Ce que le budget attend des radars
Le gouvernement compte sur les radars pour faire monter ses recettes en 2027. Il donne deux raisons 5. D’abord, des radars plus souvent en état de marche. Ensuite, les radars des communes et des départements, installés « à partir de 2027 ». Il ne chiffre ni l’une ni l’autre.
En 2025, les radars de vitesse n’ont marché que 83,3 % du temps, pour un objectif de 93 % 3. Ils étaient à 90,6 % en 2023 6. En 2024, les amendes radar payées sans majoration ont rapporté 14 % de moins que prévu. La Cour des comptes cite les radars dégradés et le renouvellement difficile des contrats d’entretien 6.
La cible de radars urbains, elle, a plus que doublé d’un budget à l’autre. Le budget 2026 en visait 340 pour fin 2026 13. Celui de 2027 en vise 750 pour fin 2027 5. Ce n’est pas un article de loi 4. C’est un objectif de l’administration. Le parc total, lui, reste presque stable : 4 200 puis 4 290 appareils 13,5. Les radars urbains remplacent en partie de vieux modèles, dont les anciens radars feux rouges 5,13. Combien de sites seront nouveaux ? Aucun document budgétaire ne le dit.
Le projet de budget prend aussi 40,8 millions d’euros d’amendes radar pour les caisses générales de l’État. Cet argent devait aller à l’agence qui traite les amendes, dont les réserves dépassent le « niveau prudentiel » 4.
Deux milliards : un ordre de grandeur déjà atteint
Le 26 octobre, CNews écrit que doubler les radars urbains rapporterait « jusqu’à 2 milliards d’euros » en 2027. Plus bas, « jusqu’à 2,2 milliards » 8. Ce chiffre figure dès le 6 octobre dans L’Argus. Mais L’Argus l’applique à toutes les recettes des radars et des PV électroniques, pas aux seuls radars urbains en plus 9. Le magazine compte « plus de 150 » radars urbains en service 9. Aucun des documents budgétaires lus par ce journal ne donne ce nombre.
Cet ordre de grandeur est déjà atteint. Toutes amendes routières confondues, PV des agents compris, l’État a encaissé 2 070 millions d’euros en 2024. Puis 2 129 millions en 2025 2,1.
Où irait l’argent de radars en plus ? Tout dépend de la façon dont l’amende est payée. Les amendes radar payées sans majoration entrent dans le compte des amendes jusqu’à un plafond fixé par la loi 1. Le surplus sert d’abord deux petits prélèvements. Le reste va à l’agence qui finance les routes et les transports 1. Les amendes radar majorées, elles, entrent dans ce compte sans plafond, avec les PV des agents. Elles vont ensuite pour 47 % à la dette de l’État et pour 53 % aux collectivités 1,5. Les radars des communes et des départements sont hors du plafond. Le projet de budget ne dit pas par quelle ligne du compte leur argent passera 1,5.
Le compte des amendes attend 0,8 % de plus en 2027 4,5. Ce chiffre mêle deux mouvements : les 40,8 millions repris pour l’État, et une hausse des amendes majorées et des PV des agents 4,5. Il ne dit donc pas ce que rapporteraient des radars en plus.
947 millions d’euros de radars, et où ils partent
En 2025, les radars ont rapporté 947 millions d’euros. Les autres amendes, dressées par des agents, 1 182 millions 1. Sur l’ensemble, 796 millions sont allés aux communes et aux départements. Et 742 millions au remboursement de la dette de l’État 1.
- Communes et départements 37,4 %
- Dette de l'État 34,9 %
- Radars et permis à points 15,8 %
- Agence de financement des routes et transports 6,8 %
- Autres 5,1 %
Total : 100,0 %
Toutes amendes routières, radars et PV dressés par des agents. « Autres » regroupe la prévention de la délinquance (2,1 %), les hôpitaux qui soignent les blessés de la route (1,2 %), l'équipement du PV électronique (1,2 %) et l'agence de traitement des amendes (0,6 %). Arrondis de la source.
Source : Assemblée nationale (document du gouvernement) 1
Sur l’argent des seuls radars, environ 220 millions vont à la dette, près d’un quart. C’est un calcul de ce journal sur les montants publiés 1,5. La plus grosse part des 742 millions vient d’ailleurs : 522 millions sortent des amendes dressées par des agents 1.
Ce versement à la dette n’a « aucun lien avec la sécurité routière », juge la Cour des comptes 6. Elle le dit « contraire » à la loi sur les budgets de l’État. Seule une exception votée chaque année le permet 6. Pour l’argent des collectivités, le lien avec la sécurité « n’est ni démontré, ni contrôlé » 6.
Selon le gouvernement, 76,8 % des recettes des radars « sont affectées directement à la mission de lutte contre l’insécurité routière ou à ses conséquences » 1. Ce chiffre compte comme sécurité routière l’argent versé aux collectivités et à l’agence des routes. Or, sur ces deux postes, la Cour ne voit pas toujours le lien 6.
L’État chiffre aussi sa dépense de sécurité routière à 5 milliards d’euros par an, police et gendarmerie comprises 1. La Cour admet qu’il dépense plus pour la sécurité routière qu’il ne tire des radars : 3 951 millions au projet de budget 2024 6.
Ce que les radars changent en ville
En ville, la baisse des morts s’est arrêtée. Elle était de 1 % par an de 2010 à 2019. Depuis, plus rien ou presque 7. Parmi les 327 piétons tués en ville en 2025, plus de la moitié avaient 75 ans ou plus 7.
De 2023 à 2025, dans les accidents mortels en ville, la vitesse est relevée chez un responsable présumé sur quatre 7. En ville, 1 % de vitesse moyenne en moins donnerait environ 3 % de morts en moins. Le chiffre vient d’une synthèse de 115 études 7. La nuit, en ville, jusqu’à plus d’une voiture sur deux dépasse la limite 7.
Près des radars, les accidents baissent. Une revue de 35 études trouve de 11 % à 44 % d’accidents mortels ou graves en moins. Elle ne chiffre pas d’effet d’ensemble 12. Treize de ces études portent sur la ville. Au Royaume-Uni, sur des routes à 48 km/h, les accidents avec blessés baissent de 25 % près des radars. À Barcelone, le risque d’accident baisse de 27 %. Dans l’État de Victoria, en Australie, une étude ne trouve pas de baisse nette à moins d’un kilomètre des radars. Elle relève 8,4 % d’accidents avec blessés en moins sur l’ensemble des routes de ville 12. Trop peu de ces études distinguent les piétons et les cyclistes pour mesurer l’effet sur eux 12. Aucune n’est française. Les sources réunies pour cet article ne contiennent aucune évaluation des radars en ville en France.
En France, après l’arrivée des radars fin 2003, les tués rapportés au nombre de véhicules ont baissé de 21 % 14. La loi qui lançait les radars avait aussi durci les peines et créé le permis probatoire 18.
Les radars urbains prévus contrôlent aussi les feux rouges. Ce type de radar fait baisser de 20 % les accidents avec blessés. Il fait aussi monter de 19 % les collisions par l’arrière 15.
Plus de contrôles en ville : qui installe, qui encaisse
Fin 2025, 6 % seulement des radars fixes de vitesse étaient posés sur des voies communales 7. L’agence qui traite les amendes se prépare au « doublement du volume de dossiers » avec les radars des collectivités 1.
Une loi du 21 février 2022 permet à une commune ou à un département d’installer ses propres radars 10. Le projet de budget 2027 prévoit que leurs amendes iront au compte de l’État 5. Qui paie l’appareil ? La loi ne le dit pas 10. Un député a posé la question le 30 juin 2026. Elle reste sans réponse 11. En 2023, le ministère de l’intérieur renvoyait le partage de l’argent, « le moment venu », à la loi de finances 19.
La Cour des comptes pose une condition : pas de forte hausse des radars sans de meilleurs taux de paiement 6. De mi-2023 à mi-2024, 72 % des amendes radar ont été payées avant majoration. Une fois majorées, moins de 30 % le sont 6.
Ce que peut faire la personne flashée, et qui décide
Pour l’automobiliste flashé, les délais comptent 16,17. L’amende de 135 euros tombe à 90 euros si elle est payée sous 15 jours. Sans paiement ni contestation sous 45 jours, elle passe à 375 euros. Payée en ligne sous 30 jours, elle revient à 300 euros 1,16. Après majoration, une réclamation reste possible pendant trente jours. Si l’avis est arrivé en recommandé, le délai peut aller jusqu’à trois mois 16,17.
Le titulaire d’une voiture prêtée peut désigner le conducteur sur le site de l’agence. Il n’a rien à payer ni à avancer 17. S’il paie l’avis sans désigner personne, il perd les points, même s’il ne conduisait pas : payer vaut reconnaître l’infraction 10. S’il conteste sans désigner, le juge peut le déclarer seulement redevable de l’amende, sans retrait de points 10. Une entreprise doit désigner le conducteur sous 45 jours, sinon nouvelle amende 10.
Contester l’infraction oblige à verser d’avance le montant de l’amende, rendu en cas de classement ou de relaxe 17. Les relevés d’un radar homologué « font foi jusqu’à preuve du contraire » 10. Le conducteur condamné après contestation paie au moins 10 % de plus et perd ses points 17.
Un radar municipal, lui, ne s’installe pas sur un simple vote. Le dossier part chez le préfet, avec un rapport qui dit à quoi sert l’appareil et une étude des accidents sur la voie 10. La commission départementale de la sécurité routière est consultée. Sans réponse du préfet en trois mois, l’avis est défavorable 10.
