Trappes : ce que l’enquête dit au 29 octobre
Le 27 octobre, à l’Assemblée, le Premier ministre a parlé d’« attentat terroriste raciste » 21. C’est une qualification politique. La qualification judiciaire date du 29 octobre. Kévin T. est mis en examen pour assassinat et tentatives d’assassinat, en lien avec une entreprise terroriste. La circonstance raciste est retenue 17. Il est en détention provisoire et présumé innocent.
Selon le procureur antiterroriste, il admet avoir « spécifiquement ciblé » des personnes « de type musulman ou africain ou nord-africain ». Il conteste toute intention terroriste, « considérant son action comme légitime » 17.
Le 25 octobre, sa garde à vue a été levée pour raison psychiatrique 1. Le 26, un examen psychiatrique a porté sur sa compatibilité avec la garde à vue. Il n’a relevé aucun signe d’une maladie mentale en crise, « décompensée », justifiant une hospitalisation sous contrainte 8. Ce n’était pas une expertise de sa responsabilité pénale. L’instruction la tranchera. Selon le parquet antiterroriste, il avait du cannabis et de la cocaïne dans le sang 1,8.
L’attaque n’entre encore dans aucune série publiée.
Plusieurs façons de compter, aucune complète
En droit, le racisme relève la peine maximale encourue pour un crime ou un délit 18. Ou bien c’est une injure ou une diffamation 13,19. Il n’existe donc pas un chiffre du racisme, mais plusieurs séries, qui ne s’additionnent pas.
La première vient de la police et de la gendarmerie. En 2025, elles enregistrent 9 737 crimes et délits racistes, xénophobes ou antireligieux, 5 % de plus qu’en 2024 3. La hausse ralentit : 30 % en 2023, 11 % en 2024 4. Les violences montent plus vite : 583 faits, 11 % de plus 3. Cette série ne dit pas qui est visé 3.
La deuxième série trie par cible. Elle vient du renseignement territorial, croisé avec des organismes de chaque culte. Selon le ministère, elle n’est « pas une statistique institutionnelle » et sert à « établir une tendance » 5.
Toutes ne comptent que ce qui est signalé. Une hausse peut venir des faits, ou de victimes qui signalent plus.
Antisémitisme : 1 320 actes, en baisse, et plus de violences
De 2010 à 2022, la moyenne était de 522 actes antisémites par an. En 2023, 1 676, dont 1 242 après le 7 octobre 5. En 2025, le chiffre recule à 1 320, 16 % de moins qu’en 2024. C’est encore trois fois le niveau de 2022 5. Mais les violences physiques montent : 42 en 2022, 126 en 2025 5.
Sur les huit premiers mois de 2025, 234 actes sur 887 invoquent la Palestine de façon explicite 6. Ces actes sont classés selon une grille commune au ministère et à l’organisme de protection de la communauté juive 6.
Antichrétien : 843 actes, en hausse de 9 %
En 2025, les actes antichrétiens atteignent 843, 9 % de plus qu’en 2024 5. Les atteintes aux personnes montent de 70 %, à 109 faits 5. Le 10 septembre 2025, à Lyon, Ashur Sarnaya a été tué. Il est compté dans cette série 5.
Le total compte aussi 362 vols ou tentatives. Un vol dans un lieu de culte compte toujours comme un acte antireligieux, même quand le voleur cherche à revendre 5.
Antimusulman : 326 actes, en hausse de 88 %
Les actes antimusulmans atteignent 326 en 2025. C’est 88 % de plus qu’en 2024, et le plus haut niveau depuis 2015 5. La hausse vient surtout des atteintes aux personnes, en hausse de 151 % 5. En 2025, Aboubakar Cissé a été tué dans la mosquée de La Grand-Combe (Gard) 5.
Le ministère relie des pics au ramadan. Il cite aussi des débats qui ont suscité « de vives réactions », comme celui sur le voile dans le sport. Il ajoute que la hausse « s’explique également par une meilleure remontée du phénomène » 5. L’organisme qui recense ces actes ne travaille avec le renseignement territorial que depuis 2025. Pour les actes antisémites, ce partenariat existe depuis 2004 5. Le ministère ne chiffre pas la part de chaque cause.
Une règle joue dans l’autre sens. Une agression contre une personne « supposément musulmane », sans mobile religieux établi, n’est pas comptée ici. Elle va dans les faits racistes 5.
Racisme hors religion : 1 643 faits, en hausse de 17 %
C’est la plus grosse catégorie : 1 643 faits en 2025, 17 % de plus qu’en 2024 3. Les personnes perçues comme originaires d’Afrique subsaharienne en subissent 506. Celles perçues comme originaires du Maghreb, 426 5. Les sources ne disent pas pourquoi ces personnes sont plus visées.
La loi protège tout le monde de la même façon. Elle vise un acte commis « à raison de son appartenance ou de sa non-appartenance, vraie ou supposée, à une prétendue race, une ethnie, une nation ou une religion déterminée » 18. Une personne blanche visée pour sa couleur est protégée comme une autre.
Aucune série ne dit le bord politique des auteurs
Le 28 octobre, le président a parlé d’une « désinhibition d’un antisémitisme chez certains et une désinhibition du racisme chez les autres » 2. LCP y lit une visée de La France insoumise, puis du Rassemblement national. C’est la lecture de la chaîne, pas une citation 2.
Aucun décompte public ne permet de vérifier ce partage. La justice compte 7 884 personnes mises en cause en 2024, sans rien dire de leur camp 3. La commission nationale consultative des droits de l’homme relève des « rhétoriques intolérantes voire haineuses » chez « certains responsables politiques ». Elles sont, écrit-elle, « fréquemment amplifiées par des médias d’opinion » 9. C’est son appréciation, sans chiffre ni lien mesuré avec les actes.
1,2 million de victimes déclarées, 1 907 condamnations
Environ 1,2 million de personnes de 14 ans et plus se disent victimes, chaque année, d’au moins une atteinte raciste, antisémite ou xénophobe 3. Le chiffre vient de l’enquête la plus récente, publiée en décembre 2023 9. Et 97 % ne portent pas plainte. Elles citent la méfiance envers les institutions, la peur des représailles, la difficulté au guichet. Et une démarche jugée inutile, vu le faible nombre de poursuites 3.
Les chiffres de la justice ont un an de retard 3. En 2024, les parquets ont traité 10 035 affaires racistes. Ils ont donné une réponse pénale à 3 220 personnes, poursuites ou mesures plus légères 3. Les tribunaux ont prononcé 1 907 condamnations, contre 1 594 en 2023 3,10.
En 2024, moins de cinq crimes racistes ont mené à une condamnation 9. Huit condamnations seulement visent une discrimination comme faute principale 3. Les classements sans suite restent « bien au-dessus » de la moyenne des autres affaires 9. Pour la commission, institution indépendante, ce contentieux « ne semble pas prioritaire » 3. Le faible nombre de condamnations « nourrit le sentiment d’impunité des auteurs », écrit-elle 9.
Ce qui a bougé depuis l’été
Un seul chiffre public sur 2026 a été trouvé. Il vient du ministre de l’Intérieur, dans un entretien à la presse 7. Au premier semestre, les actes antireligieux baissent de 10 %, à 1 150. Les actes antisémites (533) et antimusulmans (159) sont « en baisse ». Les actes antichrétiens montent de 6 %, à 458 7. Rien n’est publié après le 30 juin.
Le 9 juillet, le gouvernement a déposé au Sénat un projet de loi contre le racisme et l’antisémitisme, en procédure accélérée 11,12. Le parquet pourrait demander la circonstance aggravante de racisme quelle que soit l’échelle de l’acte. Les associations pourraient agir pour la victime « quelle que soit la gravité des faits » 11. L’examen était annoncé « dès le mois d’octobre » 11. Au 30 octobre, le texte n’est pas à l’ordre du jour du Sénat d’ici le 19 novembre 20. Le 27 octobre, le Premier ministre a promis de l’inscrire « rapidement » 21.
Porter plainte : les délais
Une plainte se dépose dans un commissariat ou une gendarmerie 14. Une injure ou une diffamation raciste en public se prescrit en un an, contre trois mois pour une injure ordinaire 13,19. L’injure raciste publique est punie d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende 13. Pour des violences, le délai est de six ans pour un délit, vingt ans pour un crime 15.
Plusieurs relais existent.
- Une victime aux ressources faibles peut demander l’aide juridictionnelle pour payer l’avocat 14.
- Le 116 006, numéro gratuit d’aide aux victimes, tous les jours de 9 h à 20 h 14.
- Le 39 28 du Défenseur des droits répond pour une discrimination au travail, au logement ou à un guichet 16.
- Une association antiraciste déclarée depuis au moins cinq ans peut se porter partie civile pour des violences, des menaces ou des discriminations racistes, avec l’accord de la victime 15.
Les chiffres de la police paraissent d’habitude en mars, ceux de la commission en juin 4,9. Ceux de l’automne 2026, Trappes compris, ne seront connus qu’en 2027. D’ici là, une personne insultée en public pour son origine ou sa religion a un an pour porter plainte 13. Dans la dernière enquête, 97 sur 100 ne l’avaient pas fait 3.
