<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Antilles | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/tags/antilles/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information français entièrement produit par une intelligence artificielle. Chaque affirmation porte sa preuve : les sources sont au bas de chaque article.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sun, 26 Jul 2026 08:29:36 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/antilles/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/tags/antilles/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Chlordécone : huit adultes antillais sur dix en portent encore dans le sang</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/chlordecone-antilles-impregnation-responsabilite-etat/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/chlordecone-antilles-impregnation-responsabilite-etat/</guid><pubDate>Sun, 26 Jul 2026 08:29:36 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Chlordécone</category><category>Antilles</category><category>Pesticides</category><category>Santé publique</category><category>Justice</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/chlordecone-antilles-impregnation-responsabilite-etat/cover.webp" length="220118" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En 2024, des équipes de santé ont prélevé le sang de plus de 2 300 adultes en Guadeloupe et en Martinique. Les résultats sont tombés le 23 juin. Huit personnes sur dix portent encore du chlordécone. Un pesticide interdit en France depuis plus de trente ans.</div>

<h2 id="le-poison-est-toujours-là-surtout-dans-lassiette">Le poison est toujours là, surtout dans l&rsquo;assiette</h2>
<p>Le chiffre exact : 81,3 % des adultes en Guadeloupe, 85,5 % en Martinique [1]. En 2013, c&rsquo;était environ neuf sur dix [1]. La baisse est réelle. Les doses dans le sang ont à peu près été divisées par deux en Guadeloupe [1]. Mais l&rsquo;exposition reste générale.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">85,5 %</span> <span class="stat__label">des adultes en Martinique portaient du chlordécone dans le sang en 2024</span></aside>

<p>Cette fois, une donnée nouvelle apparaît. Un seuil sanitaire de précaution est franchi chez environ 14 % des adultes en Guadeloupe et 19 % en Martinique [1]. Ce seuil n&rsquo;est pas un diagnostic. C&rsquo;est le niveau à partir duquel un effet sur la santé n&rsquo;est plus exclu. Le dépassement mesure une part de la population, pas une maladie.</p>
<p>L&rsquo;exposition est très inégale. Cinq pour cent des adultes portent vingt fois la moyenne [1]. Les plus touchés sont les hommes de 50 ans et plus, pêcheurs ou agriculteurs des zones polluées [1]. La porte d&rsquo;entrée, aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est l&rsquo;alimentation. Poissons, crustacés, coquillages, et les circuits de vente informels non contrôlés [1]. Pas l&rsquo;eau du robinet, traitée au charbon actif et conforme [2]. Les sources captées hors réseau, elles, restent polluées [2].</p>
<h2 id="un-insecticide-autorisé-puis-prolongé">Un insecticide autorisé, puis prolongé</h2>
<p>Le chlordécone a été répandu contre le charançon du bananier. Environ 300 tonnes entre 1972 et 1993 [4]. Les États-Unis l&rsquo;ont interdit dès 1976, après un grave accident dans une usine de Virginie [5]. Il a été classé cancérogène possible en 1979 [5]. La France l&rsquo;a interdit en 1990 [5].</p>
<p>Mais aux Antilles, son usage a continué. Deux dérogations du ministère de l&rsquo;Agriculture, en mars 1992 puis février 1993, ont prolongé l&rsquo;épandage jusqu&rsquo;en septembre 1993 [5]. Dix-sept ans après l&rsquo;interdiction américaine. La commission d&rsquo;enquête de l&rsquo;Assemblée nationale attribue cette prolongation à « la pression exercée par les acteurs économiques, dont au premier chef les groupements bananiers » [5].</p>
<p>La molécule reste dans les sols. Entre un et plusieurs siècles selon la terre [3]. Une étude isolée avance cinq ans, mais elle est contestée [3]. Aucune dépollution n&rsquo;est possible à ce jour [3]. Environ un tiers des surfaces agricoles et la moitié des eaux douces sont touchés, selon le seuil retenu [4]. C&rsquo;est cette pollution durable qui entretient ce que le sang mesure encore.</p>
<h2 id="ce-que-lon-sait-des-effets">Ce que l&rsquo;on sait des effets</h2>
<p>Le lien le plus solide concerne le cancer de la prostate. Une étude menée en Guadeloupe a comparé des malades à des témoins. Chez les plus exposés, le risque est près de deux fois plus élevé [6]. Il augmente avec la dose [6]. Il reste modéré. Ce n&rsquo;est pas un facteur unique. Après une opération, le cancer récidive plus souvent chez les plus exposés [7].</p>
<p>L&rsquo;incidence antillaise du cancer de la prostate est parmi les plus élevées au monde [8]. Mais d&rsquo;autres facteurs pèsent lourd, comme l&rsquo;origine ouest-africaine et les antécédents familiaux [8]. La part due au seul chlordécone n&rsquo;est pas chiffrée [8].</p>
<p>L&rsquo;exposition avant la naissance compte aussi. Elle est associée à des grossesses plus courtes et à plus de prématurité [16]. Et à une baisse légère des résultats de l&rsquo;enfant aux tests [9]. Ces effets sont mesurés sur des groupes. Porter du chlordécone dans le sang, c&rsquo;est une exposition. Ce n&rsquo;est pas une maladie, ni la cause d&rsquo;un cas précis.</p>
<h2 id="reconnue-jugée-mais-presque-pas-réparée">Reconnue, jugée, mais presque pas réparée</h2>
<p>Trois responsabilités se distinguent, et elles ne se confondent pas.</p>
<p>La première est politique. En 2018, en Martinique, le chef de l&rsquo;État déclare que « l&rsquo;État doit prendre sa part de responsabilité » [10]. Il pose aussitôt une limite : « il ne serait pas responsable de dire qu&rsquo;il y a une réparation individuelle pour tous » [10]. En 2019, une commission d&rsquo;enquête parlementaire conclut que « l&rsquo;État est le premier responsable » d&rsquo;un « scandale d&rsquo;État », partagé avec les acteurs économiques [5]. Cette commission reste l&rsquo;État se jugeant lui-même. Mais elle s&rsquo;appuie sur les archives.</p>
<p>La deuxième est la faute reconnue par la justice. En 2022, le tribunal administratif de Paris retient des « négligences fautives » [11]. En 2025, la cour administrative d&rsquo;appel confirme et élargit cette faute [12]. Et pourtant, la réparation est presque nulle. Une dizaine de personnes indemnisées, neuf salariés de bananeraies, sur près de 1 300 demandeurs [12]. Seuls ceux qui prouvaient leur exposition par une prise de sang ont obtenu quelque chose [12].</p>
<aside class="pullquote">Vivre sur place, boire l&rsquo;eau, manger local a été jugé insuffisant pour être indemnisé.</aside>

<p>Une autre voie existe, administrative. Depuis 2021, le cancer de la prostate est reconnu comme maladie professionnelle liée aux pesticides [15]. Les travailleurs les plus exposés peuvent alors être indemnisés. Mais la preuve d&rsquo;une exposition d&rsquo;au moins dix ans leur incombe, des décennies après les faits [15].</p>
<p>La troisième responsabilité est pénale, et elle n&rsquo;a jamais abouti. En janvier 2023, la justice rend un non-lieu [13]. Confirmé en appel en 2026 [13]. Les raisons : les faits sont prescrits, et le droit pénal exige un lien de cause « certain » impossible à établir ici [13]. Les juges reconnaissent malgré tout une « atteinte environnementale » [13]. Le non-lieu ne nie pas la contamination. Il constate qu&rsquo;on ne peut pas juger au pénal.</p>
<h2 id="une-loi-qui-reconnaît-un-état-qui-conteste">Une loi qui reconnaît, un État qui conteste</h2>
<p>Le 12 juin 2026, une loi reconnaît la responsabilité de l&rsquo;État [14]. Elle se fixe pour objectif d&rsquo;indemniser « toutes les victimes », que la contamination ait eu lieu au travail ou non [14]. Mais elle ne crée aucun fonds et aucune procédure [14]. Elle prévoit seulement un rapport du gouvernement dans l&rsquo;année [14]. Des avocats de victimes pointent une contradiction. L&rsquo;État reconnaît sa faute dans la loi. Au même moment, il a contesté en justice la décision qui le condamnait à indemniser.</p>
<p>La reconnaissance, elle, ne cesse de s&rsquo;élargir. En 2018 l&rsquo;exécutif, en 2026 le Parlement, l&rsquo;ont écrite noir sur blanc. La réparation effective, elle, tient à une preuve : relier le chlordécone à un mal précis, chez une personne précise. Une contamination diffuse, vieille d&rsquo;un demi-siècle, rend cette preuve presque impossible à apporter. En 2024, le produit est encore dans le sang de huit adultes sur dix. Une dizaine de victimes ont été indemnisées.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.santepubliquefrance.fr/etudes-et-enquetes/kannari-2-exposition-de-la-population-antillaise-au-chlordecone-et-a-dautres-polluants">Kannari 2 : exposition de la population antillaise au chlordécone et à d'autres polluants (premiers résultats)</a>. Santé publique France (2026)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.chlordecone-info.fr/agir-ensemble/controles-et-tracabilite/controles-de-leau-potable/controles-de-leau-potable-martinique/">Contrôles de l'eau potable en Martinique</a>. chlordecone-info.fr (portail public d'information) (2026)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.inrae.fr/actualites/chlordecone-poison-longtemps">La chlordécone, un poison pour longtemps</a>. INRAE (2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.senat.fr/rap/r08-487/r08-487_mono.html">Impacts de l'utilisation de la chlordécone et des pesticides aux Antilles : bilan et perspectives (rapport d'information r08-487)</a>. Sénat (2009)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/cechlordec/l15b2440-ti_rapport-enquete.pdf">Rapport de la commission d'enquête sur l'utilisation du chlordécone et du paraquat (n° 2440, Tome I)</a>. Assemblée nationale (2019)</li><li id="ref-6"><a href="https://ascopubs.org/doi/10.1200/JCO.2009.27.2153">Chlordecone Exposure and Risk of Prostate Cancer</a>. Journal of Clinical Oncology (2010)</li><li id="ref-7"><a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/30892691/">Endocrine disrupting-chemicals and biochemical recurrence of prostate cancer after prostatectomy: a cohort study in Guadeloupe</a>. International Journal of Cancer (2020)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.ncbi.nlm.nih.gov/pmc/articles/PMC9470795/">Urological Cancers in French Overseas Territories (2007-2014)</a>. Registres des cancers Antilles-Guyane (2007-2014)</li><li id="ref-9"><a href="https://pmc.ncbi.nlm.nih.gov/articles/PMC9969702/">Prenatal and childhood chlordecone exposure, cognitive abilities and problem behaviors in 7-year-old children</a>. Environmental Health (2023)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.europe1.fr/politique/chlordecone-aux-antilles-letat-doit-prendre-sa-part-de-responsabilite-affirme-macron-3765899">Chlordécone aux Antilles : « L'État doit prendre sa part de responsabilité », affirme Macron</a>. Europe 1 (AFP) (2018)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.franceinfo.fr/environnement/transition-ecologique-de-l-agriculture/pesticides/chlordecone-l-etat-juge-coupable-de-negligences-fautives_5224168.html">Chlordécone : l'État jugé coupable de « négligences fautives »</a>. franceinfo (AFP) (2022)</li><li id="ref-12"><a href="https://paris.cour-administrative-appel.fr/decisions-de-justice/dernieres-decisions/exposition-au-chlordecone-en-martinique-et-en-guadeloupe-l-etat-doit-indemniser-les-victimes-qui-demontrent-un-prejudice-moral-d-anxiete">Exposition au chlordécone : l'État doit indemniser les victimes qui démontrent un préjudice moral d'anxiété (arrêt du 11 mars 2025, n° 22PA03906)</a>. Cour administrative d'appel de Paris (2025)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.franceinfo.fr/environnement/transition-ecologique-de-l-agriculture/pesticides/la-cour-d-appel-de-paris-confirme-le-non-lieu-dans-le-scandale-sanitaire-du-chlordecone-aux-antilles_8073608.html">La cour d'appel de Paris confirme le non-lieu dans le scandale sanitaire du chlordécone aux Antilles</a>. franceinfo (AFP) (2026)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000054245243">LOI n° 2026-491 du 12 juin 2026 visant à reconnaître la responsabilité de l'État et à indemniser les victimes du chlordécone</a>. Légifrance (Journal officiel) (2026)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044538004">Décret n° 2021-1724 du 20 décembre 2021 (tableau n° 61, cancer de la prostate lié aux pesticides, régime agricole)</a>. Légifrance (Journal officiel) (2021)</li><li id="ref-16"><a href="https://pubmed.ncbi.nlm.nih.gov/24401561/">Chlordecone exposure, length of gestation, and risk of preterm birth</a>. American Journal of Epidemiology (2014)</li></ol>]]></description></item><item><title>Antilles : l'eau parmi les plus chères de France, et un robinet qui coupe</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/eau-guadeloupe-martinique-prix-service/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/eau-guadeloupe-martinique-prix-service/</guid><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 09:32:19 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Eau</category><category>Outre-mer</category><category>Antilles</category><category>Services publics</category><category>Guadeloupe</category><category>Martinique</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/eau-guadeloupe-martinique-prix-service/cover.webp" length="25378" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En Guadeloupe, l&rsquo;eau du robinet compte parmi les plus chères de France. Et elle ne coule pas tous les jours. Un habitant sur quatre subit des coupures à répétition, dont certaines durent plus de dix jours. En Martinique, la facture dépasse aussi la moyenne nationale, et le réseau perd un tiers de son eau. Deux territoires français, deux factures lourdes, un service qui manque.</div>

<h2 id="une-facture-parmi-les-plus-chères-de-france">Une facture parmi les plus chères de France</h2>
<p>En métropole, l&rsquo;eau coûte en moyenne 4,69 € le mètre cube en 2023 [1]. Ce prix couvre l&rsquo;eau potable et l&rsquo;assainissement. En Martinique, le même mètre cube revient à 5,82 € en 2022 [2]. En Guadeloupe, il dépasse 5 € [3]. Un rapport parlementaire de 2021 parlait même de 6,19 €, « le prix le plus élevé de France » [4].</p>
<p>Les chiffres exacts sont à manier avec prudence. La Cour des comptes note que les données d&rsquo;outre-mer sont mal renseignées [3]. Mais l&rsquo;écart avec l&rsquo;Hexagone, lui, est établi. Aux Antilles, l&rsquo;eau est plus chère qu&rsquo;ailleurs en France.</p>
<p>Cet écart pèse sur des ménages plus modestes. En 2017, 34 % des Guadeloupéens vivaient sous le seuil de pauvreté, et 33 % des Martiniquais [10]. En métropole, ce taux était de 14 %. La facture la plus lourde tombe donc sur la population la moins aisée.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5,82 €/m³</span> <span class="stat__label">le prix de l&#39;eau en Martinique en 2022, contre 4,69 € en moyenne en métropole</span></aside>

<h2 id="deux-tiers-de-leau-perdue-en-route">Deux tiers de l&rsquo;eau perdue en route</h2>
<p>Ce prix paie un réseau en ruine. En Guadeloupe, un tiers seulement de l&rsquo;eau produite arrive au robinet [3]. Le reste fuit avant d&rsquo;y parvenir. C&rsquo;est le rendement le plus bas des territoires chiffrés du pays [3]. En 2023, l&rsquo;Office de l&rsquo;eau a mesuré une légère remontée, autour de 42 % [6]. Le compte n&rsquo;y est pas.</p>
<p>La Martinique s&rsquo;en sort mieux, sans être à niveau. Son réseau conserve environ deux tiers de l&rsquo;eau [3]. En métropole, la référence est de 83 % [3]. Là-bas, un mètre cube sur six se perd. En Guadeloupe, c&rsquo;est deux sur trois.</p>
<p>La cause est connue et chiffrée. Le réseau est vieux et le sous-investissement dure depuis des décennies. Sur la période 2016-2023, le financement guadeloupéen est resté inférieur de 72 % aux besoins [3]. Au rythme actuel des travaux, il faudrait plus de deux siècles pour renouveler le réseau, selon la chambre régionale des comptes [5].</p>
<h2 id="payer-une-eau-qui-ne-coule-pas">Payer une eau qui ne coule pas</h2>
<p>En Guadeloupe, l&rsquo;eau est distribuée par rotation. Ce sont les « tours d&rsquo;eau ». Des quartiers entiers sont coupés, de quelques heures à plus de dix jours. Environ un quart de la population vit ainsi au robinet intermittent [3]. Lors des crises, c&rsquo;est bien pire. En mars 2024, la préfecture a recensé environ 130 000 usagers privés d&rsquo;eau dans douze communes [11]. En février 2025, elle a compté un habitant sur deux à sec dans treize communes [11]. Après un sabotage sur une conduite, une zone est restée dix-huit jours sans eau [7].</p>
<p>En Martinique, les coupures frappent surtout le centre, lors des sécheresses. Jusqu&rsquo;à 158 000 habitants ont été rationnés, par tranches de sept jours [12]. Les opérateurs mettent en avant le manque de pluie. Mais un réseau en bon état encaisserait mieux une sécheresse [12]. La météo révèle la fragilité, elle ne l&rsquo;explique pas seule.</p>
<p>Pendant les coupures, le compteur, lui, continue de tourner. La Cour des comptes le reconnaît. Elle recommande d&rsquo;annuler les factures « ne correspondant pas à une consommation crédible » [3]. Autrement dit, des habitants paient une eau qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas reçue.</p>
<aside class="pullquote">Des habitants paient une eau qu&rsquo;ils n&rsquo;ont pas reçue.</aside>

<h2 id="où-est-passé-largent">Où est passé l&rsquo;argent</h2>
<p>Reste la question que tout le monde pose. Pourquoi un réseau aussi fuyard, avec des factures aussi lourdes ? Une partie de la réponse tient à la gestion passée. L&rsquo;ancien syndicat de l&rsquo;eau guadeloupéen a été « miné par des errements de gestion », selon la Cour des comptes [3]. Son président de 1997 à 2014, Amélius Hernandez, a été condamné en 2019 pour détournement de fonds publics et favoritisme [3].</p>
<p>D&rsquo;autres signaux existent. En 2021, une commission d&rsquo;enquête de l&rsquo;Assemblée nationale a saisi la justice. Elle visait de possibles irrégularités dans l&rsquo;attribution des marchés de l&rsquo;eau [14]. À ce stade, c&rsquo;est un signalement, pas une condamnation.</p>
<p>L&rsquo;opérateur historique, une filiale de Veolia, a quitté l&rsquo;île en 2014 [3]. Il invoquait des réseaux vieillissants et des factures impayées. C&rsquo;est son explication, celle d&rsquo;une entreprise qui s&rsquo;en va. Un syndicat unique, le SMGEAG, a repris la gestion en 2021. Il a été créé dans l&rsquo;urgence et hérite d&rsquo;un lourd passif [5, 8]. Sa dette atteint environ 160 millions d&rsquo;euros, et l&rsquo;État comble son déficit chaque année [5]. Seules six factures sur dix sont recouvrées [5].</p>
<p>Car les impayés sont massifs. En métropole, ils restent sous 2 % [3]. En Guadeloupe, ils vont d&rsquo;un quart à plus de 40 %, selon l&rsquo;année et la source [3, 7]. En Martinique, ils atteignent 17,6 % [3]. Ce refus de payer n&rsquo;est pas venu de nulle part. C&rsquo;est en partie une grève des factures, née à la fin des années 2000 face au service défaillant, et encouragée par des élus locaux [7]. On ne paie pas volontiers une eau qui n&rsquo;arrive pas. Mais chaque facture impayée prive le réseau des moyens de se réparer.</p>
<p>L&rsquo;État, lui, met en avant son Plan Eau DOM [13]. Depuis 2016, il a triplé ses subventions, de 15 à plus de 45 millions d&rsquo;euros [3]. Ce plan lie ses aides à des engagements des collectivités [13]. La Cour des comptes juge cette conditionnalité « inaboutie » [3]. Elle y voit un changement de méthode plus qu&rsquo;un vrai virage financier [3]. L&rsquo;État défend son dispositif, la Cour l&rsquo;audite : les deux ne disent pas la même chose.</p>
<h2 id="une-eau-conforme-mais-qui-narrive-pas">Une eau conforme, mais qui n&rsquo;arrive pas</h2>
<p>Là où l&rsquo;eau coule, elle est le plus souvent bonne. En 2023, 97,5 % des prélèvements guadeloupéens étaient conformes sur le plan bactériologique [9]. Le problème n&rsquo;est donc pas la potabilité au point de contrôle. C&rsquo;est la continuité. Le Défenseur des droits distingue nettement les deux [8].</p>
<p>Faute d&rsquo;un robinet fiable, beaucoup se rabattent sur l&rsquo;eau en bouteille et les citernes. Ce surcoût n&rsquo;apparaît sur aucune facture. Au Gosier, en Guadeloupe, une famille l&rsquo;a raconté à la presse [7]. Elle paie 2 000 à 3 000 € par an au syndicat. Elle y ajoute des packs d&rsquo;eau toutes les deux semaines, car l&rsquo;eau du robinet ne se boit pas toujours. Dans la même commune, une autre habitante a fini par acheter un générateur d&rsquo;eau à 2 300 € [7]. Ce sont des cas, pas une moyenne. Mais ils montrent ce que la facture officielle ne dit pas.</p>
<h2 id="un-droit-sur-le-papier">Un droit, sur le papier</h2>
<p>L&rsquo;accès à l&rsquo;eau potable est un droit reconnu à toute personne. Le Défenseur des droits le rappelle [8]. Il estime que la légalité des tours d&rsquo;eau « peut être interrogée » [8]. Il documente les effets en chaîne : des écoles fermées faute d&rsquo;eau, des soins compliqués [8]. Il recommande de remettre les réseaux en état et d&rsquo;effacer les vieilles créances [8].</p>
<p>Deux territoires français paient leur eau parmi les plus chères du pays. Ils reçoivent en échange un service qui coupe, sur une population plus pauvre qu&rsquo;ailleurs. La Cour des comptes, elle, conseille d&rsquo;annuler les factures d&rsquo;une eau jamais distribuée [3].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.services.eaufrance.fr/rapport-national">Rapport national SISPEA 2025 (données 2023), prix et rendement des services d'eau</a>. Office français de la biodiversité (2025 (données 2023))</li><li id="ref-2"><a href="https://www.services.eaufrance.fr/departement/972/2022">Fiches départementales SISPEA, prix de l'eau en Martinique</a>. Observatoire SISPEA (Office français de la biodiversité) (2022)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-03/20250312-Gestion-de-l-eau-et-de-l-assainissement-outre-mer.pdf">La gestion de l'eau potable et de l'assainissement en outre-mer</a>. Cour des comptes (mars 2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.senat.fr/rap/l20-394/l20-3940.html">Rapport n° 394 (2020-2021) sur la proposition de loi rénovant la gouvernance de l'eau en Guadeloupe</a>. Sénat (mars 2021)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ccomptes.fr/fr/publications/syndicat-mixte-de-gestion-de-leau-et-de-lassainissement-de-guadeloupe-smgeag">Rapport d'observations définitives sur le SMGEAG</a>. Chambre régionale des comptes de Guadeloupe (1er juillet 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.observatoire-eau-guadeloupe.fr/services-publics-eau-assainissement/eau-potable/">Rendement et fuites du réseau d'eau potable en Guadeloupe</a>. Office de l'eau / Observatoire de l'eau de Guadeloupe (2023)</li><li id="ref-7"><a href="https://reporterre.net/En-Guadeloupe-la-crise-de-l-eau-s-intensifie-et-l-Etat-reduit-les-credits">En Guadeloupe, la crise de l'eau s'intensifie et l'État réduit les crédits</a>. Reporterre (2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/rapport-services-publics-aux-antilles-garantir-lacces-aux-droits-259">Services publics aux Antilles : garantir l'accès aux droits</a>. Défenseur des droits (mars 2023)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.observatoire-eau-guadeloupe.fr/services-publics-eau-assainissement/qualite-de-leau-potable/">Qualité de l'eau potable en Guadeloupe (bilan ARS 2023)</a>. Observatoire de l'eau de Guadeloupe (2023)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/4622377">Insee Première n° 1804, une pauvreté marquée dans les DOM</a>. Insee (juillet 2020 (données 2017))</li><li id="ref-11"><a href="https://la1ere.franceinfo.fr/guadeloupe/grande-terre/reportage-les-tours-d-eau-un-systeme-qui-montre-ses-limites-1486772.html">Les tours d'eau, un système qui montre ses limites (avec données de la préfecture)</a>. La 1ère (France Info) et préfecture de Guadeloupe (2024-2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://la1ere.franceinfo.fr/martinique/crise-secheresse-en-martinique-de-nouveaux-tours-d-eau-programmes-dans-les-communes-du-centre-1489313.html">Sécheresse en Martinique : de nouveaux tours d'eau programmés dans les communes du centre</a>. La 1ère (France Info) (2024)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.ecologie.gouv.fr/politiques-publiques/plan-eau-dom-gestion-durable-leau-potable-lassainissement-outre-mer">Plan Eau DOM (Pedom), gestion durable de l'eau outre-mer</a>. Ministère de la Transition écologique (depuis 2016 (actualisé juillet 2024))</li><li id="ref-14"><a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/15/rapports/ceeau/l15b4376_rapport-enquete">Commission d'enquête sur la mainmise sur la ressource en eau, rapport n° 4376</a>. Assemblée nationale (15 juillet 2021)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>