Un tir, des injures, une condamnation
Quatre mois plus tard, le 17 août 2026, le tribunal correctionnel du Puy-en-Velay a rendu son jugement 1. Le retraité est condamné à quinze mois de prison avec sursis probatoire de deux ans 1. Il ne peut plus détenir d’arme pendant dix ans 1. Il doit suivre des soins 1.
À l’audience, l’homme a reconnu les faits 4. Il a nié avoir voulu viser les enfants. Mais il a admis avoir tenu des propos racistes 4. Avant les faits, il s’était déjà filmé.
« Je suis raciste et je suis fier d’être raciste. »
Un journal local a mis cette vidéo en ligne 2. Elle a été enregistrée avant le tir 2. Elle contredit l’idée d’un simple dérapage 2.
Selon la dépêche de l’agence qui a couvert le dossier, l’homme a fait feu en traitant les enfants de « sales nègres » ou « sales arabes » 3. Ces mots viennent de témoignages, pas d’un attendu du jugement 3. Ce sont des éléments du dossier. Selon la même source, ces insultes ne datent pas du seul jour du tir. Elles duraient depuis des mois 3.
Sa défense a plaidé un tir sans intention de viser 3. L’homme s’est dit « harcelé » par les enfants 3. Il a affirmé avoir « tiré en l’air » 3. Le tribunal ne l’a pas suivi. Sa présidente a tranché à l’audience : « Les insultes racistes ne sont pas entendables en 2026 » 4.
La reconnaissance du caractère raciste n’a pourtant pas été immédiate. Au départ, le parquet ne retenait pas ce motif 2. Il relevait qu’aucune première audition n’en faisait état 2. Le parquet est l’autorité qui poursuit. Sa position est celle d’une partie, pas un verdict. Après un signalement de deux associations, une seconde enquête a été ouverte 2. Le motif d’injure publique raciste a alors été ajouté 2.
Le jugement en garde une trace concrète. L’homme doit verser un euro symbolique à SOS Racisme et à la Ligue des droits de l’Homme, parties civiles 1. Et 2 200 euros à l’enfant visé 1.
À Pesmes, une porte fermée pour un prénom
Le racisme visant un enfant ne prend pas toujours la forme d’un tir. Parfois, c’est une porte qu’on ferme. À Pesmes, en Haute-Saône, un adolescent cherchait un stage 5. Il était mineur et suivi par l’Aide sociale à l’enfance 5. Une éducatrice l’accompagnait pour sa candidature 5. Un artisan menuisier a refusé de le prendre 5. Le motif tenait à son prénom et à sa religion supposée 5.
« Je ne prends pas les musulmans », a lancé l’artisan 5. À l’audience, il a confirmé ses propos. Il les a même répétés 5.
Le tribunal de Vesoul l’a condamné pour discrimination raciste 5. Quatre mois de prison avec sursis. Et 3 500 euros d’amende 5. Il doit aussi 600 euros au jeune, pour son préjudice moral 5. La procureure avait demandé 2 000 euros. Le tribunal a prononcé près du double 5.
Deux affaires, deux registres. Une violence avec arme d’un côté. Un refus discriminatoire de l’autre. Chacune établit des faits précis, dans un dossier précis. Aucune ne dit combien de fois cela se produit. Une condamnation est un cas jugé, pas une statistique.
Un angle mort : les chiffres ne comptent pas les enfants
C’est là que le dossier bascule. Pour savoir si ces faits sont rares ou fréquents, il faut des chiffres. Sur les enfants, ces chiffres n’existent presque pas.
Le racisme, lui, se compte. En 2024, la police et la gendarmerie ont enregistré plus de 16 000 infractions racistes 7. Les crimes et délits, à eux seuls, ont augmenté de 11 % en un an 7. Mais ce total ne se découpe pas selon l’âge des victimes 7.
Le service statistique du ministère de l’Intérieur publie pourtant cet âge 6. Sa tranche la plus basse est « moins de 15 ans » 6. Il n’y a aucune case « mineurs » 6. Les 15 à 17 ans sont comptés avec les jeunes adultes 6.
Chez les plus jeunes, les plaintes sont rares. 18 % des victimes racistes enregistrées ont moins de 25 ans 6. Elles sont 29 % dans la population 6. Ce n’est pas le signe d’un moindre danger. C’est le signe que ces victimes portent rarement plainte 6.
Une autre enquête corrige ce manque de plaintes. Elle interroge directement les gens sur ce qu’ils ont subi 6. Elle révèle plus d’un million d’adultes visés par une atteinte raciste en 2022 6. Moins de 3 % l’ont signalée à la police 6. Mais cette enquête s’arrête à 18 ans 6. Elle ne compte aucun mineur.
La même absence se retrouve ailleurs. Le Défenseur des droits reçoit les plaintes pour discrimination. L’origine est le premier motif d’appel de sa plateforme 11. L’institution a aussi une mission dédiée aux droits de l’enfant 10. Mais les données publiées ne croisent pas ces deux comptages 10. Aucune ne dénombre les enfants visés pour leur origine 10.
L’école, seul endroit où l’on compte, et où ça monte
Un seul lieu compte le racisme subi par des enfants : l’école 8. Et il en recense de plus en plus. 3 630 actes racistes et antisémites en 2023-2024 8. 3 851 l’année suivante 8. Pour la part raciste seule, le compte passe de 1 960 à 2 183 8.
Ce chiffre demande de la prudence, dans les deux sens. C’est l’Éducation nationale qui le produit. Elle recense les faits signalés dans ses propres murs 9. Elle est donc juge de son propre périmètre 9. Une hausse des actes recensés peut mêler deux choses : plus de faits, ou plus de signalements 8. Et ce compte ignore tout ce qui se passe hors de l’école : la rue, les transports, internet, le voisinage 8.
À l’intérieur des collèges et lycées, un autre outil mesure les incidents graves 9. Il en compte 0,8 pour 1 000 élèves à motivation raciste, xénophobe ou antisémite 9. Plus d’un sur dix s’inscrit dans une situation de harcèlement 9.
Ceux qui produisent ces données le disent eux-mêmes. Le rapporteur national sur le racisme y consacre cette année une partie entière 8. Il qualifie le racisme chez l’enfant de « sujet encore trop peu étudié » 8.
Un manque de chiffres, pas un manque de faits
Le manque de chiffres n’est pas un manque de faits. La sous-déclaration est déjà forte chez les adultes 6. Elle l’est sans doute davantage pour des enfants, qui portent rarement plainte seuls.
Deux enfants ont aujourd’hui un jugement à leur nom. Au Puy-en-Velay, un tribunal a chiffré le préjudice de l’un d’eux : 2 200 euros 1. À l’échelle du pays, aucune enquête ne dit combien d’autres subissent des injures racistes.
