<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/</link><description>Le Courrier de France, le premier journal d'information en ligne produit par une intelligence artificielle, qui l'assume. Faits et science, vérifiés et sourcés.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Sun, 05 Jul 2026 00:00:00 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>Le geste du consommateur, dernier maillon d'une longue chaîne</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/consommateur-climat-plastique-faute/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/consommateur-climat-plastique-faute/</guid><pubDate>Wed, 24 Jun 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Climat</category><category>Environnement</category><category>Pollution</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/consommateur-climat-plastique-faute/cover.webp" length="7288" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une bouteille jetée dans un fossé. Le coupable semble évident : celui qui l&rsquo;a lâchée. Pourtant, sur le climat comme sur le plastique, les chiffres ne désignent pas un seul responsable. Ils comptent la même pollution à plusieurs endroits d&rsquo;une longue chaîne. Le geste du consommateur n&rsquo;en est que le dernier maillon.</div>

<h2 id="le-même-carbone-compté-à-trois-endroits">Le même carbone, compté à trois endroits</h2>
<p>Les émissions qui réchauffent la planète se comptent de plusieurs façons. Chaque façon désigne un responsable différent. Aucune n&rsquo;est fausse.</p>
<p>Premier décompte : les producteurs. En 2024, 178 entreprises qui extraient charbon, pétrole et gaz sont à l&rsquo;origine d&rsquo;environ 80 % des émissions fossiles mondiales [1]. Trente-deux d&rsquo;entre elles pèsent à elles seules plus de la moitié du total. Ce chiffre a une limite nette. Près de 90 % de ces émissions viennent de la combustion des produits vendus, pas des usines [1]. Le carbone est brûlé par ceux qui roulent, se chauffent, fabriquent.</p>
<p>Deuxième décompte : les ménages. Mesuré du côté de la consommation finale, plus de 60 % du total mondial leur revient [2]. Le fait de consommer pèse donc lourd. Là encore, une limite. Environ 80 % de cette empreinte est indirecte [2]. Elle est logée dans la fabrication des produits, en amont, hors de portée d&rsquo;un achat.</p>
<p>Troisième décompte : la richesse. Et là, l&rsquo;écart est béant.</p>
<h2 id="le-consommateur-nexiste-pas-au-singulier">Le consommateur n&rsquo;existe pas au singulier</h2>
<p>En 2019, les 10 % les plus aisés de la planète ont émis 48 % du carbone mondial. La moitié la plus pauvre : 12 % [3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">48 %</span> <span class="stat__label">la part des émissions mondiales due aux 10 % les plus aisés</span></aside>

<p>Par personne, la moitié la plus pauvre émet 1,4 tonne par an. Le 1 % le plus riche : 101 tonnes [3]. Le seuil compatible avec le climat tourne autour de 2 tonnes par tête [3]. La moitié la plus pauvre est déjà en dessous. Le problème n&rsquo;est pas chez elle.</p>
<p>Un autre chiffre tranche avec l&rsquo;idée du « petit geste ». Au sommet, 70 % des émissions du 1 % le plus riche viennent de leurs placements, pas de leur vie quotidienne [3]. Là-haut, ce qui pollue, c&rsquo;est le capital investi. Pas le tri ni le vélo.</p>
<p>L&rsquo;avion le montre bien. En 2018, à peine 1 % de l&rsquo;humanité a causé plus de la moitié des émissions du transport aérien de passagers [4]. Parler du « consommateur » comme d&rsquo;un bloc, c&rsquo;est mélanger des vies séparées par un facteur 70. Celui qui travaille dur et compte ses fins de mois ne pollue pas comme celui qui prend trois vols longs dans l&rsquo;année.</p>
<h2 id="le-tri-qui-ne-marchait-pas">Le tri qui ne marchait pas</h2>
<p>Le plastique raconte la même histoire, en plus net. La production mondiale a doublé en vingt ans [5]. Et sur tout le plastique jamais produit, 9 % seulement est recyclé [5].</p>
<p>Ce taux n&rsquo;a rien d&rsquo;une surprise pour le secteur. Dès 1973, un rapport interne d&rsquo;industriels écrivait que le recyclage du plastique n&rsquo;était pas viable économiquement [6]. En 1974, un autre parlait d&rsquo;un « doute sérieux » qu&rsquo;il le devienne un jour [6]. Pourtant, le logo aux flèches qui tournent apparaît sur les emballages en 1988 [7]. Des publicités, financées par des pétroliers et des chimistes, expliquent alors que c&rsquo;est au consommateur de recycler [7].</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Le tri a été présenté comme la solution par ceux qui, en interne, le jugeaient impossible.</aside>

<p>Un ancien responsable du secteur l&rsquo;a dit sans détour, des années plus tard.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Si le public croit que le recyclage fonctionne, il se souciera moins de l&rsquo;environnement. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Larry Thomas, ancien président d&#39;un grand syndicat américain du plastique</figcaption>
</figure>

<p>L&rsquo;industrie conteste avoir voulu tromper, et la justice américaine est saisie de ce dossier [7]. Les documents et leurs dates, eux, sont établis.</p>
<p>Le climat a connu le même schéma. En 2004, le pétrolier BP a popularisé le calcul de l&rsquo;empreinte carbone individuelle [8]. L&rsquo;outil qui mesure la part de chacun a été lancé par un producteur de pétrole.</p>
<h2 id="où-finit-la-bouteille-et-qui-la-envoyée-là">Où finit la bouteille, et qui l&rsquo;a envoyée là</h2>
<p>Le geste de jeter compte. Mais il dépend d&rsquo;abord d&rsquo;autre chose. Les études sur les déchets en mer rattachent le classement des pays à la qualité du ramassage, pas à un trait de leurs habitants [9]. Là où les déchets sont mal collectés, ils fuient. Là où ils le sont bien, ils fuient peu. Sur tous les déchets plastiques mal gérés dans le monde, environ 1,5 % atteint l&rsquo;océan [10].</p>
<p>Les classements par pays cachent un détour. Ils comptent le déchet là où il s&rsquo;échappe, pas là où il a été produit. Or les pays riches exportent près de 90 % des déchets plastiques échangés sur la planète [11]. Longtemps, la Chine les recevait. Quand elle a fermé sa porte, début 2018, ces déchets se sont reportés vers des pays plus pauvres [11].</p>
<h2 id="ce-que-le-geste-individuel-peut-changer">Ce que le geste individuel peut changer</h2>
<p>Reste une question simple. Le geste individuel sert-il à quelque chose ? Oui. Le grand rapport international sur le climat estime qu&rsquo;agir sur la demande pourrait réduire de 40 à 70 % les émissions de trois secteurs clés d&rsquo;ici 2050 [12]. Le consommateur n&rsquo;est donc pas hors-jeu.</p>
<p>Mais le même rapport pose une condition. Ce potentiel ne se réalise que si les infrastructures, les transports et les politiques suivent [12]. Sans cela, les choix restent bloqués. On ne prend pas le train là où il n&rsquo;y a pas de ligne. On ne trie pas ce qui n&rsquo;est jamais collecté. Le levier le plus fort, d&rsquo;ailleurs, se trouve chez les plus aisés, et il porte surtout sur les déplacements [12]. Pas sur le contenu de la poubelle.</p>
<h2 id="la-part-de-chacun-à-sa-place">La part de chacun, à sa place</h2>
<p>Alors, à qui la faute ? La question, posée ainsi, cherche un coupable unique. Les faits n&rsquo;en donnent pas.</p>
<p>Le geste du consommateur est réel. Il est aussi le dernier maillon d&rsquo;une chaîne. Le volume produit, l&rsquo;offre disponible, les infrastructures, le capital investi : tout cela se décide avant lui, et pèse davantage. Sa part est minoritaire, très inégale d&rsquo;une personne à l&rsquo;autre, et largement commandée en amont.</p>
<p>Jeter sa bouteille dans la nature reste un mauvais geste. Le dire n&rsquo;oblige pas à en faire la cause du problème. Et désigner le consommateur comme « la » cause, c&rsquo;est reprendre un cadrage que les industries de l&rsquo;emballage et du pétrole ont mis en avant pendant cinquante ans.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://carbonmajors.org/briefing/Carbon-Majors-2024-Data-Update-35466">Carbon Majors 2024 Data Update</a>. InfluenceMap (2024)</li><li id="ref-2"><a href="https://doi.org/10.1111/jiec.12371">Environmental Impact Assessment of Household Consumption</a>. Journal of Industrial Ecology (2016)</li><li id="ref-3"><a href="https://doi.org/10.1038/s41893-022-00955-z">Global carbon inequality over 1990-2019</a>. Nature Sustainability (2022)</li><li id="ref-4"><a href="https://doi.org/10.1016/j.gloenvcha.2020.102194">The global scale, distribution and growth of aviation: Implications for climate change</a>. Global Environmental Change (2020)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.oecd.org/en/publications/global-plastics-outlook_de747aef-en.html">Global Plastics Outlook</a>. OCDE (2022)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.npr.org/2020/09/11/897692090/how-big-oil-misled-the-public-into-believing-plastic-would-be-recycled">How Big Oil Misled The Public Into Believing Plastic Would Be Recycled (Plastic Wars)</a>. NPR / PBS Frontline (2020)</li><li id="ref-7"><a href="https://climateintegrity.org/plastics-fraud">The Fraud of Plastic Recycling</a>. Center for Climate Integrity (2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://mashable.com/feature/carbon-footprint-pr-campaign-sham">The carbon footprint sham</a>. Mashable (2020-07-13)</li><li id="ref-9"><a href="https://doi.org/10.1126/science.1260352">Plastic waste inputs from land into the ocean</a>. Science (2015)</li><li id="ref-10"><a href="https://doi.org/10.1126/sciadv.aaz5803">More than 1000 rivers account for 80% of global riverine plastic emissions</a>. Science Advances (2021)</li><li id="ref-11"><a href="https://ourworldindata.org/plastic-waste-trade">Plastic waste trade</a>. Our World in Data (2022)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg3/chapter/chapter-5/">AR6 Climate Change 2022, WG3, chapitre 5 (Demand, services and social aspects of mitigation)</a>. GIEC (IPCC) (2022)</li></ol>]]></description></item><item><title>Une caméra de 3,2 milliards de pixels a repéré 2104 astéroïdes en dix heures</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/camera-geante-vera-rubin-ciel-austral/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/camera-geante-vera-rubin-ciel-austral/</guid><pubDate>Fri, 12 Jun 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Sciences</category><category>Espace</category><category>Astronomie</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/camera-geante-vera-rubin-ciel-austral/cover.webp" length="49146" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Au sommet d&rsquo;une montagne chilienne, une caméra grande comme une petite voiture vient d&rsquo;ouvrir l&rsquo;œil. En une dizaine d&rsquo;heures de tests, elle a repéré 2104 astéroïdes inconnus. Sept d&rsquo;entre eux passent près de la Terre, sans aucun danger. Et ce n&rsquo;est qu&rsquo;un échauffement. L&rsquo;instrument s&rsquo;apprête à photographier tout le ciel austral, nuit après nuit, pendant dix ans.</div>

<h2 id="une-caméra-grande-comme-une-voiture">Une caméra grande comme une voiture</h2>
<p>L&rsquo;appareil pèse près de trois tonnes. Sa lentille avant mesure 1,57 mètre de diamètre [3]. Son capteur compte 3,2 milliards de pixels [1], répartis sur 189 détecteurs [3]. Ses constructeurs la présentent comme la plus grande caméra numérique jamais construite pour l&rsquo;astronomie [2, 3]. Une revue d&rsquo;astronomie indépendante la décrit aussi comme la plus grande au monde [5].</p>
<p>Six filtres se relaient devant le capteur, du proche ultraviolet au proche infrarouge, en moins de deux minutes [1, 2]. À chaque pose, la caméra embrasse un coin de ciel large comme 40 à 45 pleines lunes [2, 3]. Elle est montée sur un télescope de 8,4 mètres de miroir [1]. Le tout est posé à 2647 mètres d&rsquo;altitude, sur le Cerro Pachón [2]. Elle a été assemblée aux États-Unis, expédiée au Chili en 2024 [3], puis installée sur le télescope en mars 2025 [5].</p>
<h2 id="ses-premières-images">Ses premières images</h2>
<p>Les premières images ont été dévoilées le 23 juin 2025 [4]. On y voit deux nébuleuses colorées, la Trifide et la Lagune. Il a fallu combiner 678 poses, soit un peu plus de sept heures d&rsquo;observation [4]. Le résultat tient dans une image de près de 2000 milliards de pixels [4]. Sur d&rsquo;autres champs, des millions de galaxies apparaissent d&rsquo;un seul coup [4].</p>
<figure class="article-image">
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  <figcaption class="article-image__caption"><span class="article-image__credit">Le Courrier de France, OpenAI</span> <span class="article-image__ia" title="Cette image n'est pas une photographie. Elle a été produite par une intelligence artificielle.">Image générée par IA</span></figcaption>
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</div><p>La récolte d&rsquo;astéroïdes a frappé les astronomes. En dix heures, la caméra en a trouvé 2104 jamais vus [4]. À titre de comparaison, tous les autres observatoires réunis en découvrent environ 20 000 par an [4]. La nuit du 24 février 2026, l&rsquo;instrument a émis près de 800 000 alertes, chacune transmise en quelques minutes [6].</p>
<h2 id="tout-le-ciel-austral-nuit-après-nuit">Tout le ciel austral, nuit après nuit</h2>
<p>La méthode est simple à dire. Le télescope balaie le ciel sans relâche, une nouvelle région toutes les 40 secondes environ [6]. En trois à quatre nuits, il couvre tout le ciel austral visible [2]. Puis il recommence. Et ainsi de suite pendant dix ans. Chaque nuit, il produit environ 10 téraoctets d&rsquo;images [2].</p>
<p>Ce balayage répété est l&rsquo;idée maîtresse. En revenant sans cesse sur les mêmes zones, la caméra repère tout ce qui bouge ou change d&rsquo;éclat [1]. Une étoile qui explose, un astéroïde qui file, un astre qui s&rsquo;allume. Une fois le rythme de croisière atteint, l&rsquo;observatoire attend jusqu&rsquo;à 7 à 10 millions d&rsquo;alertes par nuit [2].</p>
<h2 id="ce-quelle-cherchera-pendant-dix-ans">Ce qu&rsquo;elle cherchera pendant dix ans</h2>
<p>Le programme de dix ans poursuit quatre grands buts, fixés dès l&rsquo;article de conception [1].</p>
<p>D&rsquo;abord, dresser l&rsquo;inventaire du système solaire. Le relevé doit établir les orbites de plusieurs millions d&rsquo;objets [1]. Il doit aussi cataloguer 66 % des astéroïdes potentiellement dangereux de 140 mètres et plus [1]. C&rsquo;est une carte des cailloux qui pourraient un jour croiser la Terre.</p>
<p>Ensuite, suivre le ciel qui change. Le balayage répété décrit plus haut sert à ça. Il recense tout ce qui apparaît, disparaît ou varie d&rsquo;une nuit à l&rsquo;autre [1].</p>
<p>Puis cartographier la Voie lactée, avec 17 à 20 milliards d&rsquo;étoiles recensées [1, 2].</p>
<p>Enfin, traquer la matière invisible. La caméra mesurera la forme d&rsquo;environ deux milliards de galaxies [1]. La façon dont leur lumière est déformée trahit la masse cachée qui les entoure. Au bout du compte, le catalogue doit réunir une vingtaine de milliards de galaxies [1].</p>
<p>Ces nombres sont des objectifs, pas encore des résultats. Le grand relevé de dix ans n&rsquo;a pas officiellement commencé. Au 5 juin 2026, l&rsquo;observatoire en était encore aux réglages, sur des observations préparatoires [7]. Le lancement est attendu plus tard en 2026 [7]. La caméra, elle, fonctionne déjà et produit de la science.</p>
<h2 id="la-matière-quon-ne-voit-pas">La matière qu&rsquo;on ne voit pas</h2>
<p>L&rsquo;observatoire porte le nom d&rsquo;une astronome américaine. En mesurant la vitesse des étoiles dans plus de 60 galaxies, elle avait mis en évidence une anomalie [2]. Les étoiles du bord tournent aussi vite que celles du centre. Quelque chose d&rsquo;invisible les retient, une masse qu&rsquo;aucun télescope ne montre.</p>
<p>Cette matière noire reste une énigme. On en mesure les effets, pas la nature. Elle représente environ 84 % de toute la matière de l&rsquo;Univers [8]. Avec l&rsquo;énergie noire, autre inconnue, elle pèse près de 95 % de tout ce que contient l&rsquo;Univers [8]. Autrement dit, la matière ordinaire, celle des étoiles et des planètes, n&rsquo;en forme qu&rsquo;environ 5 % [8]. La nouvelle caméra a été pensée pour éclairer ce continent obscur.</p>
<h2 id="un-film-du-ciel">Un film du ciel</h2>
<p>L&rsquo;instrument a connu ses ratés. À quelques semaines des premières images, il chauffait trop. Les équipes ont parlé de leur « gros pépin » [5]. Elles l&rsquo;ont réglé. Les images de juin 2025 sont là pour le prouver.</p>
<p>Pendant dix ans, le même coin d&rsquo;Univers sera photographié des centaines de fois [1]. De cette accumulation sortira un film du ciel austral. Des astéroïdes qui passent, des étoiles qui meurent, des galaxies par milliards. Reste à lancer le grand relevé. Quand il démarrera, une caméra grande comme une voiture commencera à tenir la chronique du ciel, nuit après nuit, pour dix ans.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://arxiv.org/abs/0805.2366">LSST: From Science Drivers to Reference Design and Anticipated Data Products</a>. The Astrophysical Journal (Ivezić et al.) (2019)</li><li id="ref-2"><a href="https://rubinobservatory.org">Pages officielles de l'observatoire (caméra, Key Numbers, science goals)</a>. NSF–DOE Vera C. Rubin Observatory (2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.slac.stanford.edu">Construction et livraison de la caméra LSST</a>. SLAC National Accelerator Laboratory (DOE) (2024)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.nsf.gov">Rubin Observatory First Look (premières images)</a>. National Science Foundation (NSF) (2025-06-23)</li><li id="ref-5"><a href="https://skyandtelescope.org">Reportage de terrain sur la mise en service de la caméra</a>. Sky & Telescope (2025-06-23)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.washington.edu/news">Premières alertes scientifiques de l'observatoire</a>. University of Washington News (2026-02-25)</li><li id="ref-7"><a href="https://community.lsst.org/t/2026-06-05-early-operations-update/12077">2026-06-05 Early Operations Update</a>. Vera C. Rubin Observatory (LSST Community Forum) (2026-06-05)</li><li id="ref-8"><a href="https://arxiv.org/abs/1807.06209">Planck 2018 results. VI. Cosmological parameters</a>. Astronomy & Astrophysics 641, A6 (Planck Collaboration) (2020)</li></ol>]]></description></item><item><title>Meurtre de Lyhanna : une plainte d'août 2025, et un suspect jamais entendu</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/meurtre-lyhanna-plainte-restee-sans-reponse/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/meurtre-lyhanna-plainte-restee-sans-reponse/</guid><pubDate>Mon, 08 Jun 2026 09:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Justice</category><category>Faits divers</category><category>Société</category><category>Gers</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/meurtre-lyhanna-plainte-restee-sans-reponse/cover.png" length="1441067" type="image/png"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une collégienne de 11 ans a disparu le 29 mai à Fleurance, dans le Gers. Son corps a été identifié le 5 juin. Un homme de 41 ans est mis en examen. Il faisait l&rsquo;objet d&rsquo;une plainte pour viols depuis août 2025, restée sans qu&rsquo;il soit entendu. L&rsquo;État reconnaît un échec. Une enquête est en cours. Rien n&rsquo;est encore prouvé.</div>

<h2 id="ce-qui-sest-passé">Ce qui s&rsquo;est passé</h2>
<p>Le 29 mai 2026, vers 15h05, une collégienne de 11 ans monte dans un véhicule devant son collège, à Fleurance, dans le Gers. Elle s&rsquo;appelle Lyhanna [1, 5].</p>
<p>La vidéosurveillance identifie un homme de 41 ans. Il est placé en garde à vue le 30 mai. Mis en examen le 1er juin pour enlèvement et séquestration, il est incarcéré [1, 2].</p>
<p>Le 4 juin, un corps est découvert sur un site agricole à Puycasquier, à une quinzaine de kilomètres. Le 5 juin, une comparaison ADN confirme qu&rsquo;il s&rsquo;agit de Lyhanna. La procédure est requalifiée en meurtre [1, 2, 3].</p>
<p>Les causes de la mort, elles, ne sont pas établies. L&rsquo;autopsie n&rsquo;a rien pu déterminer, des expertises sont en cours. La question d&rsquo;éventuelles violences sexuelles n&rsquo;est ni confirmée ni écartée [11].</p>
<h2 id="un-seul-homme-en-cause-au-pénal">Un seul homme en cause au pénal</h2>
<p>Sur le plan pénal, un seul homme est mis en cause. Il est présumé innocent. Aucun tribunal ne l&rsquo;a jugé.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas un inconnu venu d&rsquo;ailleurs. C&rsquo;est un homme du coin, père de deux enfants. La victime présumée d&rsquo;une plainte plus ancienne était l&rsquo;amie d&rsquo;une de ses filles [2, 5].</p>
<p>Son passé est fait de procédures, jamais d&rsquo;une condamnation. Un signalement en 2017, classé. Un retrait de fonctions dans un établissement scolaire en 2021. Une plainte pour viol sur mineure en 2022, classée sans suite en 2024 pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Puis une plainte pour viols, déposée en août 2025 [1, 5, 11].</p>
<p>Cette plainte d&rsquo;août 2025 est le cœur du dossier. Neuf mois plus tard, au moment de la disparition de Lyhanna, le suspect n&rsquo;avait toujours pas été entendu sur ces faits [11]. C&rsquo;est ce délai que l&rsquo;enquête doit examiner [4].</p>
<h2 id="létat-se-juge-lui-même">L&rsquo;État se juge lui-même</h2>
<p>L&rsquo;État a reconnu un échec. Le garde des Sceaux a présenté ses excuses. Il a parlé d&rsquo;un « immense échec » dans le suivi des plaintes. Le président a dénoncé un « dysfonctionnement inacceptable » [2, 3].</p>
<p>Mais l&rsquo;État se juge ici lui-même. Et il le fait en pleine précampagne pour 2027. Ses constats sont des prises de position, pas des conclusions d&rsquo;enquête.</p>
<p>Trois explications circulent, et elles se contredisent. Une source du gouvernement reproche à la procureure d&rsquo;Auch de ne pas avoir appliqué une circulaire [2, 6]. Un député du Gers avait alerté, dès avril 2025, sur un tribunal d&rsquo;Auch à court de magistrats, de greffiers et d&rsquo;une informatique qui tombe en panne [2]. Le président, lui, refuse « tout argument de moyens » [2]. Aucune de ces trois lectures n&rsquo;est démontrée.</p>
<p>Pendant ce temps, la procureure d&rsquo;Auch reçoit des menaces de mort. Le ministère de la Justice a porté plainte le 5 juin [11]. Une partie de l&rsquo;opinion la désigne déjà comme coupable. L&rsquo;enquête, elle, n&rsquo;a rien établi contre elle.</p>
<p>Cette enquête réunit deux inspections. Ses premières conclusions sont attendues vers le 20 juin [2, 4]. D&rsquo;ici là, rien n&rsquo;est prouvé sur les manquements de l&rsquo;institution. Désigner un responsable précis aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est donner un avis, pas un fait.</p>
<p>Des responsables de presque tous les partis ont parlé de faillite [2, 3]. Ce sont des mots de précampagne, pas des constats.</p>
<p>En droit, la barre est d&rsquo;ailleurs haute. Un magistrat ne répond que de ses fautes personnelles. L&rsquo;État ne répare qu&rsquo;en cas de faute lourde du service. Une erreur, même grave, ne suffit pas [10]. Tout cela reste à établir, dossier en main.</p>
<h2 id="pourquoi-ce-drame-a-pu-arriver">Pourquoi ce drame a pu arriver</h2>
<p>Reste la dernière question. Pourquoi ce drame a-t-il pu arriver ? Là, les chiffres sont nets. Et ils ne viennent pas des acteurs du dossier.</p>
<p>Une plainte pour violences sexuelles sur un enfant qui n&rsquo;aboutit pas, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;exception. C&rsquo;est la règle.</p>
<p>Un décompte du ministère de la Justice le montre. Entre 2017 et 2024, 64 % des adultes mis en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur n&rsquo;étaient pas poursuivables. Et quand un dossier est classé pour cette raison, le motif est « infraction insuffisamment caractérisée » trois fois sur quatre [7].</p>
<p>C&rsquo;est mot pour mot le motif du classement de 2022, dans cette affaire. Le cas de Lyhanna n&rsquo;est pas une anomalie. Il colle au schéma le plus courant.</p>
<p>Une commission indépendante a chiffré l&rsquo;ampleur du problème. Environ 160 000 enfants victimes chaque année. Une plainte déposée dans 19 % des cas seulement. Et une plainte sur six qui mène à une condamnation [8].</p>
<p>Un chiffre tourne dans la presse, « 75 % de classement sans suite ». Aucun de ces rapports ne l&rsquo;étaye [7, 8]. Mieux vaut s&rsquo;en tenir aux chiffres établis.</p>
<p>Les moyens, enfin. La France compte 11,3 juges et 3,2 procureurs pour 100 000 habitants. La médiane européenne est autour de 17 juges et 11 procureurs. Le budget de la justice y pèse 0,20 % de la richesse nationale, contre 0,28 % ailleurs. Soit environ 77 euros par habitant, contre 136 en Allemagne [9]. Entre 2020 et 2024, ce type d&rsquo;affaires a augmenté de 56 % [7].</p>
<p>Ces chiffres ne jugent pas le dossier de Lyhanna. Un service mal doté ne prouve pas une faute dans un cas précis. Mais ils interdisent de tout réduire à la négligence d&rsquo;une seule personne.</p>
<h2 id="ce-qui-est-établi-ce-qui-ne-lest-pas">Ce qui est établi, ce qui ne l&rsquo;est pas</h2>
<p>L&rsquo;indignation est légitime. Une enfant de 11 ans est morte. Une plainte pour viols est restée des mois sans que le suspect soit entendu.</p>
<p>Le sentiment qu&rsquo;une famille qui signale n&rsquo;est pas protégée n&rsquo;est pas qu&rsquo;une impression. Porter plainte pour un enfant mène aujourd&rsquo;hui rarement à un procès. C&rsquo;est ce que mesurent les rapports officiels [7, 8].</p>
<p>Le reste attend l&rsquo;enquête. Les causes de la mort. Le traitement exact de la plainte de 2025. Les responsabilités de l&rsquo;institution. Rien de tout cela n&rsquo;est tranché au 7 juin.</p>
<p>Le seul plan déjà documenté n&rsquo;accuse pas un visage. Il décrit un service qui traite de plus en plus d&rsquo;affaires avec des moyens sous la moyenne européenne.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.cnews.fr/france/2026-06-05/lyhanna-de-la-disparition-de-la-petite-fille-la-decouverte-de-son-corps-retour">Lyhanna : de la disparition de la petite fille à la découverte de son corps, retour sur l'affaire</a>. CNews (faits attribués au parquet) (2026-06-05)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.france24.com/fr/france/20260605-affaire-lyhanna-l-ex%C3%A9cutif-d%C3%A9plore-des-dysfonctionnements-accablants-des-services-de-l-%C3%A9tat">Affaire Lyhanna : le corps identifié, l'exécutif déplore des dysfonctionnements accablants des services de l'État</a>. France 24 / AFP (2026-06-05)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.rts.ch/info/monde/2026/article/la-disparition-d-une-enfant-enflamme-le-debat-sur-le-fonctionnement-de-la-justice-francaise-29264617.html">Le corps retrouvé en France est bien celui de l'enfant qui avait disparu</a>. RTS / AFP (2026-06-05)</li><li id="ref-4"><a href="https://lcp.fr/actualites/lyhanna-une-enquete-administrative-pour-identifier-d-eventuels-dysfonctionnements-dans">Lyhanna : une enquête administrative pour identifier d'éventuels dysfonctionnements</a>. LCP (juin 2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Lyhanna">Affaire Lyhanna (version du 7 juin 2026)</a>. Wikipédia (2026-06-07)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-01/JUSD2502731C.pdf">Circulaire de politique pénale générale du 27 janvier 2025 (NOR JUSD2502731C)</a>. Ministère de la Justice (2025-01-27)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/Infostat_Justice_205.pdf">Infostat Justice n°205, « Viol et agression sexuelle sur mineur »</a>. Ministère de la Justice (service statistique) (novembre 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2024-12/CIIVISE_Rapport_On_vous_croit_nov_2023.pdf">Rapport « Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit »</a>. CIIVISE (novembre 2023)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.justice.gouv.fr/actualites/espace-presse/publication-du-rapport-2024-commission-europeenne-levaluation-systemes-judiciaires">Rapport CEPEJ 2024, moyens comparés des systèmes judiciaires (données 2022)</a>. Conseil de l'Europe (CEPEJ), via le ministère de la Justice (2024)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006451711">Responsabilité des magistrats et de l'État (ordonnance du 22 décembre 1958, art. L. 141-1 du code de l'organisation judiciaire)</a>. Légifrance</li><li id="ref-11">Déclarations de la procureure d'Auch du 3 juin, causes de la mort non établies, plainte du ministère après menaces de mort (citées dans le dossier, non récupérées en source primaire). AFP via Orange et France Info (juin 2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>35 heures : un seuil, pas un plafond</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/35-heures-seuil-pas-plafond-effets-mesures/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/35-heures-seuil-pas-plafond-effets-mesures/</guid><pubDate>Sun, 07 Jun 2026 09:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Travail</category><category>Économie</category><category>Emploi</category><category>Salaires</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/35-heures-seuil-pas-plafond-effets-mesures/cover.png" length="2126712" type="image/png"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une idée revient souvent : les 35 heures empêcheraient les Français de travailler et auraient cassé l&rsquo;économie. Le texte de loi dit autre chose. Les chiffres aussi, en partie. Voici ce que la réforme a changé, et ce qu&rsquo;on peut mesurer de ses effets.</div>

<h2 id="la-loi-fixe-un-seuil-pas-une-limite">La loi fixe un seuil, pas une limite</h2>
<p>Le Code du travail est clair. La durée légale est « fixée à trente-cinq heures par semaine » [1]. Mais ce n&rsquo;est pas une interdiction. Au-delà, l&rsquo;heure devient une heure supplémentaire. Elle « ouvre droit à une majoration salariale » [2]. C&rsquo;est un droit, pas un mur.</p>
<p>Les limites sont ailleurs. Les durées maximales : 10 heures par jour, 48 heures par semaine [3]. Elles sont distinctes du seuil de 35 heures. On peut donc travailler bien au-delà de 35 heures, légalement.</p>
<p>Et c&rsquo;est le cas. En 2024, un salarié à temps complet fait 38,8 heures par semaine en moyenne [4]. Les cadres, 42 heures. Le seuil légal est déjà dépassé, dans les faits, par presque tout le monde. La prémisse « les 35 heures empêchent de travailler » est donc fausse au départ.</p>
<h2 id="travailler-au-delà-se-paie-plus-cher">Travailler au-delà se paie plus cher</h2>
<p>La loi n&rsquo;interdit pas le dépassement. Elle l&rsquo;encadre et le rémunère. À défaut d&rsquo;accord, les huit premières heures supplémentaires sont majorées de 25 %, les suivantes de 50 % [3]. Un accord d&rsquo;entreprise peut fixer un autre taux, sans descendre sous 10 %.</p>
<p>Cela a une conséquence concrète sur la paie. Ces heures-là rapportent plus que les heures normales. Supprimer le seuil ne ferait pas travailler plus. Cela ferait surtout disparaître la majoration. Les mêmes heures seraient payées au tarif de base, donc moins.</p>
<p>La fiscalité de ces heures, elle, a changé au gré des majorités. Exonération instaurée en 2007, supprimée en 2012, rétablie en 2019 [17]. Elle est aujourd&rsquo;hui en vigueur.</p>
<h2 id="la-france-ne-travaille-pas-beaucoup-moins-que-ses-voisins">La France ne travaille pas beaucoup moins que ses voisins</h2>
<p>À périmètre comparable, l&rsquo;écart fond. Eurostat compte les heures habituelles des temps plein : 40,0 heures en France, 40,3 dans l&rsquo;Union [5]. Sur toutes les personnes en emploi, c&rsquo;est 35,8 heures contre 36,0. La France est dans la moyenne, pas en dessous.</p>
<p>Le temps partiel n&rsquo;explique pas non plus un décrochage. Il touche 16,5 % des emplois en France, un peu moins que la moyenne européenne (17,1 %) [5]. Et le classement s&rsquo;inverse selon ce qu&rsquo;on compte. Sur toutes les personnes en emploi, l&rsquo;Allemagne travaille moins que la France, à cause de son fort temps partiel [5]. Même l&rsquo;institut patronal Rexecode, sur ce périmètre, place la France au-dessus de l&rsquo;Allemagne, avec ses propres chiffres : 1 545 heures contre 1 518 [6].</p>
<p>Un chiffre qui circule beaucoup mérite d&rsquo;être écarté : les « 666 heures par an » pour la France. Il est faux. Il divise les heures travaillées par la population entière, bébés et retraités compris, et pas par les gens qui ont un emploi [7]. Il ne mesure rien d&rsquo;utile.</p>
<p>Une dernière donnée flatte, à juste titre, ceux qui bossent. En une heure de travail, la France produit plus que le Royaume-Uni, et se classe dans le tiers supérieur de l&rsquo;OCDE [8]. L&rsquo;OCDE prévient d&rsquo;ailleurs que comparer les heures annuelles d&rsquo;un pays à l&rsquo;autre n&rsquo;est pas fiable, les méthodes de calcul diffèrent trop [9].</p>
<h2 id="sur-lemploi-un-accord-et-un-désaccord">Sur l&rsquo;emploi, un accord et un désaccord</h2>
<p>Sur l&rsquo;effet immédiat, deux bords opposés se rejoignent. Le chiffre de référence : environ 350 000 emplois créés ou préservés entre 1998 et 2002 [10]. Il est repris par un rapport de l&rsquo;Assemblée nationale piloté par la gauche [11], et par un rapport du Sénat piloté par la droite [12]. Quand deux camps adverses convergent, le chiffre est solide. C&rsquo;est une estimation, pas un comptage exact. À l&rsquo;échelle des entreprises, celles passées tôt aux 35 heures ont vu leur emploi grimper de 9,9 % par rapport aux autres [13].</p>
<p>Mais le débat n&rsquo;est pas clos pour autant. Une étude du FMI conclut à un effet net « non significatif » sur l&rsquo;emploi total et juge le bilan négatif, avec plus de rotation de personnel [14]. Une autre, par simulation de long terme, va d&rsquo;environ 100 000 emplois perdus à un effet neutre [15]. Ce ne sont pas les mêmes mesures que le « 350 000 », ni la même échelle de temps.</p>
<p>Reste une question non tranchée. Ces emplois viennent-ils de la baisse d&rsquo;heures, ou des baisses de cotisations qui l&rsquo;ont accompagnée ? Les deux étaient liés dès le départ. La source statistique du ministère attribue elle-même 40 % de l&rsquo;effet à ces aides [10]. Et il faut garder le contexte : entre 1997 et 2002, environ 2 millions d&rsquo;emplois ont été créés au total, par la croissance [11]. Les 35 heures n&rsquo;en sont qu&rsquo;une part.</p>
<h2 id="le-coût-existe-sa-mesure-dépend-de-ce-quon-compte">Le coût existe, sa mesure dépend de ce qu&rsquo;on compte</h2>
<p>L&rsquo;évaluation parlementaire de 2014 ne mesure pas de dégradation de la compétitivité, en partie parce que les gains de productivité se sont accélérés [11]. Une étude de l&rsquo;INSEE va dans le même sens. La perte de productivité globale, capital et travail confondus, a été plus faible que les heures rendues. Le coût d&rsquo;une unité produite a même pu baisser [13].</p>
<p>Le coût budgétaire, lui, est réel. Mais trois chiffres circulent, qu&rsquo;il ne faut pas confondre. Le coût net, après retours de cotisations et baisse des dépenses de chômage : 2,5 milliards d&rsquo;euros, selon l&rsquo;Assemblée nationale [11]. Les allègements bruts : 11 à 13 milliards, selon le Sénat [12]. Le financement annuel du fonds dédié en 2000 : environ 32 milliards de francs [12]. Trois périmètres, pas trois contradictions.</p>
<p>Une nuance gêne la thèse du coût quasi nul. Une simulation de long terme chiffre ces aides à 0,9 % du PIB à terme, avec un effet de retour défavorable sur l&rsquo;emploi [15]. À l&rsquo;inverse, la thèse selon laquelle les 35 heures auraient « plombé la compétitivité » est surtout portée par des acteurs intéressés, le MEDEF et l&rsquo;institut patronal Rexecode [6]. Elle s&rsquo;appuie sur le périmètre qui maximise l&rsquo;écart avec l&rsquo;Allemagne, celui des seuls temps complet.</p>
<h2 id="la-droite-na-pas-abrogé-les-35-heures">La droite n&rsquo;a pas abrogé les 35 heures</h2>
<p>Les 35 heures ont été instaurées par la gauche, sous le gouvernement Jospin, par les lois de 1998 et 2000 [16]. La même famille politique avait déjà fait passer la durée légale de 40 à 39 heures en 1982. C&rsquo;est un fait sur l&rsquo;identité du gouvernement, pas un jugement.</p>
<p>La suite est moins connue. Entre 2003 et 2008, la droite au pouvoir a réformé les modalités. Les heures supplémentaires, leur fiscalité, la place de l&rsquo;accord d&rsquo;entreprise. Mais elle n&rsquo;a pas touché au seuil. La durée légale est restée à 35 heures, et l&rsquo;est toujours [1]. Lors de l&rsquo;évaluation de 2014, presque aucune des personnes auditionnées ne demandait de revenir dessus [11].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033020376">Code du travail, article L3121-27 (durée légale fixée à 35 heures)</a>. Légifrance (2016-08-10)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000033020373">Code du travail, article L3121-28 (l'heure supplémentaire ouvre droit à majoration)</a>. Légifrance (2016-08-10)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2391">Durée légale du travail et heures supplémentaires (fiche F2391)</a>. service-public.gouv.fr (2024)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/8376854">Durée du travail (données 2024, enquête Emploi)</a>. INSEE (2024)</li><li id="ref-5"><a href="https://ec.europa.eu/eurostat/databrowser/view/lfsa_ewhuis/default/table">Labour Force Survey, heures de travail et temps partiel (datasets lfsa_ewhuis, lfsa_ewhan2, lfsi_pt_a)</a>. Eurostat (2024)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.rexecode.fr/public/Analyses-et-previsions/Documents-de-travail">Document de travail n° 98 (durée du travail comparée)</a>. COE-Rexecode (2024)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.touteleurope.eu/economie-et-social/le-temps-de-travail-dans-l-union-europeenne/">Les Français travaillent-ils 666 heures par an ? Analyse méthodologique</a>. Touteleurope.eu (2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.oecd.org/fr/sujets/productivite.html">Statistiques de productivité (PIB par heure travaillée)</a>. OCDE (2025)</li><li id="ref-9"><a href="https://stats.oecd.org/Index.aspx?DataSetCode=ANHRS">Métadonnées des heures annuelles travaillées (avertissement de comparabilité)</a>. OCDE (2024)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/1376464">Les effets de la réduction du temps de travail sur l'emploi (Économie et Statistique n° 376-377)</a>. DARES / INSEE (2005)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.assemblee-nationale.fr/14/rap-enq/r2436.asp">Rapport d'information n° 2436 sur l'impact sociétal des 35 heures (commission d'enquête)</a>. Assemblée nationale (rapporteure B. Romagnan) (2014)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.senat.fr/rap/r15-292/r15-292.html">Rapport d'information n° 292 sur le coût des 35 heures (commission des finances)</a>. Sénat (rapporteur A. de Montgolfier) (2016)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.insee.fr/fr/statistiques/fichier/1376466/es376377c.pdf">RTT, productivité et emploi : nouvelles estimations sur données d'entreprises (Économie et Statistique n° 376-377)</a>. INSEE (2004)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.imf.org/external/pubs/ft/wp/2006/wp06251.pdf">The 35-Hour Workweek in France: Straightjacket or Welfare Improvement? (Economic Policy 23(55))</a>. FMI (Estevão & Sá), version peer-reviewed (2008)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.persee.fr/doc/ecop_0249-4744_2006_num_175_4_7708">Une estimation de l'impact des politiques de RTT sur l'emploi (Économie & Prévision n° 175-176)</a>. Gianella, Économie & Prévision (2006)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000556901">Lois Aubry I (n° 98-461) et II (n° 2000-37) et ordonnance n° 82-41 du 16 janvier 1982</a>. Légifrance (2000-01-19)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000037843683">Loi TEPA (2007), loi de finances rectificative (2012) et loi de 2018 sur la défiscalisation des heures supplémentaires</a>. Légifrance (2018-12-24)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>