref-2"><a href="https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/persecution-of-roma-gypsies-in-prewar-germany-1933-1939">Persecution of Roma (Gypsies) in Prewar Germany, 1933–1939</a>. United States Holocaust Memorial Museum (consulté en 2026)</li><li id="ref-3"><a href="https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/article/robert-ritter">Robert Ritter</a>. United States Holocaust Memorial Museum (consulté en 2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://encyclopedia.ushmm.org/content/en/timeline-event/holocaust/1942-1945/liquidation-of-gypsy-family-camp-at-auschwitz-birkenau">Liquidation of the Gypsy Family Camp at Auschwitz-Birkenau</a>. United States Holocaust Memorial Museum (consulté en 2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.auschwitz.org/en/history/categories-of-prisoners/sinti-and-roma-in-auschwitz/">Sinti and Roma in Auschwitz</a>. Musée d'État Auschwitz-Birkenau (consulté en 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.yadvashem.org/holocaust/about/nazi-germany-1933-39/non-jewish-victims.html">Non-Jewish Victims of Persecution in Germany</a>. Yad Vashem (consulté en 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.holocaust.cz/en/history/concentration-camps-and-ghettos/the-gypsy-camp-at-auschwitz-ii---birkenau/the-liquidation-of-the-gypsy-camp/">The Liquidation of the Gypsy Camp</a>. Holocaust.cz (Institut Terezín) (consulté en 2026)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.cheminsdememoire.gouv.fr/fr/linternement-des-tsiganes-en-france-1940-1946">L'internement des Tsiganes en France (1940-1946)</a>. Chemins de mémoire, ministère des Armées (consulté en 2026)</li><li id="ref-9"><a href="https://laviedesidees.fr/La-France-contre-ses-Tsiganes">La France contre ses Tsiganes</a>. La Vie des idées (consulté en 2026)</li><li id="ref-10"><a href="https://journals.openedition.org/remi/4179">La loi de 1912 sur la circulation des « nomades » (Tsiganes) en France</a>. Revue européenne des migrations internationales (2007)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.info.gouv.fr/upload/media/organization/0001/01/sites_default_files_contenu_piece-jointe_2016_11_hommage_national_discours_du_president_de_la_republique_29_10_2016.pdf">Discours d'hommage national aux nomades internés, Montreuil-Bellay</a>. Présidence de la République (François Hollande) (29 octobre 2016)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.fondationshoah.org/memoire/montreuil-bellay-un-camp-tsigane-oublie-un-film-dalexandre-fronty">Montreuil-Bellay, un camp tsigane oublié</a>. Fondation pour la Mémoire de la Shoah (consulté en 2026)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.europarl.europa.eu/doceo/document/TA-8-2015-0095_EN.html">Résolution sur l'antitsiganisme et la reconnaissance de la journée de commémoration du génocide des Roms (TA-8-2015-0095)</a>. Parlement européen (15 avril 2015)</li><li id="ref-14"><a href="https://dokuzentrum.sintiundroma.de/en/40-years-recognition-nazi-genocide-sinti-roma-europe/">40 years of recognition of the Nazi genocide of the Sinti and Roma of Europe</a>. Documentation and Cultural Centre of German Sinti and Roma (2022)</li><li id="ref-15"><a href="https://2august.eu/about-us/">Dikh He Na Bister — About us</a>. ternYpe International Roma Youth Network (consulté en 2026)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.stiftung-denkmal.de/en/memorials/memorial-to-the-sinti-and-roma-of-europe-murdered-under-national-socialism/">Memorial to the Sinti and Roma of Europe Murdered under National Socialism</a>. Stiftung Denkmal für die ermordeten Juden Europas (consulté en 2026)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.coe.int/fr/web/roma-and-travellers/-/srsg-welcomes-french-president-s-acknowledgement-of-the-internment-of-gypsies-by-france-between-1940-1946">Le Représentant spécial salue la reconnaissance par la France de l'internement des Tsiganes (1940-1946)</a>. Conseil de l'Europe (2016)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2026-06/CNCDH%20Essentiels%20du%20rapport%20racisme%202025.pdf">Les essentiels du rapport sur la lutte contre le racisme</a>. Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) (2025)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>