Deux villages de pierre
À Marols, c’est l’architecture en pierre granitique qui a retenu le jury 8. Le village garde son église fortifiée, une puissante tour carrée à mâchicoulis. Elle est classée monument historique depuis 1911 4. Autour, un habitat médiéval hérité de siècles d’histoire, à 865 mètres d’altitude dans le Forez 4.
Montréal, dans l’Yonne, offre un autre visage. Le village abrite une collégiale du XIIe siècle, avec des stalles en bois sculptées du XVIe 7. Il a gardé des traces de ses trois anciennes enceintes, des portes, des remparts, et le puits de son château disparu 7,10. C’est le troisième village de l’Yonne à recevoir le label, après Vézelay et Noyers-sur-Serein 9,10.
Ce label existe depuis 1982 2. Il est décerné par une association sans but lucratif. Elle dit vouloir « réconcilier les villages avec l’avenir » 2. Avec ces deux entrées, le réseau compte désormais 186 villages 9.
Un label qui se mérite
Pour concourir, un village doit d’abord remplir trois conditions 1. Compter moins de 2 000 habitants. Posséder au moins deux sites ou monuments protégés. Et voter sa candidature en conseil municipal.
Vient ensuite l’examen. Un expert de l’association se déplace sur place. Il note le village sur 32 critères 1. La qualité des pierres, l’entretien, la nature, l’accueil des visiteurs 1. L’association affirme retenir moins d’une candidature sur cinq 3.
Et rien n’est acquis pour toujours. Tous les six à neuf ans, chaque village classé est réexaminé 3. Celui qui se laisse aller peut perdre son label 3. La distinction n’est donc pas un trophée posé sur une étagère. C’est un engagement à entretenir ce patrimoine dans la durée.
Ce que ça coûte, ce que ça promet
Le label a un prix, et c’est le fait le mieux établi. Chaque année, la commune verse une cotisation à l’association. Elle va de 1 200 à 4 800 euros, selon la taille du village 3. Cela revient à environ trois euros par habitant 3. Pour Marols et Montréal, si petits, la note reste dans le bas de la fourchette. À cela s’ajoutent des frais pour l’expertise 3.
En face, qu’apporte le label ? Là, les preuves sont plus minces. Sa notoriété, elle, est réelle. En 2022, un sondage indiquait que 92 % des Français le reconnaissaient 3.
Pour le reste, on entre dans l’estimation. L’association attend de 10 à 50 % de visiteurs en plus 3. Mais la fourchette est si large qu’elle ne dit presque rien. Et c’est un chiffre avancé par l’association elle-même, pas une étude indépendante 3. Personne n’a mesuré, chiffres à l’appui, ce que le label change pour l’économie d’un village.
Plus de visiteurs, c’est aussi plus de monde à gérer. Des villages labellisés très courus l’ont appris. Riquewihr, en Alsace, reçoit 1,5 million de visiteurs par an pour 1 700 habitants. La commune fait désormais payer cher le stationnement des cars pour freiner les flux 5. Gordes, dans le Vaucluse, a ouvert des parkings de délestage et renforcé sa police municipale 6. Marols et Montréal, avec leurs 462 et 161 habitants, n’en sont qu’au tout début.
Un détail dit bien la limite de l’exercice. Depuis 2017, Marols a gagné des habitants. Montréal en a perdu 4,7. Les deux reçoivent pourtant le même label. Il récompense un patrimoine, pas une courbe de population.
Reste ce qui a valu la distinction, et que personne ne conteste. À Marols, une église fortifiée debout depuis le Moyen Âge, classée depuis 1911 4. À Montréal, une collégiale du XIIe siècle et ses stalles sculptées 7. Des pierres posées par des générations, désormais comptées parmi les plus belles de France.
