Un chiffre que son auteur appelle une « estimation »
Le chiffre vient d’un seul document. Un rapport publié par Policy Exchange, un think tank britannique classé à droite 1,4. Ce n’est pas un audit officiel. Ce n’est pas une étude relue par des pairs. C’est le travail d’un acteur du débat, peu transparent sur ses financements 4, et dont l’auteur, ancien policier, défend une ligne hostile à ces politiques 1.
Ce point compte pour une raison simple. L’auteur ne prétend pas avoir compté des dépenses réelles. Il l’écrit noir sur blanc. Il n’existe, dit-il, « aucun relevé public du coût total ». Alors il a pris « le peu de données disponibles » et « extrapolé une estimation » 1. Le mot est de lui. Son chiffre n’est pas une addition. C’est une projection.
Les deux tiers n’ont jamais quitté une caisse
Sur les 631 millions, 431 forment le plus gros poste. Soit 68 % du total 1. Cet argent n’a pas été dépensé. C’est du temps de formation, converti en livres.
La méthode tient en quelques lignes. L’auteur suppose que chaque policier a suivi quatre heures de formation par an depuis 2020 1. Huit heures pour un gradé. Deux heures pour un civil. Ces durées ne sont pas mesurées. Elles sont supposées, et appliquées à 100 % des effectifs 1.
Puis il donne un prix à ces heures. Lequel ? Celui d’une facture. La police britannique dispose d’un tarif pour vendre ses services à un tiers, pensions et frais généraux compris 1. C’est ce tarif que le rapport applique, 551 livres par jour et par agent 1. Un barème conçu pour facturer l’extérieur, pas pour mesurer une dépense interne.
Résultat : 431 millions qui ne correspondent à aucune dépense supplémentaire. Le temps a bien été passé en formation. Mais il était déjà payé, et aucune enveloppe dédiée n’est sortie d’une caisse pour cette somme.
Un détail du même poste mérite d’être lu. Le compte inclut aussi, de l’aveu du rapport, « les formations consacrées à d’autres sujets mais comportant une composante diversité » 1. Autrement dit, des heures qui ne portent pas d’abord sur la diversité entrent quand même dans le total.
Le reste repose sur une force, ou sur cinq
Restent deux postes. 177 millions pour des postes internes. 23 millions pour des prestations extérieures 1.
Le premier est extrapolé à partir d’une seule force de police, celle de Londres 1. Le rapport multiplie ses effectifs par 5,8 pour couvrir tout le pays, puis rabote de 30 % au cas où Londres compterait plus de personnel dédié qu’ailleurs 1. Ce rabot est lui-même une hypothèse, non mesurée 1.
Le second, les 23 millions, part des dépenses réelles de cinq forces, 2,7 millions constatés, multipliés par 8,54 1. C’est le seul poste adossé à des dépenses observées. Il pèse 3,6 % du total 1. Le reste, soit 96 %, est de l’estimation.
Une obligation légale comptée comme un choix
Le rapport présente l’ensemble comme une dépense que la police se serait offerte. La loi dit autre chose. Une partie de ces activités découle d’un devoir inscrit dans la loi britannique sur l’égalité de 2010 1. Les forces n’ont pas le choix : elles doivent s’y conformer.
Et le rapport le sait. La preuve, il demande d’abroger ces articles de loi 1. Personne ne réclame la suppression d’une obligation qui n’existe pas. En comptant ensemble ce que la loi impose et ce que la police choisit, sans jamais les séparer, le chiffre range sous « dépense de confort » une part qui est en réalité une contrainte.
Moins d’un penny par livre
Le chiffre impressionne parce qu’il est gros et d’un bloc. Mais il couvre six ans et tout le Royaume-Uni 1. Ramené à l’année, cela fait environ 105 millions de livres 1,3.
Face à quoi ? Le budget de la police britannique tient entre 18 et 19,5 milliards par an 3. Les 105 millions annuels en représentent 0,5 à 0,6 % 3. Moins d’un penny par livre dépensée.
C’est d’ailleurs l’argument des chefs de police eux-mêmes. Ils parlent d’« une très petite proportion » d’un budget « de plusieurs milliards » 2. Eux aussi défendent leur bilan, ils sont juges et parties. Mais cette proportion-là se vérifie sur les comptes publics. Elle tient 3.
« 2 000 policiers en moins » : à une condition près
Reste la phrase qui a fait les titres. Cet argent, dit le rapport, aurait pu financer « 2 000 policiers de terrain » de plus par an 1.
Le calcul est juste, à une condition : que l’argent existe. Or 68 % de ce total n’a jamais été dépensé 1. C’est du temps déjà travaillé, pas une enveloppe rangée dans un tiroir. Un argent qui n’a pas été sorti ne peut pas être « remis sur le terrain ».
C’est pourtant la promesse qu’en tirent certains. L’opposition conservatrice y voit « un gaspillage choquant » 2. Reform UK veut supprimer chaque poste concerné pour « remettre cet argent sur le terrain » 2. La promesse sonne bien. Elle repose sur une somme dont les deux tiers n’ont jamais quitté les caisses.
Le débat reste ouvert, le décompte non
Une question demeure, que ce chiffre ne tranche pas. Ces dépenses de diversité sont-elles utiles, bien employées, justifiées ? Le débat est réel, et il est légitime. Mais il suppose un décompte solide.
Celui-ci additionne du temps de travail déjà payé, des obligations que la loi impose et des projections tirées d’une poignée de forces 1. Deux jours après sa parution, personne ne l’avait encore vérifié. Il annonce 631 millions. Les deux tiers ne sont pas de l’argent dépensé 1.
