À Nancy, le restaurant universitaire Artem servait environ 350 repas par jour. Il en sert désormais près de 900. Les files d’attente durent de trente à soixante minutes, sur une pause déjeuner souvent unique. Des étudiants mangent dans les escaliers. Les stocks partent trop vite. Le 22 septembre 2026, le personnel des Crous s’est mis en grève.

Qui a droit au repas à 1 euro aujourd’hui

Depuis le 4 mai 2026, tous les étudiants peuvent payer leur repas 1 euro dans un restaurant universitaire. Sans condition de revenus. Il suffit de présenter un compte Izly actif, le porte-monnaie électronique des Crous 1. Sont concernés les étudiants, les apprentis et alternants, les doctorants et les personnes en service civique 1.

Ce changement ne vient pas d’une loi. C’est une décision du gouvernement 1. Le point paraît technique. Il commande pourtant toute la suite.

Avant cette date, le tarif à 1 euro était réservé. Les boursiers y avaient droit automatiquement, sans démarche. Les autres devaient prouver leurs difficultés lors d’une évaluation sociale 2. Pour tous les autres, le repas coûtait 3,30 euros 2. Ce prix de 3,30 euros reste le tarif normal hors coup de pouce 5.

Pourquoi ce repas existe

Beaucoup d’étudiants ne mangent pas à leur faim, faute d’argent. Une grande enquête publique sur les conditions de vie étudiante le mesure depuis des années. Près d’un étudiant précaire sur deux saute des repas par manque de moyens 3. Chez les boursiers, 17,4 % disent ne pas manger à leur faim, contre 9,8 % pour l’ensemble des étudiants 3.

Ces chiffres décrivent un besoin. Ils reposent sur des réponses déclarées, et ils sont antérieurs au repas à 1 euro pour tous. Ils ne mesurent donc pas son effet.

Pour un étudiant, un euro le midi, c’est un repas chaud quand le compte est vide. Pour un parent, c’est une inquiétude de moins pour un enfant parti étudier loin.

Ce qui est prévu pour la suite

La suite se joue sur deux terrains. Le premier est une loi. Une proposition de loi veut graver le plafond de 1 euro pour tous les étudiants. L’Assemblée nationale l’a adoptée le 23 janvier 2025 7.

Depuis, le texte est bloqué. Il a été renvoyé en commission au Sénat le 24 janvier 2025 8. Il n’a jamais été inscrit pour un vote 8. Sans vote du Sénat, il n’y a pas de loi.

Le second terrain est l’argent. C’est là que tout se joue vraiment. Le projet de budget de l’État pour 2027 prévoit 143 millions d’euros pour le repas à 1 euro 4.

Autour de cette ligne, deux propos s’opposent. Le ministre chargé de l’enseignement supérieur a prévenu. Sans budget adopté d’ici la fin de l’année, l’État sera « incapable d’assurer le repas à 1 euro pour tous » 4. De son côté, Matignon dément vouloir supprimer la mesure : « cette proposition n’est pas dans le budget » 5.

Les deux viennent du même gouvernement, en pleine négociation budgétaire. Ce sont des positions dans un bras de fer, pas des faits établis.

Et ce bras de fer est réel. Des groupes de gauche menacent de censurer le gouvernement 4. Le budget lui-même n’est pas assuré. Début 2026, le Parti socialiste avait fait du repas à 1 euro pour tous une condition de son accord 4. À droite, Marine Le Pen dit préférer un budget « même imparfait » à une loi spéciale 4.

Sur le terrain, un dispositif déjà saturé

Le succès a un prix. La fréquentation a bondi, les moyens n’ont pas suivi. À Nancy, la hausse atteint 130 % 6. C’est ce qui a déclenché la grève du 22 septembre. Le personnel dénonce des salaires bas et un manque de bras 6.

Un point mérite attention. L’accès pour tous peut gêner l’accès des plus précaires. Ce sont eux que le tarif réservé visait d’abord. Un étudiant fauché qui doit faire une heure de queue, ou renoncer, n’a pas vraiment gagné le repas qu’on lui promettait. Aucune donnée ne dit encore qui est réellement servi depuis mai. C’est une tension possible, pas un fait mesuré.

Le point qui commande le reste

Le repas à 1 euro pour tous n’existe pas dans une loi. Il tient sur une ligne du budget, votée chaque année. Tant que ce budget n’est pas voté, la mesure n’est garantie pour personne.