Un liquide qu’on croyait sans valeur
Le sang des règles n’est pas que du sang. Il emporte aussi des morceaux de tissu, des cellules et des protéines venus de l’intérieur de l’utérus 2,13. On peut le recueillir chez soi, avec une simple coupe menstruelle. Aucune piqûre, aucune chirurgie 2.
Ce détail change beaucoup. Car ce liquide est au cœur de la maladie. Selon la théorie la plus admise, l’endométriose vient d’un reflux du sang des règles vers l’intérieur du ventre 5. Ce n’est donc pas un prélèvement pris au hasard. C’est la matière même où la maladie se joue.
Deux équipes, le même signal
Une équipe américaine explore cette piste depuis 2013 2. Elle a comparé le sang des règles de femmes malades et de femmes en bonne santé. Chez les malades, certaines cellules se comportent autrement. Et une famille de cellules de défense y est plus rare 2. En 2022, une analyse plus fine, cellule par cellule, a retrouvé le même écart, en plus net 3.
Puis, en 2026, une équipe française à Paris a repris le sujet 4. Méthode différente, angle différent. Et pourtant, elle trouve elle aussi des différences nettes dans le sang des règles des femmes atteintes 4. Deux équipes qui ne travaillent pas ensemble, et qui aboutissent au même endroit. Voilà le fait encourageant.
Une réserve, dite franchement. Ces études restent petites, quelques dizaines de femmes au plus 1,4. On parle d’une preuve d’idée, pas encore d’un test prêt à l’emploi 1. Le signal est solide. Sa portée reste à mesurer.
Pour qui cela changerait quelque chose
L’endométriose touche environ une femme sur dix en âge d’avoir des enfants 6,9. Cela fait 1,5 à 2,5 millions de femmes en France, même si le chiffre exact reste difficile à établir 6,10. Derrière ces nombres, une réalité. Des douleurs fortes, souvent pendant les règles, et une grande fatigue 9. Pour 30 à 40 % d’entre elles, la maladie gêne aussi la possibilité d’avoir un enfant 9.
Le plus dur, c’est l’attente. Entre les premières douleurs et le diagnostic, il s’écoule 7 à 10 ans selon les études 7. Et ce délai ne raccourcit pas 7.
Ce sont les plus jeunes qui attendent le plus. Quand les douleurs commencent avant 18 ans, le retard est près de trois fois plus long. Environ 34 mois, contre 12 pour les femmes plus âgées 8. Chez elles, des règles très douloureuses passent trop souvent pour normales.
Or c’est justement chez une adolescente qu’un prélèvement de sang des règles serait le plus simple. Pas de piqûre, rien d’intime à subir. Là où le retard est le plus long, l’outil serait le plus facile à employer.
Une piste sérieuse, un chemin encore long
Il faut le dire nettement. Aucun test par le sang des règles n’existe à ce jour. Une synthèse récente a passé en revue 35 études du domaine 1. Sa conclusion est claire. Aucune n’a encore été validée à grande échelle, et aucun test n’est utilisé en pratique 1.
L’histoire invite d’ailleurs à la prudence. La prise de sang classique, celle du bras, a échoué. Aucun marqueur trouvé dans ce sang-là n’est assez fiable 11. Un signal prometteur ne devient pas toujours un test.
Un test ne réglerait pas tout non plus. Des examens existent déjà pour repérer la maladie, l’échographie et l’IRM 10. Le délai n’a pourtant pas baissé. Le vrai frein est aussi ailleurs. Trop souvent, les premières douleurs ne sont pas prises au sérieux assez tôt.
Mais la recherche avance, et elle est suivie. L’équipe française veut maintenant vérifier ses résultats sur 250 femmes, d’ici 2028 5. La France a aussi lancé en 2022 un plan national contre l’endométriose, avec un budget dédié à la recherche 12. Le sang des règles, longtemps ignoré, est devenu une piste que l’on prend au sérieux. Pour des millions de femmes, c’est déjà une raison d’espérer.
