La phase principale de Parcoursup s’est fermée le 11 juillet. Ce jour-là, 126 652 candidats n’avaient toujours aucune proposition. Le ministère, lui, met en avant un autre nombre : 38. Ce que deviennent les autres, aucune statistique publique ne le suit.

Trois chiffres pour une même rentrée

Un tableau de bord transmis à l’AFP donne le compte. Au 11 juillet 2026, 126 652 candidats étaient sans proposition, sur 872 000 1. Dans le détail, 57 024 bacheliers, 46 216 étudiants en réorientation, 23 412 candidats scolarisés à l’étranger 1. Un an plus tôt, au même stade, ils étaient 103 582 1.

Ce total, le communiqué du ministère ne le donne pas. Il retient « près de 9 lycéens sur 10 » ayant déjà une réponse 2. En fin de parcours 2025, sur 22 235 candidats ayant saisi les commissions d’accès, il n’en restait plus que 38 accompagnés 3.

Les deux chiffres sont exacts. Ils ne mesurent pas la même chose. Le 126 652 est un stock de mi-juillet, pas le solde final de septembre. Il laisse de côté environ 122 000 personnes en reprise d’études, non comptées cette année 1. Le 38 ne compte que les lycéens encore suivis par une commission à la toute fin 3. Entre les deux, des dizaines de milliers de trajectoires que ni l’un ni l’autre ne décrit.

Un troisième chiffre circule, le plus rassurant : 94 % des néo-bacheliers ont reçu au moins une proposition 4. Il porte sur un champ étroit. Sont écartés l’apprentissage seul, la phase complémentaire seule, la réorientation, la reprise d’études 4. Même sur ce périmètre choisi, 6,5 % restent sans rien 4.

« En attente » ne veut pas dire refusé

Un vœu « en attente » n’est pas un refus. C’est une place dans une file, « en raison des limites de capacité de la formation demandée » 5. Les candidats ne classent pas leurs vœux. La file avance quand un candidat mieux placé accepte une autre place ailleurs. Son siège se libère, il est aussitôt proposé au suivant 5. D’où l’embouteillage de juillet, qui se vide par à-coups.

Reste la vraie question : pourquoi manque-t-il des places. La Cour des comptes tranche. « Le critère de la fixation de la capacité d’accueil apparaît comme le vrai facteur déterminant » 6. Pas l’algorithme, qui ne fait que répartir sous contrainte. En 2019, près de 20 % des formations non sélectives étaient déjà en tension, soit près de 30 % des admis 6.

Le problème n’est pas seulement le nombre de places. C’est aussi leur emplacement. En 2018, sur 21 239 places financées, 8 107 sont restées vides dans Parcoursup, alors que les besoins « perdurent » en BTS et en DUT 6. Des places payées, vacantes, mais pas là où étaient les candidats.

La voie du bac change tout

Le sort dépend d’abord du diplôme. En 2025, 97,2 % des bacheliers généraux ont reçu une proposition, contre 82,9 % des bacheliers pro 4. Autrement dit, environ un bac général sur 35 reste sans proposition, contre environ un bac pro sur six 4,7. Les bacs pro attendent aussi plus longtemps, 5,6 jours en moyenne contre 2,1 4.

La raison est mécanique. En filière en tension, le classement repose surtout sur les notes du lycée. Un bachelier pro, noté plus bas, passe derrière 8. Le BTS est sa voie de prédilection. Mais des quotas informels l’y font souvent passer après les bacheliers technologiques. En Île-de-France, neuf BTS sur dix pratiquent ce tri, selon le comité éthique et scientifique de Parcoursup 8.

Le chiffre officiel embellit même leur situation. Environ 20 000 bacheliers pro, partis en apprentissage ou en phase complémentaire, sortent du champ statistique 8. Leur réalité est donc pire que le taux affiché.

Le lieu compte aussi. En 2025, 11,1 % des néo-bacheliers d’Île-de-France n’avaient aucune proposition, contre 5,8 % ailleurs 8. Un écart « jamais aussi grand », qui double le risque, faute d’une offre régionale suffisante 8.

Ce que personne ne compte

Une fois la procédure close, l’État ne suit pas ce que deviennent ceux qui sont restés dehors. La Cour des comptes le pointe : la réussite étudiante « fait l’objet d’un manque de suivi qui compromet, in fine, la mesure de son éventuel succès » 6. Le Sénat, en 2023, relève aussi la réorientation subie en hausse et l’échec en première année 9.

Réinscription l’année suivante, redoublement, année blanche, départ vers une école privée, emploi, ou plus rien : aucune de ces issues n’est mesurée. Cette année, 36 720 candidats ont même quitté la plateforme avant toute proposition 1. Projet mûri ou abandon découragé, la donnée ne le dit pas 1. Le ministère compte aussi 162 000 lycéens déclarant « d’autres projets » hors Parcoursup, sans préciser lesquels 2.

Une attente qui pèse, un filet incomplet

L’attente a un coût. En 2022, 83 % des usagers jugeaient la procédure « stressante » 10. Ils devaient surveiller l’application jusqu’en plein été 6. Les délais se sont réduits depuis. Mais 8 % des admis attendaient encore plus de 45 jours en 2025 8.

Des filets existent. La phase complémentaire ouvre 83 000 places vacantes 2. Les commissions, elles, accompagnent jusqu’à la mi-octobre 3. En 2018, pourtant, cette voie de rattrapage avait laissé environ un candidat sur cinq sans solution 6. Combien des 126 652 trouveront une place, et laquelle, aucun bilan ne le dira. La procédure ne suit pas ceux qu’elle laisse au bord.