Le commercial sonne à la porte, ou tient un stand au salon de l’habitat. Le discours est rodé. Des panneaux, une batterie, et voilà l’autonomie. Le surplus d’électricité revendu qui tombe chaque mois. Depuis le 5 juin 2026, ce surplus se vend 1,1 centime le kilowattheure 2. Début 2025, il en rapportait onze fois plus 2. La promesse commerciale, elle, n’a pas bougé.

Revendre son électricité ne rapporte presque plus

Pendant des années, le calcul du solaire tenait sur deux jambes. On consommait une partie de sa production. On revendait le reste au réseau, à bon prix. Cette seconde jambe vient d’être coupée.

Deux décisions l’ont fait, à quinze mois d’écart. Le 28 mars 2025, le prix de rachat du surplus tombe de 12,69 à 4 centimes le kilowattheure pour les petites installations 2. Le 5 juin 2026, il tombe encore, à 1,1 centime, et devient le même pour presque tous 2. Dans le même mouvement, la prime versée à l’installation a disparu pour toute nouvelle demande 2.

Un ordre de grandeur fixe les idées. Un kilowattheure acheté au réseau coûte environ 25 centimes 1. Le même, revendu, en rapporte un peu plus d’un. Revendre son électricité pour la racheter ensuite est devenu un très mauvais échange.

Ce qui fait vraiment baisser la facture

Reste la première jambe, et elle porte maintenant tout le poids. Chaque kilowattheure produit sur le toit et consommé dans la maison au même moment n’est pas acheté au réseau. C’est là que la facture baisse.

Le calcul est simple. L’électricité d’un toit revient à 13 à 18 centimes le kilowattheure, aides comprises, pour une installation courante (chiffres 2024) 1. Celle du réseau coûte environ 25 centimes 1. L’écart, 7 à 12 centimes, est ce qu’on gagne sur chaque kilowattheure consommé sur place 1.

D’où un levier concret, sans rien acheter de plus. Faire tourner les gros appareils quand le soleil est là. Le ballon d’eau chaude, le lave-vaisselle, la machine à laver, la recharge de la voiture électrique, réglés sur le milieu de journée 1. Une installation qui consomme sur place 45 % de sa production au lieu de 25 % est remboursée en moyenne cinq ans plus tôt 1.

Pour qui le calcul tient

Là est le vrai problème, et une association de consommateurs indépendante le pose sans détour. Un foyer consomme surtout le matin et le soir. Les panneaux, eux, produisent au milieu de la journée 5. Le moment où l’on produit et le moment où l’on consomme ne coïncident pas.

Le solaire résidentiel est donc rentable, mais à conditions réunies. Consommer en journée. Piloter ses appareils. Bénéficier d’un bon ensoleillement. Et raisonner sur le temps long.

Ce temps long est chiffré. Une petite installation en toiture se rembourse en 10 à 20 ans 7. Dans le Sud, avec 45 % consommés sur place, une agence publique retient 14 ans, pour une durée de vie de 25 ans 1. Le lieu pèse lourd. Le même panneau produit environ 40 % de plus dans l’extrême sud qu’au nord 3.

Le prix d’entrée, lui, se lit d’un coup d’œil (valeurs 2024, pose comprise) 3 :

PuissanceCoût de l’installation
3 kWc6 500 à 8 000 €
6 kWc12 000 à 13 500 €
9 kWc16 000 à 17 500 €

Une installation de 3 kilowatts-crête, la puissance moyenne d’un logement individuel 1, tourne autour de 7 000 euros, chiffre que confirme la même association de consommateurs 6.

Les profils vraiment taillés pour le solaire ne sont pas d’abord les particuliers. Ce sont les bureaux, les commerces, les hôpitaux, l’industrie et certains élevages 5. Leur point commun : ils consomment quand le soleil brille.

La batterie : de l’autonomie, rarement des économies

Vient la batterie, cœur de la promesse commerciale. Elle stocke le surplus du jour pour le soir. Sur le papier, elle règle le décalage. Sur la facture, le compte n’y est pas.

Trois sources qui n’ont rien à vendre le disent, et elles disent la même chose. Un portail technique non commercial juge qu’il est « rarement rentable » d’ajouter un stockage à une autoconsommation en France 4. Une association de consommateurs écrivait déjà que « très onéreuses, les batteries de stockage ne se rentabilisent pas » 5. Et une agence publique, en 2018 : « les surcoûts de batteries de stockage ne permettent pas de rentabiliser l’installation » 5. En 2025, cette même agence recommande la prudence et conseille de déplacer plutôt ses consommations, moins cher et moins polluant 1.

Trois raisons s’ajoutent au prix d’achat. D’abord la fiscalité. Une installation résidentielle sans batterie est taxée à 5,5 % depuis octobre 2025. Avec une batterie, l’ensemble bascule à 20 % 2. Ensuite la durée de vie. Une batterie lithium-ion tient 5 à 15 ans, quand l’installation en vise 25 4. Elle devra donc être rachetée une ou deux fois. Enfin l’environnement. Le bilan carbone des panneaux, bon au départ, se dégrade avec la batterie, ses métaux rares et l’absence de filière pour la recycler 4.

Cela ne veut pas dire qu’une batterie n’a jamais de sens. Pour l’autonomie, pour tenir une coupure, pour un site coupé du réseau, elle en a un 4. Mais c’est un choix de confort, pas un calcul d’économies. Les deux ne se confondent pas.

Le vrai risque n’est pas dans le calcul

Avant même de sortir la calculette, un danger plus concret attend l’acheteur. Il porte un nom : le démarchage. La même association de consommateurs est explicite. Elle conseille de refuser l’entrée de son domicile aux commerciaux et d’éviter les foires et les salons. C’est là que se signent les « offres exorbitantes », regrettées trop tard 5.

Un dernier piège porte un nom trompeur, le « stockage virtuel ». Le principe : envoyer son surplus au réseau et le récupérer plus tard, comme s’il était gardé de côté. Ce n’est pas du stockage 1. Le surplus est vendu, puis racheté, avec des taxes et des frais à la clé 1.

Le gain, désormais, tient tout entier dans un geste qui ne coûte rien : consommer sa production au moment où le toit la fabrique. La batterie, elle, apporte de l’autonomie. Sur la facture, les sources qui ne la vendent pas s’accordent, elle ne change presque rien.