En 2025, 809 personnes ont attrapé le chikungunya sans quitter la métropole. Un an plus tôt, il n’y en avait eu qu’une seule. Des foyers sont apparus dans des régions jamais touchées jusque-là. Le moustique qui transmet ce virus, lui, occupe déjà 81 départements sur 96.

Le moustique est déjà là

Le moustique tigre n’est pas un nouveau venu. Il est installé en France depuis 2004, d’abord dans les Alpes-Maritimes. Depuis, il monte vers le nord. En 2020, il occupait 58 départements. Au 1er janvier 2026, il en occupe 81, soit environ 84 % du territoire 1. Aucun département colonisé n’est jamais redevenu indemne.

Il n’est pas arrivé dans les bagages des voyageurs. Ses œufs résistent des mois à la sécheresse. Ils voyagent dans le commerce mondial : surtout les pneus usagés, où l’eau de pluie stagne 2. Une fois posé quelque part, le moustique avance en autostop, le long des routes.

Ce n’est pas une exception française. Dans l’Union européenne, le moustique tigre est solidement installé dans 16 pays. Le nombre de régions où il vit est passé de 114 à 369 en dix ans 3. L’agence sanitaire européenne parle d’une nouvelle norme.

Ces maladies ne se passent pas de main en main

La dengue et le chikungunya ne s’attrapent pas comme un rhume. On ne les transmet pas par contact, ni par une poignée de main, ni par une toux. Le seul passeur, c’est le moustique 4.

Le cycle est simple. Une personne infectée se fait piquer. Le moustique porte alors le virus. Il pique ensuite quelqu’un d’autre. Ce deuxième malade n’a pas voyagé : c’est un cas dit autochtone. Pour qu’il existe, il faut deux choses réunies. Un moustique tigre installé sur place, et un premier malade rentré d’une zone touchée.

D’où viennent les cas

Chaque année, des voyageurs rentrent en métropole avec le virus dans le sang. Ce sont les cas importés. En 2024, la dengue importée a battu un record : 4 683 cas, selon la surveillance de Santé publique France 5.

Reste à savoir d’où ils reviennent. En 2024, les deux premières provenances sont la Guadeloupe et la Martinique 5. Deux territoires français. Des résidents rentrés chez eux. En 2025, la vague de chikungunya vient d’ailleurs : de La Réunion, autre territoire français, frappée par une épidémie massive 6.

Ces malades de retour ont servi de point de départ. Là où le moustique tigre était installé, il a piqué, puis propagé. C’est ainsi que 2025 a vu 809 cas de chikungunya contractés sur place, contre un seul l’année d’avant. La moitié en Provence-Alpes-Côte d’Azur, où le moustique est le plus présent 6.

La Réunion, l’épidémie qui a tout amorcé

Sur l’île de La Réunion, l’épidémie a été brutale. Environ deux habitants sur trois ont été touchés 7. Les hôpitaux ont compté 554 séjours de plus de 24 heures. Et 45 personnes sont mortes en 2025, dont 22 directement à cause du virus. Parmi elles, des nourrissons.

Le chikungunya est souvent bénin. Mais pas toujours. Il frappe fort les tout-petits et les personnes âgées déjà fragiles. Et même guéri, il laisse des traces : des douleurs dans les articulations qui peuvent durer des mois, parfois des années 4.

La dengue, elle, passe souvent sans symptôme. Mais elle a un piège. Une deuxième infection, par une autre souche du virus, peut être plus grave que la première 8.

La prévention existe, avec ses limites

Depuis 2020, la lutte contre le moustique est pilotée par les agences régionales de santé 9. Avant, c’était l’affaire des départements. Le maire, lui, doit agir sur sa commune.

Quand un cas est confirmé, une équipe enquête. Elle repère les lieux fréquentés par le malade. Puis elle traite à l’insecticide, la nuit, sur un petit périmètre, de l’ordre de 150 mètres 9. Le moustique tigre bouge peu. Il reste à environ 150 mètres de son lieu de naissance 9. Traiter plus large ne servirait à rien.

Chacun peut agir aussi. La règle première : supprimer les eaux qui stagnent. Une soucoupe sous un pot, une gouttière bouchée, un seau oublié suffisent à le faire pondre 9.

Un site permet de signaler l’insecte 10. Mais un signalement ne déclenche pas de démoustication. Il sert à suivre l’avancée du moustique, pas à traiter un jardin.

La lutte a ses failles. Le moustique résiste de plus en plus aux insecticides employés, l’agence de sécurité sanitaire l’a mesuré 9. Et la question des moyens revient à chaque saison, face à un insecte qui gagne du terrain.

Des vaccins, mais pas pour tout le monde

Des vaccins existent désormais. Contre la dengue, l’un d’eux n’est recommandé qu’outre-mer, là où la maladie circule de façon régulière. La métropole en est écartée 11.

Contre le chikungunya, deux vaccins sont disponibles. L’un d’eux a connu une alerte. Lancé à La Réunion au printemps 2025, il a provoqué des effets graves chez des personnes âgées, dont des atteintes du cerveau et des décès 12. Dès le 26 avril 2025, il a été déconseillé aux 65 ans et plus. La restriction a été en partie levée en septembre, avec des mises en garde maintenues.

Aucune campagne de vaccination générale n’est prévue en métropole. Ces vaccins visent l’outre-mer, les voyageurs et les zones en épidémie 11.

La cause de fond

Reste la cause de fond. Le moustique monte vers le nord. Il s’installe plus haut en altitude et reste actif plus longtemps dans l’année. Ce qui le permet, d’abord, c’est le réchauffement 13. Sur le pourtour méditerranéen, la saison des piqûres dépasse déjà trois mois par an. Elle gagne, saison après saison, les régions du nord.

Le moustique est installé. Il ne repartira pas. Ce qui se joue maintenant, c’est la vitesse à laquelle les maladies qu’il transporte s’installent avec lui.