Vers 15 heures, à Saint-Étienne, un garçon de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade 3. Qui a tiré, avec quelle arme, une enquête doit le dire. Ce samedi 17 octobre, des villes ont été abîmées, des policiers blessés, plus d’un millier de personnes interpellées. L’État a compté tout cela au fil des heures. Les blessés du côté des manifestants, eux, ne figurent dans aucun décompte officiel.

Le mot d’ordre tient en deux mots : vie chère

Des centaines de milliers de personnes ont défilé partout en France 2,4. Contre quoi ? Un mot d’ordre revenait, simple : la vie chère 1. Le prix des carburants. Le pouvoir d’achat qui baisse. Les services publics qui se dégradent.

Autour de ce fil, d’autres demandes se sont greffées. Les moyens de l’école, la santé publique, le climat, les retraites 2. La foule était composite. D’anciens gilets jaunes, des lycéens et des étudiants, des agriculteurs, des cheminots, des soignants, des retraités 1,5. Le mouvement est né en dehors des grandes centrales syndicales 5. La CGT appelait à se mobiliser 1. La CFDT et la FSU visaient une autre date, le 5 novembre 5.

En toile de fond, le budget en discussion au Parlement. Les appels visaient le gel des prestations et des salaires publics qu’ils y voyaient 5. Une pension ou une aide gelée, c’est une somme qui ne bouge pas quand les prix, eux, montent.

Des villes abîmées, des forces de l’ordre visées

Les violences de la journée sont réelles, et elles ont laissé des traces. À Limoges, l’hôtel de ville a brûlé, en grande partie perdu 1. À Paris, des commerces ont été pillés, des vitrines brisées, une concession de motos incendiée 2. À Marseille, une quarantaine de commerces pillés et la mairie brièvement envahie 1. À Lyon, Lille et Bordeaux, mêmes scènes : un office de tourisme incendié, un Apple Store saccagé, la résidence de la préfète vandalisée 2,4.

Des mortiers d’artifice et des feux d’artifice ont été tirés sur les forces de l’ordre dans plusieurs villes 1. Les autorités ont fait état de 150 policiers et gendarmes blessés, dont un policier parisien atteint à la tête, en état critique 4.

Reste une question que personne n’a tranchée. Qui a cassé, et dans quel rapport avec les cortèges déclarés ? La chaîne n’est pas établie par une source neutre. Le maire de Paris lui-même distingue le « mouvement social » des « casseurs » 7. Le ministre de l’Intérieur a imputé les attaques « à l’extrême gauche radicale » 4. Ce sont ses mots. Au 18 octobre, aucun auteur n’était identifié, aucune mise en cause nommée.

Deux comptes de manifestants, des interpellations qui ne s’additionnent pas

Combien de personnes dans la rue ? La réponse dépend de qui compte. Le ministère de l’Intérieur a annoncé 550 000 manifestants en France 4. Les organisateurs, 800 000 2. La CGT, « plus de 500 000 » 2. Les deux chiffres viennent de parties prenantes, l’État d’un côté, les organisateurs de l’autre. Ils se lisent côte à côte, jamais additionnés ni moyennés.

Les interpellations, elles, ont enflé toute la journée. À 13 heures, 166 en France. À 15 heures, 272 2. À 20 heures, le ministre parlait d’« environ 400 » 2. La préfecture de police annonçait, de son côté, 855 interpellations pour la seule ville de Paris, un « record » 6. Dans la nuit, le Premier ministre avançait un total de 1 200 4.

Posés côte à côte, ces nombres ne se recomposent pas. 855 à Paris, environ 400 dans toute la France à 20 heures, 1 200 au total. Les heures et les lieux comptés ne sont pas les mêmes. Aucun total ne tient debout 2,4,6. Un décompte se cite avec son auteur, son heure et la zone qu’il couvre, ou il ne dit rien.

Une interpellation n’est pas une condamnation. Le Premier ministre lui-même parlait d’« une majorité » de personnes majeures, sans plus de détail 4. Et les auteurs des dégradations, eux, restaient inconnus.

D’un côté des blessés comptés, de l’autre non

Le décompte des blessés dit le même déséquilibre. Les autorités ont annoncé 150 policiers et gendarmes blessés 4. Ce chiffre vient d’une partie prenante, sans méthode ni définition publiée. Un nombre de blessés sans définition ne dit ni la gravité, ni la cause, ni la part d’accidents.

En face, rien d’équivalent. Aucun décompte officiel des blessés du côté des manifestants. Seuls des relais de presse donnent des chiffres locaux, ville par ville, non recoupés 4. Le garçon de Saint-Étienne, qui a perdu sa main, ne figure dans aucun bilan officiel 3.

Un blessé grave, un mort, rien de tranché

Deux faits graves ont marqué la journée, et aucun des deux n’est élucidé.

À Saint-Étienne, un manifestant de 17 ans a eu la main arrachée par une grenade, devant un centre commercial, après une heure d’affrontements 3. Ce qui n’est pas établi : l’arme exacte, la main qui l’a lancée, le geste. Le ministre a parlé d’« une grenade de la gendarmerie », tout en précisant qu’il « ne peut pas le confirmer » 3. L’inspection de la police nationale a été saisie 3.

À Paris, un homme est mort boulevard Magenta, sur le passage du cortège. La préfecture de police l’attribue à un arrêt cardio-respiratoire 4. D’autres manifestants l’ont transporté jusqu’à un poste de secours, où il est arrivé déjà sans vie 4. Aucune source ne relie cette mort à une intervention policière 4. Son identité et son âge n’ont pas été communiqués. Aucune enquête n’était confirmée au 18 octobre.

Ce que le décompte du 17 octobre établit avec certitude tient dans une seule colonne : les chiffres de l’État, publiés au fil des heures, qui ne s’accordent même pas entre eux. Le reste attend. Qui a cassé, quelle arme a emporté la main d’un garçon de 17 ans, combien de manifestants ont été blessés. Rien de tout cela ne se lit dans un bilan annoncé le soir même. Les enquêtes, elles, sont ouvertes 3.