Le 23 septembre, un pan de l’Univers que les meilleurs télescopes actuels ne captent pas a obtenu son billet pour l’espace. La NASA a donné son feu vert à PRIMA, un télescope de 1,8 mètre refroidi à près de -269 °C. Un de ses deux instruments porte la signature française. Décollage visé en 2033.

Un feu vert, pas encore un décollage

Le 23 septembre 2026, la NASA a choisi PRIMA. 1 C’est la première mission d’une nouvelle catégorie, les Probe Explorers. Cette catégorie vise un entre-deux. D’un côté les très grands projets à plusieurs milliards, de l’autre les petites missions. 1,5 PRIMA a été préféré à un projet rival, un observatoire à rayons X. 5

Mais ce feu vert n’est pas le lancement de la construction. La mission entre en phase de conception préliminaire. 1 Une revue technique et financière reste à passer avant de commencer à bâtir l’instrument. 1 Rien n’est encore en orbite. Le télescope n’existe pas. Ce qui démarre, c’est l’avant-projet et la mise au point des technologies.

Le coût du projet est plafonné à 1,2 milliard de dollars, sans compter le lancement. 1 La facture finale sera donc plus élevée. La presse spécialisée y voit le premier d’une série de projets à un milliard. La NASA doit le faire tenir à côté d’engins plus petits. 7

La fenêtre qu’il va rouvrir

Entre le télescope James-Webb et les grands radiotélescopes au sol, il existe une bande de lumière peu observée. 1,4 C’est l’infrarouge lointain. Le dernier grand observatoire à y avoir regardé, l’européen Herschel, s’est arrêté en 2013.

Cette lumière a une vertu rare : elle traverse la poussière. 1,4 Or la poussière cache beaucoup. En lumière visible, elle masque la naissance des étoiles et la croissance des galaxies. 4 PRIMA est conçu pour voir au travers.

Trois grands objectifs sont affichés. 1 D’abord, suivre comment les galaxies et leurs trous noirs géants ont grandi ensemble. Surtout pendant le grand âge de la formation des étoiles, il y a 5 à 10 milliards d’années. 1,6 Ensuite, comprendre comment naissent les planètes, et le rôle de l’eau dans leur assemblage. 1,4 Enfin, retracer comment la poussière et les éléments lourds se sont accumulés au fil du temps. 1,4 L’instrument français doit aussi mesurer les champs magnétiques qui traversent l’espace entre les étoiles. 2

L’œil français de la mission

La France ne pilote pas toute la mission. C’est un projet de la NASA, dirigé depuis un laboratoire américain, avec un responsable scientifique américain. 1,5 Mais un des deux instruments de PRIMA est bien français.

Cet instrument s’appelle PRIMAger. C’est un imageur, une sorte d’appareil photo pour l’infrarouge. Il est piloté par l’agence spatiale française, avec le CEA et le CNRS. 2 D’autres laboratoires européens complètent l’équipe. 2

Ce n’est pas un coup d’essai. Des laboratoires français travaillent l’infrarouge depuis les années 1990. 6 Ils ont fourni des pièces maîtresses à de grandes missions passées, dont un instrument embarqué sur le télescope James-Webb. 6 L’agence française se décrit comme un des principaux contributeurs du projet. La part vérifiable est plus simple, et déjà belle : la France tient un des deux yeux de l’observatoire. 2

Le froid, condition pour voir

Pour capter des signaux aussi faibles, il faut un télescope qui ne s’éblouit pas lui-même. Un objet tiède émet de l’infrarouge. Un télescope tiède se noie donc dans sa propre lumière. La solution, c’est de le refroidir à l’extrême.

PRIMA sera porté à environ -269 °C. 2 Ses détecteurs descendront encore plus bas, à un dixième de degré au-dessus du zéro absolu. 2 Ces capteurs reposent sur une technologie inventée à la fin des années 1990. 3 Le télescope voyagera loin, à 1,5 million de kilomètres de la Terre, au même poste d’observation que le James-Webb. 2

Combien verra-t-il de mieux ? Selon un scientifique de la mission, la sensibilité pourrait faire un bond d’environ mille fois dans l’infrarouge lointain. 3 Le centre scientifique de la mission parle d’un gain qui se compte au moins en centaines de fois par rapport aux observatoires passés. 4 Ce sont des promesses de conception, pas encore des mesures. Elles se vérifieront en vol, si l’instrument tient ce qu’il annonce.

Ce qui commence vraiment

L’observatoire n’existe encore que sur le papier. Le chemin est long jusqu’à 2033, et un projet de ce genre peut encore bouger. 1 Mais la décision, elle, est prise. Une fenêtre de l’Univers longtemps laissée dans l’ombre va être rouverte, et un instrument français aura sa place derrière la vitre.