Le père qui met les petits au monde
Sur la photo, les deux juvéniles semblent tournés vers l’adulte. Ce n’est pas la mère. C’est le père. Chez l’hippocampe, c’est le mâle qui porte et met bas 5.
La femelle dépose ses œufs dans une poche fermée, sur le ventre du mâle. Il les féconde à l’intérieur. Il les oxygène par un réseau de vaisseaux. Il les nourrit d’un fluide proche de celui d’un placenta 5. Puis vient le travail. Pendant des heures, il pousse pour expulser ses petits 5.
La grossesse dure de dix jours à six semaines. Cela dépend de l’espèce et de la température de l’eau 5. Le mâle peut lâcher de quelques petits à plusieurs milliers. Ils mesurent huit à dix millimètres. Aussitôt nés, ils sont livrés à eux-mêmes et dérivent comme du plancton 5.
Le concours a présenté la scène comme un adieu, le père disant au revoir à ses petits 4. C’est la lecture de l’auteur. Le fait, lui, tient en peu de mots.
Des instants qu’on voit rarement
Le même palmarès a récompensé d’autres scènes de vie marine. Chacune montre un comportement réel.
Le dragon de mer feuillu partage le secret de l’hippocampe. Le mâle porte lui aussi les œufs. Il les colle sous sa queue 4.
Un requin-nourrice avance flanqué de rémoras rangés en formation 4. Ces poissons voyagent accrochés à plus gros qu’eux. C’est un partenariat courant sous l’eau.
Au large du Japon, une photo de nuit en pleine eau saisit un poisson-ruban et des salpes translucides 4. Cette technique, la photo en eau noire, révèle un peuple minuscule et dérivant. On l’observe très peu.
À Sydney, des dauphins ont surfé une vague au milieu des surfeurs 1. À Jurien Bay, en Australie, de jeunes otaries jouent et inspectent tout ce qui passe 3.
Quand la photo devient un outil de science
Une catégorie récompense moins une belle image qu’une méthode. On y voit des plongeurs scientifiques mesurer des requins-marteaux avec un appareil calibré au laser 1. Chaque animal est identifié un par un, lors d’un relevé de population 4.
La photo ne fait pas que montrer. Elle compte, elle suit, elle documente. C’est un vrai outil de recherche.
Ces images arrivent au bon moment. Environ un tiers des requins et des raies sont menacés d’extinction, la surpêche en tête 6. Savoir combien il en reste, et où, commence souvent par une image nette.
L’océan garde presque tous ses secrets
D’autres images rappellent tout ce qu’on ignore encore. Un programme de recensement a décrit 1 121 espèces marines nouvelles en un an 7. Il estime que jusqu’à neuf espèces sur dix restent à découvrir dans l’océan 7. C’est son estimation, à prendre comme telle. Mais elle donne le vertige.
Entre le moment où l’on repère une espèce et celui où on la décrit vraiment, il s’écoule treize ans et demi en moyenne 7. L’océan va plus vite que les carnets qui le racontent.
Une dernière photo montre autre chose que des animaux. Au Cap-Vert, des volontaires, des surfeurs et des sauveteurs remettent ensemble à l’eau des globicéphales échoués 1,3. Pourquoi ces baleines se sont échouées, l’image ne le dit pas. Ce qu’elle montre, c’est un renflouement à mains nues, tous ensemble.
Le grand prix, lui, est reparti vers un père hippocampe et ses petits partis dériver seuls. Sur plus de quinze mille images reçues, selon les organisateurs, c’est celle-là qui a été retenue 1. Un mâle, deux petits de huit millimètres, et l’immensité d’un océan qu’on connaît à peine.
