Le 28 septembre, à 13h45, un engin européen est passé à 8640 km au-dessus de l’océan Indien. Il n’a fait que passer. Mais en frôlant la Terre, il a volé un peu de sa gravité. D’un coup, il a gagné 3,5 km/s en route vers Jupiter.

Une fronde dans le vide

La sonde s’appelle Juice. Elle file vers Jupiter depuis 2023 1. Jupiter est loin, très loin. Aller tout droit et freiner à l’arrivée aurait demandé une fusée gigantesque et une quantité de carburant irréaliste 2.

Alors les ingénieurs ont choisi une autre route. Ils se servent des planètes comme de frondes. En passant tout près d’un astre, la sonde attrape un peu de sa vitesse. C’est une assistance gravitationnelle. Le gain est presque gratuit 2.

Ce 28 septembre, c’était le tour de la Terre. Le passage a dévié la trajectoire de 20°. Il a ajouté 3,5 km/s 1. Le tout en dépensant très peu de carburant.

Ce carburant épargné compte. Il servira plus tard, à l’arrivée 1. Se mettre en orbite autour de Jupiter, puis autour de sa lune Ganymède, coûte cher en poussée. L’agence dit n’avoir brûlé qu’une petite part du carburant prévu pour ce passage. Elle n’a pas chiffré l’économie.

Un passage réglé au cordeau

Frôler la Terre à cette vitesse ne laisse pas droit à l’erreur. Dans les quatre semaines avant le survol, les opérateurs avaient six occasions de corriger la route. Une seule petite retouche a suffi 1.

Pendant quelques heures, la sonde est aussi passée dans l’ombre de la Terre. Plus de soleil sur ses panneaux. Elle a tenu sur batterie seule, comme prévu 2.

Des instruments mis à l’épreuve

Le but du survol était de changer de cap. Mais l’occasion était trop belle pour la gâcher. Pendant une dizaine de jours, les dix instruments scientifiques de la sonde ont été allumés 1. Ils ont visé la Terre et la Lune.

Attention, ce n’était pas une étude de la Terre. C’était un banc d’essai. Le but : régler et vérifier les instruments sur une vraie surface, dans l’espace 1,2. Une répétition, avant le vrai spectacle à Jupiter.

« Le voyage de Juice vers Jupiter n’offre que peu d’occasions de calibrer et de valider les instruments dans des conditions bien connues. »

Responsable scientifique de la mission, agence spatiale européenne

C’était la troisième répétition du genre. La première datait d’un survol de la Lune et de la Terre, en 2024. La deuxième, de l’observation d’une comète, en 2025 1.

Une caméra de navigation a aussi visé l’horizon de la Lune. Elle testait une nouvelle façon de se repérer à l’œil. Ce savoir-faire servira demain à slalomer entre les lunes de Jupiter 2.

Un détour par la queue magnétique

La Terre traîne derrière elle une longue queue invisible. C’est son champ magnétique, étiré par le vent du Soleil. Juice y a passé plusieurs jours. Elle en a mesuré les champs et les particules, loin de la planète 1.

Ces mesures ne resteront pas seules. Une autre mission, européenne et chinoise, observe les aurores et ce même champ magnétique, mais tout près de la Terre 1. Mises bout à bout, les deux vues racontent la même histoire, des pôles jusqu’au fin fond de cette queue.

Les premières images, la vraie science plus tard

Pendant tout le passage, deux petites caméras de surveillance ont mitraillé la Terre et la Lune 1. Sur un cliché apparaissent Madagascar, l’Afrique et l’océan Indien 4.

Ce sont des caméras techniques, pas l’œil scientifique de la sonde. Les images détaillées de la grande caméra, et les premières analyses de lumière, étaient promises pour les semaines suivantes 1,4. Au 1er octobre, elles ne sont pas encore publiées.

Cap sur les lunes glacées

Juice a décollé en avril 2023, depuis la Guyane 1. Sa cible : Jupiter et ses trois grandes lunes glacées, Ganymède, Callisto et Europe 1. Sous leur croûte de glace se cacheraient de vastes océans d’eau liquide. De quoi, peut-être, abriter une forme de vie 1.

Pour aller y lire, la sonde emporte de quoi voir sous la glace. L’un de ses radars doit sonder le sous-sol gelé jusqu’à 9 km de profondeur 3.

La route n’est pas finie. Un dernier passage près de la Terre est prévu en janvier 2029 1. Viendra ensuite l’entrée en orbite autour de Jupiter, en 2031, puis autour de Ganymède en 2034 2.

D’ici là, un engin parti de la Terre continue de prendre son élan sur les planètes, pour aller voir si, très loin, un océan dort sous la glace.