Dans le Cher, la sécheresse a grillé maïs, tournesols et lentilles entre mai et septembre 2025. L’État ne l’a reconnu que le 8 janvier 2026, par arrêté. Les exploitants ont eu jusqu’au 29 juin 2026 pour déposer leur dossier. Le versement vient après. Un an sépare la récolte perdue du premier euro d’indemnité.

Un dixième de point, pas un point

Les canicules de 2026 coûtent 0,1 point de PIB à la France 1. Le chiffre vient d’une administration de Bercy, présenté début septembre devant une mission parlementaire. C’est un dixième de point, pas un point entier. Rapporté à un PIB d’environ 2 900 milliards d’euros, cela fait à peu près trois milliards.

Presque tout est agricole. La valeur ajoutée de l’agriculture reculerait de 8 % sur l’année 1. Le maïs perd 35 % par rapport à 2025 1. Au 10 août, l’herbe des prairies avait poussé d’un tiers de moins que la normale 1. Moins de fourrage, donc, pour les bêtes.

Hors des champs, Bercy ne voit « pas de décrochage généralisé » 1. La chaleur pèse sur le travail. Elle gêne des chantiers et des transports. Mais les entreprises se sont adaptées. Le coût macro de la canicule tient donc presque entièrement dans les fermes.

Deux factures qu’on ne peut pas additionner

Un autre chiffre circule, bien plus gros. La ministre de la Transition écologique parle de 10 à 15 milliards d’euros de « coûts directs et indirects » 2. Ce n’est pas la même chose. Bercy compte la richesse qui n’a pas été produite. La ministre compte les dégâts : incendies, sécheresse, fissures dans les murs.

Les deux mesures ne se recouvrent pas. On ne les additionne pas. L’une et l’autre sont des estimations de membres du gouvernement, en pleine gestion de crise. Elles restent à confirmer par un bilan. Pour donner une idée, la sécheresse de 2022 avait été chiffrée à au moins 5,6 milliards 2. Là-dessus, 3,5 milliards venaient de fissures dans les bâtiments, et près d’un milliard de surcoûts d’énergie 2. L’essentiel, donc, hors des champs.

Les moyens promis : l’affiche et la ligne votée

Le gouvernement met en avant un « plan d’urgence agricole de plus de 300 millions d’euros », permis par le budget 2026 3. Le total est réel. Mais il additionne des postes très différents. Le plus gros, 130 millions, sert à arracher des vignes 3. Vingt-deux millions vont contre une maladie du bétail 3. Ces lignes ne visent ni la sécheresse ni la chaleur.

Ce qui touche l’eau et les cultures brûlées est plus mince. Un soutien aux grandes cultures de 40 millions, et un fonds pour l’eau 3. Sur ce fonds, deux chiffres s’affrontent. Le ministère annonce un « triplement », à 60 millions 3. L’avis budgétaire du Sénat, lui, ne voit que 20 millions inscrits 4. Et la ministre elle-même reconnaît un simple « fonds d’amorçage ».

« C’était ma ligne rouge : sans eau, pas d’agriculture. C’est un fonds d’amorçage, il faudra aller bien au-delà avec l’aide européenne. »

Annie Genevard, ministre de l'Agriculture

Derrière le plan d’urgence, le budget de fond baisse. Dans le même texte, la mission Agriculture perd environ 551 millions d’euros d’engagements sur l’année, soit 11,6 % 4. Les crédits de la planification écologique agricole tombent d’un milliard en 2023 à 118 millions en 2026 4. Le filet de l’assurance récolte, lui, reste doté d’environ 600 millions 4. L’urgence s’affiche pendant que le socle recule.

Qui encaisse la perte

Depuis 2023, le risque climatique agricole est partagé en trois étages 6. Les petits coups durs restent pour l’exploitant. Les pertes moyennes vont à une assurance aidée par l’État. Les catastrophes relèvent de la solidarité nationale.

En pratique, l’exploitant est en première ligne. En grandes cultures, tant qu’il n’a pas perdu la moitié de sa récolte, il n’a droit à rien 5,6. Au-delà du seuil, tout dépend s’il est assuré. Un assuré est couvert à 90 % par l’État 6. Un non-assuré n’a touché que 35 % en 2025, un taux qui baisse chaque année pour pousser à s’assurer 6.

Le problème, c’est que la plupart ne sont pas assurés. Seuls 30 % des surfaces le sont 7. Le taux de 35 % frappe donc la majorité des champs. S’ajoute le temps. La perte est de l’été, l’indemnité de l’année d’après. Entre les deux, il faut tenir la trésorerie.

Le reste de la note est payé par d’autres. Par le contribuable français et européen d’abord : l’État aide 70 % de la prime d’assurance et finance la solidarité nationale, autour de 600 millions par an 4,6. Par chaque assuré ensuite. Les dégâts aux murs relèvent d’un autre régime, financé par une surtaxe sur les contrats d’assurance. Au 1er janvier 2025, elle est passée de 12 à 20 % sur l’habitation 8. Selon un assureur, la cotisation moyenne monte alors d’environ 25 à 41 euros par an 9. Le consommateur, lui, pourrait payer plus cher le maïs, le fourrage ou la viande. Mais aucun de ces chiffres ne le montre à ce jour 1.

Reste l’exploitant. Il a vu la sécheresse dans son champ à l’été 2025. Il déposera son dossier au printemps 2026, touchera plus tard, et souvent une part seulement. Le seuil, il ne le franchit pas toujours. Pendant ce temps, l’argent annoncé en renfort est parti pour l’essentiel vers d’autres crises, et le budget de fond a baissé.