En septembre 2024, le Nutri-Score a commencé à disparaître des bouteilles d’Actimel. Le logo y affichait un A ou un B, selon la marque. Puis la règle de calcul a changé, et la note tombait à D. Danone a préféré retirer le logo plutôt que de l’afficher. Le produit, lui, n’avait pas bougé. 5

Un repère simple, pensé pour aller vite

C’est une pastille collée en face avant de l’emballage. Cinq lettres, cinq couleurs, du vert foncé (A) à l’orange foncé (E). 1 Elle résume en un coup d’œil la qualité nutritionnelle d’un produit. Elle est calculée pour 100 grammes, pas par portion. 1 Ce choix est assumé. Sinon un fabricant pourrait définir des portions minuscules pour afficher une meilleure note. 3

Son intérêt tient en un mot : comparer. Deux paquets de céréales côte à côte, deux plats préparés, la pastille tranche vite. Pas besoin de déchiffrer le tableau au dos. C’est fait pour le client pressé, celui qui remplit son caddie sans loupe ni calculette.

Le logo est né en France en 2017. Sept pays l’utilisent aujourd’hui. 1 Presque tout le monde le connaît : 99,6 % des Français en avaient entendu parler fin 2023. Mais le connaître n’est pas s’en servir. Un tiers seulement dit l’utiliser en faisant ses courses, un chiffre déclaré dans un sondage. 2

Ce qu’il change pour le caddie : un peu, surtout pour les petits budgets

Alors, est-ce que ce logo change le contenu du caddie ? Oui, un peu. En supermarché réel, sa présence améliore de 4 % la qualité nutritionnelle des achats. Chez les acheteurs des produits les moins chers, l’effet monte à 5 %. 3 C’est mesuré, c’est réel, mais c’est modeste. Et il faut dire d’où vient le chiffre : l’étude est signée par ceux qui ont conçu le logo. Donc une partie prenante, pas un arbitre neutre. 3

Un autre chiffre circule, plus flatteur : 9,4 %. Il vient d’un magasin virtuel de laboratoire, pas d’un vrai rayon. 3 En conditions de courses normales, c’est bien 4 % qu’on observe. L’écart entre les deux dit l’essentiel. Ce qui marche en test marche moins bien dans la vie courante.

La réforme 2024-2025 rebat les notes, pas les recettes

Depuis le 16 mars 2025 en France, le calcul a changé. 1 Attention : ce ne sont pas les produits qui changent, c’est la règle qui attribue la note. 2 La recette reste la même, la lettre peut bouger. Entre 30 et 40 % des produits sont concernés. 2

Qui monte ? Certains poissons gras, les huiles riches en bonnes graisses, les produits à base de farine complète. La volaille passe devant la viande rouge. Qui descend ? Les produits encore trop sucrés ou trop salés. Et les boissons avec édulcorants : les sodas light ne sont plus notés B, mais de C à E. 2 Le but affiché par l’agence publique qui porte le logo : éviter que les industriels remplacent le sucre par des édulcorants pour gonfler la note. 2

Ce que le logo ne dit pas

Reste à savoir ce que le logo ne mesure pas. Et c’est beaucoup.

Il renseigne sur la composition nutritionnelle, et seulement elle. 3 Pas le degré de transformation. Pas les additifs. Un produit ultra-transformé peut décrocher une bonne note. 3 Et par construction, il ne dit rien des pesticides, de l’origine ni de l’impact sur l’environnement.

Et la santé ? Manger des produits mieux classés est associé à moins de maladies du cœur, de cancers et de diabète. 3 Mais c’est une association, pas une preuve. Un bon score dans le caddie n’est pas une garantie de bonne santé. 3

Dernier point d’honnêteté, et il vient des concepteurs eux-mêmes. Le logo n’a pas poussé les industriels à refaire leurs recettes de façon générale. Quelques progrès ponctuels, oui. Un mouvement d’ensemble, non. 3

Pourquoi il reste facultatif

Si ce logo aide, pourquoi n’est-il pas obligatoire ?

D’abord le droit. Une règle européenne de 2011 impose le tableau nutritionnel au dos de l’emballage. Mais en face avant, elle n’autorise qu’un logo volontaire, en complément. 1 Un pays peut recommander le Nutri-Score. Il ne peut pas l’imposer tout seul. Pour le rendre obligatoire partout, il faudrait une décision à l’échelle européenne. 1

Cette décision était promise. Un étiquetage obligatoire et commun aux 27 figurait dans un plan européen de 2020. 4 Depuis octobre 2021, aucune proposition de loi n’est venue. 4 Le projet a été enterré. Pas à cause d’un doute scientifique sur le logo. À cause de la politique.

« C’était politiquement trop sensible de proposer le Nutri-Score. Cela aurait été trop dur à avaler pour les Italiens. »

Document interne de la Commission européenne, cité par l'enquête de franceinfo

Deux forces ont pesé, et elles sont documentées. Le gouvernement italien, d’abord, redoutait de voir ce logo se généraliser en Europe. Sa cheffe de gouvernement a parlé d’une « folie » qui nuirait au « made in Italy ». 4 L’industrie agroalimentaire, ensuite. Des documents internes de la Commission, obtenus par une association militante et révélés par une enquête de presse, décrivent un lobbying intense. L’écart d’accès est net : dix-sept réunions avec les intérêts économiques, deux avec la société civile. 4 « Danone et toute la filière laitière ont tapé haut et fort », rapporte l’enquête. 4

Ce que ça change, au bout du compte, pour qui fait ses courses

La conséquence est simple. Le logo n’apparaît que si le fabricant le veut bien. 1 Il l’affiche quand la note flatte le produit. Il l’enlève quand elle le dessert. Danone l’a fait en 2024. 5

Même là où il est présent, le logo ne couvre qu’une partie du rayon. Début 2024, 1 359 marques l’affichaient en France, soit environ 58 % des volumes vendus en 2022. 2 Le reste du rayon n’offre pas le même repère.

Le logo aide donc un peu, surtout les budgets serrés. Ses limites sont réelles, et reconnues jusque par ses concepteurs. Mais la plus grande, le fait qu’il reste facultatif, ne tient pas à la science. Elle tient à un choix. Celui d’un gouvernement et d’une filière, pas celui du client au bout du rayon.