Le 25 octobre, le parquet national antiterroriste lève la garde à vue de Kévin T., 39 ans. Le suspect de l’attaque de Trappes et de La Verrière part en observation à l’infirmerie psychiatrique de la préfecture de police 2. Une source proche de l’enquête affirme à l’AFP qu’il suit un traitement pour schizophrénie. Le parquet n’en dit rien 2. Le lendemain, selon le procureur, un psychiatre ne relève aucun signe de délire ni d’hallucination. La garde à vue reprend 3. Sur la maladie elle-même, les données sont nettes. Le risque de violence est réel. La drogue et l’alcool l’aggravent nettement 8. Et neuf personnes atteintes sur dix n’ont jamais été violentes 9.

Ce que l’enquête établit sur le suspect

Le 23 octobre 2026, un homme tire depuis sa voiture sur des passants, à Trappes puis à La Verrière, dans les Yvelines 1. Pengo Bossio Wangi, 26 ans, est tué. Cinq personnes sont blessées, dont une enfant de 12 ans touchée par huit balles 2. Selon Mediapart, les victimes sont « toutes noires ou arabes » 5.

Le parquet enquête du chef « d’assassinats et de tentatives d’assassinats en relation avec une entreprise terroriste et avec la circonstance que les faits ont été commis à raison de l’appartenance vraie ou supposée à une prétendue race, ethnie, nation ou religion » 2. Le président de la République parle d’un acte « terroriste raciste » 4. Selon le procureur, le suspect ne conteste pas les faits, mais leur « caractère raciste » 3. Le procureur dément aussi la présence d’un tract de parti politique dans la voiture 3. Kévin T. est présumé innocent. Au 27 octobre au matin, aucune mise en examen n’a été trouvée.

Le parquet a relevé du cannabis et de la cocaïne dans son sang 2. L’examen du 26 octobre disait s’il pouvait être entendu ce jour-là. Ni l’un ni l’autre ne dit son état au moment des faits. Cela se tranche plus tard, sur expertise, par un juge 6. Une maladie et une idéologie peuvent aller ensemble : aucune source n’établit qu’elles s’excluent. Une revue des études s’est penchée sur les auteurs d’extrémisme violent. Environ 14 % ont un trouble mental confirmé. Ses auteurs jugent ce chiffre un peu gonflé. Aucun diagnostic ne domine 7.

Plus de violence, sur une base basse

Les personnes atteintes de schizophrénie sont plus souvent auteurs de violences que la moyenne. Une synthèse de 2022, sur quinze pays, chiffre l’écart 8. Chez les hommes, le risque est environ 4,5 fois plus élevé. Chez les femmes, environ 10 fois. Les résultats varient beaucoup d’une étude à l’autre.

Le rapport élevé chez les femmes part d’une base très basse. Au Danemark, 0,1 % des femmes sans trouble ont commis un crime violent, contre 2,8 % des femmes atteintes. Chez les hommes, c’est 2,7 % contre 11,3 % 9.

À l’échelle d’un pays, le poids est faible. En Suède, les troubles mentaux graves pèsent environ un crime violent sur vingt 11. Pour l’homicide, la part monte à environ 20 % dans cinq études scandinaves. Elles comptent les psychoses au sens large 9. Mais l’homicide d’un inconnu par une personne atteinte de psychose reste rare. Il est de l’ordre d’un par an pour 14,3 millions d’habitants 9.

La drogue, l’alcool, et le premier épisode

L’écart ne vient pas de la maladie seule. Sans addiction, le risque des malades est 3,5 fois celui de la population. Avec une addiction, il passe à 9,9 8. Il rejoint alors celui des consommateurs sans psychose, selon une synthèse plus ancienne 10. Un écart demeure sans drogue ni alcool. Aucune source consultée ne mesure d’où il vient. La Haute Autorité de santé cite des pistes : une psychose non traitée, un suivi rompu, un traitement arrêté 9.

Une enquête américaine sur 34 653 personnes va dans le même sens. Un trouble grave (schizophrénie, trouble bipolaire, dépression majeure), seul, ne prédisait pas la violence 12. Ce qui la prédisait joue chez tout le monde : des violences passées, des coups reçus, la drogue, le chômage, un divorce récent. La plupart de ces facteurs étaient plus fréquents chez les malades 12.

Reste le moment. 38,5 % des homicides commis par des personnes atteintes de psychose ont lieu au premier épisode, avant tout traitement 13. C’est une minorité, mais une part lourde pour une période courte. Ce chiffre dit quand ces homicides surviennent. Il ne prouve pas, à lui seul, que le traitement les évite.

Plus souvent frappés que la moyenne

D’après leurs déclarations, les personnes atteintes de psychose subissent des violences 4 à 6 fois plus souvent que le reste de la population 14. Une sur cinq en a subi sur trois ans au plus. En Angleterre, 19 % des patients atteints de troubles graves ont été agressés dans l’année, contre 3 % des autres habitants 15. Ceux qui ont commis un crime sont nettement plus souvent victimes eux-mêmes 14.

En Suède, des registres suivent les deux violences sur les mêmes personnes 16. Ils ne comptent que la violence subie la plus grave, celle qui mène à l’hôpital ou à la mort. Pour la schizophrénie, l’étude tient compte de la drogue, de l’alcool et des troubles de la personnalité. L’écart avec les frères et sœurs disparaît alors. La même maladie y reste le premier facteur de violence commise.

Une vie plus courte

Environ 7 personnes sur 1 000 sont touchées au cours de leur vie 17. La maladie se déclare le plus souvent entre 15 et 25 ans 18. En France, 489 100 personnes ont été soignées pour un trouble psychotique en 2024, une catégorie plus large que la schizophrénie 19. Les personnes suivies pour ces troubles perdent environ 14 ans d’espérance de vie. 43 % de leurs décès surviennent avant 65 ans, contre 20 % pour l’ensemble des assurés soignés 20. Le suicide emporte environ 5 % des malades au cours de leur vie 21.

En France, la sortie d’hôpital sans suivi

De 2013 à 2023, la France a perdu 6 600 lits de psychiatrie, soit 11,4 % 22. Selon la même source, la psychiatrie en a moins perdu que d’autres spécialités. Les soins hors de l’hôpital s’y développent depuis les années 1970. Les places en hôpital de jour ou de nuit ont augmenté de 1,1 % en 2023. Ce sont les cliniques privées qui les ont ajoutées. La baisse des lits peut aussi venir du manque de personnel.

Après l’hôpital, le suivi lâche. Deux mois après leur sortie, 26,3 % des patients des hôpitaux publics et privés non lucratifs n’ont plus aucun suivi spécialisé 23. C’est 5 % au Royaume-Uni et 9 % en Allemagne. Pour la Cour des comptes, l’arrêt du traitement et du suivi sont les premières causes de rechute.

La contrainte augmente. 95 500 personnes ont reçu des soins sans consentement en 2021, 14 % de plus qu’en 2012 24. En 2022, 37 % des personnes hospitalisées sans consentement ont été placées à l’isolement, et 11 % attachées 25. Le Contrôleur général des lieux de privation de liberté décrit des patients qui « arrivent en crise ». Il fait du manque de médecins et de soignants « le déterminant principal de la plupart des difficultés observées » 26.

Irresponsable ne veut pas dire libre

Un diagnostic, seul, ne rend pas irresponsable. Le Code pénal vise un trouble qui a « aboli son discernement ou le contrôle de ses actes ». C’est l’état au moment des faits qui compte 6. Une expertise le constate, un juge le décide. Un trouble qui a seulement « altéré » le discernement ou « entravé » le contrôle des actes laisse la personne punissable. Depuis la loi du 24 janvier 2022, des substances prises « dans le dessein de commettre l’infraction » n’ouvrent plus l’irresponsabilité 6.

La juridiction déclare d’abord qu’il existe « des charges suffisantes » contre la personne 27. Elle peut ordonner une hospitalisation complète, sur expertise. Elle peut interdire le contact avec la victime ou le port d’une arme. Ces interdictions durent jusqu’à vingt ans pour un crime, même après la sortie de l’hôpital. Selon le ministère de la Justice, en défense de son projet de loi, moins de 400 personnes par an sont déclarées irresponsables 28.

Ce que la loi ouvre aux proches

L’isolement et la contention sont des « pratiques de dernier recours », décidées par un psychiatre 29. Au-delà de 48 heures d’isolement ou de 24 heures de contention, le psychiatre doit prévenir au moins un membre de la famille, « dans le respect de la volonté du patient et du secret médical ». Après une hospitalisation sans consentement, l’hôpital doit alors aussi dire à ces proches qu’ils peuvent saisir le juge pour faire lever la mesure. Selon le Contrôleur, les droits des patients sont mal notifiés 26.

La personne qui a demandé les soins est prévenue quand la forme de la prise en charge change, puis à la fin de la mesure 29. Pour le suivi après la sortie, aucun texte trouvé ne crée de droit qu’une famille puisse faire valoir. C’est pourtant sa rupture que la Cour des comptes place en tête des causes de rechute 23.

Le patient peut saisir la commission départementale des soins psychiatriques. Il peut aussi signaler des faits au Contrôleur général 29. Une hospitalisation complète sans consentement passe devant un juge avant le 12e jour, puis tous les six mois. Sans décision dans le délai, la mesure tombe. Le patient, son conjoint, un parent ou un proche qui agit dans son intérêt peut saisir le juge à tout moment. Le juge statue alors « à bref délai » 29.