Ce qui s’est passé
Le Paraguay vient d’être éliminé par la France à la Coupe du monde. Mbappé a marqué le penalty décisif. Dans la nuit du 5 juillet, une sénatrice paraguayenne publie une série de messages sur X 1. Elle s’appelle Celeste Amarilla. Elle siège au Sénat de son pays.
Ses mots sont crus. Elle écrit que Mbappé, « au lieu du lait maternel, tétait des noix de coco ». Elle l’associe à des « chimpanzés ». Elle le traite de « Camerounais colonisé, faisant semblant à fond d’être Français » 1. Elle dit avoir réagi à un geste du joueur, son refus de serrer la main du gardien paraguayen 1. C’est le motif qu’elle invoque. Il ne justifie rien.
Le 6 juillet, Mbappé répond sur X. Il dénonce un « racisme décomplexé » 1.
« Vous êtes une femme méprisable et indigne de sa fonction. Vous ne représentez pas le Paraguay, ce pays qui a transpiré la passion et l’honneur tout au long de la compétition. »
Ce que la loi prévoit
Il n’existe pas, en droit français, de « délit de racisme » unique 3. La répression dépend de deux choses. La nature de l’acte, et sa publicité.
La ligne qui décide de tout est simple. Un propos raciste tenu en privé, dans un cercle fermé, n’est qu’une contravention. L’amende plafonne à 1 500 euros 3. Le même propos tenu en public change de catégorie. Un compte X ouvert à tous, c’est public 3.
Le propos bascule alors dans la loi sur la presse de 1881. Deux infractions visent la sénatrice. L’injure publique à caractère raciste, et la provocation à la haine 2. Chacune est punie d’un an de prison et de 45 000 euros d’amende 2,3.
Un point sème souvent la confusion. Le code pénal prévoit une « circonstance aggravante de racisme ». Elle alourdit la peine d’un crime ou d’un délit commis pour un motif raciste 4. Mais elle ne s’applique pas ici. La loi l’exclut pour les délits de presse 4. Des propos publiés sur X relèvent de la presse, pas de cette aggravation.
Ce que la justice peut faire, et ce qui coince
L’enquête a été confiée à un service spécialisé. Le Pôle national de lutte contre la haine en ligne, au parquet de Paris 7. Il a vocation à se saisir des affaires à fort retentissement médiatique 7. Celle-ci en est une.
Une enquête n’est pas une condamnation. La sénatrice est visée, pas jugée. Elle reste présumée innocente.
Le vrai obstacle est ailleurs. Amarilla est une élue étrangère. La justice française peut se déclarer compétente, car la victime, Mbappé, est française 5. Son immunité de parlementaire vaut au Paraguay, pas devant un juge français 6. Sur ce point, rien ne la protège en France.
Mais une chose est de poursuivre, une autre est d’exécuter. Faire venir une sénatrice paraguayenne devant un tribunal français suppose la coopération de son pays. Pour un délit de presse, une extradition est très improbable 5. Une éventuelle condamnation resterait sans doute symbolique. Le point n’est pas tranché.
Un soutien unanime, sans portée juridique
Le soutien politique a été immédiat. Emmanuel Macron a affiché le sien au capitaine des Bleus 1. La ministre des Sports a parlé de propos « abjects, indignes » 1. La FIFA a exprimé sa solidarité 2.
Ces prises de position n’ont aucun poids devant un juge. Elles disent une indignation, pas un verdict.
Un fait mérite d’être noté. Le Paraguay lui-même a condamné les propos. Ses autorités ont fait savoir qu’ils n’engageaient ni le gouvernement, ni le peuple paraguayen 1. La sénatrice se retrouve seule, désavouée jusque dans son pays.
Un racisme récurrent, une justice qui aboutit rarement
Ce n’est pas la première fois. En 2021, Mbappé a raconté avoir été visé par des insultes racistes après un penalty manqué 10. D’autres joueurs des Bleus l’ont été après la finale perdue de 2022, et la Fédération avait annoncé une plainte 11. L’issue de cette plainte reste inconnue 11.
Les chiffres officiels donnent la mesure du problème. Sur l’ensemble des affaires racistes en France, entre 2017 et 2021, environ deux tiers des mis en cause sont classés sans suite 8. Un quart des affaires n’ont même pas d’auteur identifié 8. Ces chiffres couvrent tout le racisme, pas le seul sport ni le seul volet en ligne. Ils ne disent pas ce que deviendront les plaintes de la Fédération.
Le racisme venu de l’étranger est le plus dur à juger. Après la finale de l’Euro 2020, la police anglaise avait relevé 207 messages répréhensibles. 123 émanaient de comptes situés hors du pays 9. Presque tous sont restés hors de portée.
La loi, ici, est claire. Le dispositif s’est enclenché vite, avec un service spécialisé et deux qualifications. Mais l’autrice est une élue étrangère. Une enquête est ouverte. Reste à savoir si elle produira autre chose qu’une décision symbolique.
