À Carmaux, dans le Tarn, une personne est tombée malade en juillet. Fièvre, courbatures, fatigue. Le diagnostic tombe : la dengue. Elle n’avait pas quitté la France. Le 20 juillet 2026, l’agence régionale de santé confirme le premier cas de la saison 2. Une maladie longtemps dite tropicale, attrapée à côté de chez soi.

Un moustique qui n’a plus besoin de frontière

Le moustique tigre s’installe en France depuis 2004. Repéré d’abord dans les Alpes-Maritimes, il est monté vers le nord et l’ouest. L’Île-de-France en 2015, la Bretagne en 2021. Au 1er janvier 2026, il est présent dans 81 départements sur 96, soit près de six mille cinq cents communes 3.

Aucun département colonisé n’est jamais redevenu tranquille 3. Ce n’est pas propre à la France. À l’échelle du continent, il occupe aujourd’hui 369 zones, contre 114 dix ans plus tôt. Les autorités sanitaires européennes parlent d’une « nouvelle normalité » 6.

Il n’est pas arrivé dans les bagages des voyageurs. Ses œufs résistent des mois au sec. Ils voyagent dans les pneus usagés et les plantes vendues en vase, portés par le commerce mondial 5. Une fois posé quelque part, le moustique gagne du terrain en auto-stop, le long des routes 5. Des travaux de recherche estiment sa progression jusqu’à quarante kilomètres par an, poussée par le réchauffement 5.

Ce que ça change : la maladie s’attrape sur place

Longtemps, la dengue arrivait avec un voyageur. Une personne rentrait malade d’un pays où le virus circule. Sans moustique local pour la piquer, la chaîne s’arrêtait là. Ce n’est plus le cas.

Le mécanisme est simple. Un voyageur revient avec le virus dans le sang. Un moustique tigre le pique, puis pique quelqu’un d’autre. Ce deuxième malade, lui, n’a pas bougé. On parle alors de cas « autochtone ». Le virus ne passe pas d’une personne à l’autre directement, il faut le moustique à chaque fois 7,8.

Ces cas venus de l’étranger méritent qu’on les regarde de près. En 2024, la France en a compté 4 683, un record 7. Les premières provenances n’étaient pas lointaines. La Guadeloupe (591 cas), la Martinique (527) : des territoires français où des résidents rentrent chez eux 7. En 2025, la vague est venue de La Réunion 9. Le point commun n’est pas une origine, c’est un aller-retour.

Avec le moustique désormais partout, chaque été apporte ses foyers locaux. 2025 a marqué une rupture. Le chikungunya est un cousin de la dengue, porté par le même moustique. Cette année-là, il a touché 809 personnes sans qu’elles aient voyagé. C’est environ vingt-six fois plus qu’en 2024, un chiffre encore provisoire 7. Pour la saison 2026, au 30 août, 6 cas de dengue et 46 de chikungunya avaient été attrapés sur place, du Tarn aux Bouches-du-Rhône 1. Fin août, Marseille a détecté son premier cas de dengue local 2.

Ces maladies ne se valent pas et ne sont pas toujours graves. La dengue passe souvent inaperçue, ou donne une forte fièvre pendant une à deux semaines 8. Le chikungunya ajoute des douleurs articulaires qui peuvent traîner longtemps 9. Les formes sévères frappent surtout les nourrissons, les femmes enceintes et les personnes âgées 8. L’épidémie de La Réunion, en 2025, en a montré l’ampleur : près de 54 000 cas confirmés et 45 morts 9.

West Nile : une autre histoire, plus ancienne

La question mêle souvent deux choses. Le virus West Nile circule aussi dans le sud, mais ce n’est pas le même dossier. Il n’est pas transmis par le moustique tigre. Son porteur est un autre moustique, le moustique commun, présent partout en France de longue date 10. Et son réservoir, ce sont les oiseaux : le moustique s’infecte en les piquant 11,12.

Ce virus n’est pas nouveau ici. Les premiers cas humains et équins remontent au début des années 1960, en Camargue 11. L’homme et le cheval l’attrapent, mais ne le repassent pas.

« Il n’y a donc pas de contamination du cheval à l’homme, ni d’homme à homme. »

Préfecture des Pyrénées-Orientales, communiqué du 7 août 2026

L’année 2025 a été la pire jamais enregistrée. 62 personnes touchées, dont 20 avec une forme grave qui atteint le cerveau. Cinq en sont mortes, la plupart âgées 10. La saison 2026 monte vite : 39 cas humains au 30 août, en hausse chaque semaine 1. Dans le sud, l’été a aussi touché des chevaux, trois dans les Pyrénées-Orientales, plusieurs dizaines en Provence 13. Il n’existe pas de vaccin pour les humains, seulement pour les chevaux 11,12.

Qui doit s’en occuper

La charge n’est pas à une seule porte. Depuis le 1er janvier 2020, c’est l’État qui pilote la lutte, par ses agences régionales de santé 15. Des opérateurs spécialisés interviennent sur le terrain, et le maire a l’obligation d’agir sur sa commune 15.

Autour d’un cas de dengue, la réponse est ciblée et locale. À Marseille, fin août, l’agence de santé a lancé une démoustication autour des lieux fréquentés et un porte-à-porte pour repérer d’autres malades 2.

Pour le West Nile, la méthode est différente. Pas de porte-à-porte ni de traitement ciblé, car le moustique commun se déplace trop loin. À la place, une surveillance croisée entre médecins, vétérinaires et suivi des oiseaux. Et un dépistage renforcé des dons du sang, dans les départements à risque, pendant la saison 10.

Chacun a aussi un rôle simple : vider les eaux qui stagnent, soucoupes, gouttières, seaux, là où le moustique pond. Mais ce geste ne règle pas tout. Un signalement du moustique sur le portail officiel oriente la surveillance, il « n’enclenche pas une action de démoustication » 4.

La vaccination n’est pas non plus une réponse de masse. Le seul vaccin contre la dengue n’est pas recommandé en métropole 14. Celui contre le chikungunya, réservé à certains cas, a fait l’objet de mises en garde après des effets graves chez des personnes âgées 14. Aucun de ces leviers n’inverse la tendance.

Reste le fond. Le moustique n’est pas venu avec des gens, mais avec des marchandises, et il s’installe à mesure que le climat se réchauffe 5. Il est là pour durer, aucun territoire gagné n’a jamais été reperdu 3. La fièvre, elle, circule désormais sans que personne ait à franchir une frontière.