Un décret de deux articles, sans liste
Le décret n° 2026-999 date du 26 octobre 2026. Il est en vigueur depuis le 29 octobre 1. Il compte deux articles.
Le pharmacien pourra faire trois choses 1. Participer aux soins sur place. Orienter le patient vers un autre soignant ou vers les urgences. Lui remettre un produit ou un dispositif médical vendu sans ordonnance.
Mais le texte ne nomme aucune maladie. Un arrêté du ministre de la Santé fixera la liste des situations 1,3. Au 29 octobre, il n’était pas publié 2. Il doit aussi fixer les règles des locaux 4. Le prix payé au pharmacien est encore en négociation 2.
Le décret est donc en vigueur, mais la mission ne s’applique pas encore. Seules les pharmacies déjà engagées dans l’expérimentation la pratiquent. Une période de transition les couvre depuis le 1er janvier 2026. Elle dure douze mois, dix-huit au plus. Aucune nouvelle pharmacie ni nouvelle région ne peut y entrer 6.
Quatre petits soins annoncés
Trois sources annoncent les mêmes situations : la piqûre de tique, la plaie simple, la brûlure légère et la conjonctivite 2,8,16. Ce sont les quatre soins testés depuis plusieurs années sous le nom d’OSyS. En 2025, la Cour des comptes jugeait qu’ils devraient être généralisés, sous réserve d’évaluations complémentaires 8. Seul l’arrêté les rendra officiels.
Pas d’antibiotique dans ce cadre
Le décret n’autorise aucun médicament sur ordonnance, donc aucun antibiotique 2,4. Un syndicat de pharmaciens trouve le texte « plus restrictif que ce que l’on attendait » 5.
Pour une piqûre de tique simple, ce manque ne prive le patient d’aucun traitement recommandé. Les recommandations officielles ne prévoient aucun antibiotique après une piqûre 11. Le risque de transmettre la maladie de Lyme est faible, de 1 à 4 % 11. Mais une rougeur peut s’étendre autour de la piqûre, le plus souvent dans le mois qui suit. Elle se soigne par antibiotique, donc chez un médecin 11. Pour la plaie, la brûlure et la conjonctivite, ce journal n’a pas trouvé de recommandation officielle comparable.
Un seul cadre permet déjà au pharmacien de délivrer un antibiotique sans ordonnance. C’est l’angine et la cystite, depuis juin 2024, par un autre texte et sous conditions 12. Le pharmacien fait d’abord un test rapide. L’antibiotique est remboursé comme d’habitude 12. Fin octobre 2024, 75 % des pharmacies avaient pratiqué le test pour l’angine, selon l’Assurance maladie 13.
Ce que le pharmacien devra noter et transmettre
Le pharmacien reçoit le patient dans un espace qui protège la confidentialité 1. Il inscrit chaque prise en charge dans le dossier médical partagé, le carnet de santé en ligne. Il y note les symptômes, sa conclusion, le soin ou l’orientation, les produits remis et leur dose 1. Il transmet le tout au médecin traitant, par une messagerie de santé sécurisée 1. Le décret ne dit rien du patient qui n’a pas de médecin traitant.
Le décret ne prévoit pas de formation obligatoire, ni de limite d’âge 1. Pendant l’expérimentation, seuls les pharmaciens formés appliquaient les protocoles 10. L’arrêté peut encore fixer ces règles. Le décret ne l’impose pas.
La mission reste facultative. Chaque pharmacien choisit de la proposer ou non 6.
Un champ étroit, avec beaucoup de cas renvoyés au médecin
Dans les protocoles testés en 2023, de nombreux patients partaient d’office chez le médecin 10. Après une tique : la femme enceinte et l’enfant de moins de 2 ans. Pour une plaie : un diabète, un traitement qui fluidifie le sang, un vaccin contre le tétanos pas à jour. Une plaie profonde partait aux urgences. Certains signes renvoyaient aussi au médecin ou aux urgences : pour l’œil, une vision troublée ou une forte douleur, pour une brûlure, le visage ou une brûlure électrique ou chimique 10.
Ces règles peuvent changer avec l’arrêté.
Les chiffres de l’expérimentation
L’organisme qui mène l’expérimentation défend son système. « Dans 75 % des cas, le recours inapproprié aux médecins ou aux urgences est évité », dit sa responsable. Elle annonce aussi « zéro événement indésirable » en cinq ans 7. Elle ne dit pas comment le 75 % est mesuré. Sans groupe témoin, rien ne dit combien de passages chez le médecin ont été réellement évités.
Le rapport final d’évaluation n’a pas été trouvé en ligne. La Cour des comptes en cite des chiffres en septembre 2026, sans méthode connue. Sur 100 patients, 19 ont évité un médecin et 3,5 les urgences 9. En 2025, elle voyait déjà « des bénéfices probants » 8. L’activité restait pourtant faible : 2,6 prises en charge par pharmacie et par mois, contre 12,5 prévues 10. La Cour jugeait aussi « regrettable » l’absence d’évaluation des coûts et des bénéfices, pour toutes les nouvelles missions du pharmacien 8.
Un syndicat de médecins accuse les syndicats de pharmaciens d’accepter de « voler des actes aux médecins ». Il ajoute : « Les pharmaciens ne sont pas des médecins, ils n’ont pas été formés à l’interrogatoire » 17. Le décret, lui, ne prévoit aucune formation obligatoire 1. Aucune des deux parties ne publie un décompte vérifiable des incidents.
Au Royaume-Uni, 31 évaluations de systèmes proches ont été réunies. Entre 2,4 % et 23,4 % des patients retournent ensuite chez le généraliste. Une seule de ces évaluations repose sur un tirage au sort 15.
Là où le médecin est loin
L’accès au généraliste recule. En 2024, chaque habitant avait accès en moyenne à 3,3 consultations par an, 1,1 % de moins qu’en 2023 14. Les 10 % de Français les mieux servis ont 4,3 fois plus accès au médecin que les 10 % les moins bien servis. Et l’écart grandit 14.
La pharmacie est plus proche : 6,5 minutes en moyenne pour en rejoindre une, en 2023 8. Mais elle ferme aussi, et plus vite à la campagne. Dans les bourgs ruraux, le rythme des fermetures a presque été multiplié par cinq entre 2015-2019 et 2019-2021. En ville, il a moins que doublé 8.
Aucune source réunie ici ne mesure l’effet selon le nombre de médecins du secteur. La mission étant facultative, rien ne garantit que la pharmacie d’un territoire sans médecin la propose. Et un patient renvoyé vers un médecin retrouve la même distance.
Ce qui reste à décider, et par qui
Deux textes manquent. L’arrêté du ministre de la Santé fixera la liste des soins et les règles des locaux. Il n’a pas de date annoncée 2,4. Le prix se négocie entre l’Assurance maladie et les syndicats de pharmaciens. L’accord devrait aboutir avant la fin de l’année, selon Vidal 2. Aucune source ne dit encore si le patient paiera quelque chose.
Pour la liste des soins, la loi n’impose aucun avis de la Haute Autorité de santé 3. En janvier, le ministère de la Santé a annoncé qu’il la saisirait. Elle doit fixer la marche à suivre dans chaque situation 6. Aucun avis public n’a été trouvé à ce jour.
Pour une angine ou une cystite, une prise existe déjà : le test rapide en pharmacie, puis l’antibiotique sans ordonnance si le test est positif 12.
Pour une tique, une petite plaie, une brûlure légère ou une conjonctivite, seules les pharmacies déjà incluses dans les quatre régions pratiquent ces soins 6. Aucune liste publique de ces pharmacies n’a été trouvée : la question se pose au comptoir. Après chaque prise en charge, le patient en retrouve la trace dans son dossier médical partagé 1.
