Sur les murs, des paysans se penchent encore sur leur ouvrage. Des ânes avancent en file. Des serviteurs portent des offrandes, les bras chargés. Les couleurs sont toujours là, posées il y a plus de quatre mille ans. Une mission égypto-espagnole vient de rouvrir cette tombe à Saqqara, au sud du Caire. Elle y a retrouvé la trace de deux hommes d’une même famille : un juge et son père.

Une tombe restée fermée depuis l’Ancien Empire

L’annonce est tombée le 8 septembre 2026. 1,2 Le ministère égyptien du Tourisme et des Antiquités a présenté une tombe mise au jour près du Caire. Le lieu est célèbre. Saqqara est une immense nécropole, au sud de la capitale. La découverte se trouve dans le secteur nord, le cimetière Mariette. 1

Ce sont des archéologues d’Égypte et d’Espagne qui l’ont dégagée. 1,2 Une mission conjointe, menée avec l’Université autonome de Barcelone, pendant les fouilles de l’été 2026. 2 La structure est un mastaba, une tombe à toit plat. Elle abrite deux chapelles funéraires, ouvertes sur le mur est. 2

Un juge et son père, côte à côte

La première chapelle est celle de Yunmen. Il était juge. 1,2 Les inscriptions gravées lui donnent d’autres titres. Directeur du tribunal. Chef des scribes chargés d’examiner les pétitions et les plaintes. 2 Sa charge, résumée par la dépêche : écouter les appels des sujets du royaume, peser leurs plaintes devant l’État. 1

La seconde chapelle est celle de son père, Ity. Il était scribe. 1 Il s’occupait des terres agricoles et des offrandes. 1,2 Deux rouages du même État. La justice d’un côté, la terre de l’autre.

Des couleurs qui ont traversé les millénaires

C’est l’éclat de la découverte : beaucoup de scènes ont gardé leurs couleurs d’origine. 1,3 Les reliefs sont finement taillés. On y voit des paysans au travail, des processions d’offrandes, des ânes et d’autres animaux. 3 La façade de la chapelle du juge porte des textes funéraires et des formules d’offrandes. 2

Chez le père, un autre détail a tenu bon. Une fausse-porte peinte. 1,2 Les Égyptiens de l’Ancien Empire y voyaient un passage. Par là, les morts étaient censés recevoir leur nourriture, offerte par les vivants. 1

L’âge exact, personne ne le connaît vraiment. La dépêche parle d’environ 4 300 ans, d’autres avancent 4 400. 1,3 Ce n’est pas une erreur. Les dates de cette période sont des estimations. Elles sont calées sur le règne du roi Djedkarê Isési, lui-même mal fixé dans le temps. Disons : plus de quatre mille ans.

Ce que la tombe montre, et ce qu’elle ne montre pas

La tombe n’a livré ni momie, ni sarcophage, ni statue. Ce sont des murs peints, pas un trésor enfoui. Et c’est déjà beaucoup. Un décor presque complet, celui d’une famille de hauts fonctionnaires, encore lisible après quarante siècles.

Le reste appartient au récit officiel. Le responsable du site de Saqqara relie les fonctions du juge au concept de Maât, l’ordre et la justice chez les anciens Égyptiens. 1 Les autorités parlent d’une découverte importante, de « nouvelles données » sur la nécropole. 2 Ces mots viennent de l’institution qui annonce, et qui promeut aussi le tourisme du pays. Aucune étude scientifique n’a encore été publiée pour les appuyer.

Reste ce que les yeux voient. Des murs peints il y a plus de quatre mille ans, aux couleurs vives. Le souvenir d’un homme dont le métier était d’écouter les plaintes des gens, et de son père juste à côté. C’est ce que la tombe a gardé.