En 2019, une année calme pour les maladies, une vigne française classique a reçu en moyenne 14,2 traitements fongicides 7. En 2025, sur les vignes résistantes suivies, le nombre médian était de cinq 5. Ces vignes se défendent en partie seules. Le 4 novembre 2026, l’institut public de recherche agronomique, qui en a créé une partie, a publié huit ans de suivi : 79 % de traitements fongicides en moins que la moyenne nationale, mesurés par un indice de traitement 1,2. Le gain est plus faible ces dernières années.

Huit vendanges sous observation

Le mildiou et l’oïdium sont deux maladies de la vigne. Elles ravagent feuilles et grappes.

Les vignes dites résistantes portent des défenses venues de vignes sauvages d’Amérique ou d’Asie, apportées par croisement 5. Une partie de ces variétés a été créée en France, à l’INRAE. Elles s’appellent Floreal, Vidoc, Artaban ou Voltis 8.

Comme les hybrides d’autrefois, elles naissent donc d’un croisement entre la vigne européenne et d’autres espèces 5. Selon l’observatoire, ces anciens hybrides couvrent encore 3 348 hectares en France 5,6.

Une analyse chimique de 2023 a étudié des rouges issus de ces croisements. Leurs principaux paramètres sont « proches » de ceux des vins de cépages classiques 22. Un pigment, la malvine, est le marqueur historique des hybrides. Il est présent dans des vins testés, et absent de plusieurs, dont le Vidoc et le Cabernet cortis 22.

Depuis 2018, un observatoire national, OSCAR, suit ces vignes dans de vraies exploitations. Il compte aujourd’hui 199 parcelles, 127 hectares et 31 variétés 1,2.

Ce que mesure le chiffre

Sur les huit ans de l’étude, ces vignes ont reçu en moyenne 79 % de traitements fongicides en moins que la moyenne nationale des vignes classiques 1,2. La mesure est un indice de fréquence de traitement. Il compte le nombre de traitements et leur dose 1.

La baisse a été de 95 % en 2019 19 et de 90 % en 2020 3. Elle est tombée à 69 % en 2024 20 et à 70 % en 2025 4.

Une partie de ce recul tient à la règle de calcul. Jusqu’en 2020, l’observatoire comparait le réseau à l’indice national de 2016, soit 12,65 19,3. Depuis 2021, il le compare à celui de 2019, soit 10,1 20,4. Or 2019 était une année calme 7. La barre est plus basse : à indice égal, le pourcentage de baisse est plus faible.

L’indice moyen du réseau a aussi monté. Il était de 1,3 en 2020 et de 3 en 2025 3,4. Dans le même temps, les parcelles qui transmettent leurs traitements sont passées de 61 à 136, et la pression des maladies a varié 3,4. Aucune source n’établit encore la cause de cette hausse.

Le chiffre compare les parcelles du réseau à une moyenne nationale, pas à des vignes voisines 1,4. Ce sont des parcelles commerciales, conduites chacune par son vigneron, à sa façon 2. Et l’observatoire est piloté par l’institut qui a créé une partie de ces variétés, avec l’institut technique de la filière 1. Les deux vendent ces plants sous une marque commune 8.

Mildiou et oïdium restent « généralement bien maîtrisés », écrit l’institut, y compris les années très favorables aux maladies 1.

Moins de traitements, pas zéro

En 2025, 88 % des parcelles suivies ont été traitées au moins une fois 5. Le nombre médian de fongicides était de cinq, produits de biocontrôle compris 5.

Pour ses dernières variétés, le créateur conseille au moins deux traitements, « en l’état actuel des connaissances ». Selon lui, ils protègent les défenses de la plante 8.

Ce qui résiste moins bien

Le mildiou s’adapte. Une des défenses génétiques contre lui, appelée Rpv3, est désormais « largement » contournée en Europe 9. Une vigne, elle, reste en place 20 à 30 ans 9. Les variétés récentes empilent donc plusieurs défenses. Le mildiou doit alors en contourner plusieurs à la fois 9. Mais si l’un de ces gènes a d’abord été planté seul ailleurs, le mildiou a pu le contourner. L’empilement protège alors moins bien 9.

En 2025, six parcelles ont subi des attaques de mildiou importantes sur les feuilles. Trois étaient en Vallée du Rhône, trois dans le bassin aquitain 5. Elles portaient de l’Artaban, du Muscaris, du Souvignier gris et du Vidoc. Aucune « perte de récolte significative » n’a été relevée 5.

Contre l’oïdium, aucune perte d’efficacité n’a été relevée dans le réseau 1. Le gène principal, appelé Run1, a été contourné par une souche venue d’Amérique du Nord. Ce contournement n’a jamais été observé en Europe à ce jour 5.

Une autre maladie, le black rot, est « de plus en plus observée » dans l’observatoire, selon l’institut. Les traitements contre le mildiou et l’oïdium la tenaient au passage, explique-t-il 1. En 2025, 35 % des parcelles du réseau étaient sous pression de black rot moyenne à très forte 4.

Et dans le verre ?

Le créateur annonce des vins « d’un niveau équivalent à celui de cépages traditionnels » 21. En Nouvelle-Aquitaine, des jurys de professionnels de la filière, réunis par l’institut technique, ont goûté les millésimes 2021 à 2023. Leur verdict change d’une variété à l’autre 10.

Le Floreal, un blanc, est « une des variétés les plus appréciées », proche du sauvignon selon les dégustateurs. Le Vidoc, rouge très coloré et tannique, est « bien apprécié pur » 10.

D’autres convainquent moins. Le Voltis est jugé « plutôt neutre », plus fait pour les bulles. Les rouges d’Artaban sont « souvent peu appréciés », ses rosés davantage 10.

Ajoutée à 10 % dans un assemblage, une variété résistante « n’entraine pas de différence significative » à la dégustation 10.

Où elles poussent déjà

En 2025, les vignes résistantes couvraient 3 107 hectares en France 5. Le vignoble français comptait 766 674 hectares en 2024 12. Ces vignes en occupent donc environ 0,4 %, selon le calcul de ce journal.

En 2023, plus de la moitié de ces vignes poussait en Languedoc-Roussillon, puis dans le bassin Vallée du Rhône-Provence 11. La Champagne n’en comptait que 13 hectares, l’Alsace 4 11.

Les appellations s’ouvrent pourtant. La Champagne a inscrit le Voltis dans son cahier des charges 13. Bordeaux en accepte quatre 14. Le cahier des charges de l’Alsace, dans sa version de fin 2025, admet six variétés résistantes 15.

En Champagne, une règle vise les abords des maisons. Le Voltis planté à moins de 20 mètres des lieux habités ou accueillant des personnes vulnérables ne compte pas dans le plafond de 5 % 13.

Une étude des agences sanitaires, publiée en 2025, a mesuré l’imprégnation des riverains des vignes, enfants compris. Ils sont plus imprégnés par les produits de traitement de la vigne que les personnes éloignées de toute culture 17. Dans les urines, la hausse va de 15 % à 45 % pour une majorité des substances mesurées 26. Là où une comparaison existe, les niveaux restent du même ordre que ceux de la population générale 26. L’étude mesure une exposition, pas un effet sur la santé 17. Aucune mesure ne dit ce que les vignes résistantes changent pour ces riverains.

Dans chaque département, une charte doit prévoir l’information des riverains avant les traitements. Elle doit aussi prévoir les distances de sécurité et la conciliation 25. Elle est publiée sur le site de la préfecture 25.

Pour planter, qui décide

En appellation, une variété résistante ne dépasse pas 5 % des vignes d’une exploitation, ni 10 % de l’assemblage 16. L’organisme de l’appellation demande son inscription, puis le vigneron signe une convention 16. Et son nom ne peut pas figurer sur l’étiquette 15,16. Une bouteille d’appellation ne dit donc pas si elle en contient. Hors appellation, en vin sans indication géographique, le nom du cépage peut figurer sur l’étiquette 24.

Ces plants coûtent plus cher que les plants classiques. Le ministère de l’Agriculture l’a reconnu en 2024, en réponse à une députée, et l’explique par des « recherches récentes » 27.

Pour un vigneron qui remplace ses vieilles vignes, l’aide publique à la restructuration du vignoble peut financer ces variétés, selon la liste de son bassin 18. Elle prévoit des forfaits de 5 600 euros par hectare planté et de 3 500 euros pour la récolte perdue 18. Il n’existe pas de bonus propre aux vignes résistantes 18. Le dernier dépôt a couru du 5 février au 19 mai 2026 23. La décision de la campagne 2025-2026 est sortie fin janvier 2026 18. Au 5 novembre, celle de la campagne suivante n’est pas encore publiée.

Sur les huit ans de l’étude, pas une seule année sous les deux tiers de traitements en moins que la moyenne nationale. La baisse va de 69 % à 95 % selon l’année, la plus faible les deux dernières 19,20,4.