Le 5 juillet 2025, des nageurs sont entrés dans la Seine au bras Marie, en plein Paris. Un geste simple, interdit depuis 1923. Cet été-là, ils ont été près de cent mille à s’y baigner.

Un fleuve rendu aux nageurs

Trois sites parisiens ont ouvert du 5 juillet au 31 août 2025 : le bras Marie dans le centre, le bras de Grenelle dans le 15e, et Bercy dans le 12e 7. Deux autres ont ouvert sur la Marne, à Maisons-Alfort et Joinville-le-Pont 7. C’était la première baignade publique autorisée depuis un arrêté préfectoral de 1923 1.

L’interdiction datait donc d’un siècle. Elle avait été prise pour deux raisons : le danger de la navigation et la pollution du fleuve 1. Avant elle, se baigner dans la Seine était un usage populaire, avec ses bateaux-bains et ses écoles de natation 1. En 1988, le maire de Paris Jacques Chirac avait promis de s’y baigner « devant témoins » dans les trois ans. La promesse n’a jamais été tenue 1.

Le succès de l’été 2025 se compte : environ 100 000 baigneurs sur les trois sites parisiens, et 50 000 de plus sur la Marne 7,5. Le public est d’abord local. Près de six baigneurs sur dix étaient parisiens, deux sur dix venaient d’ailleurs en Île-de-France 7. Ce n’est pas un décor pour touristes : ce sont surtout des habitants qui sont venus nager près de chez eux.

Comment on en est arrivé là

Le levier n’a pas été de traiter l’eau du fleuve. Il a été de réduire les eaux usées qui y arrivaient. Deux stations d’épuration, à Valenton et Noisy-le-Grand, ont reçu des unités de désinfection. Elles représentent à elles seules deux tiers de l’amélioration attendue par temps sec, selon l’État 2.

Le reste tient à des ouvrages précis. Un grand réservoir souterrain a été creusé près d’Austerlitz : environ 50 000 m³, l’équivalent de vingt piscines olympiques. Il a coûté environ 100 millions d’euros 2. Il stocke le trop-plein des orages au lieu de le laisser filer dans la Seine. Les bateaux du bief de Paris rejetaient leurs eaux usées dans le fleuve. Ils ont tous été raccordés au réseau en juillet 2022, pour 12,5 millions d’euros 2. Des milliers de branchements mal faits, qui envoyaient des eaux usées dans le mauvais tuyau, ont été corrigés 2.

L’ensemble a coûté cher : entre 1,3 et 1,4 milliard d’euros selon le périmètre retenu. L’État en a porté 700 millions 2,5. Les Jeux olympiques de 2024 ont servi de moteur, et de date butoir. Leur échéance a concentré des décennies de promesses en un calendrier enfin tenu 2. L’État estime que 75 % de la pollution bactérienne a été abattue 2. Ce chiffre vient du maître d’ouvrage, sur son propre bilan, et aucune mesure indépendante ne l’a confirmé à ce jour.

Ce que ça change pour les habitants

C’est un lieu de baignade gratuit, au cœur de la ville. Et on y vient sans voiture : 41 % des baigneurs en transports en commun, 34 % à vélo ou en trottinette, 21 % à pied. Seuls 4 % sont venus en voiture ou en deux-roues motorisé 8. La proximité et la gratuité sont les deux premières raisons citées 8. C’est un usage de quartier, pas une sortie exceptionnelle.

L’intérêt dépasse le loisir. Se rafraîchir gratuitement, en pleine ville, compte de plus en plus. Les canicules s’intensifient 7. Tout le monde n’a pas une piscine ou la mer à portée de main. Les présents, eux, se disent très satisfaits : 9,6 sur 10 pour la sécurité, 9,2 pour la propreté 8. Ce sont les notes de ceux qui sont venus, pas de la population entière, mais elles disent une expérience réussie.

L’accès s’élargit. En 2026, huit sites ouvriront au lieu de cinq, dont un nouveau à Neuilly-sur-Marne, en Seine-Saint-Denis 5. La baignade sort ainsi de Paris pour gagner un département populaire.

Une baignade qui dépend du ciel

Reste une limite, et elle est réelle. Le réseau d’égouts parisien mélange encore les eaux usées et l’eau de pluie. Par forte pluie, il déborde, et les sites ferment par précaution 4,5. En juillet 2025, la pluie a fermé les sites plus d’un tiers du temps 5. C’est la météo, pas les travaux de temps sec, qui décide de l’ouverture au jour le jour.

Cette météo explique un classement qui pourrait tromper. Sur l’année 2025, la qualité de l’eau a été jugée « insuffisante » pour cinq sites 5. La raison est technique : la note annuelle intègre les jours de pluie, où les sites étaient justement fermés 3,5. Les jours d’ouverture au public, en revanche, tous les tests indiquaient une eau conforme 5. Les deux faits vont ensemble. L’eau était bonne quand on nageait. La note annuelle est basse parce qu’elle compte aussi les jours de fermeture.

Un dernier point mérite d’être dit clairement. La norme européenne ne mesure que deux bactéries d’origine fécale 3. Elle ne dit rien des polluants chimiques, que personne ne suit dans le cadre de la baignade 3,6. Une association indépendante prend ses propres mesures depuis 2023, par tous les temps, et rappelle cette limite 6. L’eau est propre au sens où la loi l’entend. Ça ne veut pas dire que tout est sous contrôle sur le plan sanitaire.

Un siècle après l’arrêté de 1923, la Seine est redevenue un fleuve où l’on nage. Cent mille personnes l’ont fait le premier été, presque toutes venues à pied ou à vélo. Et en 2026, la baignade gagnera la Seine-Saint-Denis.