Des cibles connues, visées à répétition
Les insultes reviennent à chaque grand match. En 2021, après un tir au but manqué, Mbappé dit avoir été traité de « singe ». Il a raconté, en avril 2026, avoir alors pensé quitter un temps les Bleus 1. En décembre 2022, après la finale perdue contre l’Argentine, Kingsley Coman, Aurélien Tchouaméni et Randal Kolo Muani sont visés à leur tour 2. En juillet 2026, la sénatrice paraguayenne Celeste Amarilla écrit que Mbappé est un « Camerounais colonisé, faisant semblant à fond d’être Français » 3.
Le football n’est pas seul touché. En septembre 2026, le judoka Teddy Riner subit de nombreux messages haineux, après avoir dit à la télévision son « angoisse » face à « la montée de l’extrême droite ». Le parquet de Paris a ouvert une enquête pour injures publiques racistes et cyberharcèlement 4.
Ce que la loi permet
Le droit français est clair, et lourd. Un propos raciste publié sur un compte ouvert est « public ». Il tombe sous la loi de 1881 sur la presse. L’injure raciste, la provocation à la haine et la diffamation raciste sont chacune punies d’un an de prison et 45 000 euros d’amende 5. Le même propos tenu en privé n’est plus qu’une contravention, jusqu’à 1 500 euros 5.
Une règle protège la victime. Le délai pour agir est d’un an, contre trois mois pour le reste de la presse 5. Les affaires les plus complexes ou à fort retentissement remontent à un pôle spécialisé du parquet de Paris, créé début 2021 6. Sur le papier, l’arsenal est complet.
Un seul auteur condamné, parce qu’il était là
Reste ce que la justice parvient à faire. Sur toutes ces vagues d’insultes visant des sportifs français, une seule condamnation est recensée à ce jour.
Le 8 septembre 2022, le tribunal correctionnel de Paris condamne un étudiant de 19 ans, sans casier, à 2 000 euros d’amende avec sursis 7. En cause, un tweet de juin 2021 visant Mbappé, d’une violence brute. Trois qualifications sont retenues : injure raciste, provocation à la haine, usurpation d’identité. Cette dernière tient au faux compte utilisé pour le message 7. La plateforme de signalement du gouvernement, PHAROS, avait été alertée des messages. L’auteur, identifié, a reconnu les faits 7.
Ce cas dit une chose simple. Quand l’auteur est en France et identifiable, la justice condamne. Parmi les personnes jugées pour racisme, 89 % sont condamnées 8. Le problème n’est donc pas le tribunal.
Le mur est avant le procès
Le premier obstacle est l’anonymat. Le faux compte est la règle. Dans un quart des affaires racistes, aucun auteur n’est identifié 8.
Le deuxième obstacle est la frontière. Après la finale anglaise de l’Euro 2020, la police britannique a relevé 207 messages relevant du pénal. 123 venaient de comptes situés à l’étranger 9. Onze personnes ont été arrêtées, l’une d’elles condamnée à dix semaines de prison 9.
C’est là que bute l’affaire Amarilla. La loi permet en principe à la justice française de se saisir, la victime étant française 10. Mais atteindre une élue restée à l’autre bout du monde est une autre affaire. Obtenir une peine, puis l’exécuter au Paraguay, y serait très difficile 15. Son immunité de sénatrice, elle, ne vaut qu’au Paraguay, pas devant un juge français 11.
Le troisième obstacle vient encore avant. En 2022, plus d’un million de personnes se déclarent victimes d’un acte raciste. Moins de 3 % font une démarche auprès de la police ou la gendarmerie 12.
Une institution indépendante a compté 1 594 condamnations pour racisme en 2023, alors que les faits enregistrés bondissaient de 32 % en un an 13. Elle parle d’un contentieux « qui ne semble pas prioritaire » 13.
Punir la plateforme, une autre piste
Reste un levier récent : viser le réseau lui-même. En décembre 2025, la Commission européenne inflige 120 millions d’euros d’amende à X 14. Mais la sanction porte sur un défaut de transparence. Les contenus illégaux et la manipulation de l’information, eux, restent en enquête 14. Et le montant annoncé n’est pas le montant encaissé : aucune pièce n’établit ce que X a réellement payé 14.
Ce que dit ce décompte
Un seul internaute a répondu devant un tribunal des insultes visant Mbappé en 2021. Il était en France. Il était identifiable. C’est, à ce jour, la seule condamnation française recensée pour des propos racistes en ligne visant un sportif. Les autres messages sont partis d’un faux compte, ou d’un autre pays.
