En novembre 2024, un coureur inhabituel s’est glissé dans le marathon du kaki séché de Sangju, en Corée du Sud. Un robot à quatre pattes, de la taille d’un gros chien. Il a parcouru les 42,195 kilomètres en 4 heures, 19 minutes et 52 secondes. Sur une seule charge de batterie, sans jamais s’arrêter pour la recharger.

Une première, validée deux ans plus tard

Ce robot s’appelle RAIBO2. Il a été conçu par une équipe de la KAIST, une université sud-coréenne. Sa course de 2024 est la première fois qu’une machine boucle un marathon entier sans changer de batterie 2. La nouvelle du jour est plus rare encore. La performance vient de paraître dans Nature, l’une des revues scientifiques les plus exigeantes au monde 1. Près de deux ans ont passé entre la course et cette validation par les pairs.

RAIBO2 n’est pas un robot humanoïde. C’est un quadrupède : quatre pattes au sol, une allure de chien. Cette forme n’a rien d’anecdotique. C’est elle qui rend l’exploit possible.

Le vrai record n’est pas la vitesse

Ce que la course prouve, ce n’est pas d’aller vite. C’est de dépenser peu. Les ingénieurs mesurent cela avec un indicateur simple, le coût de transport. Il compte l’énergie qu’il faut pour déplacer un kilo sur un mètre. Plus il est bas, plus la machine est économe. RAIBO2 atteint 0,25. Un humain qui court se situe autour de 0,37 1. À poids égal et distance égale, le robot consomme donc moins qu’un coureur.

Le gain le plus parlant est ailleurs. À pleine charge, RAIBO2 va plus de trois fois plus loin que les robots à quatre pattes existants 1. C’est là que se joue la vraie difficulté. Faire marcher un robot est acquis depuis longtemps. Le faire tenir loin sans prise de courant, non.

La chasse à la chaleur perdue

Où part l’énergie d’un robot qui marche ? Environ les deux tiers se perdent en chaleur, dans les moteurs et leur électronique 3. Le reste file dans le frottement des engrenages, le glissement des pieds, le choc de chaque pas. Jusqu’ici, les recherches réglaient ces pertes une par une. L’équipe les a toutes attaquées d’un coup, côté matériel comme côté logiciel 1.

Dans le détail : des pattes allégées, des circuits moteurs qui résistent moins au courant, une batterie plus grande. Et une façon de courir apprise par essais et erreurs, pour éviter de glisser et de surchauffer. Le robot récupère même un peu d’énergie dans les descentes 3. Au total, environ 1 280 wattheures pour tout le marathon, à près de 3 mètres par seconde. Avec la réserve restante, l’équipe estime qu’il aurait pu tenir jusqu’à 65 kilomètres 2.

Ce que le robot n’a pas fait

Une performance honnête se dit avec ses limites. RAIBO2 n’a pas couru seul. Un humain le pilotait à distance. Il portait bien une caméra, mais aucun logiciel pour lire la route. Une spécialiste extérieure au projet résume : le robot courait « à l’aveugle » 3. L’exploit est donc l’endurance, la capacité à durer sur une charge. Pas l’art de trouver son chemin tout seul.

Autre précision utile. « Plus rapide qu’un humain » vaut face à un coureur moyen 3. Un marathonien entraîné boucle la distance en 2 h 30 à 3 h. RAIBO2 reste plus lent que lui. Et la marche en elle-même n’est pas une avancée : ses principes sont connus de longue date. Le saut, c’est l’énergie.

Pourquoi ce marathon compte

Ces derniers mois, des images de robots humanoïdes lancés sur des courses ont beaucoup circulé. À Pékin, en avril 2026, plus de cent équipes ont aligné leurs machines à deux jambes 4. Mais ces épreuves sont des demi-marathons, environ 21 kilomètres, pas la distance complète. Elles se courent sans publication scientifique, sur un parcours dédié et répété. Les robots y changent plusieurs fois de batterie, avec une équipe qui trotte à côté pour les relayer 3. Le vainqueur lui-même a heurté une barrière, est tombé et a attendu ses assistants pour le relever 4. Un peu plus d’un tiers seulement courent en autonomie 4.

Le contraste est net. D’un côté, un spectacle sur demi-distance, avec assistance. De l’autre, un marathon entier, une seule charge, et un résultat passé au crible d’une revue de référence 1,4. C’est ce qui fait de la course de Sangju un vrai jalon, et pas seulement une belle image.

Ce que ça ouvre

L’autonomie d’énergie est le principal frein aux usages de ces robots en extérieur. Chercher des victimes dans une zone sinistrée, inspecter une conduite, avancer en terrain difficile : partout où il n’y a pas de prise, la batterie décide de tout. Tripler la distance par charge et passer sous le coût d’énergie d’un humain lève une part de ce frein 1.

L’article reste prudent sur la suite. Il parle d’une voie ouverte, pas d’un débouché acquis 1. Le robot ne sait toujours pas trouver son chemin seul, et c’est le prochain chantier. Mais il peut désormais aller loin sans prise de courant. C’est une bonne moitié du problème qui vient de tomber.