L’État ne classe aucun de ses présidents
La présidence publie la liste de ses huit présidents depuis 1959 1. Le ministère de l’Intérieur publie la même séquence 2. Les deux donnent les noms et les années. Aucun des deux ne dit si un président était de gauche ou de droite.
Ce n’est pas un oubli. Il n’existe pas de définition légale du « bord » d’un dirigeant. L’État n’a donc rien à appliquer. Toute étiquette vient d’ailleurs.
Elle vient d’abord des encyclopédies. Le Larousse range de Gaulle et Pompidou chez les « gaullistes », Mitterrand et Hollande chez les socialistes, Chirac et Sarkozy à droite 3. Un site spécialisé, à consulter avec prudence, ajoute une tendance gauche, droite ou centre pour chacun 4.
Certains présidents ont récusé le classement eux-mêmes. De Gaulle se disait « au-dessus des partis ». Macron s’est présenté comme « ni droite ni gauche ». Ce sont des faits. Ils ne tranchent rien : ce qu’un dirigeant pense de lui-même n’est pas une mesure.
Deux présidents de gauche, au moins quatre à droite
Huit présidents élus, donc. Alain Poher a assuré deux courts intérims, en 1969 et 1974, comme président du Sénat. L’État ne le compte pas parmi les présidents. Il n’est pas compté ici non plus 1.
Deux présidents relèvent de la gauche : François Mitterrand et François Hollande, tous deux socialistes 3,4. Sur ce point, aucune source ne diverge.
Quatre présidents relèvent de la droite au sens strict : Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy 3,4. Ils sont cinq si l’on y ajoute Valéry Giscard d’Estaing, élu et gouvernant dans la majorité de droite.
Restent deux cas qui ne se rangent pas d’eux-mêmes. Giscard d’Estaing est dit « libéral » par l’encyclopédie, « centre » par le site spécialisé, mais il a gouverné avec la droite 3,4. Macron, lui, n’a aucune famille attribuée par le Larousse, et une tendance « centre » ailleurs 3,4. Ces deux-là, selon l’endroit où on les place, font pencher le compte.
Dix-neuf ans de présidence à gauche, le reste à droite et au centre
La gauche a présidé la France dix-neuf ans en tout : quatorze ans de Mitterrand, cinq ans de Hollande 1,4. Sur près de soixante-huit ans de Ve République, c’est moins d’un tiers du temps. Ce chiffre ne bouge pas, quel que soit le classement des cas douteux.
La droite a tenu l’Élysée bien plus longtemps. Au moins trente-deux ans, et jusqu’à trente-neuf ans si l’on y rattache Giscard d’Estaing 1,4. C’est, de loin, le bord qui a présidé le plus longtemps, et avec le plus de présidents.
- droite
- classement discuté
- gauche
Président (par ordre chronologique)
Durée du mandat (années)
Depuis le 14 mai 2017, aucun président de gauche n’a été élu. L’Élysée est tenu par le bloc central, une famille que les sources ne rangent ni à la gauche ni à la droite classiques 1,4.
La présidence ne dit pas tout : qui gouverne vraiment
Le président n’est pas toujours celui qui conduit la politique. La Constitution confie cette tâche au gouvernement, dans son article 20. Et depuis 1986, trois cohabitations ont séparé les deux.
Le détail compte, parce qu’il coupe dans les deux sens. Mitterrand, président de gauche, a gouverné quatre ans avec un gouvernement de droite. Chirac, président de droite, a gouverné cinq ans avec un gouvernement de gauche. Deux fois, la couleur de l’Élysée n’était pas celle de Matignon.
Si l’on compte par gouvernement et non par président, la gauche a été aux commandes environ dix-neuf ans et neuf mois depuis 1981. Sur quarante-cinq ans écoulés, cela fait un peu moins de la moitié. Et aucun gouvernement de gauche n’est revenu depuis mai 2017.
Ce qui tient, quel que soit le classement
Trois faits ne dépendent d’aucun arbitrage. La gauche n’a jamais présidé plus de dix-neuf ans, avec deux présidents seulement. La droite a présidé le plus longtemps et compté le plus de présidents. Depuis 2017, ni gauche ni droite classique à l’Élysée, mais le bloc central.
Un décompte dit qui occupait le fauteuil, pas ce qui a été fait. Mitterrand a nommé un Premier ministre de droite, Chirac un Premier ministre de gauche, et aucune de ces années ne ressemble à l’autre. Les étiquettes, elles, ne viennent pas d’un texte de loi. Elles viennent de l’histoire et de ceux qui l’écrivent.
