Des coupures qui durent, puis reprennent
Austen est arrivée dans la nuit du 22 au 23 octobre 18. Dans le Finistère, les chiffres d’Enedis relayés par la préfecture baissent, puis remontent. 57 200 clients coupés vendredi à 8 heures. 15 000 samedi à 18 heures. Puis 17 200 le dimanche matin, après des « vents violents constatés cette nuit », selon la préfecture 17. Rien ne dit que ce sont les mêmes foyers. La durée de coupure d’un même foyer n’est publiée nulle part.
Le chiffre national de 288 600 « foyers » coupés au pic vient d’Enedis, repris par la presse. Aucun communiqué d’Enedis le portant n’a été trouvé. Il porte sur des compteurs, pas des foyers : une ferme ou une résidence secondaire en sont aussi.
Un forfait sur la facture, sans rien demander
Selon la Commission de régulation de l’énergie, qui fixe le tarif des réseaux, une coupure de plus de 5 heures « due à une défaillance imputable au réseau public de distribution » donne droit à un dédommagement. Le texte dit : « y compris lors d’événements exceptionnels » 1.
Le montant dépend de la puissance de l’abonnement, en kVA, écrite sur la facture : 2 euros hors taxes par kVA et par tranche de 5 heures. Le plafond est de 40 tranches, un peu plus de huit jours 1. Un exemple, sans lien avec une durée connue pour Austen. En 9 kVA, 48 heures de coupure donnent 162 euros hors taxes. Au plafond, 720 euros. Ce calcul de ce journal ne compte que les tranches complètes, comme le médiateur de l’énergie 3. Sous 5 heures, rien.
La tempête ne fait pas tomber ce droit. Seule exception pour Enedis : une coupure de plus de 20 % des consommateurs alimentés par le réseau de transport 1. Le pic de 288 600 clients pèse moins de 1 % des 38 millions de compteurs Linky, selon un calcul de ce journal 2.
Aucune démarche n’est à faire. Enedis verse la somme au fournisseur, EDF ou un autre, qui la reporte sur une facture 4. Enedis dit prévenir les clients concernés par courriel ou SMS 5. Le versement n’empêche pas d’aller devant un juge 1.
Aucun délai pour payer
Aucune date de versement n’est fixée 1. Après les tempêtes de novembre 2023, Ciarán et Domingos, Enedis dit avoir versé 103 millions d’euros en 2024 5. Au moins 103 millions sont donc arrivés l’année suivante.
La durée de la coupure, base du montant, est mesurée par Enedis, celui qui paie. Le régulateur relève lui-même « des impacts incertains de l’intégration des données Linky sur le calcul des coupures longues ». Il évoque des clients « dont le préjudice ressenti est identique, mais qui ne seraient plus indemnisés du fait de la nouvelle chaîne de mesure » 1.
En 2025, sur 94,7 millions d’euros de forfaits, 19,7 millions sont restés à la charge d’Enedis 2. Le reste passe par le tarif payé par tous les abonnés, coupés compris.
Après Ciarán, un refus désavoué
Après Ciarán, un foyer est resté 67 heures sans courant. Le poste électrique du quartier, inondé, avait été coupé par sécurité. Le gestionnaire de réseau, non nommé, a refusé de payer. Selon lui, ce n’était pas « une défaillance des équipements » 3.
Le médiateur national de l’énergie, autorité publique indépendante, lui a donné tort. Il a recommandé 234 euros hors taxes (9 kVA, 13 tranches), plus 50 euros de frais de dossier 3. Une recommandation n’oblige pas. La suite n’est pas connue.
Appareils grillés, congélateur : l’assurance d’abord
Le forfait ne paie pas les dégâts. Pour le congélateur perdu ou la télévision grillée, Enedis renvoie vers l’assurance. Selon lui, une coupure « n’endommage pas, à elle seule, les appareils » 4. C’est sa position sur sa propre responsabilité.
Tout contrat d’assurance habitation couvre « les effets du vent dû aux tempêtes », la loi l’impose. Cette garantie joue aux conditions du contrat, qui peut fixer son propre seuil de vent. Le régime des catastrophes naturelles, lui, ne vise le vent que pour les cyclones : aucun arrêté n’est nécessaire 8. Une inondation, elle, peut en relever : la commune a 24 mois pour demander l’arrêté. Le sinistré a ensuite 30 jours pour déclarer 8. Aucun arrêté n’avait été trouvé au 26 octobre.
Les dégâts se déclarent dans le délai du contrat, jamais moins de cinq jours ouvrés. Un retard ne fait perdre la garantie que si l’assureur prouve qu’il lui a causé un préjudice 8.
Appareils grillés, congélateur, hôtel : les garanties « dommages électriques », « perte de denrées » et « frais de relogement » dépendent du contrat. Aucune n’est imposée par la loi 12,13. Aucune loi ne fixe à l’assureur de délai pour payer un sinistre tempête 8.
Pour Ciarán, la fédération des assureurs avait allongé d’elle-même le délai de déclaration au 1er décembre 2023 14. Rien de tel pour Austen au 26 octobre.
Le câble tombé sur la clôture
Autre cas : un poteau sur un toit, un câble qui brûle une haie, des appareils grillés par une rupture de neutre. Enedis indique qu’une demande « peut être étudiée après analyse du dossier ». Il conseille de déclarer d’abord à l’assureur, avec photos, devis et factures. Puis de réclamer à Enedis, en ligne, par courrier ou par le fournisseur 4,7. La réclamation donne la date, le lieu, l’heure, la nature des dégâts et leur estimation. C’est au client de prouver le lien entre l’incident et le dommage 6.
Au client, le contrat d’Enedis conseille une lettre recommandée dans les 20 jours. Enedis, lui, s’accorde 30 jours pour répondre, sauf en « situation de crise ». Le contrat la définit : un événement grave qui touche plus de 30 000 clients, technique ou climatique 6. Dans le seul Finistère, Austen en a coupé 57 200 17. Le délai de 30 jours ne vaut donc probablement pas. Aucune déclaration de crise d’Enedis n’est publiée. En cas de désaccord, le contrat prévoit une expertise amiable, puis le tribunal 6.
Le contrat prévoit aussi la force majeure. Une tempête qui coupe au moins 100 000 compteurs le même jour, pour la même cause, laisse Enedis sans « aucune obligation de réparation » 6. Le pic de 288 600 clients dépasserait ce seuil. Mais aucune pièce ne le situe sur un même jour et une même cause. Seul un juge tranche. Et la clause ne touche pas le forfait 1.
Hors contrat, la loi sur les produits défectueux vise aussi l’électricité. Elle laisse trois ans pour agir, preuve du dommage, du défaut et du lien à l’appui 9. Pour un bien, seul le dommage supérieur à 500 euros compte 9,21. Aucune décision lue par ce journal ne dit si une surtension est un défaut, ni si Enedis est producteur.
Sous respirateur, une information, pas une priorité
Après Ciarán, une patiente sous respirateur est restée cinq jours sans courant, selon un député du Finistère. Elle n’était pas inscrite comme patiente à haut risque vital. La réponse du ministère, en mars 2025, ne traite pas ce cas 20.
Ce statut vaut pour un respirateur plus de 20 heures par jour, ou un enfant nourri par perfusion. Il donne un numéro pour connaître la durée probable de la coupure. Pas de rétablissement prioritaire : « une obligation d’information mais pas d’alimentation » 19. Il se demande chaque année à l’agence régionale de santé, certificat médical à l’appui. Une batterie ou un groupe de secours reste nécessaire 19.
Qui tranche, et dans quels délais
Un litige avec l’assureur passe d’abord par son service réclamation, qui a deux mois pour répondre. Puis par le médiateur de l’assurance 15. Ce recours est gratuit, la loi le garantit 22. Le foyer a deux ans pour agir. Une lettre recommandée avec accusé de réception qui réclame l’indemnité relance ces deux ans 8,16.
Le forfait se surveille sur les prochaines factures. S’il manque ou s’il est refusé, une réclamation écrite au fournisseur ou à Enedis ouvre la voie. Sans solution après deux mois, le foyer peut saisir gratuitement le médiateur national de l’énergie. Il a un an après sa réclamation 10,11. Le médiateur rend sa recommandation sous 90 jours, sauf litige complexe 22.
Le vent n’y change rien. Plus de cinq heures sans courant venu du réseau ouvrent droit au forfait. Même pendant une tempête 1.
