Mardi 21 juillet, deux sapeurs-pompiers sont morts près de Bordeaux, piégés par un feu de pinède. La France vit sa saison la plus destructrice depuis vingt ans. Derrière le drame, trois questions simples. De quels moyens dispose la lutte contre le feu. Comment ont-ils changé. Et qui décide de leur niveau.

Deux morts à Mérignac

Le feu s’est déclaré le 21 juillet, en début d’après-midi, aux abords de l’aéroport de Bordeaux-Mérignac 1. Deux sapeurs-pompiers professionnels sont morts dans les premières minutes de l’intervention 1,2. Leur camion a été piégé par les flammes, dans une pinède très dense 2.

La Gironde était placée en vigilance rouge feux de forêt depuis minuit ce jour-là 1. Le feu a été fixé le soir même. Le parquet de Bordeaux a ouvert une enquête sur son origine 2. Sa cause n’est pas établie à ce stade 2.

Une saison qui bat vingt ans de records

Plus de 42 000 hectares ont brûlé en France depuis janvier, à la mi-juillet 3. C’est un record sur les vingt ans de relevés par satellite 3. Soit environ quatre fois la moyenne des vingt dernières années 4.

L’année 2022 reste le pire cru, avec 66 300 hectares sur douze mois 3. La mi-2026 en atteint déjà près des deux tiers 3. Le feu, aussi, sort de son terrain habituel. Il ne touche plus seulement le pourtour méditerranéen 4. La forêt de Fontainebleau a perdu 2 000 hectares, contre une quinzaine en année normale 4. Au 15 juillet, 99 départements sur 101 étaient soumis à des restrictions d’eau, après trois canicules successives 4.

Le bilan humain est lourd. Trois sapeurs-pompiers sont morts sur des feux depuis le début de l’été, dont les deux de Mérignac 3. En 2025, aucun n’était mort sur un feu 3.

Un corps nombreux, une doctrine qui marche

Le socle est massif. La France compte 258 641 sapeurs-pompiers 5. Près de huit sur dix sont des volontaires 5. Les incendies ne sont qu’une petite part de leur travail. Ils pèsent 6 % des interventions 5. Le secours aux personnes en fait près de huit sur dix 5.

Sur le feu, la méthode française est connue et efficace. Elle attaque l’incendie quand il naît, avant qu’il ne grossisse 6. Cette méthode contribue à un résultat net 6.

Un récit revient chaque été : le volontariat s’effondrerait. Les chiffres ne le disent pas 12. Le nombre de volontaires est stable, voire en légère hausse 12. Environ 200 000 aujourd’hui, comme il y a quinze ans 12,5. La tension est réelle, mais elle est ailleurs. Indemnités gelées, agressions, contraintes qui pèsent sur les vies 12.

Une flotte aérienne qui vieillit

Les moyens du ciel, eux, sont l’affaire de l’État 7. Ils reposent sur douze Canadair 6. Cet été, onze volent 8. Le douzième, endommagé en 2025, n’est pas encore réparé 8. Ces avions ont en moyenne vingt-cinq ans 6. S’ajoutent huit Dash 8, trois avions de coordination, et des hélicoptères sans capacité de largage lourd 6.

Sur le papier, la flotte suffit 7. Aux pics, elle craque 7.

Il a déjà fallu arbitrer entre deux feux qui brûlaient en même temps 7. Le contrôle du Sénat parle d’un risque de rupture aux périodes critiques 7.

Quatre Canadair promis en 2022, aucun livré

L’été 2022 avait déjà marqué les esprits. Environ 72 000 hectares partis en fumée, cinquante départements touchés 9. Le 28 octobre 2022, l’exécutif a promis un réarmement. La flotte de Canadair devait passer de douze à seize appareils 9. Une enveloppe de 250 millions d’euros était annoncée pour le ciel 9.

« Les 12 Canadairs actuels seront non seulement remplacés mais portés à 16. »

Emmanuel Macron, 28 octobre 2022

Quatre ans plus tard, aucun bombardier d’eau neuf n’est en service 8. Les deux premiers appareils, commandés en 2024 et financés par le mécanisme européen rescEU, sont attendus en 2028 8,10. Deux autres, commandés en juin 2026 pour près de 200 millions d’euros, ne viendront qu’en 2032 ou 2033 8. La cible de seize avions est donc repoussée au début de la décennie 2030 8. Le contrôle du Sénat prévient que ces délais peuvent encore glisser, car la chaîne de production du constructeur redémarre à peine 7.

Les hélicoptères lourds promis n’ont pas été achetés non plus 7. L’État continue de louer ses renforts du ciel chaque saison. En 2025, cette location d’avions et d’hélicoptères a coûté environ trente millions d’euros 7.

Tout n’est pas resté lettre morte. Le volet terrestre, lui, a été tenu 7. Les 150 millions d’euros promis aux pompiers de terrain ont été engagés dès 2023, puis prolongés 7. Le cadre juridique a aussi changé, avec une loi du 10 juillet 2023 13. Débroussaillement renforcé, interdiction de fumer en forêt, sanctions alourdies 13. Dès 2022, la Cour des comptes pointait un défaut d’anticipation sur le renouvellement de la flotte 15.

Qui décide, qui paie

Personne ne décide seul du niveau des moyens. Le système a deux têtes 11.

Les moyens de terrain, les pompiers et leurs camions, sont payés surtout par les départements 11. Ils en couvrent 51 % 11. Les communes, elles, versent une part gelée depuis 2002 11. L’État apporte près d’un quart, plus les moyens nationaux : les avions et les unités militaires 11.

Sur le terrain, c’est le préfet qui commande les secours 7. Mais il ne les finance pas. Les crédits de l’État, eux, sont votés chaque année au Parlement 7. Près d’un milliard d’euros pour la sécurité civile en 2026 7. Le Sénat juge ce modèle de financement « à bout de souffle » 7. Aucune réforme n’est prévue au budget 2026 7.

Un risque qui monte plus vite que les moyens

Le risque, lui, ne faiblit pas. Près de la moitié des forêts pourraient être exposées à un risque élevé en 2050, contre un tiers en 2010 14. La saison des feux dure désormais presque toute l’année 14.

Face à cela, les moyens progressent, mais lentement et inégalement. Le renouvellement du ciel ne sera réel qu’à partir de 2028 8.

Reste Mérignac. À ce stade, rien ne relie la mort des deux pompiers à l’état de la flotte. L’enquête du parquet de Bordeaux est en cours 2. La cause du feu et les circonstances des décès ne sont pas établies 2.