Un singe que huit villages seulement connaissaient
Le likweli est un petit colobe. Pelage noir, longue queue, une tache de peau nue rose à orange autour de la bouche 1. Comme tous les colobes, il n’a pas de pouces 5. Il pèse autour de sept kilos 5. Une tache blanche marque son arrière-train 1.
Il est discret. À l’approche de l’humain, il grimpe au lieu de fuir 1. Cette timidité l’a longtemps caché. Sur cinquante-deux villages riverains consultés, huit seulement le connaissaient assez pour le décrire précisément 1.
Son nom vient de ces riverains. « Likweli » chez les Balanga, à l’ouest de la rivière Lomami. « Kasaba nkoni », le secoueur de branches, chez les Mituku, à l’est 1. La science a retenu le premier.
Cinq preuves qui pointent au même endroit
Comment affirme-t-on qu’un animal est une espèce nouvelle ? Jamais sur un seul indice. L’équipe a croisé cinq jeux de données qui ne se recoupent pas entre eux 1.
Le premier, c’est l’aspect : petite taille, tache orange autour d’une face noire, marque blanche à l’arrière 1. Le deuxième, le crâne et les dents. Comparé aux collections de musée, le crâne du likweli est plus petit que celui de tous les autres colobes connus 1,2. Le troisième, l’ADN. Le quatrième, le cri, dont vingt-trois traits ont été mesurés et comparés 1. Le cinquième, un indice de régime alimentaire lu dans la forme des dents, donné comme hypothèse et non comme observation 1.
Chaque piste, prise seule, resterait fragile. Prises ensemble, elles convergent. Les auteurs résument leur démarche en une phrase.
« Notre équipe a évalué plusieurs jeux de données, qui aboutissaient tous à la même conclusion. »
L’ADN a livré la surprise
Le signal le plus fort est venu des gènes. L’ADN range le likweli aux côtés du colobe noir, son plus proche parent 1. Mais un parent lointain. Leurs deux lignées se sont séparées il y a environ cinq millions d’années 1. C’est l’une des plus vieilles séparations connues chez les colobes.
Les chercheurs disent avoir été frappés par ce résultat, tant le signal de divergence était profond 5. Ce cousin le plus proche vit aujourd’hui à plus de 1 200 kilomètres de là 1. Entre les deux, des rivières et des barrières de forêt, franchies par personne depuis des âges.
Sans les Congolais, rien
La découverte n’a pas tenu à un coup de chance. Elle a tenu à des années de marche en forêt. Une première photo, floue, date de 2008 1. Le cliché net arrive en novembre 2018, pris sur une patrouille de surveillance 1. Un programme dédié démarre en 2020 5. Entre 2018 et 2022, l’espèce est observée cent quatorze fois, sur environ 1 700 kilomètres carrés 1,6.
Ce travail, des naturalistes congolais l’ont porté. Des centaines d’heures et des milliers de kilomètres de reconnaissance, dans une forêt sans piste 3. Le premier auteur de l’étude ne s’en cache pas.
« La découverte et la documentation du likweli n’auraient jamais eu lieu sans notre équipe de naturalistes explorateurs congolais. »
Le nom scientifique lui-même est un hommage. Colobus congoensis a été proposé par un doctorant congolais, en référence au patrimoine naturel du bassin du Congo 1,2. Un pays a nommé, dans la langue de la science, un animal que ses habitants connaissaient déjà.
Le bassin du Congo garde des secrets
Le likweli est la cinquième nouvelle espèce de singe décrite en Afrique en soixante-quinze ans 1,4. La même équipe avait déjà décrit un autre singe de la même région, le lesula, en 2012 1.
Qu’un singe diurne, bruyant et de taille moyenne ait échappé si longtemps à la science en dit long sur cette forêt. Le bassin du Congo reste l’une des dernières grandes frontières de la découverte des mammifères, notent les auteurs 2. Un chercheur extérieur à l’étude, qui n’y a pas participé, juge l’analyse très rigoureuse et convaincante 4.
Une espèce rare, déjà fragile
L’enthousiasme n’efface pas une inquiétude. Le likweli est rare 1. Les chercheurs n’avancent aucun chiffre de population, seulement des taux de rencontre très faibles sur le terrain 1. Une partie des tissus analysés provient d’ailleurs d’animaux chassés, dont trois carcasses saisies à des chasseurs en 2021 3,5.
Les auteurs recommandent de le classer « En danger » sur la liste rouge 1. Cette évaluation n’est encore qu’une proposition, pas une décision officielle 1. Leur priorité tient en deux points : protéger le parc national de la Lomami, et associer les communautés qui, les premières, ont su le nommer 1.
