Une boîte oubliée à la Bodléienne
Un chercheur invité à Oxford explorait les archives de Tolkien à la Bibliothèque bodléienne. Il étudiait le travail universitaire de l’écrivain, pas ses romans. Au fond d’une boîte, il tombe sur un tapuscrit de dix pages. Chaque page porte des corrections et des ajouts de la main de Tolkien. Personne n’en avait parlé publiquement 1,2.
Le chercheur qui l’a trouvée a raconté ce moment.
« J’ai ouvert la boîte et je pouvais à peine en croire mes yeux. Parmi les documents se trouvait une traduction de Tolkien dont, autant qu’on puisse dire, personne n’avait parlé publiquement auparavant. » 3
Le document est classé à la Bodléienne sous la cote MS Tolkien A 33/1, folios 49 à 58. Dix pages, une seule face, format folio, corrigées à la plume sur chaque page 1. Il s’agit très probablement d’une copie carbone. L’exemplaire original, lui, reste introuvable 1.
Pas un roman, mais Tolkien au travail
Il faut le dire tout de suite. Ce n’est pas un texte inconnu de la Terre du Milieu. Ni hobbits, ni elfes, ni carte d’un nouveau royaume. C’est autre chose, et c’est précieux autrement. On y voit l’homme derrière le romancier, celui qui gagnait sa vie comme professeur à Oxford. Un savant penché sur un vieux texte, qui traduit, rature, recommence.
Un texte du XIIIe siècle qu’il connaissait par cœur
Le texte traduit s’appelle Sawles Warde, la garde de l’âme. C’est une homélie en prose du début du XIIIe siècle, écrite vers 1210. Tolkien l’a intitulée Soul’s Ward. Elle appartient à un ensemble de textes religieux médiévaux, le Katherine Group. Elle est écrite dans une variété d’ancien anglais des West Midlands, la « langue AB », que Tolkien avait lui-même identifiée et nommée 1,3.
Ce texte, il l’avait étudié et enseigné pendant des années. Pour le traduire, il avait comparé ses trois versions manuscrites médiévales et retenu la moins abîmée comme base 1. Selon les éditeurs de l’édition savante, cette traduction est l’aboutissement de tout ce travail. Ils avancent aussi qu’elle s’appuie sur une édition critique que Tolkien avait préparée, aujourd’hui perdue 1. Cette édition perdue reste une hypothèse déduite de la traduction, pas un objet retrouvé.
Quand a-t-il tapé ces pages ? Sans doute dans les années 1950, autour de 1955 ou 1956. La datation repose sur des indices, pas sur une date certaine 1. Des annotations au stylo à bille rouge, un support peu répandu avant 1950. Une page de titre au brouillon datée de mai 1956. Et le fait qu’il avait repris l’enseignement de ce texte en 1956.
Ce que la trouvaille ouvre
L’édition savante a été mise en ligne le 8 juin 2026 dans une revue d’Oxford, en accès libre 1. N’importe qui peut donc la lire sans payer. Selon ses éditeurs, cette traduction peut servir de porte d’entrée vers le texte médiéval pour le grand public, comme les autres traductions de Tolkien l’ont fait avant elle 1. Le collège d’Oxford qui emploie le chercheur y voit un « regard neuf » sur son rapport aux textes du Moyen Âge 2. Ces appréciations viennent de personnes qui ont porté le projet, elles disent l’intérêt réel de la découverte sans en faire une révolution.
Une réserve d’honnêteté, enfin. Certains commentateurs relient sa maîtrise de ce vieux dialecte à la « texture historique » des langues qu’il a inventées pour ses romans 3. L’idée est belle, mais elle reste une interprétation, pas une démonstration.
Reste l’essentiel. Quelques pages sauvées de l’oubli au fond d’une boîte, et rendues lisibles par tous. Une découverte qui ajoute sans rien retirer.
