Vingt-deux ans de patience
Le vote n’est pas tombé du ciel. La dernière exécution au Liban remonte au 17 janvier 2004. Trois personnes ce jour-là. Ensuite, plus rien. Le pays a arrêté d’appliquer la peine capitale sans l’effacer de ses textes 3,1.
Pendant tout ce temps, quelques associations ont tenu bon. Une campagne pour l’abolition existe depuis 1997 4. Elle n’a pas lâché en presque trente ans. Les gouvernements, eux, ont bougé par petits pas. En 2001, une loi a réduit les cas où la peine de mort pouvait tomber. En 2014, le moratoire de fait a été reconnu 3.
Le Liban a aussi suivi le mouvement à l’ONU. Il a voté les résolutions pour un moratoire en 2020, en 2022 et en 2024. En 2026, il a accepté toutes les recommandations d’abolition lors de son examen aux Nations unies 4,3.
Restait à l’inscrire dans la loi. Le texte final a été déposé en octobre 2025 par sept députés. Il a passé les commissions une à une, de l’automne à l’été. Dix mois plus tard, l’Assemblée l’a adopté 2,4.
Ce que le vote change
Les tribunaux libanais ne peuvent plus condamner à mort. C’est terminé. La peine capitale est remplacée par la réclusion à perpétuité avec travaux forcés aggravés 1.
Le changement est immédiat pour ceux qui attendaient dans les couloirs de la mort. Ils étaient environ 85 début 2026, dont sept femmes 2,3. Leur peine devient la prison à vie.
Une erreur de justice, une fois l’exécution faite, reste sans retour possible. C’est cela que le Liban raye de ses lois.
Une réserve, tout de même. Le texte n’est pas encore en vigueur. Il attend la signature du président Joseph Aoun et sa parution au Journal officiel 3,2. La décision est votée, la promulgation reste à venir.
« Protéger notre République »
Le ministre de la Justice a donné le sens officiel de la mesure. Pour lui, abolir n’est pas se montrer indulgent avec le crime. C’est autre chose.
« Nous ne considérons pas qu’abolir cette peine soit de la tolérance envers le crime. Nous considérons que l’abolir, c’est protéger notre République. »
Il a parlé d’une « étape historique » 1,5. L’argument vient de l’exécutif, qui défend sa propre décision. Mais il dit clairement de quoi il s’agit : un choix d’État de droit, pas un cadeau fait aux criminels.
Une première dans la région
Aucun pays du Moyen-Orient n’avait franchi ce pas. Le Liban est le premier 1,5. Dans la Ligue arabe, il devient le deuxième État à abolir, après Djibouti en 1995 5. Il rejoint ainsi la liste des pays sans peine de mort, autour du 114e ou du 115e rang selon la méthode de comptage 2,3.
À l’ONU, le haut-commissaire aux droits de l’homme a salué le vote. Il a appelé les autres pays de la région à en faire autant 5.
Le mouvement n’est pourtant pas une ligne droite. La même année, deux pays ont fait l’inverse. Israël a élargi les cas où la peine de mort s’applique, en mars 2026. La Jordanie a repris les exécutions en juin 4. Dans le monde, 145 pays ont tourné le dos à la peine capitale, 54 la gardent 2. Le Liban vient de basculer du bon côté du compte.
L’ombre au tableau
Le même Parlement a voté, dans la même séquence, une loi d’amnistie générale 6. Une amnistie réduit ou efface des peines déjà prononcées. Or, en devenant des peines de prison, les anciennes condamnations à mort entrent elles aussi dans ce qu’une amnistie peut abréger.
Le détail de cette loi, ses bénéficiaires exacts et sa portée réelle restent à établir. Ce point ne relève pas du même dossier que l’abolition. Il en complique la lecture, il ne l’annule pas.
Ce qui reste
Retour au fait principal. Un pays qui n’exécutait plus depuis vingt-deux ans vient de l’inscrire dans sa loi. Environ 85 personnes, dont sept femmes, échappent à une mort décidée par un tribunal. Et plus aucun juge libanais ne pourra la prononcer.
