Deux morts dans une pinède
Le feu se déclare en début d’après-midi, dans une pinède très dense. Les flammes montent à vingt ou trente mètres. Deux sapeurs-pompiers professionnels attaquent le départ de feu. Leur camion est piégé par les flammes 2. Les décès surviennent « dans les premières minutes », indique le directeur du service d’incendie de la Gironde 2. Ce mardi-là, le département est en vigilance rouge feux de forêt 1. Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête sur l’origine du feu 2. La cause n’est pas établie.
Ces deux morts ne sont pas un accident isolé. Elles arrivent au cœur d’un été hors norme. Elles pèsent aussi sur ce qui suit.
Une grève, mais pas une caserne vide
Le 13 août, neuf organisations syndicales appellent tous les agents des services d’incendie à la grève 3. En pleine saison des feux. Le mot inquiète. Il ne veut pas dire caserne fermée.
Les pompiers ont le droit de grève. Mais la loi impose la continuité des secours 4. Un service minimum est donc obligatoire. Un pompier qui s’est déclaré gréviste peut être assigné à son poste 4. En cas d’urgence, le préfet le réquisitionne 4. « Bien sûr que nous interviendrons si une maison brûle », résume un responsable syndical local 5. Sur le terrain, le constat est le même : « Quand nous sommes en grève, nous sommes réquisitionnés par le préfet » 6.
Les secours restent assurés. Et le service minimum doit rester sous les effectifs habituels : un juge peut le vérifier 4.
Ce qu’ils réclament
Trois demandes portées par neuf organisations représentatives 3. Un financement durable des services d’incendie et de secours. Le recrutement de pompiers professionnels sous statut. La santé des personnels comme priorité nationale 3. Ce sont leurs mots et leurs demandes, ceux d’un acteur qui défend son métier.
À midi, le ministre de l’Intérieur reçoit leurs représentants 3. Les syndicats en ressortent « très déçus » 6. Ce que le ministre a proposé ce jour-là n’a pas été rendu public. Le mouvement appelle alors à manifester le 29 septembre 6. En Haute-Garonne, les syndicats annoncent 80 % de grévistes 6. Le chiffre vient d’eux, pour un seul département. Aucun taux national n’a été publié.
Une fédération, la FNSPF, soutient le mouvement sans avoir signé le préavis 7. Elle réclame une nouvelle loi de sécurité civile 7. Elle aussi défend la profession, ses mots sont un plaidoyer, pas un constat neutre.
Un constat qui dépasse les syndicats
Sur l’argent, leur diagnostic n’est pas isolé. Un rapport du Sénat sur le budget 2026 parle d’un modèle de financement « à bout de souffle » 8. La formule est de lui, pas des grévistes. Et aucune réforme du financement n’est prévue pour 2026 8.
Qui paie les pompiers ? Surtout les départements, un peu plus de la moitié 9. Les communes et leurs intercommunalités cotisent sur une base gelée depuis 2002 9. L’État apporte près d’un quart, souvent sans le mettre en avant 9. Pendant ce temps, les interventions montent. Elles sont passées de 3,6 millions en 2002 à 4,7 millions en 2021 9.
Onze Canadair pour tout un été
La flotte qui attaque les feux depuis le ciel compte douze Canadair 10. Pour 2026, elle est tombée à onze : un appareil a été endommagé en 2025 10. Ces avions ont vingt-cinq ans de moyenne d’âge 11. Leur renouvellement est chiffré à 1,3 milliard d’euros 12.
En 2022, la Cour des comptes jugeait ce renouvellement mal préparé. Elle parlait de « défaut d’anticipation » et d’« absence de vision stratégique » 12. Cette voix n’est pas syndicale. C’est celle d’un organe de contrôle indépendant.
Deux avions neufs sont commandés. Livraison prévue en 2028 10. Deux autres suivront, en 2032 ou 2033 10. Les renforts promis arriveront donc après plusieurs étés.
Cet été 2026 a déjà battu un record. Plus de 42 000 hectares ont brûlé à la mi-juillet 15. C’est environ quatre fois la moyenne des vingt dernières années 21.
Des effectifs, et pas que pour les feux
La France compte 258 641 sapeurs-pompiers 13. Près de huit sur dix sont des volontaires 13. On entend souvent dire que le volontariat s’effondre. Les chiffres ne le montrent pas. Le nombre de volontaires est stable depuis quinze ans 14.
La tension est ailleurs. Les indemnités des volontaires sont gelées depuis 2022 14. Les agressions augmentent, et personne ne suit combien de volontaires sont vraiment actifs 14. L’effectif affiché peut donc être plus large que l’effectif réel sur le terrain.
Et les feux, dans tout ça ? Ils ne pèsent que 6 % des interventions 13. Le gros du travail, c’est le secours aux personnes : près de huit interventions sur dix 13. La demande de bras vaut donc toute l’année, pas seulement l’été.
Après le feu, la fumée
En 2022, l’agence cancer de l’Organisation mondiale de la santé a classé le métier de pompier « cancérogène certain » 16. Ce classement mesure un danger, pas le risque de chaque pompier. Il ne dit pas que les pompiers ont, en général, plus de cancers que les autres 16. Il dit que l’exposition, elle, est une cause avérée pour certains cancers précis 16. Ce qu’un pompier respire sur un feu est donc un danger reconnu.
En France, la reconnaissance de ces cancers a longtemps été quasi nulle 17. Fin 2025, un décret a ajouté la lutte contre l’incendie à deux tableaux de maladies professionnelles 18. C’est une ouverture. Ce n’est pas le tableau complet réclamé par le Sénat 18.
Pour faire valoir un droit, il faut prouver l’exposition. Une loi doit rendre obligatoire une fiche après chaque intervention à risque. Le Sénat l’a votée en mars 2025. L’Assemblée nationale ne l’a pas votée à ce jour 19. Sans cette trace, la reconnaissance ouverte par le décret reste difficile à activer 17.
Le suivi tient mal, lui aussi. Il ne couvre pas les volontaires, près de huit pompiers sur dix 17. Depuis 2026, le délai entre deux visites médicales passe de deux à quatre ans jusqu’à 45 ans 22. Les syndicats ont voté contre ce texte 22.
Reste la tenue elle-même. Les habits de protection des pompiers contiennent des PFAS, ces polluants qui ne se dégradent pas 20. Une loi les interdit dans les textiles grand public à partir de 2026. Les tenues de protection en sont exclues 20. L’administration invoque l’absence d’un autre matériau aussi protecteur 20. On ne sait donc pas encore les remplacer sans perdre la protection. Elles restent dans l’équipement, et c’est une décision qui a été prise.
Ce qui reste, une fois la fumée retombée
Les faits tiennent en quelques lignes. Une saison quatre fois plus dure que la moyenne. Onze avions au lieu de douze. Des renforts pour 2028, puis 2033. Deux morts en juillet. Et un organe de contrôle indépendant qui, dès 2022, parlait de « défaut d’anticipation » 12.
La grève du 13 août n’a fermé aucune caserne. Le constat qu’elle porte, lui, n’appartient pas qu’aux grévistes.
