Un atelier sorti de terre avant le canal
Le chantier a duré neuf mois, jusqu’en juin 2026 2. Les fouilles ont couvert 20 000 m², sur le tracé du futur canal Seine-Nord Europe 1. Le site a été occupé très longtemps, du Ier siècle avant notre ère au IIIe siècle après 1. Il s’étendait au bord d’une voie romaine, celle qui reliait Noyon à Amiens 1. La découverte a été rendue publique fin septembre 2026 1.
Ce qui frappe ici, ce n’est pas un bel objet unique. C’est que tout l’atelier est là.
Chaque étape du travail, au même endroit
Le plus souvent, on retrouve des poteries, ou bien un four isolé. À Sermaize, on retrouve la fabrique entière 1. Toute la suite des gestes est conservée, de l’argile sortie du sol jusqu’à la vente des pots 1.
D’abord l’argile. Les potiers la tiraient d’une grande zone de creusement, large de 2 500 m² 1. Reste à confirmer, par des analyses en laboratoire, que cette argile servait bien à l’atelier 1.
Ensuite la préparation. Vingt bassins recevaient l’argile 1. On l’y laissait reposer, le temps qu’elle devienne propre et souple à travailler 1.
Puis le façonnage. Les archéologues ont trouvé quatorze groupes d’emplacements de tours 1. Dans certains, jusqu’à six tours tournaient en même temps 1. Ils sont remarquablement conservés 1. Avec eux, six pivots en pierre et treize outils en silex 1.
Vient la cuisson, dans des fours de trois types différents 1.
Enfin l’écoulement. Une dizaine de réserves, des celliers, bordait la voie romaine, pour stocker les pots avant de les vendre 1.
Un savoir-faire qui s’adapte pendant trois siècles
L’atelier n’est pas resté figé. Au fil du temps, les fours changent, et les poteries aussi 1. Les deux évoluent ensemble 1.
Au début, on y fabrique une vaisselle fine à surface noire, imitée des modèles venus d’Italie 1. Des gobelets brillent de reflets dorés 1. Plus tard, de nouveaux fours apparaissent 1. La production passe alors à une vaisselle plus ordinaire, de couleur sombre 1. Pendant près de trois siècles, le même lieu se transforme pour suivre les besoins.
Des pots qui voyageaient loin
Le site a livré des centaines de milliers de tessons, ces morceaux de poterie cassée 2,3. L’équipe pense que ces céramiques ont voyagé loin, le long des voies romaines, jusqu’au nord de l’Écosse et jusqu’en Suisse 2,3. Ce point reste à établir : la méthode qui relierait Sermaize à ces régions n’a pas encore été publiée 2,3. Une chose est sûre, l’atelier était tourné vers le commerce. Il se tenait au bord d’une grande route, avec ses réserves de stockage 1.
Un site sauvé parce qu’il va disparaître
Si cet atelier a été étudié, c’est parce qu’il est condamné. Il sera recouvert par les travaux du canal 2,3. La fouille l’a donc sauvé par l’étude. Ce que le sol gardait depuis 2 000 ans a été dégagé, mesuré et enregistré, avant de laisser la place.
Ce qui restera, ce n’est pas une pièce de musée. C’est la mémoire complète d’un métier. Chaque geste de ces potiers, retrouvé et consigné, du premier au dernier.
