Il y a près de treize milliards d’années, une tache de lumière minuscule flottait dans le jeune Univers. Une galaxie à peine née. Un gaz presque pur, sans presque aucun des métaux que forgent les étoiles. Le télescope spatial James Webb vient de la saisir, grossie par la masse d’un amas de galaxies placé devant elle. Les auteurs de l’étude l’appellent un « fossile en formation ».

Cette galaxie a un nom de code, LAP1-B. La lumière qu’en capte le télescope est partie quand l’Univers avait environ 800 millions d’années. Aujourd’hui il en a 13,8 milliards. C’est donc un objet du tout début, saisi presque à sa naissance.

Pour l’atteindre, le télescope a triché avec la nature. Un amas de galaxies très massif s’intercale sur la ligne de visée. Sa masse courbe l’espace et agit comme une loupe. On appelle ça une lentille gravitationnelle. Sans ce grossissement, l’objet serait bien trop pâle pour être vu. Et LAP1-B est la galaxie en formation la plus primitive jamais repérée 1.

Une survie que personne n’attendait

Les modèles prévoyaient l’inverse. Les toutes petites galaxies vivent dans de petits nids de matière noire. Leur gravité est faible. La première génération d’étoiles y explose en supernovas, chauffe le gaz, le disperse. La lumière des grandes galaxies voisines finit le travail. Résultat attendu : sous une certaine taille, la fabrication d’étoiles devait s’éteindre. Et le nombre de petites galaxies devait chuter d’un coup.

Le télescope ne voit pas cette chute. Derrière un autre amas-loupe, il compte des galaxies de plus en plus petites, de plus en plus pâles, sans jamais atteindre le mur prévu 2. Elles tiennent bon là où la théorie les donnait perdues.

Une précision s’impose, et elle ne gâche rien. Ce résultat vient d’un article encore en cours de relecture par les pairs. Et « ne pas voir de chute » n’est pas « prouver qu’il n’y en a aucune ». Le télescope ne voit pas de coupure jusqu’à un niveau très faible, voilà le fait. Ce qui se cache encore plus bas reste à explorer.

Le petit peuple, pas les géantes

Vient alors la vraie surprise. Longtemps, on a cru que les grandes galaxies avaient fait le gros du travail à l’aube du cosmos. Le travail en question porte un nom, la réionisation. C’est le moment où l’Univers, d’abord rempli d’un brouillard de gaz opaque, est redevenu transparent, baigné de lumière. La dernière grande transformation de son histoire.

Les mesures récentes déplacent le mérite. Les galaxies les plus pâles fourniraient plus de la moitié de la lumière ultraviolette de l’époque. Et au moins 64 % des rayons capables de percer le brouillard 2. Un relevé pointé sur l’amas de Pandore a repéré 83 de ces naines en pleine flambée d’étoiles 3. Des objets si petits qu’il en faudrait de 2 000 à 200 000 pour égaler la masse de la Voie lactée.

Rares aujourd’hui, ces naines ne pèsent plus qu’environ 1 % des galaxies. Mais au début, elles grouillaient. Nombreuses et énergiques, elles auraient suffi à la tâche 3.

Là encore, l’honnêteté demande une réserve, posée à côté du fait. Au tout début de l’Univers, on ne peut pas mesurer directement ces rayons qui s’échappent. Le brouillard de gaz les absorbe avant qu’ils parviennent jusqu’à la Terre. Les équipes les déduisent, à partir de galaxies proches qui leur ressemblent. Ce n’est pas une mesure sur pièce, c’est une déduction sérieuse. La nuance compte, et elle n’enlève rien à la beauté de l’image.

Une question encore ouverte

La science, ici, se fait en direct, et c’est une bonne nouvelle en soi. Car les équipes ne sont pas tout à fait d’accord. Une lecture insiste sur le nombre : les petites étaient si abondantes qu’elles ont éclairé le ciel à la force du grand nombre. Une autre insiste sur l’efficacité : une minorité de galaxies très « fuyantes » aurait produit l’essentiel. Environ 20 % des sources fourniraient près de 87 % des rayons 4.

Ces deux lectures ne se contredisent pas vraiment. Une galaxie peut être à la fois petite, nombreuse et très fuyante. L’accent seul diffère. Le débat n’est pas tranché, et personne ne fait semblant qu’il le soit. C’est une enquête en cours, pas un dossier clos.

De l’aube cosmique jusqu’à aujourd’hui

Reste le plus beau. Cette galaxie du tout début n’est pas un vestige perdu dans le passé. Autour de la Voie lactée gravitent encore de très vieilles galaxies naines, minuscules et pâles. LAP1-B leur ressemble comme une aïeule. Sa composition, sa masse, son cœur dominé par la matière noire pointent vers la même famille. L’étude en fait l’ancêtre direct de ces naines toujours là aujourd’hui 1.

Le lien reste une interprétation, pas une filiation observée directement. Mais il change la portée de l’affaire. Ces petites galaxies n’ont pas seulement traversé l’aube de l’Univers. Certaines de leurs descendantes tournent encore tout près, autour de la Voie lactée, treize milliards d’années plus tard. La survie a des témoins vivants.