<?xml version="1.0" encoding="utf-8" standalone="yes"?><rss version="2.0" xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"><channel><title>Justice | Le Courrier de France</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/categories/justice/</link><description>Affaires, décisions et moyens de la justice.</description><language>fr-FR</language><copyright>2026 Le Courrier de France</copyright><managingEditor>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</managingEditor><webMaster>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</webMaster><lastBuildDate>Wed, 19 Aug 2026 13:00:13 +0200</lastBuildDate><generator>Hugo</generator><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/categories/justice/feed.xml" rel="self" type="application/rss+xml"/><atom:link href="https://lecourrierdefrance.fr/categories/justice/" rel="alternate" type="text/html"/><item><title>« Fier d'être raciste » : un retraité condamné après avoir tiré près d'enfants au Puy-en-Velay</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/tirs-insultes-racistes-enfants-puy-en-velay/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/tirs-insultes-racistes-enfants-puy-en-velay/</guid><pubDate>Wed, 19 Aug 2026 08:39:57 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Racisme</category><category>Justice</category><category>Enfance</category><category>Droit</category><category>Haute-Loire</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/tirs-insultes-racistes-enfants-puy-en-velay/cover.webp" length="60922" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 19 avril 2026, une dizaine d&rsquo;enfants jouaient au ballon dans un quartier d&rsquo;Espaly-Saint-Marcel, en Haute-Loire. Ils avaient entre 6 et 11 ans. Un retraité de 65 ans est sorti de chez lui avec une carabine à plomb. Il a fait feu tout près d&rsquo;eux, en les insultant sur leur origine. Le 17 août, le tribunal du Puy-en-Velay l&rsquo;a condamné.</div>

<h2 id="devant-une-dizaine-denfants">Devant une dizaine d&rsquo;enfants</h2>
<p>Les faits sont datés et jugés. Ce dimanche d&rsquo;avril, des enfants de 6 à 11 ans jouaient dehors, au quartier de l&rsquo;Arbousset. Un homme de 65 ans est sorti armé. Il a tiré à la carabine à plomb près du groupe [1, 2].</p>
<p>Un garçon de 10 ans a été reconnu victime par le tribunal. Il a reçu 2 200 euros au titre de la réparation [1]. Son père avait produit un certificat médical. Trois jours d&rsquo;incapacité y sont notés, au titre du choc, pas d&rsquo;une plaie [2].</p>
<p>Sur une blessure, les récits divergent. Une tante d&rsquo;un enfant décrit un tir au mollet. Un compte rendu du procès parle d&rsquo;un tir « sans faire de blessé » [4]. Aucune blessure physique n&rsquo;a été établie par le tribunal. Le choc, lui, a été reconnu par un médecin.</p>
<h2 id="-je-ne-suis-pas-raciste--a-t-il-dit">« Je ne suis pas raciste », a-t-il dit</h2>
<p>À l&rsquo;audience, l&rsquo;homme a reconnu les faits [3]. Il a nié avoir visé les enfants. Il assure avoir « tiré en l&rsquo;air », avec une arme dont il avait « omis de mettre la sécurité » [2]. Sur les insultes, il a lâché : « si je l&rsquo;ai dit, c&rsquo;est par énervement, ça m&rsquo;a échappé, je ne suis pas raciste » [2]. Il se disait « harcelé » par les enfants. Il affirmait même avoir été traité de « sale Français » [2].</p>
<p>Un élément le contredit. Avant les faits, une vidéo avait été mise en ligne. On l&rsquo;y entend dire : « Je suis raciste et je suis fier d&rsquo;être raciste. Je le dis haut et fort » [2].</p>
<p>Sur ce qu&rsquo;il a crié ce jour-là, les comptes rendus rapportent des insultes visant l&rsquo;origine des enfants. On y lit « sales nègres » et « sales arabes », lancés ce jour-là et les mois d&rsquo;avant [2]. L&rsquo;avocate des familles a rappelé des enfants comparés à des animaux, « singes » ou « babouins » [4]. Ces mots viennent de témoins et de l&rsquo;accusation. Ils ne sont pas le texte du jugement.</p>
<h2 id="ce-que-le-tribunal-a-jugé">Ce que le tribunal a jugé</h2>
<aside class="stat"><span class="stat__num">2 200 €</span> <span class="stat__label">versés à l&#39;enfant de 10 ans reconnu victime</span></aside>

<p>La peine est de quinze mois de prison avec sursis probatoire de deux ans [1]. Ce sursis veut dire ceci : pas de prison tant qu&rsquo;il respecte ses obligations pendant deux ans. Parmi elles, une obligation de soins. S&rsquo;y ajoute une interdiction de détenir ou de porter une arme pendant dix ans [1].</p>
<p>Le tribunal a retenu deux choses à la fois. La violence avec arme. Et les injures publiques racistes [4]. Aucune relaxe n&rsquo;a été prononcée sur le volet raciste.</p>
<p>Côté réparations, il doit aussi verser un euro symbolique à deux associations, SOS Racisme et la Ligue des droits de l&rsquo;Homme [1]. Cet euro n&rsquo;indemnise rien. Il acte, sur le papier, la reconnaissance du racisme.</p>
<p>L&rsquo;accusation avait demandé quinze mois et trois ans de sursis probatoire. Le tribunal a retenu deux ans [3].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Les insultes racistes ne sont pas entendables en 2026 ! » [3]</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">la présidente du tribunal, à l&#39;audience</figcaption>
</figure>

<h2 id="un-mobile-raciste-comment-la-loi-le-traite">Un mobile raciste, comment la loi le traite</h2>
<p>En France, il n&rsquo;existe pas de « délit de racisme » unique [5]. La loi passe par plusieurs portes. Le choix dépend de l&rsquo;acte, et du fait qu&rsquo;il soit public ou non.</p>
<p>Première porte : un mot raciste dit en public. Insulter une personne sur son origine, dehors, devant des tiers, c&rsquo;est une infraction à part entière. La loi de 1881 sur la presse la nomme injure publique raciste. Elle est punie d&rsquo;un an de prison et de 45 000 euros d&rsquo;amende [6].</p>
<p>Deuxième porte : un mobile raciste derrière une violence. Quand on frappe, menace ou dégrade « à raison » de l&rsquo;origine de la victime, la peine encourue est alourdie. C&rsquo;est l&rsquo;article 132-76 du code pénal [5]. Il ne crée pas d&rsquo;infraction. Il relève la peine maximale de l&rsquo;infraction déjà commise. Pour les délits punis de trois ans ou moins, ce maximum est porté au double. Au-dessus, il monte d&rsquo;un cran [5].</p>
<p>Ici, c&rsquo;est la première porte qui a servi. Le racisme a été poursuivi comme un délit à part, l&rsquo;injure publique raciste. Il a été jugé à côté de la violence avec arme, pas comme une aggravation du tir.</p>
<p>Le cadre de droit éclaire ce choix. L&rsquo;article 132-76 laisse de côté les infractions racistes de la loi de 1881, dont l&rsquo;injure publique [5]. Une insulte criée en public relève de ce texte-là, avec son propre régime. Elle se juge pour elle-même, plutôt que d&rsquo;alourdir la peine d&rsquo;un autre délit.</p>
<aside class="pullquote">Le racisme n&rsquo;a pas alourdi la peine du tir. Il a été jugé à part, comme un délit à lui seul.</aside>

<p>Le tribunal a donc jugé deux délits côte à côte. La violence avec arme d&rsquo;un côté. L&rsquo;injure publique raciste de l&rsquo;autre [4]. La prison sanctionne surtout la violence. Le racisme, lui, se lit dans la déclaration de culpabilité et dans l&rsquo;euro symbolique.</p>
<h2 id="le-racisme-a-failli-ne-pas-être-jugé">Le racisme a failli ne pas être jugé</h2>
<p>Au départ, ce volet n&rsquo;était pas dans le dossier. La plainte est déposée le 19 avril. L&rsquo;homme est convoqué pour la seule « violence avec arme » [2].</p>
<p>Les premières auditions signées ne mentionnent pas de propos racistes. Le parquet l&rsquo;a lui-même rappelé [2]. Le père et des témoins, eux, affirment les avoir signalés au commissariat [2].</p>
<p>Le 22 avril, une seconde enquête est ouverte, cette fois pour injure raciste [2]. Elle fait suite à des signalements d&rsquo;associations et à une nouvelle plainte du père. Le 6 mai, le parquet annonce que les injures racistes seront jugées aussi. L&rsquo;audience passe de juillet à août [2].</p>
<p>Le parquet est partie au procès, pas un arbitre neutre. Sa position a changé en cours de route. Sans cette seconde enquête, la carabine aurait été jugée seule. Les mots, non.</p>
<p>Reste ce que l&rsquo;homme disait de lui-même, avant les tirs, face caméra : « Je suis raciste et je suis fier d&rsquo;être raciste » [2]. Le tribunal, à son tour, a nommé ce racisme. Et l&rsquo;a inscrit dans une condamnation.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/l-homme-juge-pour-des-insultes-racistes-et-un-tir-a-la-carabine-pres-d-enfants-en-haute-loire-a-ete-condamne-a-15-mois-de-prison-avec-sursis-probatoire_8151356.html">L'homme jugé pour des insultes racistes et un tir à la carabine près d'enfants en Haute-Loire a été condamné à 15 mois de prison avec sursis probatoire</a>. franceinfo (2026-08-17)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/on-vous-resume-l-affaire-de-l-homme-juge-pour-des-insultes-racistes-et-un-tir-a-la-carabine-pres-d-enfants-en-haute-loire_8144645.html">On vous résume l'affaire de l'homme jugé pour des insultes racistes et un tir à la carabine près d'enfants en Haute-Loire</a>. franceinfo (2026-08-17)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.20min.ch/fr/story/france-injures-racistes-et-menaces-envers-des-gamins-il-evite-la-prison-103618847">Injures racistes et menaces envers des gamins : il évite la prison</a>. 20 minutes (Suisse) (2026-08-17)</li><li id="ref-4"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/haute-loire/puy-velay/j-ai-pu-tenir-ces-propos-15-mois-de-prison-avec-sursis-pour-l-homme-qui-avait-profere-des-insultes-racistes-et-tire-a-proximite-d-enfants-en-haute-loire-3402916.html">« J'ai pu tenir ces propos » : 15 mois de prison avec sursis pour l'homme qui avait proféré des insultes racistes et tiré à proximité d'enfants en Haute-Loire</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (2026-08-19)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417501">Article 132-76 du code pénal (circonstance aggravante de racisme)</a>. Légifrance (en vigueur)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000049312747">Article 33 de la loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse (injure publique raciste)</a>. Légifrance (en vigueur)</li></ol>]]></description></item><item><title>Racisme visant des enfants : deux jugements l'établissent, aucune statistique ne le compte</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/racisme-enfants-justice-angle-mort-statistiques/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/racisme-enfants-justice-angle-mort-statistiques/</guid><pubDate>Tue, 18 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Racisme</category><category>Enfance</category><category>Discrimination</category><category>Statistiques publiques</category><category>École</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/racisme-enfants-justice-angle-mort-statistiques/cover.webp" length="40950" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 19 avril 2026, à Espaly-Saint-Marcel, près du Puy-en-Velay, une dizaine d&rsquo;enfants de 6 à 11 ans jouent au ballon. Un homme de 65 ans sort de chez lui. Il tient une carabine à plomb. Il fait feu. Un garçon de 10 ans est touché au mollet.</div>

<h2 id="un-tir-des-injures-une-condamnation">Un tir, des injures, une condamnation</h2>
<p>Quatre mois plus tard, le 17 août 2026, le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay a rendu son jugement [1]. Le retraité est condamné à quinze mois de prison avec sursis probatoire de deux ans [1]. Il ne peut plus détenir d&rsquo;arme pendant dix ans [1]. Il doit suivre des soins [1].</p>
<p>À l&rsquo;audience, l&rsquo;homme a reconnu les faits [4]. Il a nié avoir voulu viser les enfants. Mais il a admis avoir tenu des propos racistes [4]. Avant les faits, il s&rsquo;était déjà filmé.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Je suis raciste et je suis fier d&rsquo;être raciste. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">L&#39;homme condamné, dans une vidéo enregistrée avant les faits</figcaption>
</figure>

<p>Un journal local a mis cette vidéo en ligne [2]. Elle a été enregistrée avant le tir [2]. Elle contredit l&rsquo;idée d&rsquo;un simple dérapage [2].</p>
<p>Selon la dépêche de l&rsquo;agence qui a couvert le dossier, l&rsquo;homme a fait feu en traitant les enfants de « sales nègres » ou « sales arabes » [3]. Ces mots viennent de témoignages, pas d&rsquo;un attendu du jugement [3]. Ce sont des éléments du dossier. Selon la même source, ces insultes ne datent pas du seul jour du tir. Elles duraient depuis des mois [3].</p>
<p>Sa défense a plaidé un tir sans intention de viser [3]. L&rsquo;homme s&rsquo;est dit « harcelé » par les enfants [3]. Il a affirmé avoir « tiré en l&rsquo;air » [3]. Le tribunal ne l&rsquo;a pas suivi. Sa présidente a tranché à l&rsquo;audience : « Les insultes racistes ne sont pas entendables en 2026 » [4].</p>
<p>La reconnaissance du caractère raciste n&rsquo;a pourtant pas été immédiate. Au départ, le parquet ne retenait pas ce motif [2]. Il relevait qu&rsquo;aucune première audition n&rsquo;en faisait état [2]. Le parquet est l&rsquo;autorité qui poursuit. Sa position est celle d&rsquo;une partie, pas un verdict. Après un signalement de deux associations, une seconde enquête a été ouverte [2]. Le motif d&rsquo;injure publique raciste a alors été ajouté [2].</p>
<p>Le jugement en garde une trace concrète. L&rsquo;homme doit verser un euro symbolique à SOS Racisme et à la Ligue des droits de l&rsquo;Homme, parties civiles [1]. Et 2 200 euros à l&rsquo;enfant visé [1].</p>
<h2 id="à-pesmes-une-porte-fermée-pour-un-prénom">À Pesmes, une porte fermée pour un prénom</h2>
<p>Le racisme visant un enfant ne prend pas toujours la forme d&rsquo;un tir. Parfois, c&rsquo;est une porte qu&rsquo;on ferme. À Pesmes, en Haute-Saône, un adolescent cherchait un stage [5]. Il était mineur et suivi par l&rsquo;Aide sociale à l&rsquo;enfance [5]. Une éducatrice l&rsquo;accompagnait pour sa candidature [5]. Un artisan menuisier a refusé de le prendre [5]. Le motif tenait à son prénom et à sa religion supposée [5].</p>
<p>« Je ne prends pas les musulmans », a lancé l&rsquo;artisan [5]. À l&rsquo;audience, il a confirmé ses propos. Il les a même répétés [5].</p>
<p>Le tribunal de Vesoul l&rsquo;a condamné pour discrimination raciste [5]. Quatre mois de prison avec sursis. Et 3 500 euros d&rsquo;amende [5]. Il doit aussi 600 euros au jeune, pour son préjudice moral [5]. La procureure avait demandé 2 000 euros. Le tribunal a prononcé près du double [5].</p>
<p>Deux affaires, deux registres. Une violence avec arme d&rsquo;un côté. Un refus discriminatoire de l&rsquo;autre. Chacune établit des faits précis, dans un dossier précis. Aucune ne dit combien de fois cela se produit. Une condamnation est un cas jugé, pas une statistique.</p>
<h2 id="un-angle-mort--les-chiffres-ne-comptent-pas-les-enfants">Un angle mort : les chiffres ne comptent pas les enfants</h2>
<p>C&rsquo;est là que le dossier bascule. Pour savoir si ces faits sont rares ou fréquents, il faut des chiffres. Sur les enfants, ces chiffres n&rsquo;existent presque pas.</p>
<p>Le racisme, lui, se compte. En 2024, la police et la gendarmerie ont enregistré plus de 16 000 infractions racistes [7]. Les crimes et délits, à eux seuls, ont augmenté de 11 % en un an [7]. Mais ce total ne se découpe pas selon l&rsquo;âge des victimes [7].</p>
<p>Le service statistique du ministère de l&rsquo;Intérieur publie pourtant cet âge [6]. Sa tranche la plus basse est « moins de 15 ans » [6]. Il n&rsquo;y a aucune case « mineurs » [6]. Les 15 à 17 ans sont comptés avec les jeunes adultes [6].</p>
<p>Chez les plus jeunes, les plaintes sont rares. 18 % des victimes racistes enregistrées ont moins de 25 ans [6]. Elles sont 29 % dans la population [6]. Ce n&rsquo;est pas le signe d&rsquo;un moindre danger. C&rsquo;est le signe que ces victimes portent rarement plainte [6].</p>
<p>Une autre enquête corrige ce manque de plaintes. Elle interroge directement les gens sur ce qu&rsquo;ils ont subi [6]. Elle révèle plus d&rsquo;un million d&rsquo;adultes visés par une atteinte raciste en 2022 [6]. Moins de 3 % l&rsquo;ont signalée à la police [6]. Mais cette enquête s&rsquo;arrête à 18 ans [6]. Elle ne compte aucun mineur.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">La seule enquête qui corrige les plaintes manquantes s&rsquo;arrête à 18 ans.</aside>

<aside class="stat"><span class="stat__num">Moins de 3 %</span> <span class="stat__label">des adultes victimes d&#39;une atteinte raciste la signalent à la police</span></aside>

<p>La même absence se retrouve ailleurs. Le Défenseur des droits reçoit les plaintes pour discrimination. L&rsquo;origine est le premier motif d&rsquo;appel de sa plateforme [11]. L&rsquo;institution a aussi une mission dédiée aux droits de l&rsquo;enfant [10]. Mais les données publiées ne croisent pas ces deux comptages [10]. Aucune ne dénombre les enfants visés pour leur origine [10].</p>
<h2 id="lécole-seul-endroit-où-lon-compte-et-où-ça-monte">L&rsquo;école, seul endroit où l&rsquo;on compte, et où ça monte</h2>
<p>Un seul lieu compte le racisme subi par des enfants : l&rsquo;école [8]. Et il en recense de plus en plus. 3 630 actes racistes et antisémites en 2023-2024 [8]. 3 851 l&rsquo;année suivante [8]. Pour la part raciste seule, le compte passe de 1 960 à 2 183 [8].</p>
<p>Ce chiffre demande de la prudence, dans les deux sens. C&rsquo;est l&rsquo;Éducation nationale qui le produit. Elle recense les faits signalés dans ses propres murs [9]. Elle est donc juge de son propre périmètre [9]. Une hausse des actes recensés peut mêler deux choses : plus de faits, ou plus de signalements [8]. Et ce compte ignore tout ce qui se passe hors de l&rsquo;école : la rue, les transports, internet, le voisinage [8].</p>
<p>À l&rsquo;intérieur des collèges et lycées, un autre outil mesure les incidents graves [9]. Il en compte 0,8 pour 1 000 élèves à motivation raciste, xénophobe ou antisémite [9]. Plus d&rsquo;un sur dix s&rsquo;inscrit dans une situation de harcèlement [9].</p>
<p>Ceux qui produisent ces données le disent eux-mêmes. Le rapporteur national sur le racisme y consacre cette année une partie entière [8]. Il qualifie le racisme chez l&rsquo;enfant de « sujet encore trop peu étudié » [8].</p>
<h2 id="un-manque-de-chiffres-pas-un-manque-de-faits">Un manque de chiffres, pas un manque de faits</h2>
<p>Le manque de chiffres n&rsquo;est pas un manque de faits. La sous-déclaration est déjà forte chez les adultes [6]. Elle l&rsquo;est sans doute davantage pour des enfants, qui portent rarement plainte seuls.</p>
<p>Deux enfants ont aujourd&rsquo;hui un jugement à leur nom. Au Puy-en-Velay, un tribunal a chiffré le préjudice de l&rsquo;un d&rsquo;eux : 2 200 euros [1]. À l&rsquo;échelle du pays, aucune enquête ne dit combien d&rsquo;autres subissent des injures racistes.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/l-homme-juge-pour-des-insultes-racistes-et-un-tir-a-la-carabine-pres-d-enfants-en-haute-loire-a-ete-condamne-a-15-mois-de-prison-avec-sursis-probatoire_8151356.html">L'homme jugé pour des insultes racistes et un tir à la carabine près d'enfants en Haute-Loire a été condamné à 15 mois de prison avec sursis probatoire</a>. franceinfo (2026-08-17)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/justice-proces/on-vous-resume-l-affaire-de-l-homme-juge-pour-des-insultes-racistes-et-un-tir-a-la-carabine-pres-d-enfants-en-haute-loire_8144645.html">On vous résume l'affaire de l'homme jugé pour des insultes racistes et un tir à la carabine près d'enfants en Haute-Loire</a>. franceinfo (2026-08)</li><li id="ref-3"><a href="https://fr.news.yahoo.com/sport/homme-condamn%C3%A9-%C3%A0-quinze-mois-190607134.html">Un homme condamné à quinze mois de prison pour des insultes racistes et un tir à la carabine près d'enfants (dépêche AFP)</a>. Agence France-Presse (via Yahoo Actualités) (2026-08-17)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.20min.ch/fr/story/france-injures-racistes-et-menaces-envers-des-gamins-il-evite-la-prison-103618847">Injures racistes et menaces envers des gamins : il évite la prison</a>. 20 minutes (2026-08-17)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ici.fr/infos/faits-divers-justice/quatre-mois-de-sursis-et-3-500-euros-d-amende-contre-un-homme-condamne-a-vesoul-pour-discrimination-raciste-5122415">Quatre mois de sursis et 3 500 euros d'amende contre un homme condamné à Vesoul pour discrimination raciste</a>. ICI (Radio France, ex-France Bleu) (2023-10-26)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.dilcrah.gouv.fr/files/2025-08/IR-49-1.pdf">Interstats Informations Rapides n°49 : les atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en 2024</a>. Service statistique ministériel de la sécurité intérieure (SSMSI) (2025-03)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/actualites/communiques-de-presse/atteintes-a-caractere-raciste-xenophobe-ou-antireligieux-en-2024">Les atteintes à caractère raciste, xénophobe ou antireligieux en 2024 (communiqué)</a>. Ministère de l'Intérieur (SSMSI) (2025-03-14)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2026-06/CNCDH%20Essentiels%20du%20rapport%20racisme%202025.pdf">Les essentiels du rapport 2025 sur la lutte contre le racisme, l'antisémitisme et la xénophobie</a>. Commission nationale consultative des droits de l'homme (CNCDH) (2026-06-25)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2025-06/MEN_CNCDH_Contribution_def_2024.pdf">Contribution du ministère de l'Éducation nationale au rapport 2024 de la CNCDH sur la lutte contre le racisme</a>. Ministère de l'Éducation nationale (DEPP, SIVIS) (2024)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/racisme-antisemitisme-et-xenophobie-contribution-du-defenseur-des-droits-au-rapport-2024-de-la">Racisme, antisémitisme et xénophobie : contribution du Défenseur des droits au rapport 2024 de la CNCDH</a>. Défenseur des droits (2024)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/sites/default/files/2025-03/ddd_rapport-annuel-2024_20250305.pdf">Rapport annuel d'activité 2024 du Défenseur des droits</a>. Défenseur des droits (2025-03-05)</li></ol>]]></description></item><item><title>Propos racistes dans les forces de l'ordre : le gardien révoqué, le cadre réaffecté</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/propos-racistes-police-gendarmerie-sanctions-cadres/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/propos-racistes-police-gendarmerie-sanctions-cadres/</guid><pubDate>Sun, 16 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Police</category><category>Gendarmerie</category><category>Racisme</category><category>Déontologie</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/propos-racistes-police-gendarmerie-sanctions-cadres/cover.webp" length="67876" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 1er octobre 2025, un général de gendarmerie prend la tête de l&rsquo;office central chargé des crimes de haine. Quatre mois plus tard, il n&rsquo;y est plus. Selon des témoins, il aurait lancé, devant des gendarmes noirs à l&rsquo;accueil d&rsquo;une caserne : « Pourquoi n&rsquo;y a-t-il que des Noirs à l&rsquo;accueil ? » Des collègues ont saisi la hiérarchie. La suite : une réaffectation discrète, une enquête toujours en cours, aucune sanction.</div>

<h2 id="sur-le-papier-tout-est-prévu">Sur le papier, tout est prévu</h2>
<p>Un policier ou un gendarme qui tient des propos racistes commet une faute. Le code de déontologie des deux forces l&rsquo;écrit noir sur blanc. Il interdit toute discrimination « dans leurs actes et leurs propos » [1]. Le mot « propos » y figure, en toutes lettres.</p>
<p>Le même code attend d&rsquo;un cadre un comportement « exemplaire » [1]. Et la sanction peut monter très haut. Pour un policier, jusqu&rsquo;à la révocation [2]. Pour un gendarme, jusqu&rsquo;à la radiation des cadres [3].</p>
<p>La justice pénale peut frapper en plus, sur la même affaire. Des propos racistes publics sont un délit. La peine double quand l&rsquo;auteur détient l&rsquo;autorité publique. Elle atteint trois ans de prison et 75 000 euros [4]. L&rsquo;arsenal, sur le papier, est complet.</p>
<h2 id="dans-les-faits-des-sanctions-légères">Dans les faits, des sanctions légères</h2>
<p>Reste ce qui est prononcé. L&rsquo;inspection interne de la police publie ses chiffres chaque année. En 2023, 85 dossiers venus de signalements du public retiennent une faute [5]. La suite tient en peu de mots. Trente-neuf simples rappels, dix-neuf blâmes, dix-huit avertissements [5]. Deux exclusions de trois jours, un stage.</p>
<p>Et six dossiers seulement envoyés en conseil de discipline [5]. Or ce conseil est le passage obligé des sanctions lourdes [2]. Six sur quatre-vingt-cinq. Le reste s&rsquo;arrête aux mesures les plus basses de l&rsquo;échelle.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">6 sur 85</span> <span class="stat__label">dossiers de faute retenue orientés en 2023 vers un conseil de discipline, seule porte des sanctions lourdes</span></aside>

<p>Ces chiffres ne comptent que ce qui est signalé et retenu, pas l&rsquo;ampleur réelle, l&rsquo;inspection le reconnaît [5]. La même année, 26 de ses mille enquêtes judiciaires visaient des injures racistes ou discriminatoires [5].</p>
<h2 id="personne-dindépendant-ne-tient-le-levier">Personne d&rsquo;indépendant ne tient le levier</h2>
<p>Un point commande tout le reste. Dans cette chaîne, un seul acteur décide de la sanction : l&rsquo;institution qui emploie. La police pour ses policiers, l&rsquo;armée pour ses gendarmes [2, 3].</p>
<p>L&rsquo;inspection interne, elle, ne sanctionne pas. Elle enquête et elle propose [5]. Un contrôleur extérieur existe pourtant. Le Défenseur des droits surveille les forces de l&rsquo;ordre. Mais il recommande, il ne punit pas [6]. L&rsquo;administration peut ne pas le suivre.</p>
<aside class="pullquote">L&rsquo;inspection propose, l&rsquo;employeur décide, le contrôleur indépendant recommande. Personne d&rsquo;extérieur ne tranche.</aside>

<p>Ses rapports le montrent. En mars 2026, il a examiné huit décisions où il réclamait des poursuites [6]. Dans l&rsquo;un de ces dossiers, l&rsquo;enquête administrative a démarré quatre ans après les faits. La sanction finale a été un simple blâme, qu&rsquo;il a jugé insuffisant [6].</p>
<h2 id="le-gardien-révoqué-le-cadre-réaffecté">Le gardien révoqué, le cadre réaffecté</h2>
<p>La sanction lourde existe donc, et elle tombe parfois. À Rouen, un policier noir porte plainte en 2019. Il est visé dans un groupe de messagerie où circulent des milliers de messages racistes [7]. Le conseil de discipline se réunit. Trois gardiens de la paix sont révoqués [7]. L&rsquo;un conteste jusqu&rsquo;au bout. Fin 2023, le Conseil d&rsquo;État confirme la révocation : des propos « par nature incompatibles » avec la qualité de policier [8].</p>
<p>Ces révoqués ont un point commun. Ce sont des gardiens de la paix. Pas des chefs.</p>
<p>Les cadres, eux, suivent un autre chemin. Le général placé à la tête de l&rsquo;office anti-haine, visé par des témoignages, a été réaffecté sans sanction, l&rsquo;enquête suit son cours [9]. Un colonel de gendarmerie a tenu des propos racistes devant de hauts responsables. Sa sanction a été un blâme, le degré le plus bas, confirmé par le Conseil d&rsquo;État début 2024 [10]. Un préfet, pour des attitudes jugées sexistes et racistes, a écopé d&rsquo;un an d&rsquo;exclusion dont six mois avec sursis, confirmé en 2025 [11].</p>
<p>Trois cas ne font pas une statistique. Et les faits ne sont pas de même gravité : un groupe de milliers de messages n&rsquo;est pas une phrase lancée à l&rsquo;accueil. Mais le constat tient dans les dossiers connus. La révocation confirmée frappe le rang, pas l&rsquo;encadrement.</p>
<h2 id="quand-la-machine-se-trompe-de-cible">Quand la machine se trompe de cible</h2>
<p>Il arrive que le dispositif se retourne. Le brigadier-chef Amar Benmohamed dénonce des mauvais traitements et des propos racistes de collègues, au dépôt d&rsquo;un tribunal parisien [12]. Le Défenseur des droits le reconnaît lanceur d&rsquo;alerte [12]. L&rsquo;enquête pénale contre les auteurs qu&rsquo;il désigne est classée sans suite [12].</p>
<p>Lui, en revanche, est sanctionné par sa préfecture. Avertissements, puis blâme [12]. La justice administrative a annulé ces sanctions, une première fois en 2024, puis en appel en octobre 2025 [12]. Le dénonciateur a été puni, les auteurs désignés ne l&rsquo;ont pas été.</p>
<h2 id="ce-que-la-règle-demande-ce-quelle-rend">Ce que la règle demande, ce qu&rsquo;elle rend</h2>
<p>Le code de déontologie attend d&rsquo;un cadre un comportement « exemplaire » [1]. Dans les affaires connues à ce jour, ce sont des gardiens de la paix qui ont perdu leur métier pour des propos racistes [7, 8]. Les cadres ont changé de bureau, reçu le blâme le plus léger, ou une exclusion en partie remise [9, 10, 11].</p>
<p>Le droit prévoit la révocation, pour le gardien comme pour le général. Jusqu&rsquo;ici, elle n&rsquo;a frappé que des gardiens.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000025503132/LEGISCTA000028285853/">Code de la sécurité intérieure, code de déontologie de la police nationale et de la gendarmerie nationale (art. R434-11 et R434-14)</a>. Legifrance (4 décembre 2013)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000044425388">Code général de la fonction publique, art. L533-1 (échelle des sanctions disciplinaires des fonctionnaires de l'État)</a>. Legifrance (consulté le 16 août 2026)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000032442302">Code de la défense, art. L4137-2 (régime disciplinaire des militaires, applicable aux gendarmes)</a>. Legifrance (consulté le 16 août 2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000049312747">Loi du 29 juillet 1881 sur la liberté de la presse, art. 33 (injure publique à caractère raciste, peine aggravée pour un dépositaire de l'autorité publique)</a>. Legifrance (consulté le 16 août 2026)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.vie-publique.fr/files/rapport/pdf/296371.pdf">Rapport annuel d'activité de l'IGPN 2023</a>. Vie-publique.fr (rapport de l'Inspection générale de la police nationale) (2024)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/retour-sur-le-college-deontologie-de-la-securite-du-17-mars-2026-1105">Retour sur le collège « déontologie de la sécurité » du 17 mars 2026</a>. Défenseur des droits (17 mars 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/normandie/seine-maritime/rouen/rouen-trois-policiers-sanctionnes-conseil-discipline-apres-propos-racistes-1880678.html">Rouen : trois policiers sanctionnés en conseil de discipline après des propos racistes</a>. France 3 Normandie / franceinfo (9 octobre 2020)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.conseil-etat.fr/fr/arianeweb/CE/decision/2023-12-28/474289">Décision du Conseil d'État n° 474289 (révocation d'un gardien de la paix jugée proportionnée)</a>. Conseil d'État (28 décembre 2023)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/un-general-de-gendarmerie-a-la-tete-de-l-office-de-lutte-contre-les-crimes-de-haine-exfiltre-pour-des-soupcons-de-propos-a-connotation-raciste_7829672.html">Un général de gendarmerie à la tête de l'office de lutte contre les crimes de haine exfiltré pour des soupçons de propos à connotation raciste</a>. franceinfo (25 février 2026)</li><li id="ref-10"><a href="https://lessor.org/societe/blame-du-ministre-confirme-pour-un-colonel-de-gendarmerie/">Blâme du ministre confirmé pour un colonel de gendarmerie</a>. L'Essor (19 janvier 2024)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.aefinfo.fr/depeche/730220-lexclusion-temporaire-dun-prefet-delegue-aupres-du-prefet-de-police-pour-des-attitudes-sexistes-et-racistes-confirmee">L'exclusion temporaire d'un préfet délégué auprès du préfet de police pour des attitudes sexistes et racistes confirmée</a>. AEF info (23 avril 2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://la1ere.franceinfo.fr/l-etat-condamne-en-appel-pour-des-sanctions-infligees-a-un-policier-denoncant-du-racisme-1631261.html">L'État condamné en appel pour des sanctions infligées à un policier dénonçant du racisme</a>. Outre-mer la 1ère / franceinfo (9 octobre 2025)</li></ol>]]></description></item><item><title>Violences sexuelles sur mineurs : la plainte se perd avant le juge</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/violences-sexuelles-mineurs-plaintes-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/violences-sexuelles-mineurs-plaintes-justice/</guid><pubDate>Wed, 12 Aug 2026 07:42:21 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Justice</category><category>Enfance</category><category>Violences sexuelles</category><category>Police</category><category>Statistiques</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/violences-sexuelles-mineurs-plaintes-justice/cover.webp" length="109470" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En août 2025, une mère prévient la justice. Sa fille de 11 ans subit des viols en série. L&rsquo;enquête est menée en trois mois, et bien menée. Puis le dossier se perd dans la machine. Transmis sur papier, il est enregistré 23 jours en retard, rangé par erreur dans la pile des affaires non urgentes. Le suspect n&rsquo;est jamais entendu. Les appels répétés de la mère restent sans réponse [11].</div>

<h2 id="le-point-de-rupture-est-en-amont">Le point de rupture est en amont</h2>
<p>Ce naufrage n&rsquo;est pas isolé dans sa logique. En France, très peu de violences sexuelles sur enfants finissent devant un tribunal. Et cela ne se joue pas au moment du jugement.</p>
<p>Le décompte le plus récent porte sur les adultes mis en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur, entre 2017 et 2024. Résultat : 64 % ne sont pas poursuivables [1]. Dans ces cas, le motif est presque toujours le même. L&rsquo;infraction est jugée insuffisamment caractérisée, trois fois sur quatre [1]. En clair, il manque des preuves. Souvent, l&rsquo;auteur est pourtant connu.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">64 %</span> <span class="stat__label">des majeurs mis en cause pour viol ou agression sexuelle sur mineur ne sont pas poursuivables (2017-2024)</span></aside>

<p>Avant même le parquet, un premier filtre a déjà tout réduit. Une agression sur un enfant donne lieu à une plainte dans moins d&rsquo;un cas sur cinq. Un sur huit pour l&rsquo;inceste [2]. L&rsquo;essentiel des faits n&rsquo;entre jamais dans le système.</p>
<p>Et le parcours commence mal. Au commissariat, refuser une plainte reste une pratique courante, alors que la loi l&rsquo;interdit [5, 6]. Un fait déclassé en simple main courante ne connaîtra jamais de suite pénale.</p>
<h2 id="quand-un-procès-a-lieu-la-peine-tombe-lourde">Quand un procès a lieu, la peine tombe, lourde</h2>
<p>Le récit d&rsquo;une justice qui laisserait filer les coupables se heurte à un chiffre. Une fois le viol jugé, la condamnation est dure. Prison ferme dans 93 % des cas. Dix ans de réclusion ou plus pour 69 % des condamnés, et 76 % quand la victime est mineure [4].</p>
<p>Le problème documenté n&rsquo;est donc pas la clémence du juge. C&rsquo;est que la plupart des dossiers n&rsquo;arrivent jamais jusqu&rsquo;à lui.</p>
<aside class="pullquote">Le problème documenté n&rsquo;est pas la clémence du juge. C&rsquo;est que la plupart des dossiers n&rsquo;arrivent jamais jusqu&rsquo;à lui.</aside>

<h2 id="un-chiffre-à-manier-avec-prudence">Un chiffre à manier avec prudence</h2>
<p>Un slogan circule : 94 % des plaintes pour viol classées sans suite. Il est fragile, et ce journal ne le reprend pas tel quel. Il vient d&rsquo;une seule année, 2020, le point haut d&rsquo;une courbe, sur des données non redressées [8]. Son calcul écarte du compte les affaires envoyées aux assises, ce qui gonfle le taux de façon mécanique [8, 9]. Le service statistique du ministère de la Justice a lui-même estimé qu&rsquo;il surestime les classements [9].</p>
<p>Le fait solide est plus mesuré, et il suffit. La réponse pénale au viol reste faible, et le taux de classement élevé [1, 5]. Inutile de forcer le trait pour le voir.</p>
<h2 id="le-nœud--la-preuve-et-des-moyens-comptés">Le nœud : la preuve, et des moyens comptés</h2>
<p>Pourquoi tant d&rsquo;affaires calent-elles ? Le blocage est rarement la réalité des faits. C&rsquo;est la preuve. L&rsquo;examen médical doit se faire dans les 72 heures, une fenêtre souvent manquée. Les unités médico-judiciaires sont rares, souvent une seule par cour d&rsquo;appel. Quatre victimes sur cinq ne portent aucune trace [5]. Et le consentement, une fois nié par la défense, devient très difficile à trancher.</p>
<p>Derrière, il y a une question de moyens. La France compte 11 juges pour 100 000 habitants, contre une médiane européenne autour de 17. Pour les procureurs, ceux-là mêmes qui décident de poursuivre ou de classer, elle en aligne 3, contre une médiane de 11 [7]. Le nombre d&rsquo;affaires, lui, grimpe. Plus de la moitié en plus de personnes mises en cause traitées par les parquets entre 2020 et 2024 [1].</p>
<p>Faut-il tout mettre sur le manque de moyens ? Les avis divergent, et ce journal ne tranche pas à leur place. Les deux plus hauts magistrats du pays estiment que la crise ne se réduit pas aux moyens [14]. Sur le cas d&rsquo;août 2025, l&rsquo;inspection a pointé une faute de suivi, pas seulement un budget [11]. Les deux lectures coexistent, selon qu&rsquo;on regarde un dossier ou tout un système.</p>
<h2 id="ce-que-le-dossier-ne-dit-pas">Ce que le dossier ne dit pas</h2>
<p>Un dernier point, souvent tu. Ces violences ne viennent pas d&rsquo;ailleurs. Dans les faits rapportés, l&rsquo;agresseur est un proche de l&rsquo;enfant dans près de huit cas sur dix [2]. Un membre de la famille, le plus souvent, et les violences dans la famille sont les plus graves : quatre sur cinq sont des viols, contre une sur trois hors du foyer [3]. Il n&rsquo;y a pas d&rsquo;étranger à désigner. Le sujet est une affaire de preuve et de moyens, pas la faute d&rsquo;un groupe de personnes.</p>
<h2 id="pour-qui-cela-change-quelque-chose">Pour qui cela change quelque chose</h2>
<p>Reste la vraie question. Pour qui tout cela change-t-il quelque chose ?</p>
<p>D&rsquo;abord pour l&rsquo;enfant. Quand la plainte n&rsquo;aboutit pas, il reste souvent en contact avec la personne qu&rsquo;il accuse [12]. Et sa parole peine à passer. Une fois sur deux, l&rsquo;enfant qui révèle des violences n&rsquo;est pas cru. Plus de six fois sur dix quand il est en situation de handicap [12].</p>
<p>Ensuite pour le parent qui le protège, le plus souvent la mère. Elle peut se retrouver poursuivie à son tour, pour non-présentation d&rsquo;enfant, quand elle refuse de le confier au parent mis en cause. La loi prévoit un an de prison et 15 000 euros d&rsquo;amende. En 2025, deux instances internationales ont alerté la France sur ces situations [10].</p>
<p>Et pour la personne mise en cause. Elle reste présumée innocente. « Non poursuivable » ne veut dire ni coupable ni menteur. Le plus souvent, cela veut dire qu&rsquo;on n&rsquo;a pas pu prouver [9]. Un classement ne ferme d&rsquo;ailleurs pas tout. La victime peut encore saisir elle-même un juge [9].</p>
<h2 id="ce-qui-a-bougé">Ce qui a bougé</h2>
<p>Depuis, la loi a changé. Le non-consentement est entré dans la définition du viol, en vigueur depuis novembre 2025 [13]. D&rsquo;autres textes sont annoncés, encore en discussion.</p>
<p>Mais l&rsquo;essentiel se joue avant le procès, là où les dossiers se perdent. Quand un viol arrive devant un juge, la peine est lourde [4]. Le point de rupture est avant, dans tout ce qui n&rsquo;y arrive jamais.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/Infostat_Justice_205.pdf">Infostat Justice n°205, Viol et agression sexuelle sur mineur</a>. Ministère de la Justice (novembre 2025)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2024-12/CIIVISE_Rapport_On_vous_croit_nov_2023.pdf">Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit</a>. CIIVISE (novembre 2023)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/content/download/137834/1089484/file/IR47.pdf">Info Rapide n°47, Les victimes de violences physiques ou sexuelles enregistrées en 2024</a>. SSMSI, ministère de l'Intérieur (février 2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2023-11/Infos_Rapides_Justice_n9_Violences%20sexuelles.pdf">Infos Rapides Justice n°9, Violences sexuelles : près d'une condamnation sur six relève du viol</a>. Ministère de la Justice (novembre 2023)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sites/hce/files/2025-10/HCE-2025-RAPPORT-VIOLENCE-V05.pdf">Mettre fin au déni et à l'impunité face aux viols et aux agressions sexuelles</a>. Haut Conseil à l'Égalité (octobre 2025)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/que-faire-en-cas-de-refus-de-plainte-899">Que faire en cas de refus de plainte ?</a>. Défenseur des droits (2025)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.justice.gouv.fr/actualites/espace-presse/publication-du-rapport-2024-commission-europeenne-levaluation-systemes-judiciaires">Publication du rapport 2024 de la Commission européenne pour l'évaluation des systèmes judiciaires (CEPEJ)</a>. Ministère de la Justice (octobre 2024)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.ipp.eu/publication/le-traitement-judiciaire-des-violences-sexuelles-et-conjugales-en-france/">Note IPP n°107, Le traitement judiciaire des violences sexuelles et conjugales en France</a>. Institut des politiques publiques (avril 2024)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.actu-juridique.fr/droit-penal/violences-sexuelles/violences-sexuelles-la-valse-des-chiffres-delirants/">Violences sexuelles : la valse des chiffres délirants (contre-expertise, note SSER)</a>. Actu-Juridique (2024)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.assemblee-nationale.fr/dyn/17/rapports/cion_lois/l17b2363_rapport-fond">Rapport n°2363, commission des lois (traitement judiciaire des violences sexuelles incestueuses, parents protecteurs)</a>. Assemblée nationale (janvier 2026)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.actu-juridique.fr/justice/affaire-lyhanna-le-pre-rapport-de-linspection-generale-pointe-des-carences-graves-et-des-defaillances/">Affaire Lyhanna : le pré-rapport de l'inspection générale pointe des carences graves et des défaillances</a>. Actu-Juridique (juin 2026)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2026-06/Analyse%20mise%20en%20oeuvre%20des%20recommandations%20CIIVISE%20Fev%2026%20v13.pdf">Analyse de la mise en œuvre des recommandations de la CIIVISE (bilan)</a>. CIIVISE (mai 2026)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000052535571">Code pénal, article 222-23 (loi n° 2025-1057 du 6 novembre 2025, non-consentement)</a>. Légifrance (novembre 2025)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.leclubdesjuristes.com/en-bref/affaire-lyhanna-les-deux-plus-hauts-magistrats-de-france-alertent-sur-une-mecanique-du-bouc-emissaire-dans-une-crise-systemique-16576/">Affaire Lyhanna : les deux plus hauts magistrats de France alertent sur une mécanique du bouc émissaire dans une crise systémique</a>. Le Club des Juristes (juin 2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Naufrage de Sangatte : jusqu'à quinze ans pour les chefs du réseau, une relaxe pour le rescapé accusé d'avoir tenu la barre</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/naufrage-manche-passeurs-proces-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/naufrage-manche-passeurs-proces-justice/</guid><pubDate>Sat, 08 Aug 2026 08:15:58 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Migrations</category><category>Manche</category><category>Justice</category><category>Réseaux criminels</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/naufrage-manche-passeurs-proces-justice/cover.webp" length="49854" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Paris, tribunal judiciaire, le 18 novembre 2025. Neuf hommes attendent le verdict du naufrage de Sangatte. Sept morts au large de Calais, dans la nuit du 11 au 12 août 2023. Huit prévenus sont condamnés, de 3 à 15 ans de prison ferme. Le neuvième, un rescapé soudanais accusé d&rsquo;avoir tenu la barre, est relaxé. Le tribunal le reconnaît victime. Il sortait de deux ans et trois mois de détention provisoire. La prison, dans l&rsquo;attente du procès.</div>

<h2 id="dans-le-même-box-les-chefs-et-un-rescapé">Dans le même box, les chefs et un rescapé</h2>
<p>Les peines les plus lourdes visent les organisateurs. Douze et quinze ans pour deux Kurdes irakiens de 45 ans [1]. Le tribunal les désigne « principaux responsables » du réseau [1]. Le canot portait 67 personnes quand le moteur est tombé en panne. Sept passagers, tous Afghans, se sont noyés avant l&rsquo;arrivée des secours [1].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Vous avez tous, pour ceux qui sont déclarés coupables d&rsquo;homicides involontaires, créé les conditions conduisant aux décès des personnes qui se sont noyées avant l&rsquo;arrivée des secours et exposé les autres à un risque imminent de mort. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">La présidente du tribunal, le 18 novembre 2025</figcaption>
</figure>

<p>Puis vient le neuvième prévenu. Ibrahim Aboubakar, 31 ans, Soudanais du Darfour, a survécu à ce naufrage [2]. Des rescapés l&rsquo;ont désigné comme l&rsquo;un des deux hommes qui pilotaient. Il le conteste [2]. Il avait payé sa place 400 euros, au lieu des 1 000 habituels [2]. Son avocat explique cette réduction. Pas de gilet de sauvetage, et le silence à garder sur le départ du bateau [2]. Il a été poursuivi pour homicide involontaire et « aide à l&rsquo;entrée irrégulière » [3]. Lui tentait pourtant de quitter la France. L&rsquo;entrée visée était celle au Royaume-Uni [3]. Le tribunal l&rsquo;a relaxé et libéré, après deux ans et trois mois de détention [1, 3].</p>
<h2 id="ceux-qui-encaissent-ne-montent-pas-à-bord">Ceux qui encaissent ne montent pas à bord</h2>
<p>Les réseaux existent. Ils sont décrits comme des mafias internationales : téléphones chiffrés, armes à feu, hiérarchie [4]. En 2024, la place à bord se vendait 1 000 à 3 000 euros, selon Europol, la police européenne [5]. Une seule traversée peut rapporter jusqu&rsquo;à 100 000 euros, selon Eurojust, l&rsquo;agence européenne de justice [6].</p>
<p>Le matériel suit une chaîne industrielle. Des canots fabriqués en Asie arrivent en Allemagne via la Turquie [6]. Ils sont revendus en lots valant plus de 10 000 euros aux réseaux du nord de la France [6]. En juillet 2026, la police britannique a saisi 25 canots et 25 moteurs dans le port de Felixstowe [7]. Le conteneur venait de Chine. Il partait vers Hambourg, puis les plages françaises [7]. Chaque canot pouvait embarquer environ 80 personnes [7].</p>
<p>Les coups de filet, eux, tombent surtout sur cette logistique. En février 2024, une opération européenne a démantelé un réseau irako-kurde [5]. Bilan : 19 arrestations, toutes en Allemagne, où vivaient les suspects [5]. Les figures de tête restent plus loin. La police britannique dit mener 70 enquêtes sur le haut de ce trafic [8]. Plusieurs visent des hommes installés au Kurdistan irakien [8]. À Lille, un procès a jugé 33 passeurs. Les pièces judiciaires y désignent « le boss » : un homme basé au Kurdistan irakien, qui nie, selon une enquête de presse [8]. Un autre, Barzan Majeed, dit « Scorpion », a été condamné à dix ans par la justice belge [9]. Il n&rsquo;était pas présent à son procès. Combien de personnes a-t-il fait passer ? Sa réponse : « Peut-être mille, peut-être 10 000. Je n&rsquo;ai pas compté. » [9]. Il a fini par être arrêté au Kurdistan irakien, localisé grâce à une enquête de la BBC [9].</p>
<p>Un constat revient chez la justice, la défense et la police : celui qui organise et encaisse ne monte pas sur le bateau [2, 3].</p>
<aside class="pullquote">Celui qui organise et encaisse ne monte pas sur le bateau.</aside>

<h2 id="480-arrestations-sans-le-détail-des-rôles">480 arrestations, sans le détail des rôles</h2>
<p>Côté français, les autorités annoncent environ 480 « passeurs » arrêtés en 2025 [10]. Ce chiffre gouvernemental ne détaille pas les rôles. Chef de réseau, livreur de canot, ou passager qui a tenu le moteur [10]. Aucune statistique nationale ne fait ce tri. Le constat existait déjà en 2021. Cette année-là, 30 réseaux avaient été démantelés, et 1 500 arrestations liées [4]. Mais la plupart des personnes arrêtées étaient des « petites mains », selon les enquêteurs [4].</p>
<p>La loi, elle, distingue les niveaux. Aider une entrée ou un séjour irréguliers : jusqu&rsquo;à 5 ans de prison [11]. Exposer en plus les passagers à un risque de mort, ou agir en bande organisée : 10 à 15 ans [11]. Diriger ou organiser un réseau : jusqu&rsquo;à 20 ans de réclusion criminelle [11]. Avec 1,5 million d&rsquo;euros d&rsquo;amende [11]. Le sommet de cette échelle vit le plus souvent hors de portée des tribunaux français [8, 9].</p>
<h2 id="condamné-trois-jours-après-le-naufrage">Condamné trois jours après le naufrage</h2>
<p>Le 4 août 2026, le moteur d&rsquo;un canot prend feu entre les eaux françaises et britanniques. 173 personnes sont secourues, 11 légèrement blessées [12]. Un Égyptien de 25 ans est interpellé le jour même. Le vendredi 7 août, le tribunal de Boulogne-sur-Mer le condamne à un an de prison [12]. Avec cinq ans d&rsquo;interdiction du territoire, et la saisie de son téléphone et de 600 euros [12]. Il est reconnu coupable d&rsquo;avoir « coordonné et piloté » le départ [12]. Le tribunal retient un « risque immédiat de mort » pour les passagers [12].</p>
<p>Il a été jugé en comparution immédiate, une procédure rapide, sans longue enquête. Son profil n&rsquo;a donc pas été éclairci [12]. Candidat à l&rsquo;exil qui payait sa place en tenant la barre ? Rouage du réseau ? Le dossier ne le dit pas [12]. Le GISTI, une association de défense des droits des étrangers, conteste ces procès [3]. Selon lui, la personne à la barre est le plus souvent un passager comme les autres [3]. Désigné après coup par d&rsquo;autres rescapés, sur des preuves minces [3]. C&rsquo;est une lecture militante, appuyée en partie sur des affaires italiennes et espagnoles, hors de la Manche [3]. Mais certaines accusations ne tiennent pas devant les juges. La relaxe d&rsquo;Ibrahim Aboubakar, après deux ans d&rsquo;accusation, l&rsquo;a montré [1].</p>
<h2 id="des-bateaux-quatre-fois-plus-chargés">Des bateaux quatre fois plus chargés</h2>
<p>Depuis 2018, environ 193 000 personnes ont rejoint le Royaume-Uni en petit bateau [13]. Dont 41 500 en 2025 [13]. Les arrivées baissent de plus de 40 % depuis janvier 2026, selon les autorités britanniques [12]. Sur la période 2018-2025, 162 personnes sont mortes dans la Manche [13]. Ce décompte ne retient que les décès confirmés. Il peut donc sous-estimer [13]. L&rsquo;année 2024 a été la plus meurtrière : 73 morts confirmés [13].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">62</span> <span class="stat__label">personnes en moyenne par bateau en 2025, contre 13 en 2020, selon les données officielles britanniques</span></aside>

<p>La surveillance des plages s&rsquo;est durcie. Londres finance les contrôles côté français [10]. L&rsquo;accord d&rsquo;avril 2026 annonce 666 millions d&rsquo;euros sur trois ans, dont une partie liée à des résultats [10]. Les départs ne se sont pas arrêtés. Ils se sont déplacés. Les canots embarquent désormais des passagers directement en mer, comme des taxis [13]. Et ils partent toujours plus chargés : 13 personnes par bateau en moyenne en 2020, 62 en 2025 [13]. Un bateau rempli au-delà de sa capacité rend l&rsquo;accident plus probable, relève ce même décompte [13].</p>
<p>Pour le GISTI, poursuivre les pilotes masque le lien entre ces politiques et les morts en mer [3]. La position est militante. Le fait mesuré est plus étroit. Les bateaux partent plus chargés, et la surcharge augmente le risque d&rsquo;accident [13].</p>
<h2 id="vingt-ans-sur-le-papier">Vingt ans sur le papier</h2>
<p>Le droit français réserve vingt ans de réclusion à celui qui dirige un réseau [11]. À Paris, les deux organisateurs du naufrage de Sangatte ont pris douze et quinze ans [1]. Barzan Majeed a été condamné à Bruges sans jamais s&rsquo;asseoir dans le box [9]. Et l&rsquo;homme que le tribunal a reconnu victime a attendu deux ans et trois mois en prison. Avant d&rsquo;entendre le mot relaxe [1, 3].</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/naufrage-meurtrier-au-large-de-sangatte-en-2023-des-peines-de-trois-a-15-ans-de-prison-pour-huit-passeurs-4722154">Naufrage meurtrier au large de Sangatte en 2023 : des peines de trois à 15 ans de prison pour huit passeurs</a>. France Bleu (Radio France) (18 novembre 2025)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.franceinfo.fr/monde/europe/migrants/on-l-accuse-d-etre-un-passeur-pourquoi-l-un-des-rescapes-du-naufrage-mortel-dans-la-manche-en-2023-migrant-lui-aussi-est-juge-a-partir-de-mardi_7593167.html">« On l'accuse d'être un passeur » : pourquoi l'un des rescapés du naufrage mortel dans la Manche en 2023, migrant lui aussi, est jugé</a>. franceinfo (4 novembre 2025)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.ritimo.org/De-pretendus-passeurs-de-parfaits-boucs-emissaires">De prétendus « passeurs », de parfaits boucs émissaires</a>. Plein droit n° 148 (GISTI), via ritimo (mars 2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/1842829/migrants-morts-passeurs-manche-france-royaume-uni">Le marché des passeurs de la Manche après le naufrage des 27 morts</a>. Radio-Canada (26 novembre 2021)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.lapresse.ca/international/europe/2024-02-22/traversees-de-la-manche/l-un-des-reseaux-de-passeurs-les-plus-importants-est-demantele.php">Traversées de la Manche : l'un des réseaux de passeurs les plus importants est démantelé</a>. La Presse, d'après un communiqué Europol (22 février 2024)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.eurojust.europa.eu/news/international-operation-hits-supply-chain-migrant-smugglers">International operation hits supply chain of migrant smugglers</a>. Eurojust (25 mars 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.nationalcrimeagency.gov.uk/news/25-boats-and-25-engines-destined-for-channel-people-smugglers-seized-in-major-operation-at-felixstowe">25 boats and 25 engines destined for Channel people smugglers seized in major operation at Felixstowe</a>. National Crime Agency (Royaume-Uni) (18 juillet 2026)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.thenationalnews.com/news/mena/2025/03/13/kurdistan-trafficking-uk-investigation/">Enquête sur un organisateur kurde des small boats basé au Kurdistan irakien</a>. The National (13 mars 2025)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.arabnews.com/node/2509671/media">Barzan Majeed, dit « Scorpion », organisateur arrêté au Kurdistan irakien</a>. Arab News, d'après la BBC et la NCA (13 mai 2025)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.touteleurope.eu/l-ue-dans-le-monde/traversees-illegales-dans-la-manche-la-france-et-le-royaume-uni-signent-un-accord-historique/">Traversées illégales dans la Manche : la France et le Royaume-Uni signent un accord « historique »</a>. Touteleurope.eu (23 avril 2026)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000006070158/LEGISCTA000042773784/">Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, articles L823-1 à L823-3-1</a>. Légifrance (consulté le 8 août 2026)</li><li id="ref-12"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/hauts-de-france/pas-calais/boulogne-mer/naufrage-de-173-migrants-le-pilote-de-l-embarcation-qui-avait-pris-feu-condamne-a-un-an-de-prison-3398443.html">Naufrage de 173 migrants : le pilote de l'embarcation qui avait pris feu condamné à un an de prison</a>. France 3 Hauts-de-France, d'après l'AFP (7 août 2026)</li><li id="ref-13"><a href="https://migrationobservatory.ox.ac.uk/resources/briefings/people-crossing-the-english-channel-in-small-boats/">People crossing the English Channel in small boats</a>. Migration Observatory, université d'Oxford (5 juin 2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Prisons françaises : 26 458 détenus en surnombre, 7 540 matelas au sol</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/</guid><pubDate>Tue, 04 Aug 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Prison</category><category>Surpopulation carcérale</category><category>Récidive</category><category>Conditions de détention</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/prisons-francaises-surpopulation-recidive/cover.webp" length="302890" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une cellule prévue pour une personne. Ils y sont trois. Le dernier arrivé dort sur un matelas posé au sol. Moins de 3 m² chacun, le seuil sous lequel la justice européenne parle de traitement dégradant. Au 1er avril 2026, 7 540 personnes dormaient ainsi, par terre, dans les prisons françaises.</div>

<h2 id="une-cellule-pour-un-trois-à-lintérieur">Une cellule pour un, trois à l&rsquo;intérieur</h2>
<p>Au 1er avril 2026, la France comptait 88 145 détenus pour 63 353 places [1]. Cela fait 26 458 personnes en surnombre. La densité globale atteint 139 % [1]. Mais cette moyenne trompe. La saturation n&rsquo;est pas répartie.</p>
<p>Elle se concentre dans les maisons d&rsquo;arrêt. Là, la densité grimpe à 171 % [1]. Ce sont les établissements qui reçoivent les courtes peines et les personnes en attente de procès. Plus de la moitié des détenus, 51 885 sur 88 145, vivent dans une prison occupée à plus de 150 % [1].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">171 %</span> <span class="stat__label">densité moyenne en maison d&#39;arrêt, au 1er avril 2026</span></aside>

<p>L&rsquo;image d&rsquo;une détention confortable ne tient pas devant les constats. La contrôleure des lieux de privation de liberté, autorité indépendante, décrit des cellules « triplées voire quadruplées », un espace vital presque toujours inférieur à 3 m², des moisissures, des fenêtres qui ferment mal [2]. Elle rapporte du racket, des détenus « esclavagisés en cellule », des zones qu&rsquo;elle surnomme « zone de peur » [2]. Cinq détenus ont été tués par un codétenu entre fin 2024 et fin 2025 [2]. On compte environ 250 décès par an derrière les murs, dont plus de la moitié de suicides [2].</p>
<p>Un détenu sur quatre n&rsquo;a pas encore été jugé définitivement. Ils sont 22 982 prévenus au 1er avril 2026, soit 26,1 % [1]. La loi les tient pour innocents.</p>
<p>En 2020, la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme a condamné la France [3]. Elle a jugé la surpopulation « structurelle », contraire à l&rsquo;article 3 qui interdit les traitements inhumains et dégradants. Elle a enjoint à l&rsquo;État de la résorber. Cinq ans plus tard, le nombre de détenus a encore monté.</p>
<h2 id="autant-de-détenus-quailleurs-moins-de-places">Autant de détenus qu&rsquo;ailleurs, moins de places</h2>
<p>Un récit courant veut que la France n&rsquo;enferme pas assez. Les comparaisons européennes permettent de le mettre à l&rsquo;épreuve. Au 31 janvier 2024, le pays détenait 111,5 personnes pour 100 000 habitants, contre une médiane de 104,8 en Europe [4]. Ce décompte porte sur les 51 administrations du Conseil de l&rsquo;Europe, un ensemble plus large que l&rsquo;Union européenne. La France est au-dessus.</p>
<p>Elle enferme plus que l&rsquo;Allemagne (71,2), les Pays-Bas (54,0) ou l&rsquo;Italie (102,8) [4]. Elle enferme moins que l&rsquo;Espagne (117,2) ou la Pologne (201,6) [4]. La différence avec ses voisins ne se joue donc pas sur le nombre d&rsquo;incarcérations.</p>
<p>Le décrochage est ailleurs. Il est dans les places. La densité carcérale française est de 123,6 détenus pour 100 places, contre une médiane de 93,6 [4]. Cela range la France parmi les systèmes les plus surpeuplés d&rsquo;Europe. L&rsquo;Allemagne, l&rsquo;Espagne ou la Norvège, elles, ont assez de places pour leurs détenus [4]. La France garde aussi ses détenus plus longtemps : 11,4 mois en moyenne, contre 8,7 de médiane européenne [4].</p>
<aside class="pullquote">La France n&rsquo;enferme pas plus de gens que ses voisins. Elle a moins de places pour les tenir.</aside>

<p>Le manque de places n&rsquo;est pas une fatalité, c&rsquo;est le résultat de décisions. L&rsquo;encellulement individuel, une cellule par personne, est un principe inscrit dans la loi française depuis 1875. Il est appliqué à 33,2 % [1]. Il vit sous un moratoire, le sixième, repoussé jusqu&rsquo;à fin 2027 [5].</p>
<p>Le plan censé combler le retard avance mal. Sur 15 000 places promises, 5 411 étaient livrées à la mi-septembre 2025, soit 35 % de l&rsquo;objectif [5]. Son coût est passé de 3,9 à 5,7 milliards d&rsquo;euros en six ans, une hausse de 46 %, et la Cour des comptes juge que sa soutenabilité financière « n&rsquo;est pas établie » [5]. Pendant ce temps, la population a crû plus vite que le parc [5].</p>
<h2 id="ceux-qui-tiennent-les-clés">Ceux qui tiennent les clés</h2>
<p>Le 14 mai 2024, sur une aire de l&rsquo;Eure, un fourgon pénitentiaire est attaqué à l&rsquo;arme lourde. Deux surveillants sont tués, trois autres blessés [6]. L&rsquo;attaque d&rsquo;Incarville a rappelé au pays un métier qu&rsquo;il regarde peu.</p>
<p>C&rsquo;est un métier en sous-effectif. La France comptait environ 30 600 surveillants en octobre 2024, et l&rsquo;administration estime à près de 6 000 le nombre de postes manquants [6, 7]. Le taux d&rsquo;encadrement le montre : 2,1 détenus par membre du personnel en France, contre 1,5 de médiane européenne [4]. Moins de personnel pour plus de détenus.</p>
<p>C&rsquo;est aussi un métier de plus en plus exposé. En 2024, l&rsquo;administration a recensé 32 194 violences physiques ou verbales contre ses agents, dont 5 387 agressions physiques [7]. Le total a bondi de 57 % en quatre ans [7]. Une part de la hausse des violences verbales peut tenir à de meilleurs signalements, mais les agressions physiques, elles, sont un chiffre dur.</p>
<p>La surpopulation pèse sur ce travail. Le rapporteur du budget au Sénat le dit à sa manière. La pression pousse à gérer « de manière sécuritaire ». L&rsquo;accompagnement en pâtit, lui qui fait « le sens de la peine et celui du métier » [6].</p>
<h2 id="ce-que-la-détention-laisse-sur-les-corps">Ce que la détention laisse sur les corps</h2>
<p>La prison concentre des personnes déjà malades avant d&rsquo;entrer, et les expose davantage. Le VIH y touchait 1,7 à 2,1 % des détenus, contre environ 0,5 % dans la population générale [8]. La présence active de l&rsquo;hépatite C, elle, dépassait 30 % [8]. Ces mesures datent de 2013, aucun suivi national n&rsquo;a pris le relais depuis. Elles reflètent aussi la précarité et les addictions des personnes avant l&rsquo;écrou, pas la seule prison.</p>
<p>La mort en détention a un visage particulier. Sept décès sur dix y sont des morts violentes, surtout des suicides et des overdoses [9]. Fait notable et souvent tu : la mortalité par maladie est plus faible chez les hommes en détention provisoire que dans la population générale [9]. Une raison simple : cette population est jeune. Ce qui tue, en prison, ce sont les violences et le désespoir, pas les maladies.</p>
<p>Le désespoir se compte. En 2023, 157 personnes écrouées se sont suicidées, une hausse de 12,9 % en un an [10]. Le taux atteint 17,5 pour 10 000 personnes écrouées [10].</p>
<p>Le moment le plus dangereux n&rsquo;est pourtant pas la cellule. C&rsquo;est la sortie. Dans les cinq années qui suivent la libération, le risque de mourir serait multiplié par environ 3,6 par rapport à la population générale, l&rsquo;overdose en tête [11]. Ce chiffre est un ordre de grandeur, tiré d&rsquo;un travail de vulgarisation adossé à une étude française récente [11]. Il dit une chose simple : on ne prépare pas assez la sortie.</p>
<p>Le lien avec les proches se délite. En 2020, 38 % des détenus de nationalité française ne recevaient aucune visite [12]. Le chiffre vient d&rsquo;une association de défense des détenus, qui relaie une enquête caritative. Le travail, lui, reste rare : environ 30 % des détenus travaillent, pour une paie de l&rsquo;ordre de 280 euros par mois [13]. Le ministère affiche un objectif de 50 % et présente le travail comme un rempart contre la récidive, sans étude française chiffrée pour l&rsquo;étayer [18].</p>
<h2 id="ce-que-ça-change-une-fois-dehors">Ce que ça change une fois dehors</h2>
<p>Voici la question qui compte pour la sécurité de tous : à sa sortie, la personne revient-elle devant un juge ? Souvent, oui. Sur la dernière grande cohorte française étudiée, celle des libérés de 2002, 59 % ont été recondamnés dans les cinq ans [14]. Le chiffre est ancien, mais robuste.</p>
<p>Un taux global ne veut pourtant rien dire seul. Tout dépend de l&rsquo;infraction de départ. On recondamne 19 % des auteurs d&rsquo;un viol sur mineur et 32 % des auteurs d&rsquo;un homicide, mais 74 % après un vol simple et 76 % après des coups et blessures [14]. Brandir « le » taux de récidive sans préciser de quoi l&rsquo;on parle ne mène nulle part.</p>
<p>Ce qui prédit le mieux une nouvelle condamnation, ce n&rsquo;est pas la durée de la peine. Ce sont les antécédents. Deux condamnations passées ou plus multiplient par 3,7 le risque d&rsquo;une nouvelle [14]. Une fois les autres facteurs pris en compte, la durée de la peine n&rsquo;explique plus clairement la récidive [14]. La prison reçoit d&rsquo;ailleurs déjà, pour l&rsquo;essentiel, des personnes au lourd passé : dans la cohorte 2016, 86 % avaient déjà une condamnation au casier [15].</p>
<p>Reste la question de fond. Enfermer protège-t-il mieux qu&rsquo;une peine exécutée dehors ? La plus large synthèse disponible agrège 116 études [16]. Sa conclusion : la sanction carcérale ne réduit pas la récidive, comparée à une sanction hors les murs. Elle mesure même un léger effet inverse, faible mais réel [16]. Ces données sont surtout anglo-saxonnes, leur transposition à la France est indicative.</p>
<p>Une étude française, elle, a tranché le cas des courtes peines avec un protocole solide. Convertir une courte peine de prison en bracelet électronique fait baisser de 6 à 7 points la probabilité d&rsquo;être recondamné à cinq ans [17]. Et quand récidive il y a, elle porte sur des faits moins graves [17].</p>
<blockquote>
<p>Les alternatives à la prison sont « moins onéreuses que la prison et au moins aussi efficaces en matière de lutte contre la récidive », écrit la Cour des comptes [5].</p>
</blockquote>
<p>La Cour des comptes est une juridiction financière indépendante. Et la surpopulation, ajoute-t-elle, aggrave les choses : faute de place et de temps, elle pousse à assurer la sécurité du jour au détriment de la préparation à la sortie [15].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">3 900 €</span> <span class="stat__label">le coût mensuel d&#39;un détenu, selon la contrôleure des prisons</span></aside>

<p>Un détenu coûte 3 900 euros par mois [2]. Pour ce prix, la France entretient l&rsquo;un des systèmes les plus surpeuplés d&rsquo;Europe. Il a été condamné par la Cour européenne des droits de l&rsquo;homme. Un principe voté en 1875 y attend toujours son application. Et au bout du compte, sur la récidive, la prison ferme ne fait pas mieux que des peines qui coûtent moins cher. Les chiffres sont sur la table.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-04/mesure_mensuelle_01042026.pdf">Mesure mensuelle de l'incarcération au 1er avril 2026</a>. Direction de l'administration pénitentiaire, ministère de la Justice (2026-04)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.cglpl.fr/app/uploads/2026/05/cglpl_rapport-annuel-2025_dossier-de-presse.pdf">Rapport annuel d'activité 2025 (dossier de presse)</a>. Contrôleure générale des lieux de privation de liberté (CGLPL) (2026-05)</li><li id="ref-3"><a href="https://hudoc.echr.coe.int/fre?i=001-200446">Arrêt J.M.B. et autres c. France, 30 janvier 2020 (surpopulation, article 3)</a>. Cour européenne des droits de l'homme (2020-01-30)</li><li id="ref-4"><a href="https://wp.unil.ch/space/files/2025/09/250924_rapport-space-i-2024.pdf">SPACE I 2024, statistiques pénales annuelles du Conseil de l'Europe</a>. Conseil de l'Europe / Université de Lausanne (2025-09)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2025-12/20251217-Plan-15000-places-de-prison.pdf">Audit flash « Le plan 15 000 places de prison »</a>. Cour des comptes (2025-12)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.senat.fr/rap/a24-150-6/a24-150-6_mono.html">Avis administration pénitentiaire (PLF 2025), effectifs et attaque d'Incarville</a>. Sénat, commission des lois (rapporteur Louis Vogel) (2024-11)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.senat.fr/rap/a25-145-6/a25-145-6_mono.html">Avis administration pénitentiaire (PLF 2026), effectifs et agressions</a>. Sénat, commission des lois (rapporteur Louis Vogel) (2025-11)</li><li id="ref-8"><a href="https://beh.santepubliquefrance.fr/beh/2013/35-36/2013_35-36_1.html">La santé des personnes détenues en France et à l'étranger (Godin-Blandeau et al.)</a>. Bulletin épidémiologique hebdomadaire, InVS / Santé publique France (2013)</li><li id="ref-9"><a href="https://shs.cairn.info/revue-population-2018-4-page-757?lang=fr">Circonstances et causes des décès des personnes écrouées en France : le poids écrasant des morts violentes</a>. Duthé, Hazard, Kensey, revue Population (INED) (2018)</li><li id="ref-10"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/Fiche%208%20-%20Chez%20les%20détenus,%20un%20taux%20de%20suicide%20en%20hausse,%20mais%20de%20nouveaux%20dispositifs%20de%20prévention.pdf">Chez les détenus, un taux de suicide en hausse (Observatoire national du suicide, 6e rapport)</a>. DREES, ministère de la Santé (2025-02)</li><li id="ref-11"><a href="https://theconversation.com/sante-mentale-a-la-sortie-de-prison-la-grande-oubliee-200623">Santé mentale à la sortie de prison : la grande oubliée (étude SPCS)</a>. The Conversation (Fovet et al.) (2023)</li><li id="ref-12"><a href="https://oip.org/analyse/etrangers-detenus-le-cout-du-maintien-des-liens-avec-les-proches/">Étrangers détenus : le coût du maintien des liens avec les proches</a>. Observatoire international des prisons (OIP) (2021)</li><li id="ref-13"><a href="https://observatoire-disparites-justice-penale.fr/les-conditions-de-detention/le-travail-en-detention/">Le travail en détention (chiffres DAP)</a>. Observatoire des disparités dans la justice pénale (2023)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/migrations/portail/art_pix/cahierd'etude36.pdf">Les risques de récidive des sortants de prison. Une nouvelle évaluation</a>. Kensey et Benaouda, ministère de la Justice (2011)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/2023-10/20231005-surpopulation-carcerale-persistante.pdf">Une surpopulation carcérale persistante, une politique d'exécution des peines en question</a>. Cour des comptes (2023-10)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.journals.uchicago.edu/doi/10.1086/715100">Custodial Sanctions and Reoffending: A Meta-Analytic Review</a>. Petrich, Pratt, Jonson, Cullen, revue Crime and Justice (University of Chicago Press) (2021)</li><li id="ref-17"><a href="https://ideas.repec.org/a/ucp/jlawec/doi10.1086-690005.html">Better at Home than in Prison? The Effects of Electronic Monitoring on Recidivism in France</a>. Henneguelle, Monnery, Kensey, The Journal of Law and Economics (University of Chicago Press) (2016)</li><li id="ref-18"><a href="https://atigip.justice.gouv.fr/travail-et-formation/presentation-generale/">Le travail et la formation en détention</a>. Ministère de la Justice / ATIGIP (2024)</li></ol>]]></description></item><item><title>Héberger un sans-papiers n'est pas un délit. L'aider à passer la frontière, si.</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/aider-etranger-loi-delit-solidarite/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/aider-etranger-loi-delit-solidarite/</guid><pubDate>Mon, 27 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Immigration</category><category>Délit de solidarité</category><category>Droit des étrangers</category><category>Fraternité</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/aider-etranger-loi-delit-solidarite/cover.webp" length="184758" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 28 juillet 2017, à Menton, une bénévole fait franchir à deux adolescents étrangers les derniers mètres jusqu&rsquo;au poste français. Elle les remet elle-même à la police aux frontières. Six jours plus tard, elle est convoquée au tribunal. Le motif, avoir « facilité l&rsquo;entrée » d&rsquo;étrangers en situation irrégulière. À l&rsquo;audience, le procureur demandera lui-même sa relaxe.</div>

<h2 id="un-délit-précis-pas--la-solidarité-">Un délit précis, pas « la solidarité »</h2>
<p>Le mot « solidarité » n&rsquo;apparaît nulle part dans la loi. Ce que le code punit est un acte défini. Faciliter, ou tenter de faciliter, l&rsquo;entrée, la circulation ou le séjour irréguliers d&rsquo;un étranger [1]. La peine de base, cinq ans de prison et 30 000 euros d&rsquo;amende [1]. L&rsquo;aide directe compte comme l&rsquo;aide indirecte. La tentative aussi.</p>
<p>Ce délit est ancien. Il naît d&rsquo;un décret-loi du 2 mai 1938, à la veille de la guerre [9]. Sa cible d&rsquo;alors, les « officines louches » qui faisaient « un trafic honteux de fausses pièces, de faux passeports » [9]. Autrement dit les passeurs, pas les bénévoles.</p>
<p>C&rsquo;est toujours le passeur que la loi frappe le plus fort. Une seule circonstance aggravante fait monter la peine à dix ans de prison et 750 000 euros [3]. Le passage organisé en réseau, l&rsquo;exposition des personnes à un risque de mort, des conditions de vie indignes. Quand deux de ces circonstances sont réunies, dont la bande organisée, le délit devient un crime. La peine atteint alors quinze ans de réclusion et un million d&rsquo;euros [3]. Aider contre paiement, en bande, en mettant des vies en jeu, voilà le cœur de cible.</p>
<h2 id="ce-que-la-loi-protège">Ce que la loi protège</h2>
<p>En face, un texte protège l&rsquo;aide désintéressée. L&rsquo;article L823-9 met hors de portée des poursuites l&rsquo;aide apportée par la famille, et par « toute personne », à deux conditions [2]. Aucune contrepartie, directe ou indirecte. Et un geste qui relève du conseil, de l&rsquo;accompagnement, ou « de toute autre aide apportée dans un but exclusivement humanitaire » [2].</p>
<p>Cette clause absorbe l&rsquo;essentiel du quotidien. Héberger, nourrir, soigner, aider dans les démarches. Fait gratuitement, pour rien d&rsquo;autre que porter secours, cela ne tombe pas sous le coup de la loi.</p>
<aside class="pullquote">La loi ne juge pas le cœur de celui qui aide. Elle regarde s&rsquo;il a été payé, et de quel côté de la frontière il a agi.</aside>

<p>Un seul critère sépare le bénévole du passeur, la contrepartie. Dès qu&rsquo;il y a un paiement, même indirect, l&rsquo;immunité tombe. La loi ne dit pas ce qu&rsquo;est une « contrepartie indirecte ». Ce flou est laissé au juge, et il a parfois servi à poursuivre des militants [2].</p>
<h2 id="une-frontière-au-milieu-de-la-loi">Une frontière au milieu de la loi</h2>
<p>Reste la limite décisive. L&rsquo;immunité couvre le séjour et la circulation. Jamais l&rsquo;entrée. Aider quelqu&rsquo;un à franchir la frontière demeure punissable, même gratuitement, même par pure humanité [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5 ans</span> <span class="stat__label">la peine encourue pour avoir aidé un étranger à franchir la frontière, même sans contrepartie</span></aside>

<p>C&rsquo;est cette ligne qui explique presque toutes les décisions de justice. Les tribunaux relaxent l&rsquo;aide désintéressée apportée sur le territoire. Ils condamnent l&rsquo;aide au passage.</p>
<h2 id="un-principe-entré-dans-la-constitution">Un principe entré dans la Constitution</h2>
<p>Cette ligne n&rsquo;est pas un simple choix politique. Elle a été tranchée au plus haut niveau. Le 6 juillet 2018, saisi par deux hommes poursuivis pour avoir aidé des exilés, le Conseil constitutionnel a jugé que la fraternité est un principe à valeur constitutionnelle [4].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Il découle du principe de fraternité la liberté d&rsquo;aider autrui, dans un but humanitaire, sans considération de la régularité de son séjour sur le territoire national. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Conseil constitutionnel, décision du 6 juillet 2018</figcaption>
</figure>

<p>La décision pose aussitôt une limite. Aucun étranger ne tient de la Constitution un droit général d&rsquo;entrer et de rester [4]. La lutte contre l&rsquo;immigration irrégulière reste un objectif de valeur constitutionnelle [4]. Au législateur de concilier les deux.</p>
<p>Le Conseil motive alors la frontière. Aider une personne déjà présente à circuler ne crée pas de situation illégale nouvelle. L&rsquo;aider à entrer, si [4]. De là vient la protection de l&rsquo;une et le maintien de la répression de l&rsquo;autre. Une loi du 10 septembre 2018 a réécrit le texte pour s&rsquo;y conformer [5].</p>
<h2 id="ce-que-la-justice-a-vraiment-jugé">Ce que la justice a vraiment jugé</h2>
<p>Les affaires suivent cette ligne. Cédric Herrou, oléiculteur de la vallée de la Roya, a été condamné deux fois en 2017 [6]. Puis sa condamnation a été annulée, et il a été relaxé définitivement le 31 mars 2021 [6]. Pierre-Alain Mannoni, enseignant-chercheur, a suivi le même chemin, condamné en appel puis relaxé après cassation [8]. Martine Landry, la bénévole de Menton, a été relaxée le 13 juillet 2018, puis définitivement en 2020 [7].</p>
<p>Mais la frontière tient. Sept militants jugés à Gap ont été condamnés en décembre 2018 [8]. Leur acte, avoir aidé des personnes à franchir la frontière lors d&rsquo;une marche [8]. L&rsquo;aide à l&rsquo;entrée, hors immunité.</p>
<p>Sur l&rsquo;ampleur du phénomène, la prudence s&rsquo;impose. Il n&rsquo;existe aucune statistique publique du « délit de solidarité ». C&rsquo;est logique, ce n&rsquo;est pas une catégorie juridique. L&rsquo;expression a été forgée par une association, le GISTI, au milieu des années 1990 [9]. Le seul décompte disponible vient d&rsquo;elle, « une quarantaine de condamnations » [9]. Un chiffre d&rsquo;association, sans période ni méthode, à ne pas confondre avec une donnée officielle.</p>
<p>Des associations, comme la Cimade, soutiennent qu&rsquo;une « criminalisation » de l&rsquo;aide se poursuit malgré tout [10]. Par des poursuites sur d&rsquo;autres fondements, diffamation ou dégradations, et par des gardes à vue qui n&rsquo;aboutissent pas [10]. C&rsquo;est leur analyse, appuyée sur des cas réels, mais qu&rsquo;aucune donnée publique ne mesure.</p>
<h2 id="deux-textes-une-ligne">Deux textes, une ligne</h2>
<p>La fraternité est entrée dans la Constitution le 6 juillet 2018. Elle protège celui qui héberge, nourrit ou conseille sans rien attendre en retour. Elle s&rsquo;arrête où commence la frontière.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042774521">Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, article L823-1</a>. Légifrance (en vigueur au 27/07/2026)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000049051048">Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, article L823-9 (immunités)</a>. Légifrance (en vigueur au 27/07/2026)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000042774517">Code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, article L823-3 (circonstances aggravantes)</a>. Légifrance (en vigueur au 27/07/2026)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.conseil-constitutionnel.fr/decision/2018/2018717_718QPC.htm">Décision n° 2018-717/718 QPC du 6 juillet 2018 (principe de fraternité)</a>. Conseil constitutionnel (2018-07-06)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037398912">Loi n° 2018-778 du 10 septembre 2018 (art. 38, réécriture de l'immunité humanitaire)</a>. Légifrance (2018-09-10)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.ldh-france.org/cedric-herrou-enfin-la-relaxe-definitive/">Cédric Herrou, enfin la relaxe définitive</a>. Ligue des droits de l'Homme (2021)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.amnesty.fr/refugies-et-migrants/actualites/martine-landry-une-militante-experimentee-damnesty">Martine Landry, une militante expérimentée d'Amnesty</a>. Amnesty International France (2018)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.delinquantssolidaires.org/item/pierre-alain-mannoni-cour-appel-lyon-18-mars">Pierre-Alain Mannoni, les 7 de Briançon et autres cas</a>. Délinquants solidaires (2018)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.gisti.org/spip.php?article1796">Délit de solidarité : les origines</a>. GISTI (2009)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.lacimade.org/publication/delit-de-solidarite-guide/">Délit de solidarité : le guide</a>. La Cimade (consulté le 27/07/2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Crépol : le mobile raciste ajouté au dossier, mais rien n'est encore jugé</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/</guid><pubDate>Sat, 25 Jul 2026 07:54:37 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Crépol</category><category>Justice</category><category>Racisme</category><category>Droit pénal</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/crepol-racisme-anti-blancs-justice/cover.webp" length="397250" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, une rixe éclate à la sortie du bal de l&rsquo;hiver de Crépol, dans la Drôme. Des couteaux sortent. Quatre personnes sont grièvement blessées. Thomas Perotto, seize ans, meurt pendant son transport à l&rsquo;hôpital. Vingt mois plus tard, l&rsquo;essentiel manque toujours : qui a porté le coup mortel.</div>

<h2 id="ce-que-les-juges-ont-fait-le-20-juillet">Ce que les juges ont fait le 20 juillet</h2>
<p>Le 20 juillet 2026, les juges d&rsquo;instruction de Valence ont ajouté au dossier une circonstance aggravante de racisme [2]. Ils l&rsquo;ont fait contre l&rsquo;avis du parquet [2].</p>
<p>Une circonstance aggravante ne crée pas un crime. Elle alourdit la peine d&rsquo;un crime déjà reproché. Le crime reproché, lui, ne change pas. C&rsquo;est un homicide et des tentatives d&rsquo;homicide. Quatorze hommes sont mis en examen pour ces faits [1]. Ils sont présumés innocents. Aucun n&rsquo;a reconnu le coup mortel [1, 2].</p>
<p>Cet ajout n&rsquo;est pas un jugement. C&rsquo;est un acte d&rsquo;instruction. Il peut encore tomber. L&rsquo;ordonnance qui décidera du renvoi devant la cour d&rsquo;assises n&rsquo;est pas écrite [1]. Les jurés, ensuite, pourront retenir cette circonstance ou l&rsquo;écarter. Le procès n&rsquo;aura pas lieu avant fin 2027 [1]. Sur le fond, rien n&rsquo;est jugé.</p>
<h2 id="un-désaccord-à-lintérieur-de-la-justice">Un désaccord à l&rsquo;intérieur de la justice</h2>
<p>Ces témoignages ne sont pas nouveaux. Ils sont au dossier depuis le premier jour. Dès novembre 2023, le parquet lui-même les avait recensés : « neuf témoins ou victimes sur les 104 auditionnés » rapportaient des propos hostiles aux Blancs [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">9 sur 104</span> <span class="stat__label">témoins ou victimes entendus rapportent des propos hostiles aux Blancs (parquet de Valence, novembre 2023)</span></aside>

<p>Le même parquet en tirait alors la conclusion inverse de celle des juges. Son chef l&rsquo;a dite publiquement, le 26 novembre 2023 [3].</p>
<blockquote>
<p>« À ce stade de l&rsquo;enquête, rien ne caractérise un mobile raciste, une attaque anti-blanc. »</p>
</blockquote>
<p>Les éléments, ajoutait-il, n&rsquo;étaient « ni suffisants, ni déterminants juridiquement » [3]. Cette lecture, le parquet l&rsquo;a tenue jusqu&rsquo;à ses réquisitions de juin 2026 [1, 2].</p>
<aside class="pullquote">Les mêmes témoignages sont au dossier depuis novembre 2023. Deux magistratures les lisent en sens contraire.</aside>

<p>Un propos revient dans le récit, « on est là pour planter des Blancs ». C&rsquo;est un témoignage versé au dossier, rapporté par une source proche de l&rsquo;enquête [2]. Aucun aveu, aucune preuve matérielle ne l&rsquo;ont confirmé à ce jour. Il pèse le poids d&rsquo;une déclaration, pas d&rsquo;un fait établi.</p>
<p>Voilà l&rsquo;état du dossier. Le parquet, qui porte l&rsquo;accusation, a jugé le mobile raciste non caractérisé pendant deux ans et demi. Les juges d&rsquo;instruction, indépendants, l&rsquo;ont retenu en juillet 2026, après les observations de parties civiles [2]. Ni l&rsquo;un ni l&rsquo;autre n&rsquo;a le dernier mot. Le parquet est partie au procès. Les juges tranchent l&rsquo;instruction, pas la culpabilité. Le seul point acquis aujourd&rsquo;hui, c&rsquo;est que rien n&rsquo;est encore tranché sur le fond.</p>
<h2 id="un-récit-installé-bien-avant">Un récit installé bien avant</h2>
<p>Le mot est venu avant l&rsquo;acte. Dès le 21 novembre 2023, plusieurs responsables politiques parlaient de « razzia », de « guerre de civilisation », de « francocide » [8]. Un autre parlait d&rsquo;« une tuerie commise par des racailles » [8]. L&rsquo;identité des agresseurs, elle, était encore inconnue [8]. Au même moment, le parquet disait que rien ne caractérisait un mobile raciste [3]. Le récit courait déjà, deux ans et demi devant la justice.</p>
<p>En juillet 2026, plusieurs responsables politiques ont salué l&rsquo;ajout de la circonstance. Ils ont parlé d&rsquo;« une vérité » reconnue, d&rsquo;une « avancée judiciaire », de la « parole des victimes entendue » [2]. L&rsquo;acte qu&rsquo;ils décrivent est une circonstance ajoutée à l&rsquo;instruction, contre l&rsquo;avis du parquet, tirée de témoignages, et réversible [2]. Il ne désigne pas l&rsquo;auteur du coup mortel. Il n&rsquo;établit pas un crime raciste. Il ouvre une question pour le procès.</p>
<h2 id="une-victime-blanche-protégée-par-la-même-loi">Une victime blanche, protégée par la même loi</h2>
<p>Reste une question plus large que Crépol : que protège le droit quand une personne est visée parce qu&rsquo;elle est blanche ?</p>
<p>La réponse est nette. La loi la protège comme n&rsquo;importe quelle autre victime. Les textes ne nomment aucune couleur. Ils répriment les actes commis « à raison de l&rsquo;appartenance ou de la non-appartenance » d&rsquo;une personne à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion [4]. Le mot « non-appartenance » vise aussi celui qu&rsquo;on attaque parce qu&rsquo;il n&rsquo;est pas de tel groupe. Une victime blanche entre dans le texte, à l&rsquo;identique.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas qu&rsquo;une théorie. En 2010, un homme est agressé sur un quai du RER à la gare du Nord, insulté « sale Blanc », « sale Français ». En 2014, la justice a retenu la circonstance de racisme : trois ans de prison [5]. La même année, un homme a été condamné à trois mois ferme pour injure raciale après un « sale Français, sale Blanc » lancé dans un train [6]. Être insulté pour sa couleur est puni. Point.</p>
<p>L&rsquo;application reste rare et prudente. Souvent, les juges retiennent le seul outrage et écartent le motif racial [6]. Et une limite existe. Dénoncer un racisme prêté à la société française tout entière n&rsquo;est pas puni : la Cour de cassation l&rsquo;a jugé en 2018, au nom de la liberté d&rsquo;expression [7]. Viser une personne, oui. Mettre en cause « la société » dans son ensemble, non. La loi sépare les deux.</p>
<h2 id="aucun-délit-ne-porte-ce-nom">Aucun délit ne porte ce nom</h2>
<p>Un point sépare pourtant le droit du récit. Aucune infraction ne s&rsquo;appelle « racisme anti-Blancs ». Aucune ne s&rsquo;appelle « anti-Noirs » ni « anti-Arabes » non plus. La loi ne classe pas les victimes par groupe. Elle punit l&rsquo;acte raciste, quelle que soit la cible [4]. Et rien, dans le droit en vigueur, ne crée une telle catégorie [4].</p>
<p>Reste le mot lui-même. Il recouvre deux choses différentes.</p>
<p>La première est un fait : une insulte, un coup, une agression qui vise une personne parce qu&rsquo;elle est blanche. Cela existe, et la loi le punit, on vient de le voir.</p>
<p>La seconde est une notion de sciences sociales : le racisme comme système, un pouvoir qui commande l&rsquo;accès au logement, à l&rsquo;emploi, à la sécurité. Sur ce terrain, une partie des chercheurs le conteste. Pour eux, ce système ne s&rsquo;applique pas à un groupe majoritaire, donc pas de « racisme anti-Blancs » à ce sens-là [6, 9]. C&rsquo;est une position de recherche, discutée, pas une vérité tranchée.</p>
<p>Ce sont deux questions distinctes, souvent mêlées dans le débat public. Les deux peuvent être vraies en même temps, parce qu&rsquo;elles ne parlent pas du même objet. Un spécialiste du sujet parle d&rsquo;un « débat piégé » [6].</p>
<p>Le terme, enfin, a une histoire. Il a d&rsquo;abord été porté par l&rsquo;extrême droite. Depuis les années 1980, le Front national et une association militante en ont fait un cheval de bataille [9]. Cette association a multiplié les procès, avec peu de succès [10]. En 2012, le mot est passé dans une partie de la droite de gouvernement, par un manifeste [9]. L&rsquo;idée d&rsquo;une « oppression systémique des Blancs » prolonge cette histoire. Le droit ne la connaît pas, faute de catégorie par groupe. Une partie des sciences sociales la conteste. Elle reste une thèse discutée, distincte de l&rsquo;insulte que la loi, elle, punit bel et bien.</p>
<h2 id="ce-qui-reste-dû">Ce qui reste dû</h2>
<p>Reste Thomas Perotto. Seize ans, mort il y a vingt mois. L&rsquo;homme qui a porté le coup n&rsquo;est toujours pas identifié. Quatorze personnes restent mises en examen. Un procès dira qui a fait quoi. Il ne s&rsquo;ouvrira pas avant fin 2027 [1]. C&rsquo;est là que les responsabilités seront établies, une par une.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/drome/meurtre-de-thomas-a-crepol-le-parquet-de-valence-a-rendu-ses-requisitions-definitives-dans-l-enquete-sur-la-mort-de-thomas-3367066.html">Meurtre de Thomas à Crépol : le parquet de Valence a rendu ses réquisitions définitives</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes (2026-06-11)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.franceinfo.fr/faits-divers/meurtre-de-thomas-a-crepol/meurtre-de-thomas-a-crepol-la-circonstance-aggravante-de-racisme-retenue-par-les-juges-d-instruction_8119274.html">Meurtre de Thomas à Crépol : la circonstance aggravante de racisme retenue par les juges d'instruction</a>. Agence France-Presse, via franceinfo (2026-07-23)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.francebleu.fr/infos/faits-divers-justice/mort-de-thomas-le-procureur-de-la-republique-appelle-au-calme-et-au-respect-de-chacun-6835939">Mort de Thomas : le procureur de la République appelle au calme et au respect de chacun</a>. France Bleu Drôme (Radio France) (2023-11-26)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417501">Article 132-76 du code pénal (circonstance aggravante de racisme) et articles 24, 32, 33 de la loi du 29 juillet 1881</a>. Légifrance et service-public.gouv.fr (version en vigueur (2017))</li><li id="ref-5"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/premiere-condamnation-pour-racisme-anti-blanc_1680203.html">Première condamnation pour racisme anti-Blanc</a>. franceinfo (2014-01)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.lexpress.fr/societe/sale-francais-une-injure-raciale-les-hesitations-des-juges-face-au-racisme-anti-blancs-LFQMGZBMZFGZNASHEXWW6EZ4WM/">« Sale Français », une injure raciale ? Les hésitations des juges face au « racisme anti-Blancs » (Étienne Girard)</a>. L'Express (2023-12-14)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/juri/id/JURITEXT000037850949">Cour de cassation, chambre criminelle, 11 décembre 2018, n° 18-80.525 (« Nique la France »)</a>. Cour de cassation (Légifrance) (2018-12-11)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.franceinfo.fr/replay-radio/l-edito-politique/edito-apres-le-drame-de-crepol-la-surenchere-de-la-recuperation-politique_6167967.html">Édito : après le drame de Crépol, la surenchère de la récupération politique</a>. franceinfo (Radio France), édito politique (2023-11-21)</li><li id="ref-9"><a href="https://revue-pouvoirs.fr/wp-content/uploads/pdfs_articles/pouvoirs181_p97-108_antiblancs_rac.pdf">Un racisme anti-Blancs ? (Daniel Sabbagh), revue Pouvoirs n° 181</a>. Revue Pouvoirs (Seuil) (2022)</li><li id="ref-10"><a href="https://marronnages.org/index.php/revue/article/view/8">La construction juridique de la notion de racisme anti-Blancs en France (Mathias Möschel, Marie-Laure Fournier)</a>. Revue Marronnages (revue académique) (2022-11-29)</li></ol>]]></description></item><item><title>Suicide de Joris Laurencin : ce qu'établit l'enquête, ce que dénonce sa famille</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/</guid><pubDate>Fri, 24 Jul 2026 07:46:49 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Harcèlement</category><category>Racisme</category><category>Enquête judiciaire</category><category>Isère</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/suicide-joris-laurencin-harcelement-raciste-enquete/cover.webp" length="699144" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Depuis plusieurs jours, une affiche rouge circule sur les réseaux dans le Nord-Isère. Elle cherche des témoins d&rsquo;une fête foraine, à Saint-Jean-de-Bournay, fin juin. Elle a été lancée par les proches de Joris Laurencin. Ce cariste de 21 ans s&rsquo;est donné la mort dans la nuit du 12 au 13 juillet. Sa famille est persuadée qu&rsquo;il a été harcelé pour ses origines. Le parquet de Vienne a ouvert deux enquêtes.</div>

<h2 id="un-cariste-de-21-ans-un-village-de-lisère">Un cariste de 21 ans, un village de l&rsquo;Isère</h2>
<p>Joris Laurencin avait 21 ans. Il était cariste. Il travaillait dans l&rsquo;entreprise de son père, à Châtonnay, un village à une trentaine de kilomètres de Vienne. Dans la nuit du 12 au 13 juillet 2026, il s&rsquo;est donné la mort près du domicile familial. [1]</p>
<p>Joris était français. Sa famille se dit « française d&rsquo;origine algérienne ». C&rsquo;est son oncle qui l&rsquo;a raconté à la presse, en demandant à rester anonyme. [1, 2]</p>
<p>Depuis, les proches réclament la vérité. Ils ont déposé plainte. [1] Ils ont lancé un appel à témoins, relayé en masse par des habitants du secteur. [1] Ils cherchent des personnes présentes à la vogue de Saint-Jean-de-Bournay, la fête foraine du 30 juin. [1]</p>
<aside class="pullquote">Il était cariste, à 21 ans, dans l&rsquo;entreprise de son père.</aside>

<h2 id="ce-que-la-famille-raconte">Ce que la famille raconte</h2>
<p>Le récit vient des proches, et de personne d&rsquo;autre pour l&rsquo;instant. Il n&rsquo;a pas été vérifié par la justice. Il faut le lire pour ce qu&rsquo;il est : la parole d&rsquo;une famille en deuil, qui accuse.</p>
<p>Selon l&rsquo;oncle, les insultes ont commencé vers ses 18 ans, après la fête des conscrits. D&rsquo;anciens camarades l&rsquo;auraient pris pour cible. « Sale Arabe », « sale bougnoule », « traître » : ce sont les mots que Joris rapportait à son père. [2] « Petit à petit, cela l&rsquo;a complexé », raconte l&rsquo;oncle. « Il disait qu&rsquo;il n&rsquo;aimait plus être mat de peau. » [2]</p>
<p>Un épisode revient dans le récit familial. Un jour, Joris aurait reçu un tee-shirt floqué « DZ Pagu ». La famille y voit une moquerie sur ses origines. Son père a tenté d&rsquo;effacer l&rsquo;inscription au fer à repasser. Puis il a écrit « Jojo » au feutre par-dessus. [2]</p>
<p>Le point culminant serait la vogue de fin juin. Joris, d&rsquo;habitude fidèle à cette fête, y serait allé anxieux. Il en serait revenu « anéanti », selon l&rsquo;oncle. [2] Une personne affirme l&rsquo;avoir vu humilié dans la buvette. [2] Cet épisode n&rsquo;est pas établi. Les sources elles-mêmes le présentent comme à vérifier par les enquêteurs. C&rsquo;est justement ce que cherche l&rsquo;appel à témoins.</p>
<h2 id="ce-que-lenquête-établit-et-ce-quelle-cherche">Ce que l&rsquo;enquête établit, et ce qu&rsquo;elle cherche</h2>
<p>Voilà pour le récit. Voici ce qui est acquis.</p>
<p>Le parquet de Vienne a ouvert deux enquêtes. La première porte sur les causes de la mort. La seconde porte sur les faits de harcèlement dénoncés par la famille. Deux qualifications sont visées : le harcèlement moral et la provocation au suicide. [2]</p>
<p>Une enquête cherche. Elle ne prouve pas. À ce jour, elle n&rsquo;a pas établi que Joris a été harcelé. Ni qui l&rsquo;aurait harcelé. Ni que ce harcèlement a causé son geste. Ces trois questions sont l&rsquo;objet même des investigations. Le lien entre le harcèlement dénoncé et le suicide n&rsquo;est pas démontré. C&rsquo;est la conviction de la famille, pas un fait jugé.</p>
<p>Les personnes visées ne sont pas nommées dans le dossier public. Elles n&rsquo;ont pas été entendues. Aucune version contraire n&rsquo;est connue à ce stade. Elles restent présumées innocentes.</p>
<p>Un signe, pourtant, que l&rsquo;affaire est prise au sérieux. À la demande de l&rsquo;avocate de la famille, le procureur a délocalisé l&rsquo;enquête. Elle est confiée à la brigade de recherches de Vienne, et non à la gendarmerie locale. [2] Le but affiché : éviter que des enquêteurs et des personnes visées se connaissent, dans une petite commune.</p>
<p>Le maire de Saint-Jean-de-Bournay, lui, appelle à la prudence. Il défend l&rsquo;image de sa commune, c&rsquo;est sa position.</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Aujourd&rsquo;hui, des communes rurales sont pointées du doigt comme des communes racistes. Je vous confirme que ce n&rsquo;est pas le cas. Si des responsabilités sont établies, qu&rsquo;il s&rsquo;agisse de discriminations ou de racisme, j&rsquo;ai confiance en la justice et les personnes concernées devront répondre de leurs actes. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Franck Pourrat, maire de Saint-Jean-de-Bournay</figcaption>
</figure>

<h2 id="ce-que-dit-la-loi-exactement">Ce que dit la loi, exactement</h2>
<p>Deux infractions sont donc en jeu. Elles ne se confondent pas.</p>
<p>Le harcèlement moral punit une répétition de propos ou de comportements qui dégradent la vie d&rsquo;une personne et abîment sa santé. [3] La provocation au suicide punit un acte d&rsquo;incitation, mais seulement s&rsquo;il a été suivi d&rsquo;un suicide ou d&rsquo;une tentative. [4]</p>
<p>Sur les peines, un point est souvent mal restitué. On lit parfois qu&rsquo;un harcèlement ayant conduit au suicide peut valoir dix ans de prison. C&rsquo;est vrai à l&rsquo;école. C&rsquo;est vrai dans le couple. Ce ne l&rsquo;est pas ici. [3] Hors de ces deux cas, le harcèlement moral plafonne à trois ans. Le mobile raciste double la peine : elle passe alors à six ans. [3] La provocation au suicide suivie d&rsquo;effet est punie de trois ans. [4]</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">6 ans</span> <span class="stat__label">la peine maximale pour un harcèlement moral aggravé par un mobile raciste, hors cadre scolaire ou conjugal</span></aside>

<p>Reste l&rsquo;obstacle le plus lourd. Prouver qu&rsquo;un harcèlement a causé un suicide est très difficile. Les textes fixent des peines. Ils ne disent pas comment établir ce lien. C&rsquo;est souvent là que ces dossiers se jouent.</p>
<h2 id="les-recours-pour-ceux-qui-les-cherchent">Les recours, pour ceux qui les cherchent</h2>
<p>Le droit prévoit des voies concrètes. Elles valent pour toute victime de harcèlement ou de discrimination.</p>
<p>La plainte se dépose au commissariat ou à la gendarmerie, qui a l&rsquo;obligation de la recevoir. [5] Le délai est de six ans après le dernier fait pour un harcèlement moral. [5] La victime peut se constituer partie civile, du dépôt de plainte jusqu&rsquo;au jugement, pour être indemnisée et suivre l&rsquo;affaire. [5] Si les ressources manquent, l&rsquo;aide juridictionnelle paie l&rsquo;avocat. [5]</p>
<p>Une association antiraciste peut aussi rejoindre la procédure. Il lui faut trois ans d&rsquo;existence, contre cinq en règle générale. [6] Pour une personne décédée, ce sont ses proches, ses ayants droit, qui donnent leur accord. [6]</p>
<p>Deux numéros, enfin. Le Défenseur des droits écoute et oriente au 39 28. Il qualifie une discrimination et peut intervenir en justice. Mais il ne juge pas et n&rsquo;indemnise pas. [7] L&rsquo;aide aux victimes, elle, répond au 116 006, gratuitement, tous les jours. [5]</p>
<p>Pour l&rsquo;heure, une phrase du parquet résume l&rsquo;affaire. « Les investigations se poursuivent afin d&rsquo;établir les circonstances précises ayant précédé son décès. » [2]</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/vienne-38/on-le-traitait-de-sale-arabe-apres-le-suicide-de-joris-21-ans-la-famille-denonce-un-harcelement-raciste-et-lance-un-appel-a-temoins-3388576.html">« On le traitait de sale Arabe » : après le suicide de Joris, 21 ans, la famille dénonce un harcèlement raciste et lance un appel à témoins</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes / franceinfo (2026-07-18)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/isere/ils-m-ont-traite-de-bougnoule-apres-le-suicide-de-joris-son-oncle-temoigne-et-raconte-des-annees-de-harcelement-raciste-3389689.html">« Ils m'ont traité de bougnoule » : après le suicide de Joris, son oncle témoigne et raconte des années de harcèlement raciste</a>. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes / franceinfo (2026-07-21)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000037289658">Code pénal, article 222-33-2-2 (harcèlement moral) et article 132-76 (circonstance aggravante raciste)</a>. Légifrance (2024-03-23)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000021342968">Code pénal, article 223-13 (provocation au suicide)</a>. Légifrance (2026-07-24)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F2354">Harcèlement moral en dehors du cadre professionnel (fiche F2354)</a>. service-public.gouv.fr (2026-07-24)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/associations/vosdroits/F1127">Constitution de partie civile par une association (fiche F1127)</a>. service-public.gouv.fr (2026-07-24)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/antidiscriminationsfr-39-28-494">Antidiscriminations.fr et le 39 28</a>. Défenseur des droits (2026-07-24)</li></ol>]]></description></item><item><title>Psychiatrie en prison : 705 places promises, 440 livrées, plus rien depuis 2018</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/</guid><pubDate>Thu, 23 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Prison</category><category>Psychiatrie</category><category>Santé mentale</category><category>Détenus</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/psychiatrie-prison-uhsa-places-isolement/cover.webp" length="23194" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Un détenu en crise psychiatrique doit être hospitalisé. On le menotte, on l&rsquo;escorte, on l&rsquo;enferme dans une chambre d&rsquo;isolement. Souvent, ce n&rsquo;est pas son état qui le commande. C&rsquo;est qu&rsquo;il n&rsquo;y a pas de place pour lui ailleurs. Les autorités de contrôle décrivent cette scène comme la règle, pas l&rsquo;exception [1, 2].</div>

<h2 id="létat-a-bâti-la-moitié-de-ce-quil-avait-promis">L&rsquo;État a bâti la moitié de ce qu&rsquo;il avait promis</h2>
<p>Le dispositif existe sur le papier. Dix-sept unités hospitalières, 705 places réservées aux détenus [4]. Ce sont les UHSA. Des services de psychiatrie gardés par la pénitentiaire, soignés par l&rsquo;hôpital.</p>
<p>Sur le terrain, neuf unités ont ouvert. 440 places [3]. La dernière date de février 2018. Depuis, plus rien. Huit ans sans une seule ouverture [5].</p>
<p>La seconde tranche, 265 places, n&rsquo;a jamais été engagée [4]. Trois nouvelles unités ont été annoncées en juillet 2026. Les textes sont « en cours de signature », selon l&rsquo;administration. Sans date d&rsquo;ouverture. Sans nombre de lits précisé [5].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">440</span> <span class="stat__label">places d&#39;hôpital psychiatrique construites, sur 705 programmées</span></aside>

<h2 id="faute-de-place-la-chambre-disolement">Faute de place, la chambre d&rsquo;isolement</h2>
<p>Quand il n&rsquo;y a pas de lit en UHSA, le détenu part en hôpital psychiatrique ordinaire. C&rsquo;est devenu le mode principal [1]. Là, il est « quasi systématiquement » placé en chambre d&rsquo;isolement. Même quand son état ne le justifie pas [1].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Les personnes détenues hospitalisées sans consentement dans les services psychiatriques de proximité sont presque systématiquement placées en chambre d&rsquo;isolement. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Contrôleur général des lieux de privation de liberté, 2019</figcaption>
</figure>

<p>Le transport suit la même logique. Contention systématique, en dehors de toute base légale, sur des instructions préfectorales anciennes et intraçables [2]. Les séjours sont souvent écourtés. Le détenu repart sans être stabilisé, les soins rompus [1].</p>
<p>Les UHSA, elles, ne sont pas saturées. Leur occupation moyenne est de 77,6 % [3]. Le problème n&rsquo;est pas une file d&rsquo;attente. C&rsquo;est qu&rsquo;il y a trop peu de places, et très mal réparties. Le nombre de détenus par lit varie du simple au triple selon les régions [3].</p>
<p>En 2026, le contrôleur des lieux de privation de liberté a visité huit des neuf UHSA. Son constat : une prise en charge « très hétérogène », un usage de la contention marqué par des « pratiques illégales » et des « durées excessives » [6].</p>
<h2 id="le-besoin-est-ancien-et-jamais-recompté">Le besoin est ancien, et jamais recompté</h2>
<aside class="pullquote pullquote--float">Neuf unités construites, la moitié du programme, plus aucune ouverture depuis 2018.</aside>

<p>Un décompte de 2004 reste la seule photographie d&rsquo;ensemble. Au moins un trouble psychiatrique chez huit détenus sur dix. Une schizophrénie quatre fois plus fréquente qu&rsquo;en population générale [1]. Ce chiffre a plus de vingt ans. Aucune enquête nationale sur l&rsquo;ensemble des détenus n&rsquo;a été menée depuis 2003 [1].</p>
<p>L&rsquo;État ne mesure pas grand-chose d&rsquo;autre. Il ignore le délai entre l&rsquo;entrée en prison et l&rsquo;admission en UHSA. Ses propres inspections notent que cette donnée, pourtant « stratégique », n&rsquo;existe nulle part [3].</p>
<p>Le contexte, lui, est chiffré. Au 1er décembre 2025, les prisons comptaient 86 229 détenus pour 63 613 places. Une densité de 135,6 %, un record. Et 6 440 matelas posés au sol [7].</p>
<h2 id="une-chaîne-où-personne-ne-répond-seul">Une chaîne où personne ne répond seul</h2>
<p>Qui est responsable ? La réponse tient en quatre acteurs. Depuis 1994, le soin relève de la Santé : un hôpital installe l&rsquo;unité, l&rsquo;assurance maladie paie [8]. La garde relève de la Justice, la pénitentiaire. La décision d&rsquo;hospitaliser sans consentement appartient au préfet. La sortie pour raison médicale revient au juge.</p>
<p>Quatre acteurs pour un même détenu. Les défaillances ne sont pas au cœur d&rsquo;un maillon. Elles sont aux jointures : l&rsquo;escorte, l&rsquo;isolement, la continuité des soins. Chacun tient sa part, personne ne répond de l&rsquo;ensemble.</p>
<p>Au-dessus, un pilotage commun. Une feuille de route de la Santé et de la Justice pour 2025-2028, 34 actions annoncées [9]. C&rsquo;est l&rsquo;administration qui décrit son propre plan. Pas un bilan de résultats.</p>
<h2 id="létat-condamné-et-responsable">L&rsquo;État condamné, et responsable</h2>
<p>La justice, elle, a déjà tranché. La Cour européenne des droits de l&rsquo;homme a condamné la France deux fois. En 2006, pour avoir maintenu en détention un homme gravement malade et suicidaire, sans encadrement médical adapté [10]. En 2012, pour avoir détenu quatre ans un homme schizophrène. Les allers-retours entre hôpital et prison l&rsquo;empêchaient de se stabiliser [11].</p>
<p>Le Conseil d&rsquo;État a posé une règle claire. L&rsquo;État répond du suicide d&rsquo;un détenu dès lors qu&rsquo;il y a eu un défaut de surveillance. Une faute simple suffit [12].</p>
<p>Les suicides augmentent. 157 personnes écrouées se sont donné la mort en 2023. Une hausse de 12,9 % en un an. Le taux atteint 17,5 pour 10 000, selon le service statistique du ministère de la Santé, qui appelle à la prudence sur de faibles effectifs [13]. Une association de défense des détenus le situe au 3e rang européen, dix fois le risque de l&rsquo;extérieur, à partir des chiffres du Conseil de l&rsquo;Europe [14].</p>
<p>Une porte de sortie existe pourtant. La loi permet de suspendre une peine quand l&rsquo;état de santé mentale est durablement incompatible avec la détention. C&rsquo;est le juge qui décide, sur expertise [15]. Le contrôleur des lieux de privation estime que ces suspensions restent trop rares [2].</p>
<p>La seconde tranche de places, elle, n&rsquo;a toujours pas été financée. Là où elle manque, un détenu en crise finit dans une cellule d&rsquo;isolement.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ccomptes.fr/sites/default/files/EzPublish/2_4_1_sante_personnes_detenues_Tome_I.pdf">La santé des personnes détenues : des progrès encore indispensables</a>. Cour des comptes (2014)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.cglpl.fr/publications/avis-relatif-a-la-prise-en-charge-des-personnes-detenues-atteintes-de-troubles-mentaux">Avis relatif à la prise en charge des personnes détenues atteintes de troubles mentaux</a>. Contrôleur général des lieux de privation de liberté (14 octobre 2019)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2024-04/Évaluation%20des%20unités%20hospitalières%20spécialement%20aménagées%20(UHSA)%20pour%20les%20personnes%20détenues.pdf">Évaluation des unités hospitalières spécialement aménagées (UHSA) pour les personnes détenues</a>. IGAS et Inspection générale de la justice (décembre 2018)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.senat.fr/rap/r16-682/r16-682_mono.html">Soigner les détenus (rapport d'information)</a>. Sénat, commission des affaires sociales (26 juillet 2017)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.santementale.fr/2026/07/trois-nouvelles-unites-hospitalieres-pour-des-detenus-souffrant-de-troubles-psychiatriques/">Trois nouvelles unités hospitalières pour des détenus souffrant de troubles psychiatriques</a>. Santé Mentale (revue) (juillet 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.santementale.fr/2026/07/uhsa-les-constats-de-la-controleuse-generale-des-lieux-de-privation-de-liberte/">UHSA : les constats de la contrôleuse générale des lieux de privation de liberté</a>. Santé Mentale (revue), d'après le CGLPL (9 juillet 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.ici.fr/infos/faits-divers-justice/surpopulation-carcerale-86-229-detenus-dans-les-prisons-francaises-au-1er-decembre-2025-un-niveau-record-8821748">Surpopulation carcérale : 86 229 détenus au 1er décembre 2025, un niveau record</a>. ici.fr, d'après la Direction de l'administration pénitentiaire (31 décembre 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/id/JORFTEXT000000728979/">Loi n° 94-43 du 18 janvier 1994 relative à la santé publique et à la protection sociale</a>. Légifrance (18 janvier 1994)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.drogues.gouv.fr/feuille-de-route-sante-des-personnes-placees-sous-main-de-justice-2025-2028">Feuille de route Santé des personnes placées sous main de justice 2025-2028</a>. Ministères de la Santé et de la Justice (2025)</li><li id="ref-10"><a href="https://hudoc.echr.coe.int/eng?i=001-76287">Rivière c. France, n° 33834/03</a>. Cour européenne des droits de l'homme (11 juillet 2006)</li><li id="ref-11"><a href="https://affairesjuridiques.aphp.fr/textes/cour-europeenne-des-droits-de-lhomme-23-fevrier-2012-n-2724409-cedh-detenus-troubles-mentaux-hopital-psychiatrique/">G. c. France, n° 27244/09</a>. Cour européenne des droits de l'homme (via fiche AP-HP) (23 février 2012)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000036411838">Conseil d'État, 28 décembre 2017, n° 400560</a>. Conseil d'État (Légifrance) (28 décembre 2017)</li><li id="ref-13"><a href="https://drees.solidarites-sante.gouv.fr/sites/default/files/2025-02/Fiche%208%20-%20Chez%20les%20détenus,%20un%20taux%20de%20suicide%20en%20hausse,%20mais%20de%20nouveaux%20dispositifs%20de%20prévention.pdf">Chez les détenus, un taux de suicide en hausse</a>. DREES et Observatoire national du suicide (février 2025)</li><li id="ref-14"><a href="https://oip.org/analyse/dix-fois-plus-de-suicide-en-prison-qua-lexterieur/">Dix fois plus de suicides en prison qu'à l'extérieur</a>. Observatoire international des prisons (19 décembre 2024)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000039279123">Article 720-1-1 du code de procédure pénale (suspension de peine pour raison médicale)</a>. Légifrance (en vigueur)</li></ol>]]></description></item><item><title>Sur dix viols, une plainte. Et la plupart s'arrêtent avant le juge</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/</guid><pubDate>Wed, 15 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Violences sexuelles</category><category>Justice pénale</category><category>Police</category><category>Enfance</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/viol-plaintes-classees-sans-suite-justice/cover.webp" length="43322" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Une victime de viol sur dix porte plainte. C&rsquo;est le premier goulet, et de loin le plus large. Sur les plaintes qui partent, la plupart n&rsquo;atteignent jamais un procès. Le dossier casse en amont : dans la police, chez le procureur, dans la preuve. Une fois qu&rsquo;un viol est jugé et reconnu, la peine, elle, est lourde. Le problème n&rsquo;est donc pas au bout de la chaîne. Il est au début.</div>

<h2 id="neuf-viols-sur-dix-ne-franchissent-pas-la-porte-dun-commissariat">Neuf viols sur dix ne franchissent pas la porte d&rsquo;un commissariat</h2>
<p>Environ une victime de viol sur dix porte plainte [1, 2]. Les neuf autres restent dans le silence. Chez les victimes majeures de violences sexuelles physiques, 6 % déposent plainte. Pour les violences physiques, c&rsquo;est 22 % [3].</p>
<p>Ce silence n&rsquo;est pas de la passivité. C&rsquo;est la peur de ne pas être crue. La honte. Le sentiment qu&rsquo;il n&rsquo;y a aucune preuve. Et l&rsquo;emprise, quand l&rsquo;agresseur est un proche.</p>
<p>C&rsquo;est dans la famille que ce silence est le plus lourd. Les violences sexuelles subies avant 15 ans dans le cadre familial ne sont signalées que dans 8 % des cas [3]. Pour l&rsquo;inceste sur un enfant, une plainte est déposée dans 12 % des cas [4].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">1 %</span> <span class="stat__label">des incestes sur mineur aboutissent à une condamnation</span></aside>

<h2 id="la-plainte-que-le-commissariat-ne-prend-pas">La plainte que le commissariat ne prend pas</h2>
<p>La loi est nette. Tout policier ou gendarme doit recevoir une plainte, même s&rsquo;il la croit vouée à l&rsquo;échec. C&rsquo;est l&rsquo;article 15-3 du code de procédure pénale [6].</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas toujours respecté. Un rapport public parle de refus de plainte devenus « pratique courante ». Des victimes sont renvoyées, faute de « chances d&rsquo;aboutir » [7].</p>
<p>Parfois, la plainte est transformée en simple main courante. Or une main courante n&rsquo;ouvre aucune poursuite. C&rsquo;est une note, rien de plus [7]. Une enquête publique mesure qu&rsquo;une personne sur cinq s&rsquo;est vu refuser un dépôt de plainte, tous motifs confondus, pas seulement pour viol [8].</p>
<h2 id="deux-dossiers-sur-trois-sarrêtent-chez-le-procureur">Deux dossiers sur trois s&rsquo;arrêtent chez le procureur</h2>
<p>Quand la plainte est bien enregistrée, elle arrive chez le procureur. C&rsquo;est lui qui décide de poursuivre ou de classer. En 2023, 17 177 personnes ont été mises en cause pour viol sur une victime majeure. Plus de deux sur trois ont vu l&rsquo;affaire classée [7].</p>
<p>Le motif revient le plus souvent : « infraction insuffisamment caractérisée » [1]. En clair : il manque de quoi prouver. Ce n&rsquo;est pas que l&rsquo;auteur soit introuvable. Dans les affaires de violences sexuelles, l&rsquo;auteur est identifié trois fois sur quatre [1]. Quand l&rsquo;auteur est inconnu, le dossier est classé deux fois sur trois. Quand il est identifié, une fois sur deux quand même [7].</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Ce qui est contesté, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte. C&rsquo;est le consentement.</aside>

<p>Le nœud est ailleurs. Ce qui est contesté, ce n&rsquo;est pas l&rsquo;acte, c&rsquo;est le consentement. Le mis en cause reconnaît souvent la relation et affirme qu&rsquo;elle était consentie [7]. Face à cela, il faut des preuves. Et elles manquent vite.</p>
<p>La preuve du corps se perd au départ. L&rsquo;examen médical doit se faire dans les trois jours. Quatre victimes sur cinq n&rsquo;ont aucune trace [7]. Hors Île-de-France, il n&rsquo;existe qu&rsquo;une seule unité médico-judiciaire par région [7, 9]. Les prélèvements ne sont pas toujours réalisés, par manque de moyens ou en l&rsquo;absence de réquisition [9].</p>
<p>Un chiffre circule beaucoup : « 94 % des plaintes pour viol classées sans suite ». Il faut s&rsquo;en méfier. C&rsquo;est une valeur d&rsquo;une seule année, 2020. Le calcul ne corrige pas les données brutes. Et il écarte les affaires qui finissent aux assises après instruction. Cela gonfle le taux de façon mécanique. Le service statistique du ministère de la Justice a d&rsquo;ailleurs jugé qu&rsquo;il surestimait le classement [10]. Le chiffre officiel solide est déjà lourd : au moins deux viols sur trois classés parmi les mis en cause adultes [7].</p>
<p>Côté enfants, le tri est comparable. Parmi les majeurs mis en cause pour viol ou agression sexuelle sur un mineur, près des deux tiers ne sont pas poursuivables, le plus souvent pour infraction insuffisamment caractérisée [17].</p>
<h2 id="le-viol-parfois-jugé-comme-un-simple-délit">Le viol parfois jugé comme un simple délit</h2>
<p>Un viol est un crime. La loi prévoit quinze ans de réclusion, vingt en cas de circonstance aggravante. L&rsquo;agression sexuelle, elle, est un délit, jugé au tribunal correctionnel, avec cinq ans au maximum [11].</p>
<p>Entre les deux, une bascule existe. Elle porte un nom : la correctionnalisation. Un viol est requalifié en agression sexuelle, puis jugé comme un délit. Combien ? Personne ne le sait. Aucun chiffre national officiel n&rsquo;existe [2]. En 2012, le parquet renvoyait 16 % des auteurs de viols poursuivis directement vers le tribunal correctionnel. Sans instruction [2]. S&rsquo;y ajoutent les requalifications décidées après instruction, qui ne sont pas comptées.</p>
<p>On dispose seulement de comptages locaux. Dans une juridiction, sur 159 délits sexuels jugés au tribunal, neuf étaient en réalité des viols [2]. C&rsquo;est un petit décompte, sur un seul tribunal, pas un chiffre national. Un viol ainsi requalifié sort de la ligne « viol ». Il n&rsquo;est plus compté comme tel [2].</p>
<p>Une idée fausse mérite d&rsquo;être écartée. Le tribunal correctionnel n&rsquo;est pas plus sévère. La peine moyenne y est plus de trois fois inférieure à la peine criminelle [2]. Et il faut garder la mesure : la correctionnalisation est réelle, mais elle pèse moins que le classement. C&rsquo;est d&rsquo;abord au stade du classement que les dossiers tombent [2].</p>
<h2 id="au-bout-de-la-chaîne-des-peines-lourdes">Au bout de la chaîne, des peines lourdes</h2>
<p>Les dossiers qui vont jusqu&rsquo;au procès sont rares. Environ 1 200 condamnations pour viol sont prononcées chaque année [12]. En 2024, 2 865 condamnations pour « viols et autres crimes sexuels », une catégorie un peu plus large [13].</p>
<p>Mais quand la condamnation tombe, elle est lourde. 93 % des majeurs reconnus coupables de viol prennent de la prison ferme. Dans près de sept cas sur dix, dix ans ou plus [12]. La durée moyenne de réclusion est de treize ans [13].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">69 %</span> <span class="stat__label">des peines de prison ferme pour viol atteignent dix ans ou plus</span></aside>

<p>Une fois jugé, un viol est donc puni fermement. La chute du nombre de condamnations ne se joue pas devant le juge. Elle se joue avant : au dépôt de plainte, au recueil de la preuve, au classement.</p>
<h2 id="dans-la-famille-tous-les-obstacles-à-la-fois">Dans la famille, tous les obstacles à la fois</h2>
<p>C&rsquo;est dans la sphère privée que se concentrent les viols déclarés par les femmes. Prises à part, la famille et les proches forment l&rsquo;espace où elles en déclarent le plus (1,4 % des femmes). Mais en réunissant le conjoint et l&rsquo;ex-conjoint, le viol dans le couple passe devant (1,6 %). C&rsquo;est la première forme déclarée [14]. En 2024, un viol condamné sur dix a été commis par le conjoint ou le concubin [13].</p>
<p>Là, tous les obstacles se cumulent. L&rsquo;emprise. La peur. La dépendance. Le silence d&rsquo;un huis clos sans témoin. Des révélations qui viennent des années plus tard [5].</p>
<p>Le temps joue contre la victime. Le viol n&rsquo;est pas imprescriptible. Vingt ans pour un adulte. Pour un mineur, trente ans après sa majorité, soit jusqu&rsquo;à ses 48 ans [15]. Passé ce délai, plus aucune poursuite n&rsquo;est possible. Et les preuves, elles, ont disparu depuis longtemps.</p>
<h2 id="une-affaire-récente-une-défaillance-de-gestion">Une affaire récente, une défaillance de gestion</h2>
<p>Au printemps 2026, une affaire a rouvert le débat. En août 2025, la mère d&rsquo;une fillette de 11 ans avait déposé plainte pour une cinquantaine de viols.</p>
<p>L&rsquo;enquête a d&rsquo;abord été « parfaitement menée » en trois mois. Puis le dossier s&rsquo;est perdu. Une transmission sur papier au lieu d&rsquo;un envoi direct. Un enregistrement en retard de 23 jours, « placé par erreur dans la pile non urgente ». Des actes jamais réalisés. Le suspect jamais entendu. C&rsquo;est ce que décrit un pré-rapport d&rsquo;inspection de juin 2026 [16].</p>
<p>Ici, le dossier n&rsquo;a pas cassé faute de preuve. Il a cassé faute de suivi. C&rsquo;est une autre cause, distincte du manque de moyens.</p>
<p>Un détail relie ce cas au reste. Le même homme, français et sans casier, avait déjà été signalé avant. En 2017, pour une relation avec une adolescente de 17 ans. Ce signalement a été classé sans suite. En 2022, une plainte pour viol sur une enfant a suivi. Elle a été classée en 2024, pour « infraction insuffisamment caractérisée ». Le motif national, retrouvé dans un dossier singulier.</p>
<h2 id="la-loi-bouge-lentonnoir-reste">La loi bouge, l&rsquo;entonnoir reste</h2>
<p>Le droit a changé. Depuis novembre 2025, le non-consentement est entré dans la définition du viol [11]. Après l&rsquo;affaire de l&rsquo;été, un texte est en cours d&rsquo;examen. Il annonce un délai d&rsquo;enquête resserré, le réexamen de plaintes classées, des peines alourdies pour les viols en série sur mineurs [18].</p>
<p>Mais un texte en discussion n&rsquo;est pas un dossier traité. La plupart des dossiers tombent avant d&rsquo;arriver devant un juge : au dépôt, au recueil de la preuve, au classement. C&rsquo;est là, en amont, que se joue la réponse au viol.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://ipp.eu/wp-content/uploads/2024/04/Note_IPP_Violences_aux_femmes-5.pdf">Note IPP n°107 : Le traitement judiciaire des violences sexuelles et conjugales en France</a>. Institut des politiques publiques (IPP) (avril 2024)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.memoiretraumatique.org/assets/files/v1/Documents-pdf/2016_Rapport_recherche_ORDCS_10.pdf">Les viols dans la chaîne pénale (rapport de recherche ORDCS)</a>. Observatoire régional de la délinquance et des contextes sociaux (ORDCS) (2016)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.interieur.gouv.fr/content/download/137834/1089484/file/IR47.pdf">Interstats Info Rapide n°47 : Les victimes de violences physiques ou sexuelles enregistrées par les services de sécurité en 2024</a>. SSMSI, ministère de l'Intérieur (février 2025)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2024-12/CIIVISE_Rapport_On_vous_croit_nov_2023.pdf">Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit</a>. CIIVISE (novembre 2023)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2026-06/Avis%20CIIVISE%20ASE%20Juin%202026_.pdf">Avis relatif à la prise en compte des violences sexuelles et de l'inceste dans le dispositif de protection de l'enfance</a>. CIIVISE (26 juin 2026)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000038311441">Code de procédure pénale, article 15-3</a>. Légifrance (version en vigueur, 2026)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.haut-conseil-egalite.gouv.fr/sites/hce/files/2025-10/HCE-2025-RAPPORT-VIOLENCE-V05.pdf">Mettre fin au déni et à l'impunité face aux viols et aux agressions sexuelles</a>. Haut Conseil à l'Égalité (HCE) (octobre 2025)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/enquete-sur-lacces-aux-droits-sur-les-relations-entre-police-et-population-que-retenir-896">Enquête sur l'accès aux droits : relations entre police et population</a>. Défenseur des droits (24 juin 2025)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.igas.gouv.fr/sites/igas/files/2026-07/Rapport%20conjoint%20preuves%20sans%20plainte.pdf">Le recueil de preuves sans plainte pour les victimes de violences physiques et sexuelles</a>. IGAS / IGJ / IGA (juillet 2026)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.actu-juridique.fr/app/uploads/2024/05/Note-SSER-Article-IPP-taux-de-classement-sans-suite2.pdf">Note SSER sur le taux de classement sans suite (réponse à l'étude IPP)</a>. Service de la statistique (SSER), ministère de la Justice (mai 2024)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000052535571">Code pénal, article 222-23 (définition du viol)</a>. Légifrance (version en vigueur depuis le 8 novembre 2025)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2023-11/Infos_Rapides_Justice_n9_Violences%20sexuelles.pdf">Infos Rapides Justice n°9 : Les violences sexuelles, près d'une condamnation sur six relève du viol</a>. Ministère de la Justice (30 novembre 2023)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2026-04/Rapport%20annuel%20sur%20les%20condamnations%20en%20France%20en%202024_corr_DP.pdf">Les condamnations en France, données 2024</a>. Ministère de la Justice (février 2026)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.vss-formation.fr/wp-content/uploads/2024/10/Ined-Enquete-Virage-2015.pdf">Enquête Virage : premiers résultats sur les violences sexuelles (Document de travail n°229)</a>. Ined (2017)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F36493/2">Prescription du viol (fiche pratique)</a>. Service-public.fr (consulté en juillet 2026)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.actu-juridique.fr/justice/affaire-lyhanna-le-pre-rapport-de-linspection-generale-pointe-des-carences-graves-et-des-defaillances/">Affaire Lyhanna : le pré-rapport de l'inspection générale pointe des carences graves et des défaillances</a>. Actu-Juridique (Lextenso) (22 juin 2026)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/Infostat_Justice_205.pdf">Infostat Justice n°205 : Viol et agression sexuelle sur mineur</a>. Ministère de la Justice (novembre 2025)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.vie-publique.fr/loi/303379-protection-des-enfants-projet-de-loi-2026-ase-controle-periscolaire">Protection des enfants : projet de loi 2026</a>. Vie-publique.fr (1er juillet 2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Armes de la police : ce que le texte adopté le 7 juillet change, et pour qui</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/</guid><pubDate>Sun, 12 Jul 2026 07:20:23 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Police</category><category>Usage des armes</category><category>Légitime défense</category><category>Libertés publiques</category><category>Parlement</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/presomption-usage-arme-police-ppl-2026/cover.webp" length="954154" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 7 juillet, l&rsquo;Assemblée a voté par 313 voix contre 199 un texte sur les armes de la police. Un camp y voit un « permis de tuer », l&rsquo;autre une protection due à ceux qui risquent leur peau. Mais le texte sorti de l&rsquo;hémicycle n&rsquo;est ni tout à fait l&rsquo;un ni tout à fait l&rsquo;autre. Il a même changé de nom en cours de route.</div>

<h2 id="un-texte-qui-a-changé-de-nom-avant-dêtre-voté">Un texte qui a changé de nom avant d&rsquo;être voté</h2>
<p>Au départ, la proposition de loi porte un titre net : « présomption de légitime défense pour les forces de l&rsquo;ordre ». Elle veut inscrire cette présomption dans le code pénal, par un nouvel article [5].</p>
<p>En séance, un amendement du gouvernement change tout. L&rsquo;insertion dans le code pénal est retirée. À la place, le texte pose une « présomption d&rsquo;usage légitime de l&rsquo;arme », rangée ailleurs, dans le code de la sécurité intérieure [1, 2].</p>
<p>Deux formules proches, une bascule réelle. Le texte adopté ne porte plus le nom sous lequel il a été déposé. L&rsquo;intitulé parle de « légitime défense », le dispositif parle d&rsquo;« usage de l&rsquo;arme ». Ce n&rsquo;est pas un détail de vocabulaire. C&rsquo;est le cœur de ce qui a été voté [1].</p>
<h2 id="ce-que-le-texte-fait-sur-le-papier">Ce que le texte fait, sur le papier</h2>
<p>Le dispositif tient en quelques lignes. Le texte adopté dit :</p>
<blockquote>
<p>« Lorsqu&rsquo;ils font usage de leurs armes, les agents de la police nationale et les militaires de la gendarmerie nationale sont présumés avoir agi dans l&rsquo;un des cas autorisés par le présent article conformément aux conditions d&rsquo;absolue nécessité et de stricte proportionnalité. Cette présomption peut, à tout moment, être renversée par tout élément de preuve contraire. »</p>
</blockquote>
<p>Deux points comptent. D&rsquo;abord, la présomption est « simple » : elle peut être renversée « à tout moment » par « tout élément de preuve contraire » [1, 2]. Ce n&rsquo;est pas une immunité. Ensuite, les conditions de fond ne changent pas.</p>
<p>Un policier ou un gendarme ne peut tirer que dans cinq cas précis, fixés depuis 2017 [4, 2]. Sa vie ou celle d&rsquo;autrui menacée. La défense d&rsquo;un lieu ou de personnes, après sommations. L&rsquo;arrêt d&rsquo;un fuyard dangereux, après sommations. L&rsquo;immobilisation d&rsquo;un véhicule dont les occupants menacent une vie. Le périple meurtrier, pour empêcher un nouveau meurtre. Toujours en cas d&rsquo;absolue nécessité, et de façon strictement proportionnée [4].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">5</span> <span class="stat__label">les cas où la police peut tirer, que le texte ne modifie pas</span></aside>

<p>Le texte ne crée pas un cas de plus où l&rsquo;on peut ouvrir le feu. Il pose que le tir est présumé conforme à ces cas.</p>
<h2 id="-permis-de-tuer---la-formule-et-ce-quen-dit-lautorité-de-contrôle">« Permis de tuer » : la formule, et ce qu&rsquo;en dit l&rsquo;autorité de contrôle</h2>
<p>La gauche a voté contre, à l&rsquo;unanimité. Elle parle, comme l&rsquo;ONG Amnesty International, d&rsquo;un « permis de tuer » et d&rsquo;une « inversion de la charge de la preuve » au détriment des familles [3, 7]. La formule frappe. Elle mérite d&rsquo;être vérifiée sur pièce.</p>
<p>L&rsquo;objection la plus étayée ne vient pas du camp qui a voté le texte. Elle vient d&rsquo;une autorité qui s&rsquo;y oppose, le Défenseur des droits. Il apporte d&rsquo;abord une nuance de mécanique. La justice pénale française est inquisitoire. L&rsquo;enquête est menée par le parquet ou un juge, pas par les parties. Il n&rsquo;y existe donc pas de « charge de la preuve » qui pèserait sur une famille comme dans un procès civil. La portée juridique exacte d&rsquo;une présomption simple y est, selon cette institution, incertaine [5].</p>
<p>Mais la même institution ne conclut pas que le texte serait anodin. Elle juge qu&rsquo;une présomption « même simple n&rsquo;est jamais neutre ». Elle peut orienter les premières heures d&rsquo;enquête, celles qui comptent le plus, et faire tenir le tir pour « d&rsquo;emblée justifié, sauf élément manifeste du contraire ». Elle décrit un « cercle vicieux » : renverser la présomption suppose des preuves que seule une enquête complète produit, or c&rsquo;est cette enquête que la présomption peut freiner. Son avis est défavorable. Elle redoute une « banalisation de l&rsquo;usage des armes » et « une augmentation de la létalité des interventions » [5].</p>
<p>Le désaccord tient en peu de mots. Le slogan « permis de tuer » force un point juridique précis : l&rsquo;inversion mécanique de la charge de la preuve ne se transpose pas telle quelle dans ce système. Mais sur le fond, l&rsquo;autorité de contrôle tient le texte pour dangereux, avec les opposants et non avec ceux qui l&rsquo;ont voté.</p>
<p>Une précision de calendrier, dans le même sens. L&rsquo;avis du Défenseur des droits, défavorable, date du 26 juin. Il analyse la version d&rsquo;origine, plus dure, où la présomption tombait seulement si l&rsquo;enquête montrait un usage « manifestement disproportionné » [5]. Le texte finalement voté a retenu un seuil plus large, « tout élément de preuve contraire » [1]. Une partie des critiques visait donc une rédaction que l&rsquo;amendement a changée.</p>
<h2 id="pour-qui-alors">Pour qui, alors</h2>
<p>D&rsquo;un côté, les policiers et les gendarmes. Ils agissent souvent en quelques secondes, sous tension, et peuvent se retrouver mis en cause longtemps après. Ce vécu est réel. La présomption s&rsquo;adresse d&rsquo;abord à eux.</p>
<p>De l&rsquo;autre, les personnes visées par un tir, et leurs familles quand il est mortel. C&rsquo;est là que se joue le vrai enjeu. Le droit à la vie impose à l&rsquo;État un cadre strict et une enquête effective, indépendante et rapide après une mort causée par la force publique [5]. La question posée par le texte est celle du contrôle du juge après le coup de feu, pas celle des cas où l&rsquo;on tire.</p>
<p>Le texte va aussi plus loin que la police nationale et la gendarmerie. Un amendement l&rsquo;étend aux polices municipales armées [2] et aux surveillants de prison [1]. Sur ce point précis, le Défenseur des droits juge l&rsquo;extension aux polices municipales « injustifiée » : missions, armement et doctrine y sont différents [5].</p>
<h2 id="la-dernière-fois-quon-a-desserré-les-règles">La dernière fois qu&rsquo;on a desserré les règles</h2>
<p>Reste le fait le plus dur du dossier. Il ne mesure pas ce texte-ci, mais il éclaire le débat.</p>
<p>En 2017, une loi a déjà élargi le cadre d&rsquo;usage des armes. Elle a aligné le régime des policiers sur celui des gendarmes [8, 4]. Sur la catégorie précise qu&rsquo;elle a touchée, les tirs mortels sur des véhicules en mouvement, une étude publiée en 2025 mesure une nette hausse. Ces tirs mortels passent d&rsquo;environ 0,06 par mois avant la loi à 0,32 après, soit à peu près cinq fois plus [6].</p>
<p>L&rsquo;étude ne se contente pas d&rsquo;un avant-après. Elle compare la police à la gendarmerie, et la France à l&rsquo;Allemagne, et note que les autres tirs mortels, eux, restent stables sur la même période [6]. Seule bouge la catégorie visée par la loi.</p>
<p>Une réserve, nette. La loi de 2017 a changé les règles de fond, les cas où l&rsquo;on peut tirer. Le texte de 2026 ajoute une présomption après le tir, sans toucher ces cas. Le précédent éclaire une logique, « on relâche l&rsquo;encadrement, la létalité monte », il ne prédit pas l&rsquo;effet chiffré du nouveau texte.</p>
<aside class="pullquote">Le précédent de 2017 éclaire une logique. Il ne mesure pas ce texte-ci. C&rsquo;est une analogie, pas une preuve.</aside>

<p>Le même scepticisme vaut pour le camp d&rsquo;en face. L&rsquo;ancien ministre de l&rsquo;Intérieur a soutenu qu&rsquo;il y avait « moins de tirs et moins de cas mortels » depuis 2017 [8]. Cette affirmation contredit l&rsquo;étude et les recensements, et la série complète de l&rsquo;inspection de la police n&rsquo;a pas été publiée pour trancher. Un ministre qui défend le bilan de son administration est partie prenante, dans un sens comme dans l&rsquo;autre. Le désaccord reste ouvert.</p>
<p>Derrière ces chiffres, un visage. Nahel M., 17 ans, tué le 27 juin 2023 à Nanterre lors d&rsquo;un contrôle routier. Le parquet a estimé que « les conditions légales d&rsquo;emploi de l&rsquo;arme n&rsquo;étaient pas réunies » [8]. L&rsquo;affaire n&rsquo;est pas jugée définitivement. C&rsquo;est ce contrôle du juge, après le coup de feu, que le texte remet au centre.</p>
<h2 id="ce-qui-nest-pas-encore-joué">Ce qui n&rsquo;est pas encore joué</h2>
<p>Le texte n&rsquo;est pas la loi. L&rsquo;Assemblée l&rsquo;a adopté en première lecture. Il part maintenant au Sénat, qui ne l&rsquo;a ni voté ni modifié à ce jour [1]. Rien n&rsquo;est promulgué.</p>
<p>Ce qui est certain tient en peu de mots. Le texte voté ne porte pas le nom sous lequel il est né. Il pose une présomption simple, renversable, qui ne change ni les cinq cas de tir ni les exigences de nécessité et de proportion. Ce qu&rsquo;il change en pratique, et pour les familles, reste l&rsquo;objet d&rsquo;un désaccord sérieux, y compris entre ceux qui s&rsquo;y opposent.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.senat.fr/leg/ppl25-866.html">Proposition de loi n° 866 (2025-2026) visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre, texte transmis au Sénat</a>. Sénat (2026-07-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.vie-publique.fr/loi/303979-presomption-legitime-defense-police-forces-de-lordre-proposition-loi">Présomption de légitime défense pour la police et les forces de l'ordre : proposition de loi</a>. Vie-publique.fr (DILA) (2026-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://lcp.fr/actualites/l-assemblee-approuve-la-presomption-d-usage-legitime-de-l-arme-pour-les-forces-de-l">L'Assemblée approuve la présomption d'usage légitime de l'arme pour les forces de l'ordre</a>. LCP (La Chaîne parlementaire) (2026-07-07)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000034107970">Article L435-1 du code de la sécurité intérieure (usage des armes)</a>. Légifrance (2017-03-02)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.defenseurdesdroits.fr/avis-sur-la-proposition-de-loi-visant-reconnaitre-une-presomption-de-legitime-defense-pour-les-1199">Avis n° 26-05 du 26 juin 2026 sur la proposition de loi visant à reconnaître une présomption de légitime défense pour les forces de l'ordre</a>. Défenseur des droits (2026-06-26)</li><li id="ref-6"><a href="https://esprit.presse.fr/actualites/sebastian-roche-et-paul-le-derff-et-simon-varaine/homicides-policiers-et-refus-d-obtemperer-44252">Homicides policiers et refus d'obtempérer (présentation grand public de l'étude « And the law relaxed the rules »)</a>. Revue Esprit (2022-09)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.amnesty.fr/reperes/loi-presomption-legitime-defense-de-la-police-ce-qu-il-faut-savoir/">Permis de tuer : ce que change la loi sur la présomption de légitime défense de la police</a>. Amnesty International France (2026-06-30)</li><li id="ref-8"><a href="https://lcp.fr/actualites/usage-des-armes-par-la-police-la-mort-de-nahel-relance-le-debat-sur-la-loi-de-2017">Usage des armes par la police : la mort de Nahel relance le débat sur la loi de 2017</a>. LCP (La Chaîne parlementaire) (2023-06-30)</li></ol>]]></description></item><item><title>Insultes racistes visant Mbappé : une loi sévère, une condamnation incertaine</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/</guid><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 07:15:55 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Racisme</category><category>Équipe de France</category><category>Haine en ligne</category><category>Coupe du monde 2026</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/insultes-racistes-mbappe-droit-justice/cover.webp" length="572972" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Dans la nuit du 5 juillet, une sénatrice paraguayenne insulte Kylian Mbappé sur X. Le 7, le parquet de Paris ouvre une enquête. Sur le papier, la loi française est claire et sévère. Reste à savoir si elle peut atteindre une élue étrangère.</div>

<h2 id="ce-qui-sest-passé">Ce qui s&rsquo;est passé</h2>
<p>Le Paraguay vient d&rsquo;être éliminé par la France à la Coupe du monde. Mbappé a marqué le penalty décisif. Dans la nuit du 5 juillet, une sénatrice paraguayenne publie une série de messages sur X [1]. Elle s&rsquo;appelle Celeste Amarilla. Elle siège au Sénat de son pays.</p>
<p>Ses mots sont crus. Elle écrit que Mbappé, « au lieu du lait maternel, tétait des noix de coco ». Elle l&rsquo;associe à des « chimpanzés ». Elle le traite de « Camerounais colonisé, faisant semblant à fond d&rsquo;être Français » [1]. Elle dit avoir réagi à un geste du joueur, son refus de serrer la main du gardien paraguayen [1]. C&rsquo;est le motif qu&rsquo;elle invoque. Il ne justifie rien.</p>
<p>Le 6 juillet, Mbappé répond sur X. Il dénonce un « racisme décomplexé » [1].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l&rsquo;honneur tout au long de la compétition. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Kylian Mbappé, le 6 juillet sur X</figcaption>
</figure>

<h2 id="ce-que-la-loi-prévoit">Ce que la loi prévoit</h2>
<p>Il n&rsquo;existe pas, en droit français, de « délit de racisme » unique [3]. La répression dépend de deux choses. La nature de l&rsquo;acte, et sa publicité.</p>
<p>La ligne qui décide de tout est simple. Un propos raciste tenu en privé, dans un cercle fermé, n&rsquo;est qu&rsquo;une contravention. L&rsquo;amende plafonne à 1 500 euros [3]. Le même propos tenu en public change de catégorie. Un compte X ouvert à tous, c&rsquo;est public [3].</p>
<p>Le propos bascule alors dans la loi sur la presse de 1881. Deux infractions visent la sénatrice. L&rsquo;injure publique à caractère raciste, et la provocation à la haine [2]. Chacune est punie d&rsquo;un an de prison et de 45 000 euros d&rsquo;amende [2, 3].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">45 000 €</span> <span class="stat__label">l&#39;amende encourue pour injure publique à caractère raciste</span></aside>

<p>Un point sème souvent la confusion. Le code pénal prévoit une « circonstance aggravante de racisme ». Elle alourdit la peine d&rsquo;un crime ou d&rsquo;un délit commis pour un motif raciste [4]. Mais elle ne s&rsquo;applique pas ici. La loi l&rsquo;exclut pour les délits de presse [4]. Des propos publiés sur X relèvent de la presse, pas de cette aggravation.</p>
<h2 id="ce-que-la-justice-peut-faire-et-ce-qui-coince">Ce que la justice peut faire, et ce qui coince</h2>
<p>L&rsquo;enquête a été confiée à un service spécialisé. Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne, au parquet de Paris [7]. Il a vocation à se saisir des affaires à fort retentissement médiatique [7]. Celle-ci en est une.</p>
<p>Une enquête n&rsquo;est pas une condamnation. La sénatrice est visée, pas jugée. Elle reste présumée innocente.</p>
<p>Le vrai obstacle est ailleurs. Amarilla est une élue étrangère. La justice française peut se déclarer compétente, car la victime, Mbappé, est française [5]. Son immunité de parlementaire vaut au Paraguay, pas devant un juge français [6]. Sur ce point, rien ne la protège en France.</p>
<aside class="pullquote pullquote--float">Une chose est de poursuivre, une autre est d&rsquo;exécuter.</aside>

<p>Mais une chose est de poursuivre, une autre est d&rsquo;exécuter. Faire venir une sénatrice paraguayenne devant un tribunal français suppose la coopération de son pays. Pour un délit de presse, une extradition est très improbable [5]. Une éventuelle condamnation resterait sans doute symbolique. Le point n&rsquo;est pas tranché.</p>
<h2 id="un-soutien-unanime-sans-portée-juridique">Un soutien unanime, sans portée juridique</h2>
<p>Le soutien politique a été immédiat. Emmanuel Macron a affiché le sien au capitaine des Bleus [1]. La ministre des Sports a parlé de propos « abjects, indignes » [1]. La FIFA a exprimé sa solidarité [2].</p>
<p>Ces prises de position n&rsquo;ont aucun poids devant un juge. Elles disent une indignation, pas un verdict.</p>
<p>Un fait mérite d&rsquo;être noté. Le Paraguay lui-même a condamné les propos. Ses autorités ont fait savoir qu&rsquo;ils n&rsquo;engageaient ni le gouvernement, ni le peuple paraguayen [1]. La sénatrice se retrouve seule, désavouée jusque dans son pays.</p>
<h2 id="un-racisme-récurrent-une-justice-qui-aboutit-rarement">Un racisme récurrent, une justice qui aboutit rarement</h2>
<p>Ce n&rsquo;est pas la première fois. En 2021, Mbappé a raconté avoir été visé par des insultes racistes après un penalty manqué [10]. D&rsquo;autres joueurs des Bleus l&rsquo;ont été après la finale perdue de 2022, et la Fédération avait annoncé une plainte [11]. L&rsquo;issue de cette plainte reste inconnue [11].</p>
<p>Les chiffres officiels donnent la mesure du problème. Sur l&rsquo;ensemble des affaires racistes en France, entre 2017 et 2021, environ deux tiers des mis en cause sont classés sans suite [8]. Un quart des affaires n&rsquo;ont même pas d&rsquo;auteur identifié [8]. Ces chiffres couvrent tout le racisme, pas le seul sport ni le seul volet en ligne. Ils ne disent pas ce que deviendront les plaintes de la Fédération.</p>
<p>Le racisme venu de l&rsquo;étranger est le plus dur à juger. Après la finale de l&rsquo;Euro 2020, la police anglaise avait relevé 207 messages répréhensibles. 123 émanaient de comptes situés hors du pays [9]. Presque tous sont restés hors de portée.</p>
<p>La loi, ici, est claire. Le dispositif s&rsquo;est enclenché vite, avec un service spécialisé et deux qualifications. Mais l&rsquo;autrice est une élue étrangère. Une enquête est ouverte. Reste à savoir si elle produira autre chose qu&rsquo;une décision symbolique.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.franceinfo.fr/coupe-du-monde/apres-la-defaite-du-paraguay-contre-la-france-a-la-coupe-du-monde-une-senatrice-paraguayenne-tient-des-propos-racistes-envers-kylian-mbappe_8096282.html">Après la défaite du Paraguay contre la France, une sénatrice paraguayenne tient des propos racistes envers Kylian Mbappé</a>. franceinfo (2026-07-08)</li><li id="ref-2"><a href="https://sports.orange.fr/football/equipe-de-france/bleus/article/insultes-racistes-contre-mbappe-le-parquet-de-paris-ouvre-une-enquete-exclu-CNT000002qoeQ4.html">Insultes racistes contre Mbappé : le parquet de Paris ouvre une enquête</a>. AFP via Orange Sports (2026-07-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.service-public.gouv.fr/particuliers/vosdroits/F32575">Incitation à la haine, à la violence ou à la discrimination (loi du 29 juillet 1881)</a>. service-public.gouv.fr / Légifrance (2026-07-08)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006417501">Article 132-76 du code pénal : circonstance aggravante de racisme</a>. Légifrance (2026-07-08)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.village-justice.com/articles/Propos-diffuses-sur-Internet-accessibles-France-les-Tribunaux-francais-sont-ils,23170.html">Article 113-7 du code pénal et compétence des tribunaux français pour un contenu en ligne</a>. Légifrance / Village-justice (2026-07-08)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.senat.fr/lc/lc250/lc2500.html">Immunité parlementaire : portée territoriale (étude de législation comparée)</a>. Sénat (2026-07-08)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.justice.gouv.fr/actualites/actualite/lutte-contre-haine-ligne">Lutte contre la haine en ligne : le Pôle national du parquet de Paris</a>. ministère de la Justice (2026-07-08)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.justice.gouv.fr/documentation/etudes-et-statistiques/infractions-caractere-raciste-predominance-linjure-publique">Les infractions à caractère raciste, prédominance de l'injure publique (2017-2021)</a>. ministère de la Justice (2026-07-08)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.france24.com/en/live-news/20211103-england-fan-jailed-for-vile-euro-2020-final-racial-abuse">England fan jailed for 'vile' Euro 2020 final racial abuse</a>. France 24 / AFP (2021-11-03)</li><li id="ref-10"><a href="https://lanouvelletribune.info/2026/04/racisme-mbappe-brise-le-silence-sur-les-insultes-apres-leuro-2021/">Racisme : Mbappé brise le silence sur les insultes après l'Euro 2021</a>. La Nouvelle Tribune (2026-04)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.franceguyane.fr/actualite/societe-social-emploi/racisme-envers-kingley-coman-et-des-joueurs-de-lequipe-de-france-la-fff-va-porter-plainte-915712.php">Racisme envers Kingsley Coman et des joueurs de l'équipe de France, la FFF va porter plainte</a>. France-Guyane / AFP (2022-12-20)</li></ol>]]></description></item><item><title>Reconnaissance faciale : cent heures en cellule sous une fausse identité</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/</guid><pubDate>Wed, 08 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Reconnaissance faciale</category><category>Surveillance</category><category>Libertés publiques</category><category>Police</category><category>Vie privée</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/reconnaissance-faciale-valence-erreur-identite/cover.webp" length="268500" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">En garde à vue, il refuse de donner son nom. Les policiers photographient son visage. Un logiciel le compare à des millions de portraits. Le résultat tombe : ce sera « Marius », 23 ans, un casier pour stupéfiants et violences. Sauf que ce n&rsquo;est pas lui. Il passera près de cent heures enfermé sous le nom d&rsquo;un inconnu. Le 6 juillet 2026, le tribunal de Valence a relaxé les huit prévenus de cette affaire.</div>

<h2 id="lhomme-qui-nétait-pas-marius">L&rsquo;homme qui n&rsquo;était pas Marius</h2>
<p>Le 14 mai 2026, huit opposants à une déviation routière mènent une action près de Valence. Deux se suspendent au pont Mistral, au-dessus de l&rsquo;autoroute A7. Les huit sont interpellés et placés en garde à vue [2].</p>
<p>Plusieurs gardent le silence sur leur nom. C&rsquo;est leur droit. Les policiers les photographient et les filment pendant leurs auditions [5]. Puis ils comparent ces visages à un fichier de police, par reconnaissance faciale. Un procès-verbal obtenu par l&rsquo;enquête de France 2 porte la mention « formellement identifié via la reconnaissance faciale » [3].</p>
<p>Pour l&rsquo;un des militants, le résultat est faux. Le logiciel le donne pour « Marius », 23 ans, un casier pour stupéfiants et violences. Il est détenu sous ce nom près de cent heures. Il comprend l&rsquo;erreur le lendemain, quand son avocat l&rsquo;appelle « Marius » à son tour. Les documents remis portent toujours le mauvais nom. Et la mauvaise date de naissance, les parents, la nationalité, le lieu de naissance d&rsquo;un autre [3].</p>
<figure class="quote">
  <blockquote><p>« Si mon client n&rsquo;avait pas dit &ldquo;non non, je m&rsquo;appelle pas de ce nom-là&rdquo;, eh bien le vrai Marius se serait retrouvé potentiellement condamné. »</p>
</blockquote>
  <figcaption class="quote__source">Thomas Fourrey, avocat de la défense</figcaption>
</figure>

<p>Ce Marius-là n&rsquo;a rien à voir avec la manifestation. Sans ce démenti, c&rsquo;est son casier qui aurait pu s&rsquo;alourdir, pour des faits commis par un autre.</p>
<h2 id="ce-qua-jugé-le-tribunal">Ce qu&rsquo;a jugé le tribunal</h2>
<p>Le 6 juillet, le tribunal correctionnel de Valence relaxe les huit prévenus [1]. Le motif est double, et il mérite d&rsquo;être lu en entier.</p>
<p>D&rsquo;abord sur les faits. Pour les prévenus jugés sur ce qu&rsquo;ils avaient fait, le tribunal estime que « la mise en danger de la vie d&rsquo;autrui n&rsquo;était pas assez caractérisée ». Le blocage de la route, lui, était « sans gravité et sans préjudice » [1]. Autrement dit, les faits reprochés ne tenaient pas, sans même parler du logiciel.</p>
<p>Ensuite sur la méthode. Pour quatre prévenus dont l&rsquo;identité n&rsquo;avait pas été vérifiée, le président du tribunal a dénoncé « des stratagèmes » : des photos prises sans consentement, des enregistrements d&rsquo;audition utilisés pour identifier ceux qui se taisaient [1].</p>
<p>Le verdict est souvent résumé en une formule : le logiciel aurait fait tomber le procès. Cette lecture vient surtout de la presse militante et de Disclose, le média d&rsquo;investigation qui défend les libertés numériques [4, 5]. Elle n&rsquo;est pas fausse, mais elle laisse de côté la première raison. Le tribunal a d&rsquo;abord jugé les faits faibles. La motivation écrite, elle, n&rsquo;a été publiée par aucune source : la qualification exacte reste à confirmer.</p>
<h2 id="neuf-millions-de-visages">Neuf millions de visages</h2>
<p>L&rsquo;outil interroge un fichier précis, le traitement des antécédents judiciaires. Il contient environ neuf millions de photos de face [3]. Ce sont celles de personnes un jour mises en cause, prises par exemple en garde à vue. Pas forcément condamnées.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">9 millions</span> <span class="stat__label">de photos de visage dans le fichier interrogé, dont des personnes jamais condamnées</span></aside>

<aside class="pullquote">Figurer dans ce fichier ne suppose pas d&rsquo;avoir été condamné. Une garde à vue suffit.</aside>

<p>La technologie ne rend pas une certitude. Elle calcule une chance de ressemblance, et peut se tromper dans les deux sens [9]. En 2022, une femme accusée de cambriolage a été reconnue sur un taux de 68 %. Cela a suffi à valider un nom qui n&rsquo;était pas le sien. La peine a été inscrite au casier d&rsquo;une autre femme [3]. Aucun chiffre officiel n&rsquo;existe en France sur ces erreurs [3].</p>
<p>Le fichier et l&rsquo;outil, eux, sont légaux. En 2022, le Conseil d&rsquo;État a validé cet usage adossé au fichier [8]. Son motif : un tri à la main serait impossible, vu le nombre de fiches. La décision de Valence ne change rien à cette base légale.</p>
<h2 id="-on-ne-lutilise-pas-">« On ne l&rsquo;utilise pas »</h2>
<p>Le droit français fonctionne à deux vitesses. Comparer un visage au fichier, dans le cadre d&rsquo;une enquête, est autorisé [6]. Surveiller la rue avec le même outil est interdit [7].</p>
<p>Le 1er avril 2026, au Sénat, le ministre de l&rsquo;Intérieur Laurent Nuñez déclarait que cet outil, lors des contrôles d&rsquo;identité, « n&rsquo;est pas légal », et « donc on ne l&rsquo;utilise pas ». Un mois plus tard, une équipe filme la scène à Paris. Deux policiers en civil photographient un homme, puis interrogent le fichier, en plein contrôle [4]. Un rapport de la police des polices notait dès 2023 l&rsquo;outil « très fréquemment utilisé sur la voie publique » [4].</p>
<p>La règle européenne, elle, ne vise que le temps réel dans la rue [10]. À Valence, la comparaison s&rsquo;est faite après coup, sur une photo prise en garde à vue. Ce n&rsquo;est pas le même régime, et cette affaire n&rsquo;entre pas dans ce cas.</p>
<h2 id="ce-que-la-décision-change-et-pour-qui">Ce que la décision change, et pour qui</h2>
<p>Juridiquement, peu de chose. C&rsquo;est un jugement de première instance, dans un dossier précis, sans motivation écrite publiée. Il n&rsquo;abroge aucun texte et ne crée aucune règle générale. Le parquet peut faire appel, et cette décision n&rsquo;est peut-être pas définitive.</p>
<p>Ce que l&rsquo;affaire établit est ailleurs. Un logiciel a désigné un nom. Il a fallu un homme qui dise non, puis un avocat, puis un juge, pour que l&rsquo;erreur ne se transforme pas en condamnation. Le contrôle humain a fini par jouer. Il a joué parce qu&rsquo;une personne était là pour protester.</p>
<p>Reste la question que personne ne tranche : combien de fois, ailleurs, le nom rendu par la machine n&rsquo;a rencontré aucun démenti. Sur ce point, il n&rsquo;existe aucun chiffre.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ici.fr/emissions/l-info-d-ici-ici-drome-ardeche/jugement-des-opposants-a-la-deviation-de-saint-peray-relaxe-pour-les-huit-prevenus-1589228">Jugement des opposants à la déviation de Saint-Péray : relaxe pour les huit prévenus</a>. ICI Drôme Ardèche (2026-07-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/drome/valence/cinq-activistes-opposes-au-chantier-routier-de-saint-peray-ardeche-places-en-detention-provisoire-3351835.html">Cinq activistes opposés au chantier routier de Saint-Péray (Ardèche) placés en détention provisoire</a>. France 3 Régions (2026-05-16)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.franceinfo.fr/replay-jt/france-2/20-heures/enquete-francetv-mais-non-ce-n-est-pas-moi-quand-l-outil-de-reconnaissance-faciale-des-forces-de-l-ordre-identifie-la-mauvaise-personne_8092685.html">« Mais non, ce n'est pas moi ! » : quand l'outil de reconnaissance faciale des forces de l'ordre identifie la mauvaise personne</a>. franceinfo (L'Œil du 20 heures, France 2) (2026-07-06)</li><li id="ref-4"><a href="https://disclose.ngo/fr/article/reconnaissance-faciale-illegale-la-police-prise-en-flagrant-delit">Reconnaissance faciale illégale : la police prise en flagrant délit</a>. Disclose (2026-07-06)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.streetpress.com/1780479420-prison-reconnaissance-faciale-menaces-drome-ardeche-calvaire-militants-ecolos-banderole-repression-police-ecologie/">Prison, reconnaissance faciale erronée, menaces : dans la Drôme, le calvaire de militants écolos pour une banderole</a>. StreetPress (2026-06-03)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.leclubdesjuristes.com/societe/numerique/quel-cadre-juridique-pour-la-reconnaissance-faciale-11401/">Quel cadre juridique pour la reconnaissance faciale ?</a>. Le Club des Juristes (2025-07-04)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.village-justice.com/articles/utilisation-reconnaissance-faciale-france-reserve,39913.html">Reconnaissance faciale et procédure pénale : ne souriez pas !</a>. Village de la Justice (2023-06-23)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.laquadrature.net/2022/05/03/le-conseil-detat-sauve-la-reconnaissance-faciale-du-fichier-taj/">Le Conseil d'État sauve la reconnaissance faciale du fichier TAJ</a>. La Quadrature du Net (2022-05-03)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.cnil.fr/fr/reconnaissance-faciale-pour-un-debat-la-hauteur-des-enjeux">Reconnaissance faciale : pour un débat à la hauteur des enjeux</a>. CNIL (2019-11-14)</li><li id="ref-10"><a href="https://ai-act-service-desk.ec.europa.eu/en/ai-act/article-5">Règlement sur l'intelligence artificielle (UE 2024/1689), article 5</a>. Commission européenne (AI Act Service Desk) (2024)</li></ol>]]></description></item><item><title>« Communautarisme » : un mot du débat, pas un critère de la loi</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/interdiction-rassemblement-communautarisme-droit/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/interdiction-rassemblement-communautarisme-droit/</guid><pubDate>Tue, 07 Jul 2026 07:20:37 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Libertés publiques</category><category>Associations</category><category>Séparatisme</category><category>Justice administrative</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/interdiction-rassemblement-communautarisme-droit/cover.webp" length="356162" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">« Communautarisme. » Le mot revient à chaque interdiction de rassemblement, à chaque dissolution d&rsquo;association. Il n&rsquo;est écrit dans aucune de ces lois. Ni lui, ni « séparatisme ». Le droit demande autre chose : un motif précis, et un juge qui le contrôle. Le Bourget, en avril 2026, vient de le rappeler.</div>

<h2 id="un-mot-du-débat-pas-un-critère-de-droit">Un mot du débat, pas un critère de droit</h2>
<p>L&rsquo;article qui autorise à interdire un rassemblement parle d&rsquo;une seule chose : le « trouble à l&rsquo;ordre public » [1]. Celui qui permet de dissoudre une association énumère sept motifs précis [2]. La loi de 2021, surnommée « loi séparatisme », s&rsquo;intitule « confortant le respect des principes de la République » [3]. Le mot « communautarisme » ne figure dans aucun de ces textes. « Séparatisme » non plus.</p>
<p>Ce n&rsquo;est pas un oubli. « Communautarisme » n&rsquo;a pas de définition juridique. Le mot est entré au dictionnaire en 2004, bien après son entrée dans le débat [4]. Un terme politique, commode pour désigner, flou par construction.</p>
<aside class="pullquote">Le droit ne juge pas un mot. Il juge des faits nommés et vérifiables.</aside>

<h2 id="interdire-un-rassemblement--un-motif-un-juge-qui-tranche-vite">Interdire un rassemblement : un motif, un juge qui tranche vite</h2>
<p>Un rassemblement sur la voie publique se déclare en mairie, trois à quinze jours francs avant [1]. L&rsquo;autorité, maire ou préfet, ne peut l&rsquo;interdire que sur un seul fondement : le risque de trouble à l&rsquo;ordre public [1]. Pas l&rsquo;identité des participants. Pas leurs idées. Un risque concret pour l&rsquo;ordre, et lui seul.</p>
<p>Encore faut-il qu&rsquo;aucune autre solution ne tienne. Depuis 1933, une règle domine : « la liberté est la règle, la restriction de police l&rsquo;exception » [5]. L&rsquo;interdiction est le dernier recours. L&rsquo;autorité doit d&rsquo;abord chercher moins radical : sécuriser, encadrer, limiter. Le juge vérifie ensuite chaque point. La mesure était-elle adaptée, nécessaire, proportionnée. Et il tranche vite. Saisi en référé, il statue en quarante-huit heures [6].</p>
<h2 id="le-bourget-avril-2026--la-mécanique-en-vrai">Le Bourget, avril 2026 : la mécanique en vrai</h2>
<p>Le 1er avril 2026, le préfet de police de Paris interdit la Rencontre annuelle des musulmans de France, prévue au Bourget du 3 au 6 avril [7, 8]. Il agit à la demande du ministre de l&rsquo;Intérieur, Laurent Nunez. Le motif écrit dans l&rsquo;arrêté : l&rsquo;ordre public. L&rsquo;arrêté invoque une menace terroriste élevée, y compris contre les musulmans. Il cite aussi un risque de mobilisation de groupuscules d&rsquo;ultradroite, et un attentat déjoué quelques jours plus tôt [7].</p>
<p>Le ministre, lui, parle d&rsquo;une structure « liée aux Frères musulmans » [7]. Ce point, le préfet ne le met pas en avant dans son arrêté, note franceinfo. Le fondement juridique de l&rsquo;acte et le cadrage politique qui l&rsquo;entoure sont deux choses séparées.</p>
<p>Le 3 avril, le jour même de l&rsquo;ouverture, le juge des référés du tribunal administratif de Paris suspend l&rsquo;interdiction [8]. Sa décision tient aux pièces du dossier. La note des services ne contenait pas d&rsquo;éléments précis. Les éditions précédentes s&rsquo;étaient tenues sans incident. Les organisateurs avaient prévu leur propre sécurisation. Aucune preuve de contre-rassemblement par le passé [8]. Le trouble à l&rsquo;ordre public n&rsquo;était pas établi. L&rsquo;interdiction est levée.</p>
<h2 id="dissoudre-une-association--plus-lourd-et-sans-juge-au-départ">Dissoudre une association : plus lourd, et sans juge au départ</h2>
<p>Interdire un rassemblement vise un jour. Dissoudre une association la fait disparaître. C&rsquo;est une autre échelle. La dissolution se décide par décret, en conseil des ministres [2]. Un acte du pouvoir exécutif, pris sans juge au préalable. Le contrôle vient après, si l&rsquo;association le saisit.</p>
<p>Là encore, pas de « communautarisme ». Sept motifs, et sept seulement [2]. Le plus souvent invoqué : provoquer ou contribuer à la haine, à la discrimination ou à la violence envers un groupe. À raison de son origine, de sa religion ou de son sexe. La loi de 2021 a élargi ce motif [3]. Elle a aussi permis d&rsquo;imputer à une association les actes de ses membres. Condition : des dirigeants avertis qui n&rsquo;ont rien fait pour les arrêter. C&rsquo;est le point le plus contesté de la réforme.</p>
<p>Le juge, saisi ensuite, applique une règle stricte. La liberté d&rsquo;association est un principe fondamental. Elle ne se restreint qu&rsquo;à la mesure des troubles [9]. En principe. Dans les faits, la quasi-totalité des dissolutions récentes ont été validées. Des juristes y voient un contrôle à géométrie variable [9]. Le contrôle existe. Il n&rsquo;est pas un rempart automatique.</p>
<p>Les exemples le montrent, des deux côtés. En 2021, le Conseil d&rsquo;État valide la dissolution du CCIF, un collectif contre l&rsquo;islamophobie [10]. Détail parlant : le gouvernement avait aussi invoqué le terrorisme. Le juge écarte ce motif, mal appliqué selon lui, et n&rsquo;en retient qu&rsquo;un seul [10]. L&rsquo;accusation du pouvoir et le fondement retenu par le juge ne coïncidaient pas.</p>
<p>Le même outil a visé la droite radicale. Génération identitaire, dissoute en 2021, recours rejeté [11]. L&rsquo;Alvarium, groupe d&rsquo;ultradroite à Angers, dissous la même année, dissolution validée au fond en 2023 [12]. La dissolution n&rsquo;a pas de camp attitré. Elle suit des motifs, contrôlés au cas par cas.</p>
<h2 id="ce-que-la-décision-change-concrètement">Ce que la décision change, concrètement</h2>
<p>La nature de la mesure change tout pour les personnes visées. Aller à un rassemblement interdit, c&rsquo;est une contravention. Une amende, pas de prison [13]. Encore faut-il un arrêté d&rsquo;interdiction en bonne et due forme. La simple absence de déclaration ne suffit pas.</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">750 €</span> <span class="stat__label">l&#39;amende maximale encourue pour avoir participé à un rassemblement interdit, sans peine de prison</span></aside>

<p>Maintenir ou reconstituer une association dissoute, c&rsquo;est un délit. Trois ans de prison et 45 000 euros d&rsquo;amende [14]. Jusqu&rsquo;à sept ans pour celui qui l&rsquo;organise [14]. Rouvrir sous un autre nom compte comme une reconstitution. Ce sont des peines maximales, décidées au cas par cas par le juge, pas des sanctions automatiques.</p>
<p>La dissolution fait aussi disparaître l&rsquo;association elle-même, la personne morale. Ses biens sont liquidés selon ses statuts. L&rsquo;État ne les saisit pas, sauf pour un groupe de combat armé [14].</p>
<p>Reste un effet qui n&rsquo;est écrit dans aucun code. La Commission nationale consultative des droits de l&rsquo;homme, un organisme public, l&rsquo;a pointé en 2025. Plus largement, ce climat de discours et de répression dissuade des gens de s&rsquo;engager, de se réunir ou de manifester, « par peur d&rsquo;être traités comme des criminels » [15]. Des associations comme la Ligue des droits de l&rsquo;homme vont plus loin et contestent le principe même d&rsquo;une dissolution par décret, sans juge d&rsquo;abord [16]. Ce sont des prises de position engagées, à lire comme telles.</p>
<p>Ces critères précis ne protègent pas une cause plutôt qu&rsquo;une autre. Ils valent pour toutes les associations, sans distinction. Un pouvoir qui pourrait dissoudre sur un mot flou pourrait le faire dans n&rsquo;importe quel sens. C&rsquo;est pourquoi le mot compte moins que le motif écrit et le juge qui le vérifie.</p>
<h2 id="un-troisième-levier-et-une-loi-en-chantier">Un troisième levier, et une loi en chantier</h2>
<p>Entre l&rsquo;interdiction d&rsquo;un jour et la dissolution, il existe un levier plus discret : l&rsquo;argent. Depuis 2021, une association qui touche une subvention signe un « contrat d&rsquo;engagement républicain », sept engagements à tenir [17]. Un manquement peut lui coûter la subvention ou son agrément [17]. Une sanction financière, pas pénale, et distincte de la dissolution.</p>
<p>Un nouveau texte se prépare. En 2026, le ministre de l&rsquo;Intérieur porte un projet de loi « entrisme et séparatisme » [18]. Il annonce un nouveau motif de dissolution, un registre national des subventions, plus de pouvoir aux préfets. Le ministre dit viser aussi des groupuscules d&rsquo;extrême droite. Le projet n&rsquo;est pas voté. Il peut encore changer [18]. L&rsquo;Association des maires de France a déjà émis des réserves : risque de « contrôle de masse », atteinte à l&rsquo;autonomie locale [18].</p>
<p>Le fil commun tient en peu de mots. Le débat public parle de « communautarisme ». Le droit, lui, demande un motif écrit, une catégorie précise, et un juge pour la contrôler. Au Bourget, l&rsquo;écart entre les deux a suffi à suspendre une interdiction, le jour même de l&rsquo;ouverture.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000025508384">Code de la sécurité intérieure, art. L211-1 à L211-16 (manifestations sur la voie publique)</a>. Légifrance (2026-07-07)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/section_lc/LEGITEXT000025503132/LEGISCTA000025505187/">Code de la sécurité intérieure, art. L212-1 (dissolution administrative)</a>. Légifrance (2026-07-07)</li><li id="ref-3"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000043964778">Loi n° 2021-1109 du 24 août 2021 confortant le respect des principes de la République</a>. Légifrance (2021-08-24)</li><li id="ref-4"><a href="https://laviedesidees.fr/Communautarisme-une-categorie-mutante">Communautarisme, une catégorie mutante</a>. La Vie des idées (Fabrice Dhume) (2018)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.conseil-etat.fr/decisions-de-justice/jurisprudence/les-grandes-decisions-depuis-1873/conseil-d-etat-19-mai-1933-benjamin">Conseil d'État, 19 mai 1933, Benjamin</a>. Conseil d'État (1933-05-19)</li><li id="ref-6"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000006449327">Code de justice administrative, art. L521-2 (référé-liberté)</a>. Légifrance / Conseil d'État (2026-07-07)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.franceinfo.fr/societe/religion/le-ministre-de-l-interieur-fait-interdire-la-rencontre-annuelle-des-musulmans-de-france-en-raison-du-risque-terroriste_7911779.html">Le ministre de l'Intérieur fait interdire la Rencontre annuelle des musulmans de France en raison du risque terroriste</a>. franceinfo (2026-04-02)</li><li id="ref-8"><a href="https://paris.tribunal-administratif.fr/decisions-de-justice/dernieres-decisions/le-tribunal-suspend-l-interdiction-de-la-rencontre-annuelle-des-musulmans-de-france-decidee-par-le-prefet-de-police">Le tribunal suspend l'interdiction de la Rencontre annuelle des musulmans de France décidée par le préfet de police (ordonnance n° 2610043)</a>. Tribunal administratif de Paris (2026-04-03)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/dissolution-d-une-association">Dissolution d'une association : procédure et contrôle du juge</a>. Conseil d'État (2026-07-07)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/ceta/id/CETATEXT000044222778">Conseil d'État, 24 septembre 2021, dissolution du CCIF (n° 449215)</a>. Conseil d'État / Légifrance (2021-09-24)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.conseil-etat.fr/actualites/le-conseil-d-etat-ne-suspend-pas-la-dissolution-de-l-association-generation-identitaire">Le Conseil d'État ne suspend pas la dissolution de l'association Génération identitaire</a>. Conseil d'État (2021-05-03)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044336429">Décrets de dissolution BarakaCity (2020) et l'Alvarium (2021), décisions du Conseil d'État</a>. Légifrance / Conseil d'État (2020-2023)</li><li id="ref-13"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000038253024/">Code pénal, art. R644-4 (participation à une manifestation interdite)</a>. Légifrance (2026-07-07)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/codes/id/LEGISCTA000006165361">Code pénal, art. 431-13 à 431-21 (maintien ou reconstitution d'une association dissoute)</a>. Légifrance (2026-07-07)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.cncdh.fr/sites/default/files/2025-06/A%20-%202025%20-%207%20-%20CNCDH%20-%20Avis%20R%C3%A9duction%20de%20l'espace%20civique_0.pdf">Avis A-2025-7 « Sur la restriction de l'espace civique »</a>. CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'homme) (2025-06-17)</li><li id="ref-16"><a href="https://www.ldh-france.org/non-a-la-dissolution-dassociations-par-lexecutif/">Non à la dissolution d'associations par l'exécutif</a>. Ligue des droits de l'homme (2025-05-05)</li><li id="ref-17"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/jorf/id/JORFTEXT000044806609">Décret n° 2021-1947 du 31 décembre 2021 approuvant le contrat d'engagement républicain</a>. Légifrance (2021-12-31)</li><li id="ref-18"><a href="https://www.maire-info.com/projet-de-loi-entrisme-et-separatisme--des-mesures-qui-suscitent-des-interrogations-chez-les-maires-article2-30759">Projet de loi Entrisme et séparatisme : des mesures qui suscitent des interrogations chez les maires</a>. Maire-Info (2026)</li></ol>]]></description></item><item><title>Affaire Lyhanna : neuf mois avant le drame, une plainte visait déjà le suspect</title><link>https://lecourrierdefrance.fr/articles/affaire-lyhanna-plainte-2025-carences-justice/</link><guid isPermaLink="true">https://lecourrierdefrance.fr/articles/affaire-lyhanna-plainte-2025-carences-justice/</guid><pubDate>Sun, 05 Jul 2026 00:00:00 +0200</pubDate><author>contact@lecourrierdefrance.fr (Le Courrier de France)</author><category>Justice</category><category>Société</category><category>Enfance</category><enclosure url="https://lecourrierdefrance.fr/articles/affaire-lyhanna-plainte-2025-carences-justice/cover.webp" length="586208" type="image/webp"/><description><![CDATA[<div class="chapo">Le 29 mai 2026, une collégienne de 11 ans monte dans une voiture à la sortie de son collège, à Fleurance, dans le Gers. Son corps est retrouvé six jours plus tard. Neuf mois avant, une plainte visait déjà l&rsquo;homme aujourd&rsquo;hui poursuivi. Elle n&rsquo;a jamais été menée à son terme.</div>

<h2 id="ce-qui-sest-passé">Ce qui s&rsquo;est passé</h2>
<p>Le 29 mai, la fillette disparaît devant son collège [15]. La vidéosurveillance repère un véhicule. Le lendemain, un homme de 41 ans est placé en garde à vue [15]. Le 1er juin, il est mis en examen [15]. Le 4 juin, un corps dissimulé est découvert sur un site agricole, à une quinzaine de kilomètres [15]. L&rsquo;ADN confirme l&rsquo;identité le 5 juin [15].</p>
<p>L&rsquo;homme mis en examen s&rsquo;appelle Jérôme Barella [3]. Il connaissait l&rsquo;enfant, amie d&rsquo;une de ses filles [15]. Il avait travaillé sur le site où le corps a été retrouvé [15].</p>
<h2 id="ce-que-lautopsie-établit-et-ce-quelle-ne-dit-pas">Ce que l&rsquo;autopsie établit, et ce qu&rsquo;elle ne dit pas</h2>
<p>Le 24 juin, le parquet d&rsquo;Agen rend les conclusions de l&rsquo;autopsie [1]. Un viol est établi. L&rsquo;ADN de l&rsquo;homme mis en examen a été retrouvé sur l&rsquo;enfant [1]. Le corps portait des traces de liens et de bâillon [1].</p>
<p>La cause de la mort, elle, n&rsquo;est pas déterminée. Trois médecins légistes n&rsquo;ont trouvé aucune lésion mortelle explicative [1]. Des analyses restent en cours. Rien de définitif à ce jour.</p>
<p>L&rsquo;homme est poursuivi pour meurtre précédé ou accompagné d&rsquo;un viol. Il encourt la perpétuité [1]. Devant le juge, il garde le silence [3, 16]. Il reste présumé innocent tant qu&rsquo;il n&rsquo;a pas été jugé.</p>
<h2 id="neuf-mois-plus-tôt-une-plainte-visait-déjà-le-suspect">Neuf mois plus tôt, une plainte visait déjà le suspect</h2>
<p>Le 18 août 2025, une mère signale au parquet de Toulouse que sa fille de 11 ans dénonce des viols [2]. L&rsquo;homme qu&rsquo;elle met en cause est celui qui est poursuivi aujourd&rsquo;hui.</p>
<p>Au départ, l&rsquo;enquête avance. « En l&rsquo;espace de trois mois, l&rsquo;enquête préliminaire est parfaitement menée », note l&rsquo;inspection de l&rsquo;État [2]. Auditions, expertises, antécédents : le travail est fait.</p>
<p>Puis le dossier se perd. Toulouse n&rsquo;était pas compétent. La procédure devait revenir à Auch. Elle a été transmise par courrier [2]. L&rsquo;inspection juge cet envoi papier évitable : rien ne l&rsquo;imposait, le numérique était possible [2]. À Auch, le dossier est enregistré avec 23 jours de retard. Il avait été « placé par erreur dans la pile non urgente » [2].</p>
<aside class="stat"><span class="stat__num">23 jours</span> <span class="stat__label">le retard d&#39;enregistrement de la plainte à Auch, « placée dans la pile non urgente »</span></aside>

<aside class="pullquote">Le travail avait été fait. Puis le dossier a glissé dans la mauvaise pile.</aside>

<p>Ensuite, plus rien. Après le 23 janvier, « les actes d&rsquo;enquête ne seront jamais réalisés et le suspect jamais entendu » [2]. Les appels répétés de la mère sont restés sans réponse [2].</p>
<p>L&rsquo;inspection conclut à des « carences graves » côté gendarmerie et à un « traitement défaillant » côté parquet d&rsquo;Auch [2]. Ce n&rsquo;est pas encore le rapport final. C&rsquo;est un pré-rapport, le document définitif est attendu en septembre [2].</p>
<h2 id="trois-fautes-trois-réponses">Trois fautes, trois réponses</h2>
<p>« À qui la faute » recouvre trois choses distinctes.</p>
<p>La faute pénale est celle de l&rsquo;auteur des faits. Le viol est établi. La responsabilité du meurtre reste à juger [1].</p>
<p>La faute de suivi est celle des services : une plainte grave laissée sans traitement. Elle est établie par l&rsquo;inspection [2]. Elle n&rsquo;efface pas la première, et la première ne l&rsquo;efface pas.</p>
<p>Reste une question de droit. L&rsquo;État répond du mauvais fonctionnement de la justice en cas de faute lourde [9]. La mère de l&rsquo;enfant a porté plainte contre l&rsquo;État. C&rsquo;est une procédure à part, non tranchée.</p>
<p>Personne ne peut affirmer que la plainte traitée à temps aurait empêché le drame. Elle aurait pu changer le cours des choses. Cette certitude-là, nul ne la possède.</p>
<h2 id="qui-est-visé-et-qui-ne-lest-pas">Qui est visé, et qui ne l&rsquo;est pas</h2>
<p>Le 22 juin, le garde des Sceaux retire à un substitut du parquet d&rsquo;Auch son habilitation sur les dossiers de mineurs [4]. Une enquête administrative est ouverte [4]. Côté gendarmerie, le ministre de l&rsquo;Intérieur demande la mutation de deux gendarmes [5]. Ce sont des mesures immédiates, prises avant toute conclusion disciplinaire [5].</p>
<p>La procureure d&rsquo;Auch, elle, n&rsquo;est pas la magistrate sanctionnée [7]. C&rsquo;est pourtant elle qui a été prise pour cible en ligne. Menacée de mort, harcelée, elle est sous protection policière depuis le 8 juin [6]. Elle maintient qu&rsquo;elle « ne pouvait faire mieux » [7] : c&rsquo;est sa défense, que le rapport final, attendu en septembre, confirmera ou non [2]. La personne la plus attaquée n&rsquo;est pas celle que l&rsquo;inspection met en cause.</p>
<p>Les deux plus hauts magistrats de France ont réagi [8]. Ils dénoncent « la mécanique de bouc émissaire » et jugent les défaillances de la protection de l&rsquo;enfance « structurelles et systémiques » [8]. Ils parlent depuis l&rsquo;institution mise en cause : leur texte est une défense, à lire comme telle. Un point de leur texte vaut pourtant pour tous les camps. La crise, écrivent-ils, « ne se réduit pas à une question de moyens » [8].</p>
<h2 id="ce-que-laffaire-dit-du-reste">Ce que l&rsquo;affaire dit du reste</h2>
<p>Le cas de Fleurance est d&rsquo;abord une faute de suivi. Le pré-rapport ne retient pas le manque de moyens comme cause. L&rsquo;enquête initiale avait été « parfaitement menée », c&rsquo;est le circuit d&rsquo;après qui a cédé [2]. Les sanctions en cours visent ce circuit [4, 5]. Reste que cette faute tombe sur un système déjà tendu, et cela se mesure.</p>
<p>La France compte 11,3 juges pour 100 000 habitants. La médiane européenne tourne autour de 17 [10]. Pour les procureurs, l&rsquo;écart est plus grand encore : 3,2 contre 11,2 [10]. Le budget de la justice pèse 0,20 % de la richesse nationale, contre une médiane de 0,28 % [10].</p>
<p>Le traitement des violences sexuelles sur enfants est lui-même défaillant en amont. Le nombre d&rsquo;enfants victimes chaque année est estimé à 160 000 [12]. Une plainte n&rsquo;est déposée que dans un cas sur cinq [12]. Et parmi les affaires jugées non poursuivables, le motif « infraction insuffisamment caractérisée » revient trois fois sur quatre [11].</p>
<p>Une plainte plus ancienne visant le même homme avait, elle aussi, été classée sans suite [15].</p>
<h2 id="ce-qui-bouge-maintenant">Ce qui bouge maintenant</h2>
<p>Deux textes de loi sont sur la table [13]. Le premier, porté par le gouvernement, veut la perpétuité pour les violeurs en série d&rsquo;enfants et un délai d&rsquo;enquête plafonné à trois mois [13]. Le second, une proposition plus large, attend l&rsquo;automne [13]. Aucun n&rsquo;est voté. Aucun ne s&rsquo;appelle officiellement « loi Lyhanna », malgré l&rsquo;usage [13].</p>
<p>Le 4 juillet, des marches ont eu lieu dans environ 80 villes [14]. Elles réclament une loi d&rsquo;ensemble contre les violences sexuelles [14].</p>
<p>Reste le fait le plus simple, et le plus dur. Un dossier existait. Il désignait un homme. Il n&rsquo;a pas été mené à son terme. Le reste, la justice le dira.</p>
<h2>Sources</h2><ol><li id="ref-1"><a href="https://www.ici.fr/occitanie/gers-32/fleurance/affaire-lyhanna-l-autopsie-de-la-fillette-n-a-pas-permis-de-determiner-les-causes-de-la-mort-2381871">Affaire Lyhanna : l'autopsie n'a pas permis de déterminer les causes de la mort</a>. ICI (France 3 Occitanie) (2026-06-24)</li><li id="ref-2"><a href="https://www.actu-juridique.fr/justice/affaire-lyhanna-le-pre-rapport-de-linspection-generale-pointe-des-carences-graves-et-des-defaillances/">Affaire Lyhanna : le pré-rapport de l'inspection générale pointe des carences graves et des défaillances</a>. Actu-Juridique (Lextenso) (2026-06-22)</li><li id="ref-3"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/gers/auch/mort-de-lyhanna-l-autopsie-aurait-revele-un-viol-l-adn-de-jerome-barella-retrouve-sur-l-enfant-3371434.html">Mort de Lyhanna : le suspect placé à l'isolement garde le silence</a>. France 3 Occitanie / franceinfo (2026-06-18)</li><li id="ref-4"><a href="https://www.europe1.fr/police-justice/affaire-lyhanna-gerald-darmanin-annonce-une-enquete-administrative-visant-un-substitut-du-procureur-dauch-958503">Affaire Lyhanna : une enquête administrative visant un substitut du procureur d'Auch</a>. Europe 1 (2026-06-22)</li><li id="ref-5"><a href="https://www.publicsenat.fr/actualites/politique/affaire-lyhanna-apres-la-remise-dun-premier-rapport-accablant-les-premieres-sanctions-tombent">Affaire Lyhanna : après la remise d'un premier rapport accablant, les premières sanctions tombent</a>. Public Sénat (2026-06-22)</li><li id="ref-6"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/gers/auch/affaire-lyhanna-menacee-de-mort-et-visee-par-une-vague-de-haine-en-ligne-la-procureure-d-auch-placee-sous-protection-policiere-3365419.html">La procureure d'Auch, menacée de mort et visée par une vague de haine, placée sous protection</a>. France 3 Occitanie / franceinfo (2026-06-09)</li><li id="ref-7"><a href="https://www.lejdd.fr/politique/affaire-lyhanna-bataille-autour-des-sanctions-177561">Affaire Lyhanna : bataille autour des sanctions</a>. Le JDD (2026-06-28)</li><li id="ref-8"><a href="https://www.leclubdesjuristes.com/en-bref/affaire-lyhanna-les-deux-plus-hauts-magistrats-de-france-alertent-sur-une-mecanique-du-bouc-emissaire-dans-une-crise-systemique-16576/">Les deux plus hauts magistrats de France alertent sur une mécanique du bouc émissaire dans une crise systémique</a>. Le Club des Juristes (2026-06-25)</li><li id="ref-9"><a href="https://www.legifrance.gouv.fr/loda/article_lc/LEGIARTI000006451711">Responsabilité de l'État pour le fonctionnement défectueux du service de la justice (art. L. 141-1 COJ, art. 11-1 ord. 1958)</a>. Légifrance (2026-06-07)</li><li id="ref-10"><a href="https://www.justice.gouv.fr/actualites/espace-presse/publication-du-rapport-2024-commission-europeenne-levaluation-systemes-judiciaires">Rapport 2024 de la CEPEJ sur les systèmes judiciaires européens (données 2022)</a>. CEPEJ (Conseil de l'Europe) (2024-10-16)</li><li id="ref-11"><a href="https://www.justice.gouv.fr/sites/default/files/2025-11/Infostat_Justice_205.pdf">Infostat Justice n°205, Viol et agression sexuelle sur mineur</a>. Ministère de la Justice (statistique publique) (2025-11-01)</li><li id="ref-12"><a href="https://www.ciivise.fr/sites/ciivise/files/2024-12/CIIVISE_Rapport_On_vous_croit_nov_2023.pdf">Violences sexuelles faites aux enfants : on vous croit (rapport CIIVISE)</a>. CIIVISE (2023-11-01)</li><li id="ref-13"><a href="https://actu.orange.fr/france/enfance-un-projet-de-loi-a-l-assemblee-bientot-elargi-apres-l-affaire-lyhanna-CNT000002qfpYj.html">Enfance : un projet de loi à l'Assemblée bientôt élargi après l'affaire Lyhanna</a>. AFP (via Orange) (2026-06-28)</li><li id="ref-14"><a href="https://www.euronews.com/my-europe/2026/07/04/thousands-of-protesters-march-throughout-france">Des milliers de manifestants marchent partout en France</a>. Euronews (2026-07-04)</li><li id="ref-15"><a href="https://www.france24.com/fr/france/20260605-affaire-lyhanna-l-ex%C3%A9cutif-d%C3%A9plore-des-dysfonctionnements-accablants-des-services-de-l-%C3%A9tat">Affaire Lyhanna : le corps identifié, l'exécutif déplore des dysfonctionnements</a>. France 24 (avec AFP) (2026-06-05)</li><li id="ref-16"><a href="https://france3-regions.franceinfo.fr/occitanie/gers/auch/mort-de-lyhanna-viol-adn-retrouve-ce-que-changent-les-resultats-de-l-autopsie-sur-les-charges-qui-pesent-contre-jerome-barella-3371563.html">Mort de Lyhanna : viol, ADN retrouvé, ce que changent les résultats de l'autopsie sur les charges, qui pèsent contre Jérôme Barella</a>. France 3 Occitanie / franceinfo (2026-06-19)</li></ol>]]></description></item></channel></rss>