Le 1er novembre, le paquet de Marlboro rouge passe de 13,50 à 14 euros. Le même jour, d’autres paquets baissent de quelques dizaines de centimes. Un arrêté des douanes a fixé la nouvelle grille. Elle touche 59 produits sur près de 5 000.

Trente-sept prix en hausse, vingt-deux en baisse

L’arrêté est daté du 29 septembre 2026. Il est publié au Journal officiel. Il s’applique à partir du 1er novembre. Il fait changer 59 références sur 4 999 1. Trente-sept montent, vingt-deux baissent. Pour les seules cigarettes, dix références bougent, dans les deux sens.

Côté hausses, le paquet de Marlboro rouge passe de 13,50 à 14 euros. Un tabac à rouler blond de 30 grammes passe de 15,60 à 16 euros. Côté baisses, deux références reculent de 30 centimes, à 11,20 euros 1. Ce n’est donc pas une hausse générale du tabac.

Qui décide de ce prix ? Les fabricants le proposent eux-mêmes 1. Les douanes l’homologuent, puis le publient par arrêté. Le tarif devient le même partout, à Lille comme à Marseille 2. Le paquet qui monte au 1er novembre a été proposé par son propre fabricant.

Plus de 80 % de taxes, et une hausse qui vient de la loi

La vraie hausse, celle qui revient chaque année, ne vient pas de cet arrêté. Elle vient de l’impôt. La taxe sur le tabac est fixée par la loi qui finance la Sécurité sociale, votée chaque année. Depuis 2024, elle suit l’inflation 2. C’est elle qui pousse les prix vers le haut, année après année.

Sur un paquet, les taxes font plus de 80 % du prix 2. Le reste se partage entre le buraliste et le fabricant. Sur un paquet premium vendu 12,5 euros début 2024, le compte était le suivant : environ 8,5 euros de taxe sur le tabac, 2 euros de TVA, 1 euro pour le buraliste et 1 euro pour le fabricant 3. Le prix moyen d’un paquet de vingt était de 12,47 euros en septembre 2026 2.

L’arrêté du 1er novembre ne fait qu’homologuer des prix. La hausse de fond, elle, est une décision politique, inscrite dans la loi et calée sur l’inflation.

Où vont les 14 milliards

Presque tout l’argent prélevé part à la Sécurité sociale. L’État lui a transféré la totalité des droits sur le tabac 4.

Les premiers destinataires sont l’assurance maladie, la caisse des agriculteurs et les caisses d’allocations familiales 4. La TVA sur le tabac, elle, finance la branche maladie 4. L’argent du paquet paie donc surtout des soins.

À chaque hausse de prix, deux acteurs gagnent mécaniquement. Le buraliste touche une part proportionnelle au prix, autour de 1 euro sur un paquet premium 3. Cette part grossit quand le prix monte. Le fabricant, lui, garde sa marge. Tous deux défendent leur propre activité, leur parole se lit en gardant cela en tête.

La même somme pour tous, plus lourde pour les petits budgets

Sur un même paquet, la taxe est la même pour tout le monde. Elle ne dépend pas du revenu de l’acheteur.

Et ce sont les ménages modestes qui fument le plus. Chez les ouvriers, 25,1 % fument chaque jour, contre 11,8 % chez les cadres 5. Parmi les personnes qui disent avoir une situation financière difficile, 30 % fument au quotidien, contre 10 % de celles qui se sentent à l’aise 5. Du côté de l’emploi, c’est 29,7 % chez les chômeurs contre 19,2 % chez les actifs 5.

La charge pèse donc d’abord sur ceux qui gagnent le moins et qui fument. Un salarié modeste qui achète son paquet chaque jour y laisse la même taxe qu’un cadre, mais une part bien plus grande de sa paie.

Il faut tenir l’autre moitié du fait, sans la gommer. Le prix élevé fait d’abord renoncer les plus modestes et les jeunes 3. Or ce sont eux qui gagnent le plus à arrêter. La même taxe qui ampute leur budget les protège aussi en premier. Les deux sont vrais en même temps.

Pourquoi une taxe aussi forte ? Le tabac reste la première cause de mortalité que l’on pourrait éviter. Une estimation officielle lui attribuait 75 320 décès pour la seule année 2015 6. La consommation recule quand le prix monte nettement 3. La hausse des prix est d’ailleurs recommandée par l’Organisation mondiale de la santé 3, qui en fait un outil de santé publique.

Ce que le tabac rapporte, ce qu’il coûte

Reste une idée tenace : l’État s’enrichirait sur le dos des fumeurs. En 2019, le tabac a rapporté 13,1 milliards d’euros de taxes. La même année, il a coûté 16,4 milliards en soins de santé qui lui sont liés 7. La Sécurité sociale encaisse le paquet. Elle dépense davantage qu’il ne lui rapporte.