Adana, en Turquie, dimanche 4 octobre. Trois heures et vingt-deux minutes de jeu. Une pluie qui coupe la finale pendant plus d’une heure. Un dernier set où les deux joueuses perdent sept fois leur service. Au bout, Léolia Jeanjean lève les bras. À 31 ans, la Française tient le premier titre de sa carrière.

Une finale entre deux Françaises

La finale du tournoi d’Adana s’est jouée entre deux joueuses françaises. Léolia Jeanjean a battu Loïs Boisson 7-6(3), 4-6, 6-4 1,2. C’était un WTA 125, l’étage juste sous le grand circuit mondial, au-dessus des petits tournois où Jeanjean avait gagné jusque-là 3. Les deux Françaises atteignaient là leur première finale de la saison 2026 1.

Le match a duré 3 h 22 2. Jeanjean a d’abord mené un set et un break. Boisson est revenue et a pris la deuxième manche 1. Une pluie a coupé le jeu plus d’une heure, le tournoi se jouant en plein air sur dur 2. Le troisième set a compté sept pertes de service avant que Jeanjean conclue 6-4 1. Elle a converti sa balle de match à la seconde tentative 2.

Un premier titre, à 31 ans

C’est le premier titre professionnel de la carrière de Jeanjean 1. Le premier au-dessus du niveau des petits tournois ITF, où elle comptait déjà quatre trophées 1. C’était aussi sa troisième finale à ce niveau. Elle avait perdu les deux précédentes 1.

Le titre a une autre conséquence concrète. Il la ramène dans le top 100 mondial, qu’elle abordait au 109e rang 1.

Cinq matchs, un set lâché à chaque tour

Le parcours dans le tableau raconte une victoire à l’usure. En cinq matchs, Jeanjean a concédé un set à chaque tour, puis a renversé la partie 3.

Au premier tour, elle bat la Néerlandaise Suzan Lamens 4-6, 6-3, 6-2 3. Au tour suivant, l’invitée turque M. Ercan, 3-6, 7-5, 6-4 3. En quart, l’Italienne Lucrezia Stefanini, 6e tête de série, 6-4, 1-6, 6-1 3. En demie, elle écarte la Croate Antonia Ruzic, tête de série numéro 1 du tournoi, 4-6, 6-1, 6-3 3,1. Puis la finale.

Le tennis l’avait lâchée à quatorze ans

Pour mesurer ce que vaut ce titre, il faut remonter loin. Enfant, Jeanjean était présentée comme un prodige. On comparait son revers à celui de Martina Hingis 4.

En 2010, vers quatorze ans, tout s’arrête. Une grave blessure au genou, une triple luxation de la rotule 4. Puis de longs mois de rééducation, près d’un an 4.

« Tout s’est arrêté brutalement, je l’ai mal vécu, je ne savais plus quoi faire de ma vie. »

Léolia Jeanjean

Elle part alors aux États-Unis. Elle y joue au tennis universitaire et en sort diplômée en finance, à la Lynn University, en Floride 5. Le tennis professionnel semblait derrière elle.

Le retour vient vers 2020. Elle remonte par les circuits secondaires, sur des moyens modestes, selon un portrait qui a suivi ce parcours 5. En 2022, à Roland-Garros, elle signe un exploit. Classée alors autour de la 227e place mondiale, elle élimine au deuxième tour l’ancienne numéro 1 Karolína Plíšková, 6-2, 6-2, puis atteint le troisième tour 4.

Boisson, l’autre Française

De l’autre côté du filet, Loïs Boisson, 22 ans, de Dijon, avait elle aussi une histoire à Adana. Un an plus tôt, elle était la révélation de Roland-Garros 2025. Invitée par les organisateurs, elle atteint la demi-finale, battue par la future gagnante Coco Gauff 6. En chemin, elle avait écarté plusieurs joueuses du top mondial et bondi de la 361e à la 65e place 6. Elle montait ensuite jusqu’au 34e rang, et remportait un tournoi WTA 250 à Hambourg 6.

Puis une blessure à l’avant-bras l’a arrêtée environ sept mois 6. Au classement, elle est retombée loin de son meilleur niveau. À Adana, elle était 274e et n’est entrée dans le tableau que comme repêchée, battue d’abord en qualifications 2,3. Elle a pourtant sorti la 2e tête de série en quart, avant de s’incliner en finale 3.

La finale opposait donc deux retours de blessure. Celui, ancien, de Jeanjean, dont elle revient seize ans plus tard. Celui, récent, de Boisson, qui cherche encore son rythme. Deux manières de remonter une pente.

La ligne de fond

Le tableau d’Adana portait deux noms français jusqu’au dernier match. Celui qui l’emporte est celui d’une joueuse de 31 ans qui n’avait encore jamais gagné à ce niveau. Seize ans après la blessure qui avait tout arrêté, Léolia Jeanjean a son premier titre, et une place retrouvée dans le top 100.