Trente-quatre ans, une seule épreuve
C’est la mesure la plus solide disponible. Une dictée identique, rejouée à l’identique sur plus de trois décennies. L’outil ne change pas. Donc ce qui change, c’est le niveau des élèves.
Le nombre moyen de fautes monte par paliers. 10,7 en 1987. 14,7 en 2007. 18,0 en 2015. 19,4 en 2021 1. La part d’élèves qui font 25 fautes ou plus a quadruplé. Elle passe de 6,9 % à 27,5 % 1.
Ces fautes sont surtout des fautes d’accord. Le mot « tombait » était bien écrit par 87 % des élèves en 1987. Par 56,9 % en 2021 1,2. Presque un enfant sur deux ne met plus le bon accord à un verbe simple.
Une nuance, qui compte. La baisse ralentit. La hausse des fautes entre 2015 et 2021 est deux fois plus faible que la précédente 1. Et une dictée ne mesure qu’une partie de l’écrit, pas tout ce qu’un enfant sait faire avec les mots.
Le recul ne date pas d’hier. Sur les mêmes épreuves, entre 1987 et 2007, la lecture et le calcul baissent aussi 2. En lecture, la part des élèves les plus faibles double en vingt ans 2. En calcul, la baisse touche tous les niveaux, les bons comme les autres 2.
À quinze ans, un décrochage partagé par presque tous
Une grande enquête internationale teste les jeunes de 15 ans tous les trois ans, en maths, en lecture et en sciences. Ses résultats sont des points sur une échelle calée autour de 500, pas des pourcentages.
En maths, la France perd 21,5 points entre 2018 et 2022. C’est la plus forte baisse depuis le début de l’enquête, en 2000 3. En compréhension de l’écrit, 19 points de moins sur la même période 4. La part des élèves en difficulté en maths monte de 22,4 % à 29 % 3.
Mais ce décrochage n’est pas une singularité française. Entre 2018 et 2022, la plupart des pays riches reculent. Aucun ne progresse en maths 3. Ce qui distingue la France, c’est l’ampleur de la chute en écrit : 19 points, contre 11 en moyenne 4.
Et il faut tenir l’autre bout. En écrit et en sciences, le score français de 2022 n’est pas différent, au sens statistique, de la moyenne des pays riches. Ni au-dessus, ni en dessous 4.
Un domaine où la France ne baisse pas
En lecture, en fin de primaire, une autre enquête internationale donne un résultat à contre-courant. En 2021, le score français est stable par rapport à 2016, quand la plupart des pays européens reculent 5.
L’écart avec l’Europe se réduit. Mais surtout parce que les autres chutent, pas parce que la France progresse 5. Et « stable » ne veut pas dire « bon ». Ce score tient à un niveau qui reste sous la moyenne européenne 5.
Sous les moyennes européennes, en maths et en sciences
C’est le point dur. En maths comme en sciences au primaire, en maths au collège, la France est sous les moyennes européennes 6,7.
En CM1, un élève sur sept n’atteint pas le seuil des connaissances de base en maths. Un sur huit en sciences. Dans l’Union européenne, c’est un sur quatorze 6. En quatrième, la part d’élèves sous ce seuil en maths grimpe : 3 % en 1995, 12 % en 2019, 17 % en 2023 7.
Ces mêmes enquêtes posent un contexte, sans en faire une cause. Les heures de maths déclarées en CM1 ont baissé, de 182 à 169 heures par an entre 2019 et 2023 6. La formation continue des professeurs en sciences est la plus faible de l’Union. 80 % n’ont suivi aucune formation en deux ans, contre 51 % ailleurs 6. Ce sont des faits posés côte à côte, pas une explication prouvée.
Ces tests disent le niveau, pas la cause
Toutes ces mesures disent le niveau. Aucune ne dit pourquoi il bouge. Ce sont des photographies, pas des diagnostics.
Le Covid est souvent cité pour la baisse à 15 ans. Mais c’est une lecture avancée par le ministère, pas un fait mesuré 3. La prudence vaut dans les deux sens. Ces outils disent ce qui a baissé, et de combien. Ils ne disent pas ce qui l’a fait baisser.
Pour quels élèves : d’abord une affaire d’origine
C’est la deuxième moitié de la question, et la réponse est nette. Le niveau d’un élève se lit d’abord dans son milieu social. Sur ce point, la France est l’une des écoles les plus inégalitaires des pays riches.
À 15 ans, en maths, l’écart entre les élèves très favorisés et très défavorisés atteint 113 points. C’est l’un des plus élevés des pays riches, pour une moyenne de 94 8,9.
Et cet écart existe avant même l’école élémentaire. En petite section de maternelle, à la rentrée, les enfants de milieu favorisé devancent déjà les autres de 32 points en langage et de 36 en maths 8.
Cet écart se retrouve partout ensuite. En lecture et en sciences à 15 ans, en maths dès le primaire 4,6. Dans les collèges les plus défavorisés, plus d’un élève sur deux est en difficulté en maths à l’entrée en sixième 10.
Une précision honnête, pourtant. Le mouvement récent de cet écart dépend de la façon de le mesurer. Selon le découpage retenu, il se creuse un peu, ou il ne bouge pas de façon nette 8,3. Ce qui ne bouge pas, lui, c’est son ampleur : parmi les plus fortes des pays riches.
Qui décroche change avec l’âge et la matière
La baisse ne frappe pas tous les élèves de la même manière. En primaire, ce sont surtout les plus faibles qui décrochent. À la dictée, les élèves en retard sont passés de 15 à 33 fautes, les autres de 8,5 à 18,7 1.
À 15 ans, c’est l’inverse en maths. La baisse récente a d’abord touché le haut. La part des meilleurs élèves a chuté de 13 % à 7 %. La France « ne fait plus partie des pays du grand écart » 3. Au collège, en revanche, l’écart entre les plus forts et les plus faibles se recreuse 7.
Entre filles et garçons, deux histoires selon la matière. Les filles devant en lecture et en français, partout 5,4. Les garçons devant en maths, avec un écart qui se creuse au primaire : le plus élevé d’Europe en CM1 6.
Un point mérite d’être posé avec précision. Cet avantage des garçons en maths n’existe pas à l’entrée au cours préparatoire. À ce moment-là, les filles devancent même les garçons dans cinq compétences sur sept. L’écart apparaît ensuite, pendant l’année de CP 10.
Ce que mesurent ces décennies de tests
Le tableau n’est ni l’effondrement général, ni la stabilité tranquille. Une vraie baisse en primaire, sur les épreuves les plus fiables. Un décrochage récent à 15 ans, partagé par presque tous les pays riches. Un point où la France tient, la lecture en fin de primaire. Et un niveau d’ensemble sous ses voisins européens en maths et en sciences.
Reste le fait le plus constant de tous. Avant même de savoir lire, un enfant de maternelle porte déjà, dans ses scores, la marque du milieu où il grandit 8.
